Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 10 Déc - 22:59

169 résultats trouvés pour social

Rana Dasgupta

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Unknow10

Delhi capitale

Rana Dasgupta ne connaissait l'Inde que parce que ce pays était celui de son père. Jamais il n'aurait imaginé quitter définitivement le confort de Manhattan pour la cité de Delhi. Et pourtant, il a été aspiré par le pouvoir d'attraction de cette ville dont il est, dit-il, tombé aussi amoureux qu'haineux… Et cette ville, il a eu envie de la comprendre, en se replongeant dans son histoire (récente et plus ancienne), et en allant à la rencontre de ses habitants, plus particulièrement ceux de la classe moyenne, qui sont au coeur de ce livre.

Maintes fois, Delhi a été détruite. Maintes fois, elle a su renaître de ses cendres. Le dernier traumatisme en date étant le drame de la Partition, dont les conséquences ont totalement changé le visage de la capitale indienne, donnant lieu à un vrai bouleversement culturel. L'empire moghol avait laissé en héritage une culture raffinée, un art unique et une langue célébrée des poètes. En exacerbant les antagonismes, la Partition a provoqué la mort de ce subtil sincrétisme hindo-musulman, que l'auteur évoque avec une certaine nostalgie. Cet extrait certes un peu long synthétise bien, je crois, la pensée de l'auteur :

Sans doute pense-t-on qu'un pays indépendant est plus porté à s'exprimer qu'un pays colonisé. Peut-être imagine-t-on l'Indépendance comme un moment où des voix jusque-là muettes se déversent tout à coup en conversation et en chants. Mais, dans l'Inde du Nord, la vérité était plus complexe. On ne lisait plus les ouvrages des grands auteurs en hindoustani, qui contenaient trop d'éléments désavoués et était écrits dans un alphabet qu'on ne pourrait bientôt plus déchiffrer.  Les maisonnées pendjabies, naguère si fièrement littéraires, se mirent à dédaigner les livres. La plupart, tous ceux qui ne servaient pas directement à promouvoir la carrière, représentaient une dépense sans retour sur investissement ; en fait, ils étaient une menace pour la maisonnée post-Partition, dans laquelle reconstruire la base matérielle de la famille était l'unique préoccupation légitime. (…)
Delhi mérita une fois de plus sa réputation de ville ou les langues viennent mourir. Si les réfugiés de la partition oublièrent l'ourdou en une génération, ils éprouvèrent les mêmes des difficultés à transmettre leur langue maternelle, le Pendjabi, dont leurs petits-enfants, dans leur immense majorité, ne connaissaient que des bribes. Beaucoup de membres de la classe moyenne finirent par ne parler correctement aucune langue – ni l'anglais, qui était, néanmoins, leur langue professionnelle, ni le hindi, qu'ils parlaient chez eux avec un vocabulaire limité aux besoins de la vie quotidienne. Le souci de la langue ? Vain et efféminé. La mode fut un certain relâchement dans l'expression, à une ignorance voulue de la grammaire.  (…) L'ancienne largeur de vue disparut. Les gens savaient de moins en moins ce que pensaient ceux qui n'étaient pas comme eux, l'isolement et la suspicion s'accrurent entre les castes.
Ce sont souvent les pauvres migrants des petites villes qui préservaient l'idée de la belle langue. Les réfugiés de la Partition, qui étaient propriétaires, comptaient leurs maisons et leurs économies, se repaissant de leur supériorité face à ces nouveaux venus dépenaillés ; mais parfois, ils entendaient parler les classes laborieuses venues d'autres lieux où l'on avait conservé les éléments poétiques, extatiques de l'hindoustani, et il s'apercevaient alors de tout ce qu'eux-mêmes avaient perdu.


La devise des années Nehru, "frugalité, service, nation", déjà mise à mal sous le régime d'Indira Gandhi, fut littéralement balayée par la dérégulation économique des années 2000. Aujourd'hui, la ville de Delhi se trouve dédiée tout entière à la rentabilité, à la réussite sociale et au consumérisme. L'opulence se doit d'être ostentatoire. Mais si le dynamisme de cette classe moyenne force l'admiration, il n'en cache pas moins des failles : une jeunesse désoeuvrée et en perte de repères, et des cellules familiales déstabilisées par la nouvelle indépendance des femmes, la (relative) libéralisation des moeurs, ou encore le recul de la spiritualité.
Et puis, le pendant de tout cet argent coulant à flot est, on le sait, la corruption endémique qui sévit dans le pays. Le système, loin d'être anarchique, est au contraire soigneusement planifié et entretenu par tous ceux qui y trouvent leur intérêt. Même le système médical est gangrené, les hôpitaux n'hésitant pas à faire payer des sommes ahurissantes des traitement totalement inutiles, voire dangereux pour les patients…
Delhi est en plein boom, Delhi s'enrichit, mais Delhi marche sur la tête…

Bien entendu, les pauvres sont comme toujours les grands perdants dans cette histoire. Les terrains où ils établissent leurs bidonvilles étant régulièrement convoités par les promoteurs, ils sont évincés manu militari, relégués dans les friches insalubres. Là, patiemment, de leurs propres deniers, ils reconstruisent des habitations, des écoles, et adjoignent un système de canalisation, avant d'être, de nouveaux, chassés comme des malpropres. Eternel cycle infernal pour ces déshérités ouvertement méprisés :

Le corollaire de tout cela était que, dans l'esprit de la classe moyenne, les domestiques ne méritaient pas leur salaire. Ce dernier n'était pas le reflet de leur contribution à la maisonnée, mais une espèce d'aumône qui leur était faite en dépit de leur incompétence. (…) Leur représentation des pauvres n'était pas celle d'une formidable force de travail, mais d'une meute de parasites qui vivaient au crochet de l'intelligence et du dur labeur de leurs supérieurs. C'était elle, la classe moyenne, qui boostait l'économie, et elle était déterminée à s'assurer que les fruits de la croissance lui reviennent en propre, et à personne d'autre. (…) « Se faire plumer » par les pauvres étaient quasiment une obsession (…)  Comme si, en réaction à la sempiternelle maxime de l'immédiat après indépendance – « Souvenez-vous des pauvres ! » –, Le temps était venu, semblait-il, de les oublier.


Pour dresser ce portrait contrasté de la ville, l'auteur a interviewé des gens très divers, arrogants, attachants, lucides, déroutants aussi, parfois, qui se sont livrés en toute sincérité. Mais Rana Dasgupta ne se contente pas de nous proposer des témoignages bruts, il fait un véritable travail de mise en perspective, aussi bien culturel que politique, analysant les mutations actuelles à l'aune du passé de la ville et du pays. C'est passionnant, parfois édifiant, et que l'on soit d'accord ou pas avec ses théories, on se plongera avec fascination dans cet essai de quelques 600 pages qui se lit aussi facilement qu'un roman, et livre de Delhi une vision aussi séduisante qu'effrayante.
A l'heure actuelle, Delhi est une ville à l'équilibre précaire, d'autant plus que son approvisionnement en eau est de plus en plus difficile à asssurer. Delhi pourrait donc bien s'auto-détruire. Avant de renaître, encore une fois ?


mots-clés : #corruption #essai #historique #mondialisation #social
par Armor
le Sam 15 Juil - 18:29
 
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Sujet: Rana Dasgupta
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KOBAYASHI Takiji

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 31jbsa10

Le bateau usine

Sur ce bateau usine, la vie est indécente, blessante, meurtrière. Ces hommes travaillent dans des conditions inhumaines sous les ordres du cynique et cruel Intendant, Asakawa, qui réduit les prérogatives du capitaine à la conduite du bateau !

Mal nourris, mal équipés, locaux insalubres, travail épuisant, voire dangereux, battus, la colère se nourrit de jour en jour.

"Que valent un ou deux gars de votre espèce ? Mais ne vous avisez pas de perdre ne serait-ce qu'une chaloupe ! Hors de question !"

L'intendant laisse périr plusieurs centaines d'hommes en interdisant au Capitaine d' assister les naufragés d'un autre bateau usine.

En perte de vitesse dans la pêche, l'Intendant instaure une rivalité entre les marins et les pêcheurs (diviser pour mieux régner) en faisant appel à leur patriotisme, puis en annonçant des récompenses ou des punitions selon le poids des prises : la carotte et le bâton ! pour le profit des actionnaires.

Les hommes, pêcheurs, ouvriers, paysans ont déjà exercé d'autres métiers difficiles dans les mines, les usines, les chantiers, la terre et ils en parlent ; aussi lorsque au Kamtchatka certains rencontrent des Russes qui vantent leur idéologie ils sont intrigués et intéressés. Ils propagent l'information à leurs compagnons.

