Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 14 Déc 2019 - 9:19

88 résultats trouvés pour religion

Djalâl ad-Dîn Rûmî

En Janvier 2016, grâce au Festival Europalia de Bruxelles, j'ai eu la chance de voir les derviches et surtout d'entendre des maîtres de conférence (turcs), parler de Mevlana, du Rûmî. Je me suis donc renseignée sur ses oeuvres, et j'ai lu :

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 41ihx210

le Mesnevi,

150 contes soufis, mis les uns à la suite des autres alors qu'ils s'imbriquaient les uns dans les autres à l'origine (les traducteurs ont voulu rendre l'oeuvre plus accessibles), comme les Milles et une nuits.
Certains contes sont de "simples" règles de base (cependant pas toujours respectées encore aujourd'hui) sur le respect, la tolérance, l'entraide. D'autres sont plus portés sur la crainte du Dieu, la foi presque aveugle qu'il faut avoir en lui et accepter son destin tel qu'il est.
Il y en a des drôles et des plus tristes, sur la pauvreté et la richesse, on retrouve des préceptes communs à toutes les religions (amour de son prochain, aide aux plus démunis etc).
Cependant, autant certains sont clairs de sens, alors que d'autres sont plus tirés par les cheveux, il y a même certains contes qui résistent à ma compréhension, mais ils sont rares.

Le secret du chien
Un jour, Medjoun se promenait avec son chien. Il le prenait dans ses bras et le caressait comme un amoureux caresse sa bien-aimée. Un homme qui passait par là lui dit :
"O Medjoun ! Ce que tu fais là est pure folie ! Ne sais-tu pas que la bouche d'un chien est sale ?"
Et il se mit à énumérer tous les défauts des chiens.
Medjoun lui dit :
"Tu n'es qu'un idolâtre des formes ! Si tu voyais avec mes yeux, tu saurais que ce chien est le secret de Dieu et la demeure de Leïla !


C'est un recueil de conte simple et agréable à lire, qui nous remet en question sur nous-même et le monde autour de nous ...

mots-clés : #contemythe #religion
par Silveradow
le Sam 7 Jan 2017 - 7:25
 
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Sujet: Djalâl ad-Dîn Rûmî
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Alaa al-Aswany

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 L-imme10

l'Immeuble Yacoubian

Comme certains ce sont les nombreuses références à Dieu qui m'ont interpellée. Mais que ces appels à Dieu soient faits par des voleurs, escrocs, pervers, politiciens véreux n'est pas à lier uniquement à l'Egypte ; les voyous de toute religion, de tout pays utilisent ces appels en "protection" avant et après (remerciement) leurs délits.

Les personnages et les lieux sont décrits précisément.

La construction des parties ne m'a pas gênée, j'ai bien suivi ces nombreux personnages, même si parfois j'oubliais les noms, car leurs actions et paroles me les rendaient reconnaissables.

l'histoire de cet immeuble est lié à l'histoire du pays.

Je pense aussi que la langue est riche en mots.

Le cheminement du jeune Taha jusqu'à son endoctrinement par les Islamistes extrémistes est réaliste et c'est celà qui m'a le plus effrayée. (c'est hélas d'actualité plus que jamais)

Et évidemment, la condition Féminine catastrophique et celle des Homosexuels m'ont touchée.

En résumé, j'ai apprécié ce livre.


(message rapatrié)


Mots-clés : #corruption #religion #romanchoral #terrorisme
par Bédoulène
le Ven 6 Jan 2017 - 17:45
 
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Sujet: Alaa al-Aswany
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Boualem Sansal

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 51o1ua10

Gouverner au nom d’Allah. Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe

Le texte de Boualem Sansal, dit-il, n’est pas un traité académique, ni une investigation journalistique, ni un rapport d’expert en islamisme, ni un essai d’islamologie.

« Il est la réflexion d’un témoin, d’un homme dont le pays, l’Algérie en l’occurrence, a été très tôt confronté à l’islamisme, un phénomène inconnu de lui jusque-là. »


Pour moi, ce livre est un guide, un témoignage et une magnifique synthèse, un bon p'tit bouquin qui nous apporte un éclairage sur l’islam, religion complexe avec ses écoles de pensée qui ont inspiré ses mouvements, factions et sectes (sunnisme, chiisme, soufisme, kharidjisme, chacune ayant ses différents mouvements) ; et sur cette nébuleuse qu’est l’islamisme, ses ramifications, son évolution, ses risques. Boualem Sansal a vécu et vu de l’intérieur, depuis l’Algérie, la montée de cet islamisme avec inquiétude :

« Nous les avons accueillis avec sympathie, un brin amusés par leur accoutrement folklorique. Quelques années plus tard, nous découvrîmes presque à l’improviste que cet islamisme qui nous paraissait si pauvrement insignifiant s’était répandu dans tout le pays. »


Les premiers chapitres jettent les bases nécessaires pour distinguer toutes ces écoles de pensée de l’islam et leur rôle. Les chapitres suivants sont consacrés à l’islamisme et à ses débats dans le monde, son impact, ses dérives, et il y en a beaucoup. « L’islam est en pleine expansion dans le monde et cette expansion inquiète. » Et dans sa foulée, l’islamisme est aussi en expansion et les raisons en seraient inconnues, explique Boualem Sansal. L’islam est pris en main par les islamistes, nombreux et structurés, leur démarche est offensive : ils recrutent, endoctrinent, convertissent, développent des affaires dites islamiques (finance, commerces halal, écoles coraniques). Des cellules radicales sont formées. Tout est détaillé avec clarté. Sansal note ce paradoxe :

« Dans le même temps que l’actualité donne de lui une image repoussante, l’islam ne cesse de s’étendre, de se renforcer, de mobiliser et fasciner des foules, susciter des vocations et des conversions dans tous les pays, tous les milieux, jusque parmi les élites et les célébrités (scientifiques, sportifs, artistes et même des militaires qui ont combattu le terrorisme islamiste). »

En Europe, l’ascension de l’islamisme est fulgurante avec la radicalisation des jeunes musulmans de 2e et 3e générations et de leurs amis chrétiens... L’islam avait disparu du radar de l’histoire, dit Sansal, monopolisée par l’Occident chrétien depuis le Moyen Âge. En 2 ou 3 générations il est revenu au premier plan. Regain de piété, retour aux valeurs premières de l’islam (salafisme)… Selon l’auteur, la poussée de l’islamisme et son arrivée au pouvoir dans plusieurs pays arabes « inquiètent d’autant plus qu’on pense que la victoire de l’islamisme modéré prépare l’accession au pouvoir de l’islamisme radical et qu’il y a une intelligence à la manœuvre disposant de moyens illimités ».

Les courants religieux islamistes prennent leur source d’abord avec les Frères musulmans en Egypte (créés en 1928 et coordonnés depuis Londres), l'AKP en Turquie, Ennahda en Tunisie. D’autres courants ont des méthodes radicales, en Somalie, en Afghanistan, en Algérie, dans le nord du Mali (AQMI), au Nigeria…, le Hamas palestinien, le MSP algérien, Al-Nosra en Syrie, etc. Sansal explique les ramifications, la mission de leurs chefs, il passe en revue les les présidents assassinés par ces groupes au cours de l’histoire, les liens de la pieuvre Al-Qaida avec les Frères musulmans, etc. Au cours de l’histoire, il évoque le totalitarisme, le FLN…, et les choix que doivent faire les peuples entre des partis militaires et totalitaires ou des partis islamistes… Il évoque aussi la question de l’intégration et l’échec de leur politique. Je m’arrête là pour ces exemples car il n’y a pas de graisse dans son ouvrage impossible à résumer.

Un chapitre a attiré mon attention, celui qui parle de la négation du passé de ces peuples différents dans leur histoire, la négation de ces grands Empires dont ils sont issus, ces peuples qui avaient conçu « des religions remarquables », qui ont été conquis par les armées arabes, ces peuples revendiquant tous - par erreur - leur origine arabe (d’Arabie Saoudite) se croyant tous descendants du Prophète. Méprise :

« C’est un cas unique dans les annales des conquêtes tout au long de l’histoire humaine, sauf erreur il n’y a pas d’autre exemple de fusion aussi totale, jusqu’à disparaître soi-même. D’un bout à l’autre de ce monde, de la Mauritanie à l’Irak, en passant par l’Egypte, la Syrie, le Yémen, les peuples de ces régions se déclarent arabes et insistent sur la pureté de leur origine arabe… »


Car appartenir au peuple arabe c’était faire partie d’une élite, de la royauté, « au premier collège des premiers musulmans du monde ».

Cet ouvrage est bien documenté, clair, agréable à lire, mais je n’ai pu m’empêcher de ressentir un certaine tristesse due à tout ce gâchis (le mot est faible) au fur et à mesure de l’avancée de ce livre. Ce que j’énumère ici n’est qu’une infime partie du livre vu la richesse du sujet et sa complexité puisque même les spécialistes sont dépassés !

Et Boualem Sansal réussit à nous convaincre qu'il a toutes les raisons d’être inquiet.



mots-clés : #religion #terrorisme
par Barcarole
le Jeu 5 Jan 2017 - 5:40
 
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Sujet: Boualem Sansal
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Ernest Gaines

Le nom du fils

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Index213

Le révérend Philipp Martin, la soixantaine empâtée, bon père, bon époux, belle maison, est unanimement respecté par ses paroissiens et par tous les habitants de Saint Adrienne, les Blancs comme les Noirs, pour avoir construit, organisé, donné un poids réel au Mouvement des Droits Civiques local. Mais quand arrive son fils abandonné d'une première union, étrange, inquiétant, son ancienne vie de débauche lui revient en pleine figure, une paternité honteuse le bouleverse, le doute s'installe et tout s'effondre : la famille, la foi, les amis, l'engagement :

J'étais rien qu'une de ces brutes épaisses, capable de tricher, de voler, de tuer, mais pas de tenir debout, d'être responsable, de vous protéger, toi ou ta mère. Ils nous avaient mis ça dans la tête depuis le temps de l'esclavage.


Le roman commence de façon très prenante dans cette petite ville, la nuit, sous la pluie, par un homme inconnu qui débarque ici sans vouloir communiquer, un désir de vengeance chevillé au corps. On se croirait dans un western, mais non, ce n'est pas d'action que l'on va parler, mais bien de culpabilité, de rédemption et de pardon, dans cette vertigineuse  descente aux enfers d'un homme rattrapé par son passé.

Le récit se centre ensuite sur le pasteur, pris dans un marécage de remords et d'incompréhension, et on pense aux pièces de théâtre à thèse de Sartre ou de Camus : un homme bon, charismatique, traqué par sa conscience. Pièces de théâtre car il y a énormément de dialogues, et que le texte suit avec une précision obsédante les gestes, les déplacements, les contacts physiques entre les personnages, comme une espèce de didascalie géante  romancée . Gaines colle à la peau de son héros, tourne en rond, se noie avec lui (et nous avec) dans ses sables mouvants, et il faut accepter de prendre son temps, de revenir en arrière, de voir  les protagonistes se répéter, dans leurs paroles comme dans leurs non-dits. C'est une ambiance très troublante, étouffante par moment, un reflet terrifiant du tumulte qui s'empare de Philipp :

  Je suis en guerre avec moi-même, Adeline . En guerre avec mon âme. Depuis quelques jours je n'arrête pas de me poser des questions, et je ne rencontre que des doutes, sur tout.


On parle donc ici de liberté, de libre arbitre, de filiation et de paternité. Il faut aussi relever la place des femmes, ces personnages apparemment effacés, vouées au service de leurs hommes, maris ou enfants, (on est dans le Sud des années 70), mais qui au final  sont la source de tout, en particulier de l'élan vital et du pardon : elles sont la source et le refuge. Car ce roman si sombre est un roman de foi, un roman qui croit en l'homme et sa capacité à se sauver lui-même.

(commentairé récupéré)


mots-clés : #psychologique #religion
par topocl
le Jeu 5 Jan 2017 - 5:36
 
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Sujet: Ernest Gaines
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Leonardo Sciascia

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Produc14

Les Paroisses de Regalpetra

Où on en apprend beaucoup sur les rapports des habitants avec l'église et la mafia.
Où tout le monde a plus ou moins un passé "fasciste", où les ouvriers des mines, sauniers ou de la terre ne sont pas dupes de toutes les turpitudes dont ils font l'objet d'où qu'elles émanent (église, politique, mafia...).
La pauvreté a toujours la même couleur, la même odeur.

Et lui l'Instituteur que peut-il faire ? sous la coupe de l'inspecteur et de l'église. il constate, connait les souffrances, il reçoit parfois les confidences des élèves.
Le dernier chapitre consacré à la mort de l'Inquisiteur  était très intéressant.


(message récupéré)


mots-clés : #religion #social
par Bédoulène
le Dim 1 Jan 2017 - 5:26
 
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Florjan Lipus

Florjan Lipus
(Né en 1937)

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Florja10

Florjan Lipuš, né le 4 mai 1937 à Lobnig au nord de la commune d'Eisenkappel-Vellach, en Autriche, est un écrivain et traducteur slovène de Carinthie. Depuis 1985, il est membre correspondant de l'Académie slovène des sciences et des arts. Florian LIPUS est l'écrivain slovène le plus important dans l' Autriche Carinthie . En 1946, il a commencé à fréquenter l'école primaire à Lepeni. Sur Plešivcu il a assisté au Gymnase humaniste. En 1958 , il a obtenu son diplôme, puis les 4 ans a étudié la théologie à Klagenfurt, mais il a abandonné. En 1962, il a occupé diverses professions : le greffier du fonctionnaire postal à un assureur. En 1966, il a terminé ses études à l'Académie pédagogique de Klagenfurt et la même année est devenu un enseignant d'école primaire. Il a enseigné dans Remšeniku , Lepeni et après 1985 à Šentlipšu . En 1985, il est devenu correspondant étranger de SASA . Il a pris sa retraite en 1988.

Florian LIPUS a travaillé avec la création littéraire à l'époque du gymnase. A cette époque , il était rédacteur en chef du feu de joie slovène Journal. A partir de 1960 , il a été co-fondateur et rédacteur en chef du magazine slovène carinthien central Mladje dans lequel les auteurs discutent de la littérature, l'art et les questions sociales. L'œuvre littéraire de Lipušev comprend des contes, la poésie et le théâtre . Avec sa prédominance moderniste écrit est inclus dans pisateljstvo, comme dans la littérature de la maison florissait vers 1970 et plus tard. La littérature LIPUS est matérielle et stylistiquement variée dans son noyau de fond du problème slovène-carinthien. Utilise le radicalisme , ses œuvres élément apparaissant d'assimilation . La question des Slovènes est inspirée par la philosophie existentialiste. Pour l'ensemble de son œuvre littéraire en 2004, il a reçu le Prix Preseren , il a été nommé pour Kresnik 2004, Vienne a reçu le prix d' honneur pour la littérature 2005


(wikipedia)


Traduits en français

L'élève Tjaz


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Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Produc12

L'élève Tjaz

Une excellente lecture, la force de ce livre c'est essentiellement l'écriture ! En tout cas pour moi.

Mais l'histoire est également intéressante. L'élève Tjaz n'accepte pas les lois de l'internat religieux. Il passe la barrière qui à la fois le contraint et le protège du monde et de lui-même. Il compense la faiblesse de son corps par son esprit fantasque et la découverte de son talent d'«escamoteur», le pouvoir de ses griffes. Son exigence d'amour, lui qui est en manque depuis son enfance, et son besoin de liberté le conduiront à une solution dramatique.

Il y a tant à découvrir, mais vous le ferez dans votre lecture!    


extraits

«Pendant qu'à la chapelle, par exemple, ils ont demandé dans leurs prières que les peuples de la terre se délivrent enfin du joug communiste et qu'on parvienne à glisser par un trou de rideau de fer une douceur chrétienne dans un emballage de bon goût, Tjaz a poursuivi les caractères de son clavier, une telle douceur laisse un goût, tu ne t' en es pas débarrassé non plus, il tourne toujours dans ta bouche bien que tu aies mangé, digéré et chié le sucré depuis longtemps.»