"Les pêcheurs s'étaient vaguement demandé si ce n'étaient pas là ces "effrayants" discours "rouges" contre lesquels on les avait mis en garde. Mais en même temps, ils se disaient que si c'était ça, alors la propagande rouge ressemblait bigrement à du bon sens."

Qui, exploités comme ils le sont ne serait séduit ? Ils ont retenus l'un des principes du syndicalisme : l'union ! Alors quand la situation empire, ils débutent leur lutte par des "débrayages" et c'est la venue d'une grosse tempête malgré laquelle l'Intendant veut des pêcheurs au travail, que la goutte d'eau, si l'on peut dire, fait déborder le vase de la colère. Ca suffit de peiner, de mourir ! Tous se mettent en grève et portent leurs revendications au capitaine et à l'intendant. L'ignoble Asakawa fait intervenir les militaires du destroyer qui les suit et les 9 hommes qui représentent l'ensemble des travailleurs sont arrêtés.

Là ils prennent conscience que s'ils s'étaient TOUS présentés, unis devant les militaires ceux-ci devant leur nombre, leur force aucun d'eux n'aurait été arrêté.
La deuxième tentative fut un succès, ils avaient appris, ils savaient se défendre.

Une illustration de l'exploitation des travailleurs par le capitalisme. J'ai trouvé de belles métaphores, des descriptions et des sentiments puissants dans ce récit. La postface intéressante quant à la situation des travailleurs au Japon, notamment dans la littérature citée, des évènements passés, la vie de l'auteur (on mourrait pour des idées dans ce pays aussi).

Un beau passage illustrant la fraternité lors de la mort de l'un d'entre eux.

extraits :

"Des canots à vapeur semblables à de grosses punaises de lit tissaient des fils entre les navires dans un incessant va-et-vient."

"A Hokkaida, chaque traverse de voie ferrée était taillée dans le cadavre bleui d'un travailleur. Ceci n'est pas une figure de style. Sur les chantiers portuaires, les travailleurs victimes du béribéri étaient ensevelis vivants dans les terres gagnées sur la mer."

"L'autre il est là avec son pistolet, il nous fait croire qu'il pourrait s'en servir à tout moment, mais il n'est pas bête à ce moint. C'est juste un moyen ça - tu piges ? C'est pas dans leur intérêt de nous tuer. Leur but, leur vrai but, c'est de nous faire turbiner, de nous pomper la sueur, de nous pressurer, mais alors jusqu'à la moelle, pour obtenir des profits faramineux. Et c'est ça qui nous arrive en ce moment précis, chaque jour... Alors t'en dit quoi de leurs méthodes ? Notre corps, c'est rien de plus que des feuilles de mûrier pour nourrir les vers à soie, il faut qu'il soit sacrifié !"



(récupéré)


mots-clés :  #social
par Bédoulène
le Jeu 29 Juin - 0:34
 
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Sujet: KOBAYASHI Takiji
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Jack London

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Martin10

Martin Eden

C'est l'histoire d'un jeune marin qui étant tombé amoureux d'une jeune fille de la bourgeoisie, qu'il idéalise, pour elle, pour pouvoir l'épouser, il va s'extraire de son milieu grâce à son intelligence, sa volonté, sa pugnacité jusqu'à devenir un écrivain célèbre.

Lui c'est Martin Eden, physique avantageux, elle Ruth une délicate jeune fille. En général dans les contes la fin est heureuse.................oui mais pour cela il faut être deux, il faut que l'Amour, le divin Amour comme l'appelle Martin soit Grand, qu'il fasse abnégation de tout ce qui n'est pas l'autre.

Martin passe ses journées à écrire, il s'affirme dans l'écriture, il est de taille à rivaliser avec les productions qui paraissent dans les revues ou magazines, il le sait, à force d'étudier il a dépassé le niveau intellectuel de celle qu'il aime. Cependant les nouvelles, les écrits qu'il adresse aux revues, éditeurs, lui sont régulièrement retournés ; à bout d' argent, Martin s'engage à nouveau sur les bateaux et dès qu'il revient reprend l'écriture, au grand dam de Ruth et sa famille, celle de Martin aussi d'ailleurs ; tous le haranguent : "fais toi une situation" car pour eux écrire n'en est pas une. Martin s'entête, Ruth lui reproche souvent son attitude, confortée par les critiques de ses parents qui veulent se débarrasser de Martin, indigne de leur fille, de leur classe.
Ruth est ignorante de la vie, elle ne s'émeut pas du dénuement de Martin, de  ses nuits courtes, de son considérable travail, mais qu'il ne puisse assister à une soirée chez ses parents cela la déçoit, la contrarie. Martin souvent pour pouvoir rencontrer Ruth en étant présentable, porte vêtements, vélo, au Mont de Piété. Seule la logeuse de Martin, qui vit aussi dans la pauvreté sait reconnaître les marques de la privation, elle l'aide selon ses moyens.

Martin rencontre un homme qui a sa sympathie, aisé, qui lui aussi écrit et de belle manière, Brissenden l'entraîne à une réunion socialiste, à la suite de l' article  d'un jeune reporter qui a assisté à la réunion et qui n' a pas compris le discours de Martin, ce dernier se retrouve maltraité dans la presse, s'ensuit une mise à l'écart de son entourage et surtout une rupture avec Ruth, qui se laisse convaincre par ses parents de l'indignité de Martin. Pensez un socialiste chez les bourgeois, impensable ; un traitre oui !

Martin tente d'expliquer à Ruth ce qui s'est passé mais elle lui dit sa déception et le rejette. Un cataclysme n'aurait pas eu un effet aussi dévastateur. Après plusieurs jours de désarroi, après le décès de son ami Brissenden, il est tenté de  déchirer les écrits qui s'entassent et qui ont fait des allers/retours chez les éditeurs comme ses vêtements au même rythme au Mont de Piété.
Puis il décide de terminer l' essai commencé, ce sera le dernier. Mais l'ironie du destin se manifeste, plusieurs revues, éditeurs lui font des règlements, de plus en plus conséquent pour ses nouvelles, romans ; il devient rapidement célèbre, fait la une des journaux, bref ce qui aurait été un bonheur il y a quelques mois est aujourd'hui une farce amère.

L'auteur dénonce à travers la situation de l'écrivain Martin, les pratiques des maisons d'édition, les revues, les critiques littéraires ; à  travers la famille Morse, les notables de la ville, l'ignorance, la petite vue de la bourgeoise. Je dirai vulgairement parlant que ces gens là n'ont pas de figure qui, après le succès de Martin, osent l'inviter, l'honorer comme l'un de leur classe, ce qu'il ne sera jamais, bien heureusement. Le jeune homme n'est pas dupe bien sur, il sait jusqu'où peut aller leur hypocrisie.................jusqu'à envoyer Ruth le relancer.

Mais le divin Amour n'existe plus, Martin est indifférent, voir Ruth se défendre ne l'émeut plus, il dément ce qu'elle dit, elle n' a été qu'une illusion car il l'avait idéalisée ; elle ne donne rien alors que la jeune ouvrière qui a croisé son chemin s'offrait coeur et âme.

Martin rembourse au centuple ce qui lui a été donné, à ceux pour qui il comptait quand il n'était que Martin Eden, le vrai Martin, généreux, aimable, seulement le marin, l'ami, le frère.

Il part pour les îles de Tahiti, là où il a été heureux jadis.  Mais sur le bateau qui l'emmène, il n' a plus d'envie, plus de force pour rien.

c'est dans les mots de Swinburne qu'il trouve la solution à son mal,  il est enfin heureux

De trop de foi dans la vie,
De trop d'espoir et de trop de crainte
Nous rendons grâce, en une brève prière
Aux dieux qui nous en délivrent
Et grâce leur soit rendue
Que nulle vie ne soit éternelle
Que nul mort ne renaisse jamais
Que même la plus lasse rivière
trouve un jour son repos dans la mer.

Il s'enfonce dans les eaux, au plus profond, vers l'obscurité.


Les mots de London me sont allés au coeur, aux tripes. Le contraste entre la mentalité ouvrière et celle de la bourgeoisie est bien évident ; les travers des uns et des autres, leurs défauts comme leurs qualités très justes (à mon sens bien sur) Le parcours de l'écrivain je le pense assez bien relaté.

merci à ceux qui ont partagé cette lecture.



Extraits

Le sommeil c'était l'oubli et chaque jour il ne se réveillait qu'à regret. La vie l'ennuyait affreusement. C'était si long, la vie !...