«il n'a pas admis qu'on l'aide d'une main pour l'enchaîner de l'autre»

«Personne ne pouvait se douter alors qu'en une nuit pousseraient à ce Tjaz pieux et modeste les griffes les plus longues qu'ait jamais eu un escamoteur issu de la nation.»

«Des scènes émouvantes se déroulèrent alors devant les yeux acides de Tjzaz, on aurait dit que le cuir venait d'être réveillé de son sommeil séculaire ou qu'il revenait de longues années de captivité, les bords et les replis se redressèrent en gémissant, Tjaz redonnait au cuir sa forme brute originelle, lui rendait la liberté, lui rachetait son indépendance, si le cuir avait eu l'oeil d'un homme, cet oeil se serait mouillé devant tant de bienfaits.»

«Il vit très bien au travers de ses cils courbés que des corbeaux noirs tournoyaient derrière ses paupières, ils se régalèrent du ciel, ils filèrent dans tous les sens, ils étalèrent leurs plumes, ils battirent le vent, ils se laissèrent tomber tout droit dans dans le ciel rouge, s' y enflammèrent et se précipitèrent vers la terre tête première, les ailes brûlées.»


mots-clés : #enfance #fantastique #religion
par Bédoulène
le Sam 31 Déc 2016 - 11:36
 
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Sujet: Florjan Lipus
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Peter Matthiessen

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 41s24q10

Le Léopard des neiges

Je conseille volontiers Le Léopard des neiges à ceux qui aiment les "vrais" récits de voyage, l’aventure dans l’Himalaya, les contraintes et les risques de tels périples, la beauté, les risques de ce type d’expédition comme on n’en fait plus beaucoup aujourd’hui...

Le Léopard des neiges de Peter Matthiessen est le récit fait par l’auteur d’une expédition de trois mois dans l’Himalaya. Il accompagne le zoologiste George Schaller, l’initiateur et "patron" du voyage. Ils vont parcourir depuis le Népal dans la région du Dolpo, jusqu’à Shey au Tibet, des régions perdues, franchir des hautes chaînes de montagne comme le Kanjiroba ou le Dhaulagiri, traverser des petits villages retranchés en altitude.

Matthiessen est donc l’invité de Schaller, venu étudier les bharals, sorte de mouflons entre l’ovin et le caprin et, sans trop y croire, rencontrer le légendaire et rarissime léopard des neiges.

Chacun des deux mène sa vie, accompagnés des sherpas et guides qui parfois agacent, tantôt chaleureux, confiants et admirables, tantôt semblant prêts à tout abandonner en échange de roupies pour survivre. Une amitié est née avec ces hommes si précieux dans l’expédition que la vie de tous dépend d’eux, qui doivent porter les lourdes charges, guider le groupe sur des chemins escarpés et dangereux jusqu’à 6 000 mètres d’altitude où l’air est rare et glacial, les paysages époustouflants.

Matthiessen ne parle pas beaucoup de son coéquipier Georges Schaller sauf pour se plaindre parfois de ses exigences, de son comportement glacial et renfermé mais aussitôt dit, il se ravise et comprend qu’il s’agit de respect d’un homme discret pour l’intimité des autres. Leur but est différent, Schaller est un zoologiste en mission, il est en exploration ; Peter Matthiessen est quant à lui dans une quête spirituelle bien que non définie comme telle, après la mort de sa femme, et à la recherche de l’"éveil", malgré les recommandations de son maître Zen Sohen Roshi : « n’attends rien » (de ce voyage).

Matthiessen est bouddhiste, tout comme les sherpas qui accompagnent l’expédition. Chaque jour, il nous confie ses impressions quotidiennes, décrit les étapes qui sont enfin franchies, les camps de base sommaires, les paysages dans la neige imprégnés de yin-yang, les pics vierges scintillant dans la lumière, la glace et le ciel bleu lavande, les chants des populations locales (tels les Ring-mos), les ravins vertigineux et les cols ou les passages à quatre pattes agrippé aux parois ! Sur chaque rocher, on entend le om mani padme hum, mantra bouddhiste en écho aux moulins à prières, les drapeaux qui claquent au vent et dispersent les prières à chaque passage de col, ou encore écrits sur un stupa… Il nous explique en action, dans ce livre, la philosophie des bouddhistes tibétains, lui le bouddhiste zen, la signification des fresques, des décorations, des croyances, des symboles, des mots.

Ce récit de voyage est une véritable bouffée d’air bien frais, paisible et enchanteresse malgré le danger, qui ravive notre fibre spirituelle, que nous avons tapie au fond de nous ! Immergée dans la philosophie bouddhiste-en-acte, j’ai vraiment aimé, c’était pour moi une méditation et la découverte de paysages splendides et impressionnants.


mots-clés : #autobiographie #journal #nature #religion #spiritualité #voyage
par Barcarole
le Ven 30 Déc 2016 - 6:27
 
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Sujet: Peter Matthiessen
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Shūsaku ENDO

Silence

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Image214

C’est un roman qui nous raconte comment trois jeunes frères jésuites portugais, partirent au Japon en 1667 avec l’accord de leur congrégation, un Japon où se déchaînaient les exactions contre les catholiques. Dès le XVIème siècle, que certains missionnaires avaient réussi à implanter assez largement cette religion sur l’île du soleil levant, avec quelques 200 000 adeptes à la meilleure période. Mais face à ce succès qui menace la pensée dominante, les persécutions se sont déchaînées.
L’expédition a deux buts . Un but prosélyte bien sûr, réintroduire dans l’île des prêtres qui pourront transmettre la bonne parole, réunir les ouailles, donner les saints sacrements. Mais surtout, vérifier si l’incroyable rumeur qui dit que le frère Ferreira, père intègre et charismatique, qui prodigua un enseignement inoubliable aux jeunes jésuites, a effectivement renié sa foi sous la torture. Le père Sebastian Rodriguez, adorateur émerveillé du Christ et de sa souffrance offerte, dont nous suivons le parcours, ne peut l’imaginer. Mais avec lui nous découvrons l’ignoble pression , l’intelligence perverse que les Japonais exercent sur les chrétiens et comment ils arrivent ainsi à faire douter les meilleurs : d’eux même, de la foi, de la raison , et de Dieu lui-même.

Au delà des faits historiques que l’on découvre, il y a d’abord un extraordinaire roman d’aventure : un voyage qui contourne l’Afrique et l’Inde, brave les tempêtes, fait escale à Macao, déjoue la surveillance japonaise ; des prêtres qui se cachent pour ne sortir que la nuit, objets d’une révérence respectueuse de la part d’un peuple croyant, pauvre et cruellement opprimé ; un traître qui se méprise lui-même ; une répression odieuse et savante.
Il y a aussi et surtout une réflexion profonde et douloureuse (Endo est un catholique fervent) sur la foi, son absurdité et sa grandeur, et la question posée du SILENCE de Dieu face à la souffrance des hommes.

Un roman qui dérange, que, bien que très différent, je range un peu dans la même case que La conférence de Valladolid, qui pose des questions sans réponses.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #religion
par topocl
le Lun 26 Déc 2016 - 9:20
 
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Sujet: Shūsaku ENDO
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Joseph Boyden

Dans le grand cercle du monde

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C'est la chronique au fil des années d'une tribu indienne  du Canada, au XVIIe siècle. Un, puis des Jésuites sont tolérés au sein de la communauté dans l'idée de favoriser le commerce avec les Français. Aux prospères  temps de paix, succède  la guerre contre  de féroces tribus rivales. Grandeur et décadence.

Le récit est à trois voix - l'un des chefs de la communauté, sa fille adoptive enlevée à la tribu rivale dans ses jeunes années, et l'un des pères jésuites. Certains épisodes sont racontés deux, voire trois fois, avec les différents points de vue. Boyden prend son temps, comme la vie à cette époque. Son style se limite un peu trop souvent à une énumération d'actions enchaînées, qui m' a longtemps tenue  à distance.