Il la regarda, la trouva splendide. Elle rachetait vraiment la conduite passée, se montrait enfin une vraie femme, supérieure aux lois de fer des conventions bourgeoises. C'était splendide, magnifique, sublime. Et pourtant... que lui arrivait-il donc ? Ce qu'elle faisait ne le touchait ni ne l'émouvait. Il l'appréciait, l'admirait cérébralement. Mais son coeur n'avait pas trésailli. Et il ne la désirait plus.

Voilà, c'est bien ça ! dit-il, dans un moment critique quand ce que vous croyez être le bonheur de votre vie est en jeu, un juron vous fait peur.

Vous avez tout fait pour me faire craindre la vie. Vous m'auriez rabaissé à la mesure de votre vie bourgeoise, où tout est mesquin, faux et vulgaire.



mots-clé : #creationartistique #social
par Bédoulène
le Lun 26 Juin - 18:29
 
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Sujet: Jack London
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Roger Vailland

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Bm10

BEAU MASQUE


Situation :
Vailland nous conte l’histoire de Pierrette Amable ouvrière dans une filature, responsable locale syndicale de la CGT et membre du Parti Communiste, ainsi que celle de ses camarades,   et tout particulièrement leur lutte contre la direction de cette filature suite à des licenciements en masse et des réductions de temps de travail.

La ville où se situe la filature est en retrait des grandes villes et ne bénéficie pas du  progrès , les habitants qu’ils soient ouvriers ou paysans vivent difficilement de leurs salaires ou de leur terre.

En contrepoint de la situation professionnelle des ouvriers et ouvrières se déroule un  vif conflit entre les actionnaires pour la prise de contrôle de la filature sous  la flexibilité  économique du gouvernement. Bien évidemment au détriment du personnel ouvrier.

Se greffe une histoire d’amour entre Pierrette et Beau Masque un ouvrier Italien émigré en France est sympathisant des causes défendues par Pierrette.

Quelques réflexions : "En 1951, Roger Vailland, installé au hameau des Allymes sur les hauteurs d’Ambérieu-en-Bugey, se lance dans une série de reportages sur l’industrie textile de la vallée de l’Albarine, dont il trouve l'histoire « politiquement formidable, pittoresque par ailleurs et (touchant) tous les plans de l'actualité ». S'appuyant sur le livre d'or de la «SIS» (Société concurrente de la SAF et dont l'usine-mère se situe à Tenay, à moins de 10km de Saint-Rambert), qui démontre selon lui l'exactitude des thèses du «Capital» et sur le témoignage d'ouvriers et d'ouvrières de la « vallée de la misère », Vailland produit quatre articles («Une histoire de brigand»; «Ronchaud ou les infortunes de la vertu»; «La sonnette de Mlle Franc»; «La Schappe contre les Français») qui paraissent dans les éditions dominicales des journaux «les Allobroges», «la République de Lyon» et «le Patriote de Saint-Étienne».
De cette expérience naîtra le roman Beau masque et la figure de la « femme nouvelle », Pierrette Amable, inspirée librement du personnage de Marie-Louise Mercandino, syndicaliste à la Schappe et camarade de combat de l'écrivain-militant.  source wikipedia

Le récit se déroule au début des années 50 période des Trente glorieuses mais certains secteurs sont en marge des avancées : "Les mines et le textile, secteurs anciens de la première industrialisation connaissent un long déclin qui accompagne celui de l’organisation et de la forte identité de ces mineurs et ouvriers du textile. " (LA CLASSE OUVRIÈRE DANS LA FRANCE DES TRENTE GLORIEUSES)

En tant que journaliste  et  Communiste Vailland connait bien les arcanes du parti et du syndicalisme aussi les personnages sont bien campés, l’argumentation et la dialectique cohérentes.

Son parcours personnel lui permet aussi  de dresser des portraits  éclairés et éclairants de la bourgeoisie de cette époque et tout particulièrement  des  propriétaires de la filature.

Le racisme primaire visible dans ce récit est toujours d’actualité du moins pour ce qui concerne les émigrés d’Afrique du Nord , les mots ont changé mais l’insulte reste. Les Italiens sont aussi insultés même notre séduisant héros.

De l’antisémitisme également : « Parce qu’elle entrait dans la famille par le biais de sa belle-sœur juive, ce qui la rendait suspecte a priori. » « Elle supposait  que la malice était une maladie héréditaire chez les Empoli, un vice juif. »

Autre remarque, beaucoup boivent, hommes et femmes, riches ou pauvres, seule la boisson est différente et le vin n’étant pas cher « l’ivresse quotidienne était à la portée de toutes les bourses. »


J’ai apprécié l’écriture, par moment poétique, les réflexions de l’auteur sur le paysage (comme une peinture de Hubert Robert), sur des lectures, son regard sur les personnages et sa complicité avec eux, notamment avec Beau Masque dont la séduction le contrarie quelque peu.

C’était une lecture à mon goût, la vie des travailleurs, leurs luttes pour une vie meilleure, et leurs espoirs pour Pierrette et ses camarades. Même si je connais aujourd’hui ce qu’il est advenu de cette espérance, je les comprends  et  même si c’était une utopie, elle était belle et on ne peut condamner l’espoir.

Et aujourd’hui qu’en est-il du travail des ouvriers ?  des faits récents prouvent que la lutte continue.

Extraits :
« Beau Masque était leur roman. Elles estimaient, plus ou moins confusément selon leur degré de lucidité qu’elles avaient droit au moins à ce roman-là. »

« Elle pensa que, par le simple jeu de la concurrence, les gros propriétaires de Beauce et de Brie étaient en train de dépouiller son oncle de sa terre, exactement de la même manière qu’il avait dépouillé de leurs terres les tout petits propriétaires du Quartier d’En-Bas. »

« Alors dit Philippe, c’est pour ton père et pour la reine d’Angleterre que les ouvriers du Clusot vont tout à l’heure se faire casser la gueule par les CRS. »

« Mon père, quant à lui, reconnaît que le mécontentement ouvrier nous sert aujourd’hui et que nous devons l’utiliser à fond.  Il est persuadé que, quoi que nous fassions, les ouvriers sont les patrons de demain. »    (je suppose qu’il tient compte de la progression à cette époque du PCF)

« Sur l’élégance et sur la race , les éleveurs peuvent bien en dire davantage que les sociologues ou les esthéticiens. Ce domaine de l’expérience et de la pensée me fascine. Un cul bas, un nez retroussé rapproché de la lèvre, des jambes courtes, des bras longs, m’en apprennent davantage sur un humain que trente pages de biographie. J’ai dû la vie sauve à m’ être méfié d’une peau huileuse, d’une lèvre inférieure qui s’efface. »

« La combe était maintenant parsemée d’un grand champignon haut chapeauté, avec sur sa robe des gris à la Goya, des ocres à la Braque, la lépiote élevée. »

« Dans le monde entier, simultanément, une nouvelle classe d’hommes était en train de prendre conscience de ses intérêts, de sa force, d’atteindre sa maturité. »



merci à Nadine pour l'ouverture de ce fil, je continuerai les rv avec l'auteur.



mots-clés : #social
par Bédoulène
le Mer 31 Mai - 22:16
 
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Sujet: Roger Vailland
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Annie Ernaux

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 89353910

Les armoires vides


« Ça suffit d'être une vicieuse, une cachottière, une fille poisseuse et lourde vis-à-vis des copines de classe, légères, libres, pures de leur existence... Fallait encore que je me mette à mépriser mes parents. Tous les péchés, tous les vices. Personne ne pense mal de son père ou de sa mère. Il n'y a que moi. »
Un roman âpre, pulpeux, celui d'une déchirure sociale, par l'auteur de La place.


Avec ce livre, je découvre A.Ernaux, et je dois dire que je suis très partagée et ambivalente quant à ce que j’ai pu penser et ressentir au fil de cette lecture, cela du à son style d’une part, à la teneur du fond d’autre part.

L’écriture d’Ernaux est imagée, elle renvoie à ce que l’on perçoive et vive quelque chose de ce qu’elle a vécu. A la lire, sauf quelques bouffées d’oxygène parfois, je me suis sentie comme étouffée par son style littéraire, ses phrases denses, faites de juxtapositions de mots jetés tels qu’ils viennent, phrases qui parfois ne me semblent même pas prendre sens. Ce sentiment d’oppression que j’ai ressenti presque tout au long de cette lecture et la pénibilité que cela a été de poursuivre me font dire que je n’ai pas apprécié. Après, si je dois aller plus loin sur la forme, je dois reconnaître à l’auteur d’amener le lecteur à se sentir pris dans la même suffocation qu’elle a de son milieu. Elle arrive à ce que l’identification fonctionne si bien qu’on plonge avec elle, et pour cela je reste admirative, mais je ne suis pas sûre d’avoir envie de nouvelles apnées à ses côtés.