Cela fourmille de détails et d'informations dans le récit des petites habitudes et diverses cérémonies. Au début, l'anthropologique l'emporte souvent sur le romanesque. J'imagine que c'est une mine jubilatoire pour un passionné des Indiens, et un régal. J'ai été encore plus intéressée par les éléments sur la cohabitation dans l'incommunicabilité mêlée de fascination entre Européens et Indiens, avec une mise en perspective très intéressante de leurs fois, mais aussi  de leurs compromissions et illusions respectives. Boyden, observateur attentif, éminemment documenté, échappe à tout manichéisme.

Le livre prend  son souffle dans le dernier quart, les interrogations des personnages, confrontés à la rudesse de leur destin, deviennent déchirantes.  J'ai enfin trouvé que l'émotion l'emportait sur l'informatif, on se rapproche du récit légendaire,  que j'aurais aimé connaître pendant tout le livre.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #historique #religion
par topocl
le Sam 24 Déc 2016 - 4:43
 
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Sujet: Joseph Boyden
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José Saramago

Caïn

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Amen. D'aucuns penseront que le malicieux caïn abuse de la situation, jouant au chat et à la souris avec ses innocents compagnons de navigation, lesquels, comme le lecteur l'a déjà soupçonné, il s'était mis à éliminer l'un après l'autre. Celui qui aura cru cela se sera trompé. Caïn se débat avec sa colère contre le seigneur comme s'il était prisonnier des tentacules d'une pieuvre, et ses victimes d'à présent, comme abel dans le passé, ne sont que de nouvelles tentatives de tuer dieu.
   (...)
   Et dieu, que dira dieu, demanda Noé, Pars tranquille, je me charge de dieu.


Saramago parle ici de caïn, son caïn réinventé, mais le lecteur ébloui ne se laisse pas abuser, caïn n'est que le complice qui permet à l'auteur, à travers les mots, « jouant au chat et à la souris », de « se débat[tre] avec sa [propre] colère contre le seigneur ».

   Ce garçon irait loin. C'eût peut-être été le cas si le seigneur n'avait pas croisé son chemin. Toutefois, il allait déjà assez loin, mais pas dans le sens prophétisé par son père.


L'auteur s'amuse, affabule sur la trame de l'histoire de caïn, chassé par dieu après le meurtre premier, condamné à l'errance, marqué à vie. Il déambule donc de lieu en lieu, lui, l’agriculteur dans l'âme, mais surtout d'un temps à l'autre , et connaît ainsi un certain nombre des épisodes bibliques marquants (jéricho, sodome et gomorrhe, le sacrifice d'isaac, le veau d'or, le déluge...). Et caïn, qui n'est pas l'obéissant aveugle attendu de Dieu, voit tout cela de son œil d'homme meurtri, ramène les  grands questionnements au terre à terre, n'hésite pas devant les anachronismes, réfléchit, s'interroge, s'offusque. Juge dieu, sacrilège suprême, lequel lui apparaît  vengeur, égoïste, jaloux, imbu de lui-même et tyrannique, disposant  des hommes qu'il malmène dans un monde implacable. Où est l'amour? Certes, il n'apporte pas de  contre-proposition, mais comme il semble suggérer que n'importe quelle solution serait meilleure, est-ce bien important ?

   L'histoire des hommes est l'histoire de leur mésentente avec dieu, il ne nous comprend pas et nous ne le comprenons pas.


Irrévérence première, saramago supprime les  majuscules nominales, ce que j'ai respecté dans mon commentaire. Dieu pas plus que les  hommes n'y ont droit. Il supprime aussi les dialogues , lesquels s'enchaînent sans guillemets, sans tirets, sans retours à la ligne, conservant  la fluidité du récit, comme pour entériner des évidences.

Tout cela peut sembler fort sombre ? Ca l'est : la religion, des hommes pris dans des carcans de pensée, souffrant et faisant souffrir pour cela, un monde sans pitié… Mais au-delà se de cette réflexion, ce livre est  à se tordre de rire. À chaque page saramago a un regard facétieux, joueur qui rend son propos jouissif et percutant.

Alors saramago, prix nobel de l' humour - d'un humour constructif parce qu'il interroge, et démoniaquement intelligent ?
 
Comme tout, les mots ont leurs quoi, leurs comment et leurs pourquoi. Certains, solennels, nous interpellent d'un air pompeux, se rengorgeant comme s'ils étaient destinés à de grandes choses, et ne voilà-t-il pas qu'il n'étaient qu'une brise légère, incapable de déplacer une aile de moulin, d'autres, communs, habituels, des mots de tous les jours finissent par avoir des conséquences que personne ne se serait hasardé  à prévoir, ils n'étaient pas nés pour cela et pourtant ils ébranlèrent le monde.



(commentaire récupéré


mots-clés : #religion
par topocl
le Jeu 22 Déc 2016 - 7:52
 
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Sujet: José Saramago
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Sandor Marai

La nuit du bûcher

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   « Ils étaient d'accord : le livre représentait un énorme danger car, pour beaucoup de gens, il était susceptible de provoquer la terrifiante possibilité d'une réflexion indépendante. D'accord également quand le padre, soufflant et transpirant, déclara que le seul moyen de lutter efficacement contre le danger était d'incarcérer tous les suspects. D'accord aussi pour dire que la méthode souveraine dans le combat contre l'hérésie était de réduire à néant tous les livres, auteurs et lecteurs louches, parce qu'il n'y aurait pas d'ordre dans le monde tant que vivraient des hommes qui feraient l'expérience de penser par eux-mêmes. »  


.        

Au déclin du XVIème siècle, un jeune carme espagnol est envoyé à Rome en « stage d’observation » pour rapporter chez lui tous les enseignements qui permettront à la redoutable Sainte Inquisition d'être encore plus performante.

Au terme d'un séjour fait de dévotion  et d'admiration pour la grande charité qu'il prête au censeurs romains, celui-ci assiste à un ultime bûcher, celui de Giordano Bruno, prêtre apostat et intellectuel hérétique. Son obstination  à prêter la moindre allégeance à ses bourreaux l'amène à renoncer à l'Inquisition.

Non parce que celle-ci est un acte abjecte et inadmissible... Mais parce qu'elle est vouée à l'échec : si des hommes aussi fiers et courageux s'opposent à elle, notre carme estime que c'est en vain qu'elle exercera son pouvoir, les irréductibles ne seront jamais vaincus (ou sauvés, selon le point de vue).

Sandor Marai nous propose, sous forme d'une lettre de confession, un récit à l'écriture à la fois ample et compassée. L'Inquisition y est décrite dans tous les détails, fort peu réjouissants, par un homme qui lui est totalement dévoué,  dans une complaisance liée à son aveuglement, selon un procédé par moments un peu trop didactique. Ce n'est qu'à la page 206 (sur 254)  qu'il a brusquement son illumination, par un mécanisme qu'on s'explique mal, puisque jusque là le doute ne s'était pas le moins du monde immiscé en lui. Ce retournement brutal est certainement la faiblesse du livre. S'ensuivent alors l'exil en Suisse où il côtoie la société civile et les protestants, et une ouverture à l'autre sans pour autant qu'il renie sa foi. Il découvre une liberté, ainsi que le prix qu'elle peut coûter : celle d'autoriser le savoir, et l'écrit, au côté de la foi.

A travers l'Inquisition, Marai dénonce tous les régimes totalitaires, et postule que par la résistance et la persévérance, les opprimés détiennent une force et peuvent vaincre.

(commentaire récupéré)

mots-clés : #religion #violence
par topocl
le Mar 20 Déc 2016 - 11:40
 
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Sujet: Sandor Marai
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Frank Westerman

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 51g-r510

Ararat  

L’auteur souhaite écrire un livre sur les « Religions et les Sciences », mais en fait c’est une recherche de lui-même, s’étant éloigné de l’église de son enfance, n’en n’éprouvant aucun manque, l’auteur veut savoir s’il a toujours la foi et si elle peut encore être active.
Il décide donc l’ ascension de l’Ararat, la montagne Mère, là où est censé s’être arrêtée l’Arche de Noé. Il prépare donc son voyage, rencontre d’anciens professeurs de diverses matières avec lesquels il est resté en contact et qui apporteront une aide amicale à leur ancien élève. Il a aussi le soutien de sa femme et d’une amie, tandis que d’autres raillent sa démarche.

Il est prévenu, par les Ecritures, le Peuple Arménien :
"Personne ne peut escalader Masis parce qu'elle est la mère du monde."

Westerman  trouve dans les religions de l'irrationnel qu'il ne peux accepter :

"Je me demandais pourquoi, dès que la religion est en jeu, la curiosité humaine devait être bridée." "Il faut coûte que coûte que quelque chose reste caché, c'est le proopre de toute religion. Le mystérieux doit rester mystérieux, afin que l'on puisse y croire. Il faut qu'il en soit ainsi. Mais je ne pouvais me soustraire à la question de ce qu'il y avait à cacher. C'était quoi, ce qui devait rester à jamais non vu par les eux des hommes ? On finissait tout de même par soupçonner que la rigueur avec laquelle les prêtres protégeaient leurs lieux sacrés ne pouvait être inspirée que par une unique crainte : qu'il n'y eût rien."

D’un autre côté  l'éducation religieuse de l'enfant/auteur pèse encore, il sait qu'il a perdu la foi, mais il précise qu'il n'est pas athée et qu'il ne peux dire que Dieu n'existe pas.

Il trouve des éléments tantôt en faveur de la religion, tantôt pour les sciences. Il s’interroge très honnêtement  et  apporte certaines réponses que sa lucidité et ses connaissances lui dictent.

«"Un dogme religieux suffisamment dominant pour restreindre la liberté et l'indépendance de la recherche scientifique, comme il était arrivé à la géologie à cause du dogme biblique du Déluge universel."
D’un autre côté il partage le sentiment de Parrot dont il a lu le voyage et qui affirme avoir planté un drapeau au sommet de l’Ararat :  "les preuves physiques de la véracité du récit du déluge ne peuvent pas être si facilement écartées." Quoi qu'en disent les sceptiques et les incroyants, il y a "une grande vérité, venue de sources pures."

Le récit alterne entre passé et présent, entre des sentiments perdus et des projections. L’auteur raconte aussi sa famille, son enfance et ses rapports avec sa sœur laquelle partage son interrogation sur la foi.
Si Westerman s'interroge sur son attitude, son libre arbitre, son milieu c’est son métier d’écrivain, son amour pour l’écriture qui pèseront sur la balance des choix :  "Si je pouvais me confesser moi- même, je reconnaîtrais que je cherche mon salut dans le verbe (sans majuscule) et non plus dans le Verbe. J'ai échangé l'un pour l'autre."

"Le mystère, au fur et à mesure qu'il semble s'éclaircir, se déplace sans cesse ou se fragmente. En soi, ça semble plaider en faveur de l'idée que l'énigme de l'existence restera à jamais insaisissable pour les sciences expérimentales. Ce n'est qu' après être arrivé à cette conclusion que j'ai compris quelles sont pour moi les briques élémentaires : les lettres et les signes de ponctuation."
Suit un beau passage sur l’écriture, les mots.

Il ne pouvait évidemment pas occulter le passé de l’Arménie dont la connaissance permet de comprendre certaines attaches, incomprises des occidentaux : "Aux yeux de la plupart des Arméniens, les Russes ont toujours été les amis et les libérateurs, ou encore les protecteurs. Il y avait bien sur un monde de différence entre ceux d'avant 1917 (des alliés chrétiens dans la lutte contre les mahométans) et les rouges d'après 1917 (des mécréants). Mais dans leur position de peuple de l'extrémité de l'europe chrétienne, les Arméniens avaient malgré tout continué à voir les Russes comme un soutien, qu'ils soient serviteurs du tsar ou du secrétaire général du parti communiste."

Une anecdote étonnante  à ce propos : "Le commissariat du peuple pour l'enseignement et la culture, reconnaissant la valeur des antiques manuscrits (parmi lesquels l'évangile apocryphe de Lazare 887) les avait fait relier de neuf, dans des couvertures de cuir à l'emblème du marteau et de la faucille." sic !

Après des mois de préparation et d’attente, l’auteur escalade la Montagne Ararat avec un groupe d’alpinistes et durant les heures de pause imposées par la nature il s’interroge encore : "vaincre l'Ararat était une épreuve dans laquelle je m'étais engagé pour vérifier si je pouvais me libérer de cet héritage (la foi de son enfance). Et si c'était bien ce que je voulais. J'étais enclin à croire en la connaissance et en la science - ces choses là existent pour de vrai."

Sa femme lui avait d’ailleurs donné son opinion :  "La foi commence quand on cesse de poser des questions. Et ce n'est donc pas un truc pour toi!."

La rencontre d’un moine a été agréable à Westerman, tous les hommes d’église et tous les croyants ne sont pas fanatiques heureusement, tout homme a la spiritualité qu’il se choisit et pas nécessairement celle d’une église ;  alors si l’auteur ne croit plus on peut penser qu’il se conduira, comme le disait le poète  » guère plus mal que s’il avait la foi. »

C'était un beau voyage, l'auteur semble honnête, attachant quand il parle de sa femme et surtout de sa fille, la composition du récit est intéressante, le lecteur aimerait parfois devancer les pas de l'auteur ; l'Ararat est un symbôle que l'on soit croyant ou pas, dommage, qu'à la date de l'ascension de l'auteur,  il soit contraint par des fils barbelés, surveillé par les militaires et regardé avec souffrance par plusieurs Peuples.


(message rapatrié)

mots-clés : #religion #voyage
par Bédoulène
le Mar 20 Déc 2016 - 11:11
 
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Sujet: Frank Westerman
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Ian McEwan

L’intérêt de l’enfant

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Produc26

Originale : The children act, Anglais, 2014

CONTENU :
Fiona Maye est une juge respectée à la Haut Court de Londres, connue pour sa méticulosité, son sérieux. Depuis plus de trente ans elle est mariée avec Jack, un professeur d'histoire. Un couple jusqu'à là harmonieux, mais un peu distant récemment. D'un coup il demande sa bénédiction pour une affaire extraconjugale, ne trouvant pas assez d'activité dans son couple…

Juste dans ce moment Fiona est confrontée à un cas spécial et urgent : un garçon de 17 ans, souffrant de leucèmie, aurait urgemment besoin d'une transfusion sanguine. Mais lui et sa famille, témoins de Jéhova, réfusent pour des raisons réligieuses. Mais sans cela il mourra atrocement. Resteront juste 24 heures pour la juge d'émettre un jugement…
(avec des éléments de l'éditeur pour la version allemande)

REMARQUES :
Donc, on trouvera apparemment deux niveaux de narration parallèles : la situation personnelle de la juge dans les tensions actuelles de son couple d'un coté, et puis de l'autre, son travail comme juge devant un tribunal. On pourrait alors se demander à quel point éventuellement le personnel dérangera la sphère professionnelle, et vis-versa, si la vie professionnelle ne constitue pas un poids trop grand dans sa vie de couple, l'empêche à être présent.

A mon avis on trouvera une interaction beaucoup plus fine et étendue entre ces deux niveaux dans ces premiers chapitres. Quelques remarques sur ce sujet :
Quand dans une première partie (quasiment comme une présentation du travail de Fiona) nous sont racontés des cas différents, pointus, il s'agit pas juste de juger des situations d'une façon finale ou de nous présenter des devinettes éthiques à partir desquelles nous serions invités à nous former une opinion sur des sujets délicats.

Dans ces cas précis, presque toujours, on raconte des refus de gens d'accepter une certaine façon soit disant normal à procèder, à cause de certaines idées et convictions traditionelles sur un bien supérieur et une autre forme de bien-être en accord avec ces principes. Au même moment nous est raconté la situation de Fiona, apparemment si détachée, cultivée etc, comment elle arrive – certes à cause d'autres motivations et dans un autre cadre – aussi à énoncer une position catégorique, un refus presque incompréhensible d'aller à l'encontre de son mari… Elle risque un bien à cause d'une autre référence. Et – aussi parallèlement à des gens des cas exemplaires – elle menace même d'exclusion l'autre (ici son mari). Cette mise en dehors de l'autre va dans le roman jusqu'au point qu'elle changera littéralement les clés de portes (sans légalité aucune).