Ce qui m’a tenue est surtout le fond de l’œuvre et la finesse avec laquelle l’auteur livre les ressentis de Denise. Petite reine dans son quartier populaire, fille de commerçants ayant une épicerie-bar, Denise dite « Ninise »  passe son temps à manger des bonbons dans l’épicerie de sa mère,  à se moquer des ivrognes qui passent dans le bar de son père, jouer la voyeuse quand ils vont « pisser » dans la petite cour, écouter les confidences osées des dames à sa mère, partager des moments avec ses amies et s’amuser avec elles à se tripoter le « quat sous »,  à  débiter en riant  jurons et expressions populaires, langage fleuri qui lui donne le sentiment d’entrer dans la cour des grands.

Puis, Denise va découvrir l’école libre, éloignée de nombre de manière de son quartier. Elle découvrira vite là-bas qu’elle n’est rien du tout, et prendra conscience d’un autre monde que celui, lourd, pégueux, vulgaire, de la rue Clopart. Dévorée d’envie envers ses camarades de classe de milieux plus bourgeois, et humiliée par elles, elle va faire la peau à la détermination sociale et s’accrocher à sa place de première pendant toutes ses années d’école, de collège, de lycée .... En parallèle, ce qu’elle admirait et appréciait de son quartier, des gens qui y vivent, de ses parents, va peu à peu s’effriter et ses sentiments se muer en haine, dégoût, honte, assortis de la culpabilité de dénigrer ainsi les siens, tout en même temps qu’elle les déteste aussi d’être si gentils, de tant se sacrifier, alors qu’elle les méprise tant.

Ce déchirement qu’elle décrit entre deux milieux, et la honte qu’elle porte comme un costume depuis son entrée à l’école libre vont aller croissant. Ernaux arrive à nous faire vivre le basculement progressif de sa pensée et son évolution au fil des années de Denise, partagée entre honte et culpabilité. Elle nous montre comment avec moult efforts elle tente de s’extirper de son milieu, tout en même temps qu’elle ne s’en extirpera jamais vraiment, tant aucune réussite ne pourra vraiment  l’extraire de cette image d’elle-même comme étant la Ninise des quartiers populaires, une identité qui lui colle à la peau et la rattrape tout le temps.

Une lecture qui mériterait un approfondissement et une re-lecture purement analytique de cette évolution des sentiments de Denise, mais la lourdeur de l’écriture me fait renoncer à cela, car malgré toutes les qualités que je lui trouve sur le fond, je ne me sens pas de refaire une traversée dans les bas-fonds puants, étouffants, oppressants, aux côtés de Ernaux.


mots-clés : #enfance #social
par chrysta
le Dim 28 Mai - 8:14
 
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Sujet: Annie Ernaux
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Alessandro Manzoni

Les Fiancés (I Promessi Sposi)

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 70331010

L’histoire se déroule en Lombardie à la fin des années 1620. Deux jeunes villageois, Renzo et Lucia veulent convoler. Hélas, un seigneur local, Don Rodrigue, à la suite d’un pari avec un parent, a jeté son dévolu sur la belle. Il va tout faire pour empêcher ce mariage, en premier lieu faire pression sur le curé du lieu. Cette situation va entraîner nos deux promis dans une série d’aventures toutes plus périlleuses les unes que les autres entre malfrats repentis, religieuse traîtresse, foule en colère, sans oublier la grande peste de Milan de 1630.  

Quel plaisir de lecture ! Pourtant, j’ai horreur des romans historiques ! Mais justement, le livre de Manzoni est bien plus que cela. Toutefois, sous ce simple aspect, le lecteur ne devrait pas être déçu. En effet, les péripéties s’enchainent les unes aux autres et maintiennent sans difficulté l’attention. Quel spectacle un Visconti, par exemple, aurait pu tirer de ce roman ! Ce qui m’a beaucoup plus intéressé est la psychologie des personnages qui n’a rien de caricaturale. Manzoni nous livre de beaux portraits d’hommes et femmes dont parfois les décisions sont surprenantes, le secours ou la détresse ne viennent pas forcément de ceux que l’on pense. Surtout, l’auteur en fin politique analyse remarquablement les relations sociales de l’époque. Dans un monde où les règlements ne sont pas respectés, ce sont de petits potentats locaux qui font la loi aidés de quelques hommes de main. Par leur parentèle plus élevée en noblesse, par quelques hommes de loi corrompus, ils arrivent toujours, ou presque, à leur fin. Don Rodrigue en est un parfait exemple. Heureusement, parfois un grain de sable déjoue leurs pronostics. Certaines situations sont clairement expliquées par Manzoni ; ainsi les causes de la disette à Milan liée à de mauvaises récoltes, et aggravée par une taxation du blé imposée par quelques « populistes » afin de calmer le peuple mais qui ne mènent qu’à l’émeute. Sur cela vient se greffer la fameuse épidémie de peste qui ravage le Milanais à la suite de la descente des troupes de lansquenets sur Mantoue. Nous retrouvons cette litanie de l’époque « a peste, a fame, a bello, liberere nos domine ». Manzoni montre parfaitement l’enchaînement de ces trois fléaux. « Les Fiancés », c’est aussi comment les appétits de puissance de quelques individus provoquent des ravages parmi le peuple ; heureusement, c’est aussi quelques hommes dévoués qui avec des moyens dérisoires tentent de remédier au pire, tentent de secourir et de soulager dans une ville de Milan ravagée par la peste dont Manzoni donne une description apocalyptique, mais malheureusement véridique. « Les Fiancés » est un très très grand livre.
Rien de mieux pour vous donner envie, je l’espère, que deux passages qui montrent toute la finesse d’analyse de l’auteur et aussi son humour, comme le souligne Quasimodo.
 
« Quant à ce qui forme la masse, et comme le matériel du tumulte, c’est une mixture accidentelle d’hommes qui tiennent plus, ou moins, selon une gradation infinie, de l’un ou de l’autre extrême : un peu échauffés, un peu fripons, un peu enclins à une certaine justice, telle qu’eux-mêmes l’entendent, un peu curieux aussi du spectacle d’une grosse affaire, prompts à la férocité et à la miséricorde, à détester ou à adorer, selon que se présente l’occasion de ressentir avec plénitude l’un ou l’autre sentiment ; avides à tout moment d’en apprendre, ou d’en croire de belles, avec le besoin de vociférer, d’applaudir quelqu’un ou de le conspuer. »


«Ayant tout bien pesé, le comte invita un jour à dîner le père provincial, qui trouva là un cercle de convives assortis entre-eux avec une intention raffinée. Quelques parents, des plus titrés, de ceux dont le seul nom patronymique était un titre , et qui par leur seul maintien, une certaine assurance native, une nonchalance hautaine, une manière de parler de grandes choses en termes familiers, réussissaient, sans même le faire exprès, à imprimer ou à rafraîchir, à tout moment, l’idée de la supériorité et de la puissance ; et quelques clients, liés à la maison par une dépendance héréditaire, et aux personnages par une servitude de toute leur vie ; lesquels, commençant, dès le potage, à dire oui, de la bouche, des yeux, des oreilles, de toute la tête, de tout leur corps, de toute leur âme, vous avaient, au dessert, réduit un homme à ne plus savoir comme on peut faire pour dire non. »
(traduction Yves Branca)




mots-clés : #guerre #historique #social
par ArenSor
le Mar 2 Mai - 19:06
 
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Sujet: Alessandro Manzoni
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Flavio Steimann

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Couv_310

Bajass

quatrième de couverture a écrit:« Amérique. Le mot était sur toutes les lèvres.
De la gueule écumante des hommes ivres, il sortait en titubant dans le noir. Tout en haut dans le fumoir, il circulait de table en table comme un paquet d’actions, prenant l’accent des hommes du monde. Mais tout en bas, dans le ventre du navire, on le trouvait gravé, puis rageusement barré au charbon sur des murs dont la peinture s’écaillait, craché, noir et amer entre les mains calleuses qui l’envoyaient par pelletées dans les trouées de feu, parce que dans l’obscurité de la cale, le sens du voyage importait peu. »

Dans la Suisse des années 1900, où la modernité tarde à arriver, un couple de paysans est retrouvé mort, assassiné à la hache. Appelé sur le lieu du crime, l’enquêteur Albin Gauch se heurte au silence unanime des villageois. Soupçonnant un orphelin que le couple employait comme garçon de ferme et qualifiait de Bajass (“vaurien”), il embarque à sa suite pour New York sur le paquebot Liberté. Les semaines passées à bord de ce miroir grossissant d’une société de classes profondément inégalitaire, théâtre des craintes et des espoirs qu’inspire l’émigration à des Européens fuyant la misère, l’amèneront à désobéir à sa mission policière.