Voilà une présentation des choses incroyable : un comportement d'exclusion, voir une forme de dogmatisme (si on veut utiliser ce mot) trouve un terrain même en dehors de la stricte sphère réligieuse : à se demander si nous sommes pas tous potentiellement des « empêcheurs » du bien-être, et des possibles défendeurs de nos rigorismes moraux et autres ! Celle qui va juger dans le contexte du livre et qui a une certaine largeur de comprendre l'autre, fait des efforts d'empathies ou de compréhension, est en fait elle-même « emprisonnée » !

Et est-ce qu'elle sera capable d'émettre un jugement de l'extérieur, d'avoir le bien-être de l'autre comme souci, si elle ne regarde que de son point de vue de ce qu'est le « bien-être », et si elle refuse de remplir les trous énormes et existentiels qui s'ouvrent pour le garçon en question ?

Donc, il me semble que McEwan n'émet pas de jugements trop faciles sur des fondamentalistesA réligieux, il ne facilite pas des apriori. Tout cela, et le livre, me semblent plus fins. On y parle aussi de références néccessaires dans une vie (ou dangéreuses?), de sécurité, de certitudes, convictions, sens. Est-ce que je pourrais vraiment me mettre au dessus et proclamer que telle ou telle référence ne devrait pas compter ? Qui va remplir les espaces vides qui sont créés par la soit-disante libération des traditions vieillotes ? Espace de liberté ou abîme ?

Presqu'entièrement je ne pouvais qu'observer avec étonnement la capacité d'analyse de McEwan. Un livre très riche dont je n'ai encore rien dit avec ces lignes...


mots-clés : #psychologique #religion
par tom léo
le Lun 19 Déc 2016 - 11:42
 
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Sujet: Ian McEwan
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Yanick Lahens

Bain de lune

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Index311

Ce roman de Yanick Lahens, a les pieds solidement ancrés dans la terre de Haïti, mais aussi dans la mer, le sel et le vent. A travers  4 générations de paysans, la famille Lafleur, elle nous livre son quotidien et son histoire.

Le narrateur , c'est « nous », la famille.  Ce clan indéfectible est pris entre une nature souvent hostile, les superstitions et  croyances vaudou, le christianisme qu'elles adaptent à leur manière, et un pouvoir politique omniprésent et corrompu. Les uns restent humblement fidèles à leur terre et leurs racines, d'autres se laissent capter par le miroitement de l'exil, d'autres encore servent un pouvoir qui leur assure un mode de subsistance et une image rassurante de puissance. Les dieux envoient  à tour de rôle petits bonheurs et grands malheurs, décident des récoltes, déchaînent les éléments .

Ce récit d'un réalisme redoutable ressemble pourtant à un conte fabuleux, par ses péripéties multiples, ses générations successives, cette fatalité qui n'est jamais en repos. Mais surtout grâce au souffle magnifique de la prose de Yanick Lahens,  d'une poétique enchanteresse. On est comme ensorcelé par cette histoire de souffrance et de lutte, comme nous envoûtaient enfant les récits légendaires.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #religion #famille
par topocl
le Dim 18 Déc 2016 - 10:31
 
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Graham Greene

La puissance et la gloire

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Un titre à la gloire de Dieu, pour un livre qui parle de naufrage et de désolation... Car, à travers ce roman magnifique et tragique, Graham Greene, l'écrivain catholique, veut malgré tout, les dernières lignes nous l'enseignent, garder l'espoir.

Dans une province du Mexique, à une période difficile à situer avec précision.
Moiteur, averses diluviennes, moustiques et cancrelats…
Pour le bien du peuple, l'alcool et l'Eglise sont interdites par les Chemises Rouges. Les prêtres sont si farouchement persécutés qu'il n'en reste plus que deux. L'un a accepté le mariage pour sauver sa peau. L'autre, héros sans nom, se cache, se terre, décidé à être celui qui reste, qui peut encore « sauver une âme », transmettre la Parole et la consolation. C'est aussi un héros déchu, traînant le poids de péchés mortels, « ivrogne » et « fornicateur ». Un grand frère d'Antigone, écartelé entre sa faute et sa foi.

C'est la grande force de ce roman de Graham Greene, pétri de catholicisme et ouvert au pardon, que de ne nous présenter que des personnages tragiques, cherchant le bien et dévorés par le mal, dont la complexité se heurte à leur incapacité à vivre en même temps leur pureté et leur foi..
Une ambiance mortifère, un climat oppressant, des questionnement sans issus, la Puissance et la gloire est un roman sombre, désespérant, qui n'en offre pas moins de magnifiques moments de littérature, des scènes d'une intensité poignante.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #religion
par topocl
le Sam 17 Déc 2016 - 10:46
 
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Alessandro Baricco

Emmaüs

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Image124

Quatre jeunes gens que leurs parents ont cru préparer à l'âge adulte en les élevant sous le Règne de la religion, malheureusement pas une religion joyeuse et rédemptrice, mais un carcan de contraintes, de culpabilité et de tabous. Ils en tirent un mélange d'humilité et de d'arrogance mêlées qui les enferme dans leur petite vision d’un monde confiné. Ils n'en sont pas moins hommes et quand leur chemin croise l'amour, le sexe, et la mort, qui ne leur ont jamais été présentés, la confrontation est terrible. Emmaüs, si j'ai bien compris, dans la Bible, c'est le moment où tout devient clair et tout se comprend, et ces jeunes gens vont comprendre, ou du moins constater dans une réelle impuissance, la vanité castratrice de leur monde.

Il y a la voix de Baricco, et plus que la voix, je dirais, le regard, cette façon d'appréhender de jeunes êtres dans leur intimité, d'approfondir les émois adolescents pervertis par l’oeil réprobateur de leur Dieu. Il est puissant dans l'observation de cette emprise à la fois protectrice et réductrice, et d’un monde qui s'effondre quand s’ébauche une fragilité dans l’étayage. Cet oeil sociologique est assez percutant. Je ne suis pas sûre d'avoir compris toutes les allusions bibliques et leurs explications, mais qu'importe, il ressort de ce livre l'image d'une jeunesse trahie : le roman plonge progressivement dans une terrible descente aux enfers, laisse un arrière-goût de malaise et de gâchis, bien loin des romans d'initiation légers sous fond de pelotage de petites amies.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #famille #religion
par topocl
le Sam 17 Déc 2016 - 3:15
 
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Sujet: Alessandro Baricco
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Mohammed Aïssaoui

L'étoile jaune et le croissant

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 Index711

   J'aimerais que l'on explique la différence entre l'humour juif et les blagues arabes, ce même goût pour l'autodérision, pour le désespoir poli, pour la nostalgie des arbres fruitiers et le champ des rivières, pour les fruits chauds et jamais assez sucrés.



Mohammed Aissaoui se désespère des haines entre juifs et arabes, en Israël et partout dans le monde. Il se désespère aussi de la mémoire perdue d'une façon générale, et notamment de la mémoire perdue d'arabes ou musulmans ayant tendu la main ou sauvé des juifs pendant la guerre. Il se désespère  qu'aucun arabe ou musulman de France ou du Maghreb ne figure dans les 23000 Justes parmi les nations. Et il veut faire bouger les choses…

Il est donc parti à la recherche de personnes, de témoignages, de documents pour essayer de faire bouger cela, en s'attachant tout particulièrement à la personne de Si Kadour Benghabrit, fondateur de la Grande Mosquée de Paris dont il fut recteur jusqu'en 1954, ministre plénipotentiaire du Maroc.
Seulement voilà ; les témoignages concordent pour supposer qu'il a su sauver des juifs (au moins un de façon formelle), en les hébergeant temporairement à la Grande Mosquée, par d'autres procédés notamment des faux certificats, mais il a aussi fréquenté des Allemands haut placés, et mené une vie mondaine que certains trouvaient exagérée…

Tout cela fait une forte supposition, mais ne fait pas une preuve…Le livre est donc le récit de cette recherche, de cette quasi-certitude qui mène quand à une déception, et donc, au final d'un certain échec.

C'est manifestement un travail de titan qu'a fourni Mohammed Aïssaoui, mais le livre est assez desservi par le style très journalistique, découpés en petites sections décrivant chacune un entretien ou  une recherche d'archives, qui fait que cela manque d'un certain souffle. Il y a quelques parties plus personnelles, toujours avec une certaine platitude de style, et qui ne vont pas plus loin que oui il faut entretenir la mémoire, non il ne faut négliger aucune trace, oui les juifs et les Arabes pourraient s'entendre…Et on a quand même la surprise de voir que Mohamed Anissa découvre innocemment des faits historiques avérés (l'existence d'une légion SS musulmane, créée par Amin al-Husseini, le grand Mufti de Jerusalem nazi, et choyée par Hitler)

Et il y a l’histoire complètement émouvante de Mohamed , fils d'Abdelkader Mesli, imam à la Mosquée de Paris, déporté à Dachau puis Mauthausen,  ce que son fils a ignoré toujours ignoré (il est mort quand Mohamed avait 10 ans), jusqu'au décès de la mère, 40 ans plus tard, ou il découvrit des valises entières de documents, de témoignages, de photographies racontant toute cette histoire.

Cela donne donc une certaine creux, un certain sentiment d'incomplétude, avec quelques beaux moments,et cela reste une lecture intéressante et, parfois, enrichissante, avec un petit regret sur le magnifique livre que cela aurait pu être. Et je n'ai pas retrouvé mes notes, mais  il me semble que j'avais eu à peu près la même impression en lisant L'affaire de l'esclave Furcy : beau sujet, mais qui laisse un peu sur sa faim.


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Si Kadour Benghabrit à la Grande Mosquée de Paris


Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 29028110


La tombe de Si Kadour Benghabrit à la Grande Mosquée de Paris

(Commentaire récupéré)



mots-clés : #deuxiemeguerre #documentaire #religion
par topocl
le Jeu 15 Déc 2016 - 13:01
 
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Sujet: Mohammed Aïssaoui
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Silvio d'Arzo

Tag religion sur Des Choses à lire - Page 4 41ls6510

Silvio d'Arzo - Maison des autres. - Verdier. - 1992. - Rivages 1997

Ce roman est bref : moins de 80 pages. Un court roman, une longue nouvelle, mais c'est un joyau.

Le décor ? Un village de montagne en Emilie, un village quelconque oublié de tous... Un prêtre y vit et il essaie de donner du sens à ce qui n'en a guère : aux mystères, aux peurs, à la vie, à la mort. Mais la seule fois où une vieille femme finit par lui poser une question essentielle et torturante, il ne lui répond pas. Par impuissance autant que par honneteté. Peut-être sait-il depuis longtemps que les vraies questions ont rarement des réponses. Mais lui, le médiateur spirituel, qui est censé savoir et rassurer sait désormais que son role est terminé. Qu'il ne sert plus à rien, qu'il est inutile.

Et le livre est terminé.

C'est un livre sur lequel pèsent la solitude, le silence et la mélancolie. Dans ce village, rien ne se passe sinon l'écoulement du temps, mais Silvio d'Arzo a compris, comme James ou Conrad qu'il admire, que les
moments essentiels sont ceux où rien ne se passe. Ce livre n'est pas ennuyeux. Par contre, il est fort parce qu'il excelle dans la suggestion, le non-dit ou l'indicible, qui renvoient le lecteur à ses propres interrogations intimes.

A la grisaille du paysage, à la monotonie de la vie, à l'étouffement du silence, Silvio d'Arzo sait comme peu, mettre en valeur quelques couleurs -le violet des ravines, l'argent de la lune- quelques bruits -l'aboiement d'un chien, le tintement des clarines.

Donner du rythme au récit, une tension poétique qu'on trouve rarement ailleurs à ce degré. Sinon justement dans Au coeur des ténèbres de Conrad ou Le tour d'écrou de James. Ce livre est court je le répète. On peut avoir la tentation de le relire pour essayer de comprendre la beauté et le mystère de l'écriture...

Citations :

«Ce fut un soir. A la fin d'octobre. Je revenais des tourbières d'en haut. Ni content ni triste, comme ça. Sans même une pensée en tête. Il était tard, il faisait froid, j'étais encore sur la route : je devais redescendre chez moi, voilà tout. La nuit n'était pas encore tout à fait tombée : on entendait par instants les clarines des moutons et des chèvres ça et là un peu avant les paturages. Juste l'heure, vous comprenez, où la tristesse de vivre semble grandir en meme temps que le soir et vous ne savez à qui en attribuer la faute : mauvaise heure. Un écureuil traversa la route en courant, glissant presque entre mes pieds.»

«Ici, en haut, il y a une certaine heure. le ravin et les bois, les sentiers et les paturages deviennent d'une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue : dans le soir naissant, les femmes soufflent sur leurs réchauds, penchées au dessus des marches... Les chèvres se montrent aux portes avec des yeux qui semblent les notres.»

«Et maintenant, c'était fini. Quelque chose était arrivé, une fois, une seule, et maintenant tout était fini. Pourtant, je n'éprouvais meme pas de douleur, ni de remords, de mélancolie ou quoi que ce soit de ce genre. Je sentais seulement en moi un grand vide comme si désormais plus rien n'avait pu m'arriver. Rien jusqu'à la fin des siècles.»


Message récupéré


mots-clés : #psychologique #religion
par bix_229
le Mer 14 Déc 2016 - 11:43
 
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Sujet: Silvio d'Arzo
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Olivier Rolin

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Solovki - La Bibliothèque perdue

avec des photos de Jean-Luc Bertini
Original : Französisch, 2014

INTRODUCTION :
Le livre se présente dans un format A-4, légèrement moins large, dans un mélange d'un texte relativement court d'Olivier Rolin et de de photographies de Jean-Luc Bertini. C'était en 2010 que l'écrivain avait été la première fois à Solovki, immédiatement sous le charme de ce lieu magique (comme moi quelques années plus tôt...) Depuis il a revisité cet archipel encore deux fois. Le lieu fait référence, dans la mémoire collective, à une histoire réligieuse très riche de par la présence d'un monastère très influent depuis le debut du XVème siècle, et puis par la transformation de l'île en Goulag dès le début des années 1920. Solovki comptait comme le premier Goulag de la sorte ! Au début de la vie du « lager » une vie culturelle même semblait possible. S'y developpa alors entre autre une bibliothèque par les livres apportés par les prisonniers : intellectuels, politiques selon Rolin, mais j'ajoute : aussi des prêtres et autres. Puis avec les années, le durcissement de la situation et la dissolution du Goulag, la bibliothèque « disparaissait », et on ne savait pas vers où. Travaillant sur le sujet de ladite bibliothèque disparue, Rolin revenait en Mars/Avril 2013 pour faire un documentaire pour ARTE. C'est là que naissaient aussi les photos de Jean-Luc Bertini. Leurs investigations les menaient des Solovki vers Kem, Medvejegorsk et Iertsovo.

REMARQUES :
« A quelque cinq cents kilomètres au nord-est de Saint-Pétersbourg, juste sous le cercle polaire, la mer Blanche est une mer presque fermée, un grand golfe de la mer de Barents. A l'ouest c'est la République de Carélie et la Finlande, au nord la péninsule de Kola avec le port de Mourmansk, à l'est la "ville de l'Archange", Arkhangelsk, au sud, près du port presque abandonné de Belomorsk, le débouché du canal Baltique-mer Blanche, autrefois nommé "Staline", dont le percement, de 1931 à 1933, coûta la vie à des dizaines de milliers de déportés. C'est sur les bords de la mer Blanche, à Severodvinsk, que la Russie construit ses sous-marins nucléaires. Terres de sombres forêts, de lacs glaciaires, terres de sang, bourgades délabrées sous la froide lumière du Nord : il faut aimer les paysages mélancoliques pour se balader, surtout en hiver, sur les rivages de la mer Blanche. »
(extrait du livre...)