L'arrivée sur les tables de nos librairies d'un nouvel auteur suisse allemand (une première traduction en français) ça mérite bien la curiosité. Enrobé policier et annoncé enfumé par le quatrième de couverture doit on obligatoirement penser à Dürennmatt ? Pourquoi ne pas commencer par là. Non. On comprend vite que c'est noir mais ce n'est pas du réchauffé et il n'y a pas de recherche de la même tonalité.

Pas très joueur Steimann avec son policier vieillissant qui arpente la montagne enneigée, pas très causant non plus. Mais très bien écrit (et traduit, ça doit aller de paire). C'est précis et la vision est plus précise que le lent épuisement ne le fait apparaître directement.

Ce n'est pas non plus vraiment un révision de littérature prolétarienne, l'époque et la traversée de l'Atlantique ne doivent pas non plus nous tromper là-dessus. Il est actuel, sans forcer le propos, ce fonctionnaire pas modèle mais certainement efficace, actuel et fatigué.

Bonne lecture. Un texte à la fois très accessible et très solide et bien édité (par Agone).

Recommandation.


mots-clés : #polar #social
par animal
le Mer 26 Avr - 22:00
 
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Sujet: Flavio Steimann
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William Faulkner

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 51yx8h10

Le bruit et la fureur

Par rapport à la discussion amorcée sur le côté compliqué de Faulkner, j'ai fini par relire Le bruit et la fureur. Il a fallu que le prof nous explique le projet narratif complexe de Faulkner pour que j'arrive à le saisir. J'en avais échappé beaucoup au cours de ma première lecture. Je dirais que dans l'économie du récit, il est important de comprendre qu'il y a un terrain de golf sur la terre vendue par les Compson. Benjy, le simple d'esprit, est l'un des narrateurs au début du roman. Il offre une perception distordue, faisant appel à d'autres sens. Il comprend à peine les choses, mais les comprend à partir de la perception qui nous est offerte à travers le récit.

Je vous ai parlé du terrain de golf, de Benjy, il faut également mentionner Quentin, le suicidé. La famille Compson s'est saignée en vendant la terre pour payer les études de Quentin à Harvard. Ils sont quatre enfants. Il y a Benjy, Quentin, Caddy et Jason. Le patriarche de la famille a nommé un de ses fils du même nom et Caddy a baptisé son fils du nom de Quentin. La relation entre Caddy et Quentin fut compliquée. Ces gens vivent avec des domestiques noirs et Dilsey occupe le rôle de mère que Caroline, leur vraie mère, n'est pas capable d'assumer.

Le récit se déroule en quatre chapitres, trois s'échelonnant sur trois jours consécutifs et un autre revenant sur un épisode passé en 1910 quand Quentin prend la parole. Nous sommes au cœur des romans du courant de la conscience des années 1920-1930. Nous voyons vraiment la décrépitude morale dans laquelle les gens du Sud des États-Unis composent avec les relents de racisme que ça suppose - à l'encontre des Noirs et des Juifs de New York. William Faulkner est très lucide de par la manière qu'il apporte les éléments de cette déchéance sociale.

Dans Le bruit et la fureur, nous nageons en plein délire par bouts... nous voyons à quel point c'est torturé, compliqué et que les gens ont de la peine à en sortir. Nous sentons ce côté «prisonnier du passé». Les dialogues sont transcrits en suivant une forme très orale et même relâchée dans sa construction et ponctuation défaillante... c'est particulier comme projet de roman.

Voici un extrait que j'avais remarqué et que d'autres ont cité sur Babelio :

C'était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m'avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. Il est plus que probable que tu l'emploieras pour obtenir le reducto absurdum de toute expérience humaine, et tes besoins ne s'en trouveront pas plus satisfaits que ne le furent les siens ou ceux de son père. Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l'oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t'essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots.



mots-clés : #social #famille
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 15 Avr - 9:28
 
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Sujet: William Faulkner
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Roger Vailland

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 0410

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Unknow11

325000 francs

Un court roman de Vailland :

325 000 francs, c'est la somme que doit se procurer Bernard Busard . Busard est un coureur cycliste, un bon. mais aussi un homme amoureux. Il courtise apparemment en vain une femme amère.

Il va s'atteler, avec un jeune paysan, à l'une des presses à injecter de l'usine d'une petite ville jurassienne pour fabriquer sans discontinuer, pendant six mois, des objets en plastique.
Parce qu'il a trouvé une solution pour que cette femme lui sourit enfin pleinement.

C'est un livre assez dur,
on y parle vélo, chiffres, beaucoup.
Un monde ouvrier s'y déploie, avec , je trouve, véracité. Des années 50/60.

Le ton de Vailland, qui m'avait accrochée, se retrouve intact ici :
un style direct, factuel.
(j'ai pensé à Céline Minard, pour son Grand Jeu, à cause de l'excellent talent à décrire le technique de celui-ci. On baille mais on est captivé tout à la fois.)

Amateurs d'évasion : passez.
Ici tout est foi, mais rênes. Talent, mais destin ?

J'ai beaucoup aimé, malgré que je ne goûte en soi guère le cyclisme et les productions industrielles.

Je pense que ce qui m'a plu tient à la maitrise du récit que Vailland démontre. On s'attend bien à un certain nombre de choses, pas de chute à proprement parler, mais sous ses airs factuels, ce roman naturaliste a des stries aux couleurs du Fatum.

Très différent de Bon pied Bon oeil. Mais il claque bien fort. Dans son genre.
Un court roman aux semences de fresque.


mots-clés : #social
par Nadine
le Mar 14 Mar - 20:46
 
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Sujet: Roger Vailland
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Gérard Mordillat

Ce que savait Jennie

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Tylych43

À vingt-trois ans, Jennie n'a qu'un but dans la vie : réunir ses soeurs et son frère dispersés dans des familles d'accueil et un foyer afin de les emmener voir la mer depuis les falaises d?Étretat.
Au cours de cette quête à travers la France, Jennie va rencontrer Quincy, un acteur qui ne veut plus l'être. Lui aussi est animé d'une volonté sans faille : venger le suicide de sa mère.
Unis face au pire et portés par une détermination farouche, ces amants tragiques mettront tout en oeuvre pour parvenir à leurs fins.


Ce que savait Jennie s’entremêle avec « Ce que savait Maisie » d’Henry James , chef d’œuvre de la littérature.
Jennie dévisage le monde, Jennie  gribouille Maisie, inscrit  ses poèmes, Jennie a sa bible abrupte, ce livre dans lequel elle y appose sa vie laborieuse et douloureuse.
Jenny est la droiture, inflexible,  c’est la rigidité de sa haine qui l’anime, armée de vengeance.
La mécanique du cœur s’emballe, l’animosité fait rage, les représailles s’abattent. Évanouis les rêves, seul persiste celui d’une dernière réunion familiale…
Ce livre est une claque, profond et grave, on touche le fond de la violence psychologique, d’une vie détruite sous fond de capitalisme destructeur et de lourdeur sociale.
Gerard Mordillat nous offre une bombe  littéraire  qui éclate nous laissant  face aux débris du cœur.

Qu’est-ce qu’on t’apprend à l’école ? À être le meilleur, le plus performant, celui qui a les meilleures notes, celui qui rafle les prix… En réalité, on te dresse pour le marché. Pour te fourrer dans la tête l’idée de concurrence. Tu dois être concurrentiel, tu dois battre la concurrence, être un winner, comme on dit aujourd’hui. Et les profs, à quoi servent-ils ? Ils servent à te former à la consommation. Tu dois apprendre à choisir le « bon » prof, à vouloir la « bonne » filière, à obtenir le « bon » diplôme. Ça sert à ça, l’école. À faire de toi un type qui ne pourra pas penser en dehors de la concurrence et de la consommation.

mots-clés : #social
par Ouliposuccion
le Mar 14 Mar - 7:08
 
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Sarah Waters

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Produc12

Derrière la porte

Ce dernier roman de Sarah Waters apparait d'abord comme une synthèse de ses précédentes oeuvres, avec une intrigue centrale autour d'une relation lesbienne et une trame historique marquée par le poids de l'héritage de la première Guerre mondiale. De multiples rebondissements et l'appropriation d'un sensualité rappellent donc l'univers néo-victorien de Caresser le velours ou Du bout des doigts, alors que la description d'une ville de Londres portant au quotidien les souffrances de la guerre met en lumière une désagrégation socio-économique.

Frances est une jeune femme qui semble sans avenir et sans perspectives, habitant avec sa mère. Afin de payer des dettes, elles louent un étage de leur maison à Leonard et Lilian Barber, couple dont la présence bouleverse immédiatement Frances et fait revivre une personnalité dissimulée. Sa relation avec Lilian devient le fil conducteur d'un roman dont la tension monte progressivement, tant leur avenir se heurte à une impasse.

Derrière la porte est une lecture souvent passionnante dans sa dimension policière qui explore à la fois des aspects intimes et sociaux, mais le récit est parfois surchargé dans son ambition. Sarah Waters veut montrer la duplicité et la fragilité des êtres, l'intensité de passions fiévreuses et d'errances affectives face à un contexte hostile. Les coups d'éclat romanesques laissent cependant trop souvent les protagonistes à distance.


mots-clés : #identitesexuelle #social
par Avadoro
le Dim 5 Mar - 10:42
 
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Albert Cossery

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Cosser10

LA MAISON DE LA MORT CERTAINE

Il arrive qu'on rate un rendez vous avec un écrivain et ça m'est arrivé avec Cossery.
Peut-être avais-je été refroidi par la franchise brutale de l'écrivain. Pas plus qu'Ettore Scola, Cossery n'hésite pas à montrer que la misère extrême dans toute son impudeur rend les humains méchants, cruels, cupides et lâches.
Comment être autrement quand on meurt de faim littéralement dans une maison complètement pourrie… Et qu'on mobilise son énergie pour survivre. Dans les pires conditions.
Tels sont les quelques habitants de la maisons de la mort certaine dans une venelle du Caire.

Tapie au sommet de la venelle des Sept Filles, la maison de Si Khalil, le propriétaire dégoutant, craquait sous la rafale et achevait de se convertir en ruines. Il faut dire l'atroce vérité. Cette maison ne tenait debout que par miracle.
Seuls des fils de putain, aveuglés par une misère abjecte, pouvaient abriter leur chétive existence entre ces murs délabrés...
Aussi, pour prévenir tout danger, avait-on interdit l'accès à la venelle à tout genre de véhicule et même à certains vendeurs ambulants, dont la voix trop puissante risquerait de préciiter la catastrophe.

P. 7

Car enfin qu' est-ce qui les maintient en vie ? Leur vie est un enfer et même la mort refuse de les prendre.
Mais vivent ils encore ou sont-ils seulement des fantômes affamés, exangues et et furieux ?
Condamnés à attendre la chute de leur maison.
Comme si le seul malheur autorisé résidait là. Attendre et mourir.

Pourtant derrière leurs colères, leurs gesticulations, leurs disputes, on perçoit l'humanité asservie des gens de rien.

A bout de résistance, ils font venir un écrivain public pour adresser une supplique au gouvernement.

Cher gouvernement.
Nous voulons te dire, par la présente, que notre maison est en train de s'écrouler et que Si Khalil, ce propriétaire dégoûtant, ne veut plus la réparer.
Il nous a présenté un soi-disant ingénieur possédant plusieurs diplômes, mais nous avons tout de suite compris que ce n'était qu'un inverti n'ayant en fait de diplôme que la rondeur de ses fesses.

Nous l'avons traité comme il convient, en le renvoyant d'où il était venu...
Nous espérons que tu viendras voir la maison, pour que tu puisses t'en rendre compte, sinon nous l'apporterons chez toi, ce qui est la même chose.
Nous te saluons avec respect et sommes tes serviteurs jusqu'à la fin de nos jours qui sont comptés.

P. 90

Récupéré


mots-clés : #social
par bix_229
le Jeu 2 Mar - 20:46
 
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Sujet: Albert Cossery
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Albert Cossery

Mendiants et orgueilleux

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Mendia10

Gohar est un intellectuel, professeur à l’université du Caire. Un jour, il se rend compte de l’inanité de son enseignement et abandonne tout pour vivre en mendiant dans les quartiers les plus déshérités de la ville indigène.

« Tous ces grands esprits, qu’il avait admiré durant des années, lui apparaissaient à présent comme de vils empoisonneurs, dépourvus de toute autorité. Enseigner la vie sans la vivre était le crime de l’ignorance la plus détestable »


Il habite maintenant une pièce sombre d’une maison en ruines, son seul mobilier consistant en une chaise, lui-même dormant sur une couche de vieux journaux. Ses besoins frugaux, à l’exception du haschich, il les contente avec l’entraide de ses amis. Gohar passe la plus grande partie de son temps à  observer  la vie qui l’entoure, professant un fatalisme heureux, sans se leurrer sur la nature humaine :

"Ce qu’il y a de plus futile en l’homme, pensa-t-il, c’est cette recherche de la dignité. Tous ces gens qui cherchaient à être dignes ! Dignes de quoi ? L’Histoire de l’humanité n’était qu’un long cauchemar sanguinaire qu’à cause de semblables sottises. Comme si le fait d’être vivant n’était pas une dignité en soi. Seuls les morts sont indignes »

«  Gohar s’insurgeait de toute son âme contre la conception d’un univers absurde. En fait, c’était sous le couvert de cette prétendue absurdité du monde que se perpétraient tous les crimes. L’univers n’était pas absurde, il était seulement régi par la plus abominable bande de gredins qui eût jamais souillé le sol de la planète. En vérité, ce monde était d’une cruelle simplicité, mais les grands penseurs à qui avait été dévolue la tâche de l’expliquer aux profanes ne pouvaient se résoudre à l’accepter tel quel, de peur d’être taxés d’esprits primaires. »


De fait Gohar est insensible au remord. Le jeune Yéghen, poète difforme, survit difficilement grâce au trafic de haschic, il  voue une admiration sans borne pour Gohar et sa philosophie n’est pas très éloignée de celle de son maître. Les armes absolues de Yéghen sont le rire et la dérision.
Le troisième compère, El Kordi, est un peu différent. Miséreux également, il bénéficie cependant d’un poste au ministère, travail qu’il sabote délibérément par ferveur révolutionnaire. En effet, El Kordi se veut redresseur de torts et rêve de délivrer la société de l’oppression des puissants. Toutefois, ses bonnes intentions peuvent disparaître subitement lorsqu’il croise une belle jeune femme dans la rue.
Autour du trio gravite un autre personnage Nour El Dine, officier de police inverti. En effet, un crime vient d’être commis. Représentant de l’autorité, il a peur de ces mendiants qu’il ne comprend pas :

« Le spectacle de cette humanité livrée aux loisirs d’une fête perpétuelle le rendait furieusement envieux. Il leur en voulait de leur insouciance, de leur capacité à méconnaître les principes du monde dont les fondements étaient la tristesse et la contrition. Par quels sortilèges échappaient-ils à la commune détresse »


Son incompréhension va grandir lors de la rencontre avec l’homme-tronc qui donne du plaisir à sa femme et qui se permet de chanter au lieu de s’apitoyer sur son sort :

« - Il est réconfortant de savoir, dit Gohar, que même un homme-tronc peut donner du plaisir
- Un pareil monstre !
-  ce monstre possède un avantage sur nous, monsieur l’officier. Il connaît la paix. Il n’a plus rien à perdre. Songe qu’on ne peut plus rien lui enlever.
-  Crois-tu qu’il faille en arriver là pour avoir la paix ?
- Je ne sais pas, dit Gohar. Peut-être qu’il va falloir devenir un homme-tronc pour connaître la paix. Tu te rends compte de l’impuissance du gouvernement devant un homme-tronc ! Que peut-il contre lui ?
- Il peut le faire pendre, dit Nour El Dine.
- Pendre un homme-tronc ! Ah, non, Excellence. Aucun gouvernement n’aurait assez d’humour pour se livrer à un acte pareil. Ce serait vraiment trop beau »




J’ai pris énormément de plaisir à lire les premiers chapitres au point que je me disais avoir découvert un ouvrage « magique ».  Le début notamment m’a enchanté, lorsque Gohar se réveille envahi par l’eau, pensant à une crue du Nil, puis réalisant qu’il s’agissait de l’eau servant à laver un mort dans la pièce d’à côté ! Sa balade dans le quartier avec ses rencontres amicales dans la foule grouillante sont également réjouissantes :

« Des individus, affalés contre les murs ou bien debout dans des poses immuables, prodiguaient leur inertie séculaire à déjouer la circulation. »  


Puis, le meurtre avec l’enquête policière qui s’ensuit ont quelque peu refroidi mon enthousiasme. J’ai l’impression qu’Albert Cossery n’avait pas besoin de ce genre d’intrigue pour mener sa barque. Avouons toute de même que les derniers chapitres sont à la hauteur des premiers. En conclusion, un excellent livre qui aurait pu être un vrai chef-d’œuvre. Smile


mots-clés : #psychologique #social
par ArenSor
le Mer 1 Mar - 19:09
 
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Sujet: Albert Cossery
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Martin Veyron

Ce qu'il faut de terre à l'homme.
Mise en couleur : Charles Veyron

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je crois bien que c’est Eglantine qui en avait parlé, alors j’ai suivi.
C'est un conte philosophique, dans la Russie des moujiks, qui montre, en gros, que l'argent ne fait pas le bonheur. Mais ce n'est pas sa faute, à l'argent, c'est surtout que les hommes sont trop cons, en veulent trop et tant pis pour eux..
C'est inspiré d'une nouvelle de Tolstoï et c'est raconté avec une légèreté et un humour de bon aloi sur un thème si grave.