Restent pour moir l'impression d'une distance vers ce qu'on décrit, un vrai élan, une energie ne sont pas communiqués malgré le sujet plus qu'intéressant. Comme si Rolin faisait ici encore un ajout au film, une exercise de devoir sans vraie particpation. Un peu endormi ?
Il faut être prêt que le sujet du livre (du texte au moins) est alors plutôt la recherche sur les traces de la bibliothèque, même s'il y manque l'élan. Mais il est étonnant, voir pour moi inconcevable que tout en racontant alors sur les Solovki on fait mention en quelques lignes de l'histoire si riche, la place si unique de la tradition monastique. Comment présenter les Solovki sans aucune photo vraie de la vue d'ensemble du Kremlin tellement impressionnant, image que chacun, aussi les prisonniers des sombres années, ont du connaître en arrivant sur l'île ? Comment parler de coté des prisonniers, seulement d'intellectuels et de prisonniers politiques si on sait combien de croyants y furent tués, massacrés, torturés aussi ? Par ces omissions ce livre perd pour moi un grand part de sa vérité, ou de sa percussion.

Parmi les photos il y en a des superbes, des trouvailles de visages, des vues des alentours dans la neige...(un vrai documentaire devrait aussi tenir compte des différentes saisons de l'année!) . Mais beaucoup ne me parlent pas, ne me disent rien. S'y ajoute le manque de titres, de notes explicatives : comme ces photos sont prises aussi sur le chemin des investigations, on ne sait pas où est-ce qu'on se trouve.

Donc, l'impression générale : une certaine vue reductrice et la conviction qu'on aurait pu faire plus. Une occasion ratée pour un sujet extraordinaire dans un lieu magique.
mots-clés : #nature #regimeautoritaire #religion
par tom léo
le Mar 13 Déc 2016 - 16:04
 
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Sujet: Olivier Rolin
Réponses: 61
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Brady Udall

Le polygame solitaire

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J'avais aimé Le destin miraculeux d’Edgar Mint, où Brady UDALL nous faisait une brillante démonstration de sa capacité à comprendre la solitude et l'ironie de l'enfance. Dans Le polygame solitaire, il hausse ce talent au plus haut niveau, et nous fait part de sa vision de la famille, qui est en même temps très personnelle et universelle (très proche de ce que j'en ai). Ces romans familiaux qui montrent à quel point le milieu familial est un milieu invivable, lui qui réunit des êtres que rien ne devrait normalement rapprocher, mais où le miracle de l'amour, des codes partagés, des rituels progressivement adaptés, des concessions raisonnées, permet finalement à chacun de trouver sa place, de s'épanouir, d'enrichir l'autre. Pour moi, comme pour Brady Udall apparemment, la famille est l'ultime et formidable ressource malgré tout ce qu’elle a d'insupportable. Famille je vous hais, famille je vous aime : c'est l'ingrédient principal de ce livre. Le héros, 45 ans, Golden Richards, est à un stade de questionnement existentiel. Sa famille a toujours été son investissement premier, son tuteur personnel, mais l’accumulation des responsabilités, des petits tracas quotidiens, qu'il avait acceptés jusque-là, lui deviennent insupportables après le décès de 2 de ses enfants. Il est usé. Ce sont autorisés Il a des rêves d'égoïsme et de liberté, que sa droiture lui interdit de faire aboutir, et dont l'éclosion l'enferme dans un désespoir secret. On suit aussi l'un de ses fils, Rusty, 11 ans, pas tout à fait dans le moule, et qui de ce fait se croit non- aimé alors qu'il est simplement mal aimé.

Grâce au talent de Brady Udall à poser ses personnages, à nous exposer leurs contradictions, leurs faiblesses, leurs envies, à situer avec empathie et humour les situations les plus banales ou plus rocambolesques, le roman serait déjà réjouissant. Il y a des pages hilarantes qui nous racontent comment décoller un chewing-gum prie dans les poils pubiens, faire la chasse aux puces dans une famille nombreuse (j'ai retrouvé mes modestes chasses personnelles contre les poux)…

Mais il faut savoir aussi que cette histoire se situe dans les années 70 dans une secte de fondamentalistes mormons. Et que parmi ceux-ci un certain nombre d'hommes sont considérés comme élus et de ce fait poussés (contraints ?) à être polygame et à engendrer le plus d’enfants possible. (Il faut bien noter que ce ne sont pas les vrais Mormons :ceux-ci ne sont plus polygames depuis la fin du XIXe siècle comme cela est rapidement expliqué dans le livre,… mais ce que le 4e de couverture semble ignorer.)

Golden est l'un de ceux-là, mari de 4 femmes, père de 28 enfants. On comprend vite comment ses problèmes sont démultipliés, insurmontables et pathétiques. Brady UPDALL décrit plus particulièrement certains des personnages auxquels il s'attache décryptant remarquablement la culpabilité, les petites jalousies, les mesquineries cachées, mais aussi actes courageux, les paroles consolatrices et les mains tendues. Il sait que celle-ci n’atteignent pas toujours leur but, que la vie nous réserve pas que des bonnes surprises, qu'il faut lutter sans fin, que c'est pour ça sans doute qu’elle vaut la peine d'être vécue.

Ce qui est passionnant dans le roman de voir comment Udall montre que ses personnages, qui devraient nous paraître totalement incompréhensibles du fait de leur vécu et de leurs valeurs si différente des nôtres, sont en fait très proches de nous avec simplement un décalage dans la façon d'apprécier les choses. Il n'évite pas l'aspect intolérable rigidité et d'intégrisme de ses personnages. Mais les grandes émotions, les sentiments basiques sont la. La vérité est beaucoup plus complexe que ce qu'on pourrait imaginer : l'homme patriarche n'est pas forcément le gagnant, les femmes, quoique n'ayant pas la part belle quand on les regarde avec nos yeux, savent aussi mener leur barque à leur avantage. Dans ce carcan des traditions chacun exprime à sa manière sa personnalité propre. Total, comme chez nous, tout le monde aime, souffre, se bat, essaie de s'en sortir au mieux, se raccroche à cette notion à la fois rebutante et formidable : la famille. Et pourtant, malgré ce credo somme toute bien banal, malgré une obéissance à Dieu et aux règles qui exclue toute critique, Udall ne tombe jamais dans le « bien-pensant », il garde un recul amusé et une décontraction qui sont l’un des charmes du livre.

On a pu comparer Brady Udall, dans diverses critiques, à John Irving, et en effet on retrouve cette empathie pour l'enfance qui se sont abandonnée, qui se sent différente et manque d'amour, lâchée dans le monde pas toujours accueillant et compréhensif des adultes, prête à tout pour attirer l'attention. Mais ici le regard est beaucoup plus tendre, naïf, plein de compassion : il comprend les enfants et leurs déchirements certes, mais il pardonne aux adultes, qui, eux aussi sont de malheureux individus perdus dans un monde trop dur pour eux.

C'est donc une histoire totalement banale et proche de nous : celle d'une famille , mais racontée de façon riche, originale, touchante, drôle, palpitante. Je m'arrête dans la liste d'adjectifs louangeurs, mais vous comprendrez que je n'ai qu'un conseil : allez à la rencontre du polygame solitaire et de sa famille, qu'on n'a pas envie de lâcher après la dernière page.

En tant que famille, ils partaient à la dérive, leur obéissance à Dieu et leur foi devenaient sujettes à caution, leur père et patriarche était absent par le corps et par l'esprit, et il ne servait pratiquement plus à rien ni à personne depuis trop longtemps, leurs mères se querellait et se révélaient incapables de se faire obéir de leurs enfants qui eux-mêmes se disputaient, se conduisaient mal et rendaient leurs mères folles.

Il n'aurait pas pu fournir une réponse plus juste, plus parfaite, parce que, après tout, c'était une vérité fondamentale sur laquelle ils avaient choisi de régler leur vie : à savoir que l'amour est une matière première illimitée. Il n'est pas soumis au jeu cruel des additions et soustractions, de sorte que le donner à une personne n'implique pas nécessairement qu'on doive l’ôter à une autre. Et le cœur dans sa capacité elle aussi illimitée - même le cœur trouble et mensonger de l'homme devant elle, même cette pauvre chose qui se serrait et battait de manière désordonnée à l'intérieur de sa propre poitrine - peut s'ouvrir à tous ceux qui désirent y entrer à l'exemple d'une maison aux portes et aux fenêtres grandes ouvertes et du cœur de Dieu lui-même, immense, accueillant et sacré, une demeure aux pièces innombrables, remplies d’ une multitude infinie.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #religion #famille
par topocl
le Sam 10 Déc 2016 - 4:38
 
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Sujet: Brady Udall
Réponses: 4
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