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il fait partie de la  Sélection officielle du Festival d'Angoulême 2017


mots-clés : #bd #humour #social
par topocl
le Sam 28 Jan - 15:46
 
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Sujet: Martin Veyron
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Tom Cooper

Les maraudeurs

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Dans le bayou assommé de chaleur, malmené par Katrina, dévasté par  la marée noire, les hommes traînent leur désespoir - ou leur colère? -  (les femmes sont parties ou mortes, Tom Cooper ne s'encombre pas). Pas de pêche, c'est à dire pas d'argent, pas d'avenir , peu de présent hors les saouleries et les blagues débiles. Plus rien qui n'attache à ce pays tant aimé. Alors chacun cherche sa solution, une prolifique culture de cannabis, des bêtises à la  petite semaine, une chasse au trésor compulsive, une mauvaise humeur permanente, ou un deal avec BP pour achever de trahir les survivants (et se trahir soi-même). Ah! mais si ! il y a Wes le petit ado dont ce livre constitue le roman d'initiatique,  celui qui a perdu sa maman, est bien propre, bien courageux et honnête, et qui va s'en sortir au milieu de tous ces débris d'humanité...!!!

Bon c’est quand même plus subtil que ça, et au pire, l'originalité est ailleurs, Les portraits sont attachants, joliment troussés et souvent drôles,  la nature est un mélange de splendeur et de désespoir illustré par les flaques de pétrole qui surnagent. Il y a un petit côté anthropologique à voir la vie dans le bayou, la pêche la nuit, toutes ces lumières des bateaux qui circulent sont splendides. Et une  dénonciation de l'incurie face à la marée noire , quoique un peu superficielle.
Tout cela baigne dans un  certain humour, souvent au dessous de la ceinture, mais plaisant dans la façon de traiter  les situations et notamment les crocodiles. Et la construction à plusieurs point de vue soutient habilement le suspense.


mots-clés : #social #initiatique
par topocl
le Sam 28 Jan - 10:07
 
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Sujet: Tom Cooper
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Silvia Avallone

D’acier

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2001, les tours jumelles, l'année où le monde a basculé. Pour Anna et Francesca,, qui s'en fichent pas mal, l’année de leurs 14 ans, l'été où leur vie intime a basculé.

A Piombino, en face de la paradisiaque île d’Elbe, c'est l’aciérie qui nourrit la plupart des familles. On la respecte pour cela, mais en même temps on la déteste, pour le travail exténuant, les rêves déçus. Les pères vengent comme ils le peuvent leur incapacité à mieux satisfaire leurs enfants, les mères assument ou n'assument pas les erreurs de leurs maris. La jeune génération, elle, recherche les plaisirs pour mieux masquer son désarroi : le soleil, la plage, quelques pétards ou parfois plus, les fêtes, les boîtes…

Anna et Francesca, un pied encore dans cette enfance ballottée, le corps déjà épanoui, la tête comme un grelot, le cœur en bandoulière, vont connaître le cataclysme des premiers émois, des premières amours, des amitiés et des déceptions : des disputes de petites filles, des chagrins gros comme ça, et des peurs inmaîtrisables.

Sylvia Avallonne dans un style sauvage et percutant comme ses héros, sans rémission, nous décrit ce quartier écrasé par le sommeil ou paralysé par le froid, des êtres qui se cherchent, qui se frôlent, se font mal : qui se débattent pour donner un semblant de couleur à l'ordinaire de la misère. Elle a une vraie compréhension de l'intimité des adolescents, si changeants, prêts à tout pour un peu de chaleur humaine, capables d'amour et de haine dans la même seconde. Pas mal de casse au passage, les choix ne sont pas toujours les bons, et un peu d'implication des adultes les aurait bien aidés. Ses héros sont ancrés dans le réel, dans le combat d'une cité ouvrière pour sa survie. C'est toujours touchant, parfois drôle, jamais dans le jugement. Certes les personnages et situations sont souvent stéréotypés (ne le sommes-nous pas tous ? et les adolescents les premiers ?), les coïncidences parfois lourdes : c'est sans doute pour cela qu’Aériale parle de séries télévisées, mais la verve et la dynamique de Sylvia Avallonne l'emportent dans ce roman que l'on n’a guère envie de lâcher (même si le mot génie est exagéré , bien sûr, c'est sans doute la précocité de l'auteur qui a séduit) et qui nous place en attente du suivant.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #social
par topocl
le Sam 28 Jan - 9:32
 
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Sujet: Silvia Avallone
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Silvia Avallone

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Marina Bellezza

"L'avenir est à réinventer dans cette vallée coincée entre des montagnes de granit. Une départementale bordée par les carcasses de filatures abandonnées mène à des villages silencieux, un no man's land aux confins de l'Italie."

Le décors est planté.

Deux personnages principaux dans ce roman :

Pour Marina Bellezza, jeune femme de 22 ans, très belle, dotée d'une voix magnifique, courant de concours en concours,l'avenir se joue ailleurs, sur les plateaux-télés.

La revanche sur un passé de petite fille pauvre, ayant grandi dans un village désormais déserté, dans une famille désunie où un drame s'est noué qui a précipité la désunion d'un père adoré et absent et d'une mère alcoolique.

Andrea, lui, issu d'une famille de notables, a d'autres traumatismes familiaux, un frère idolâtré par ses parents, lui-même se sentant floué, et il choisira au lieu de la voie toute tracée, ....de rester dans ce village et de s'installer dans la ferme de son grand-père afin d'y faire du fromage, renouant ainsi avec une tradition abandonnée.

Evidemment, un amour passionné uni ces deux protagonistes et vu le choix de vie de chacun, ce sera très très compliqué.

Un très bon roman, bien écrit, on s'attache aux personnages et on suit le déroulement de l'histoire avec un vif intérêt. Smile

En parallèle de cette histoire d'amour, toute la complexité de notre époque apparaît, partir ou rester dans son fief natal : "enracinement ou abandon ?".


mots-clés : #social
par simla
le Ven 27 Jan - 21:29
 
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Sujet: Silvia Avallone
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Gyula Krúdy

L'affaire Eszter Solymosi

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Krudy10

J'avais envie d'un livre long, d'un livre lourd, d'un livre qui prenne le temps de me raconter des choses que je sais (un peu) et d'autres que je ne sais pas (du tout). Ce livre s'est incarné grâce à Gyula Krúdy. Je suis passée au large de certaines références historiques et littéraires (en me promettant d'y revenir) mais j'ai complètement cédé au charme incroyable d'un conteur déroutant et lucide, poétique et politique, dense et dansant. C'est en 1931 que Gyula Krúdy s'empare de L'affaire Eszter Solymosi (prononcer choyemochi) qui défraya la chronique hongroise des années 1880. Et le lecteur ne peut que se réjouir d'avoir entre les mains ce que Krúdy appelle des notes (qu'il fera publier en feuilleton dans un journal et ne seront éditées en livre que quarante ans après sa mort en 1970) et qui se compose de pas moins de 640 pages fort adroitement hypnotiques ! Une somme ! Un roman passionnant parce qu'il nous raconte le temps d'avant : avant la Shoah, quand être antisémite était l'apanage des riches propriétaires, nationalistes et érudits et d'avant la mondialisation, quand les nouvelles ne parvenaient que par l'intermédiaire des journaux, quand on voyageait encore à cheval, quand la Hongrie était plus vaste et parlait bien des langues : le hongrois, certes, mais aussi le yiddish, le ruthène, le slovaque, le souabe ou bien l'allemand…

Terre de métissage, aux élites effrayées par l'arrivée massive de juifs issus de la diaspora russe (les premiers pogroms ont alors lieu là-bas), la Hongrie est alors un pays qui se remet à peine de la Révolution de 1848. La Hongrie où les pauvres sont aussi pauvres que ceux de la Bible, où les flotteurs de bois descendent aux beaux jours sur leur radeau le bois qu'ils ont coupé l'hiver, une Hongrie à la fois pleine d'un charme désuet et dangereux que se plaît à nous décrire Krúdy. Car il faut bien reconnaitre que les deux cents premières pages de ce gros roman fabuleux mélangent pêle-mêle cette société hétéroclite, passant allègrement des juifs nécessiteux aux chrétiens qui ne le sont pas moins, d'un commissaire en suspension disciplinaire, à un dirigeant violemment antisémite (mais qui bien sûr adore ses amis juifs), d'un couple d'aristocrates où madame porte la culotte, jusqu'à ces Ruthènes taiseux qui font flotter le bois sur le fleuve Tisza. Fleuve qui est sans doute le personnage le plus inattendu de ce roman.

Mais quid d'Eszter Solymosi qui donne son nom au roman ? Eszter est une jeune fille de quatorze ans, chrétienne, servant dans la maison de la mère Huray (qui n'est pas commode). Un samedi matin, sa maitresse l'envoie acheter de la peinture. La gamine ne réapparaitra jamais. Au même moment, ce samedi-là, le bedeau a réuni dans la synagogue un groupe de juifs parmi lesquels il doit trouver un nouveau sacrificateur pour sa communauté (en effet pour que la viande soit kasher, l'animal doit être tué selon un rituel précis, il ne doit pas souffrir et doit être vidé de son sang). De l'un à l'autre de ces deux évènements, l'amalgame se fait tout naturellement entre voisins qui s'ignorent ou parfois se haïssent et voilà les juifs accusés (par un des leurs, ce qui est bien le comble), de crime rituel. Les juifs auraient attiré la jeune fille dans la synagogue, l'auraient maintenue au sol, lui auraient coupé la gorge, auraient récupéré son sang dans des bassines et ce sang aurait servi pour fabriquer le pain azyme de la Pâque. Vous n'y croyez pas ? Pourtant en 1882, à Tiszaeszlár tout le monde y croit, une furieuse vague antisémite gagne le village, puis la région et enfin la Hongrie toute entière ! Qui sont ces juifs qui viennent tuer nos enfants chrétiens ? Du plus pauvre au plus riche, on s'indigne, on fouille, on observe, on se méfie. Et les autorités appuient. Fort. Du juge d'instruction au commissaire en passant par les médecins tout le monde accepte la version de Moric (le fils du bedeau). Las ! Le seul moyen pour réhabiliter les juifs d'Eszlár est de retrouver le corps d'Eszter… Les grandes familles juives d'Europe (oui, l'affaire en est arrivé à mobiliser -un peu- l'ensemble des riches juifs d'Europe) promettent cinq mille florins (une somme formidable) à celui qui retrouvera le corps d'Eszter. Et on le retrouve ! Ce sont les flotteurs de bois qui la font surgir miraculeusement de l'eau ! Mais ! Non ! Ce n'est pas elle ! Ce n'est pas le corps de la petite Eszter ! Sa mère est formelle, sans même jeter un regard à la dépouille elle le sait ! Une mère sait cela ! Surtout le corps repêché dans les eaux boueuses de la Tisza n'a pas été égorgé. Ce n'est donc pas Eszter ! CQFD !

Alors commence en juin 1883, en pleine canicule, le procès le plus retentissant de l'époque et c'est à nouveau toute une cohorte de juifs s'arrachant les poils de la barbe, de bourgeois fondamentalement antisémites, de juges taciturnes, d'avocats belliqueux, de journalistes fiévreux qui viennent user leurs fonds de culotte sur les bancs du tribunal. La société décrite par Krúdy est formidablement bien rendue, l'enquête et le jugement (même s'ils sont racontés 50 ans plus tard) valent largement le récit de Capote et son Sang froid de légende, le procès est également à peu près aussi fou, fort, formidable que celui de Kafka. On nage en pleine fournaise, dans le halètement des hommes qui comme des bêtes appellent le sang. Vous l'avez compris, j'ai adoré ce livre. Il m'a totalement emporté. A la fois pour ce qu'il dit de la condition juive à l'époque (mais sans tomber non plus dans une démagogie débilitante, les juifs d'Eszlár sont sales, bêtes et méchants et ceux de Hongrie ne connaissent déjà plus la solidarité), les bourgeois sont pour la plupart antisémites par tradition comme ils sont nationalistes à un moment de l'histoire où la Hongrie est sous le joug autrichien… Le récit de Krúdy est incroyablement riche, coloré, parfois farfelu dans sa chronologie et ses choix narratifs, tendu vers la vérité, rendant hommage à l'intelligence et au courage de ceux qui ne crurent pas à l'histoire racontée, voulue, martelée par les autorités d'un crime rituel dont tout le monde s'accorde à accuser les Juifs.

Mais au final… qu'en est-il du corps d'Eszter Solymosi ? Et bien trouvez ce livre, lisez-le, dévorez-le et vous saurez peut-être un bout de la vérité, en tout cas vous apprendrez que :

Ce monde est la maison des êtres sans nom, où chacun doit travailler, jour après jour, pour conserver sa place dans l'existence.


N.B. : j'ai bien conscience que ce roman de Krúdy est très particulier au sein de sa production littéraire, écrit tardivement alors qu'il avait besoin d'argent, il n'est sans doute pas très représentatif de son Art, il n'en reste pas moins un roman dans lequel on retrouve les préoccupations et la construction/circonvolutions de l'auteur, un roman qui me donne furieusement envie de découvrir toute l'œuvre de Krúdy !


mots-clés : #antisemitisme #communautejuive #social
par shanidar
le Lun 23 Jan - 16:57
 
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Sujet: Gyula Krúdy
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Friedrich Gorenstein

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Gorens10

CHAMPAGNE AU FIEL


J'ai lu  Champagne au fiel il y a quelques temps. Ces trois longues nouvelles ont en commun la désignation de trois fléaux qui ravagèrent la Russie : la misère extrême du petit peuple, la persécution politique, l'antisémitisme.
Gorenstein les dénonce avec vigueur, mais ce qui m'a frappé avant tout, c'est peut-être sa tendresse attentive pour tous ceux qui ont souffert, pour sa Russie bien aimée.
"Que nul ne peut comprendre, écrit-il, pas même les Russes, et que l'on ne peut qu'aimer."

"Il est hors de doute que l'ivrognerie n'est pas un trait psychologique naturel, inné du peuple russe.
Il est hors de doute que ce peuple, on l'a saoulé.
Qui ? Le cabaretier juif, comme, l' affirmaient autrefois les Cent Noirs et l'affirment leurs successeurs d'aujourd' hui ?
Les livres de publicistes disent clairement qui est responsable de l'ivrognerie russe : le pouvoir, l'Etat, qui en introduisant le monopole de production et de vente des spiritueux a cherché les moyens de développement d'une voie qu'il avait définitivement choisie dès Ivan le Terrible...
Voilà plus de quatre cents ans que ces cabarets de ruine et les magasins impériaux, même si aujourd' hui ils portent un autre nom, dominent la Russie."


La liberté de ton dont il fait preuve tient au fait que Gorenstein a quitté son pays pour se réfugier à Berlin Ouest.
C'est sans doute pour cela que j'ai particulèrement apprécié Dernier été sur la Volga.
L'auteur se prépare à quitter son pays. Et là, attendant un bateau, il se promène près du grand fleuve. Et il y rencontre Liouba, mendiante lumineuse.
Humble femme humiliée et offensée mais généreuse.

"La voilà devant moi, la Russie. La voilà, ma petite mendiante.
Non ce n' est pas une beauté aux joues rouges, au corps droit, à la poitrine abondante en sarafane brodé qui vous offre sur un plat doré un grand pain tout frais sorti du four....
Mais Liouba misérable, meurtrière sans péché, au regard humble et clair, à l'âme amère et automnale. Une fille du temps née sans auciun droit. Telle que je voulus la graver dans ma mémoire, telle que je voulais l'emmener au loin."


A travers cette femme dostoievskienne, on peut voir si l'on veut, le symbole d'une Russie malheureuse et persécutée mais généreuse malgré ses souffrances.

"L'attente en Russie, est indissolublement liée aux espaces du pays et constitue une autre hypostase de l'idée de la Russie qui, comme quelqu'un l'a,  à juste titre fait remarquer, s'exprime clairement dans la chanson russe, pleine de profonde tristesse ou de gaieté débridée.
Les heures et les kilomètres y sont infinis. Que l'on marche, que l'on roule, que l'on demeure assis, on n'en voit pas le terme.
Par son horrible monotonie, le temps d'attente vous étreint l'âme d' angoisse, tout comme la nature égale de la steppe, la forêt profonde toujours pareille à elle-même, la nuit d'automne, l'hiver sévère."


Ces phrases me font beaucoup penser à la superbe nouvelle de Tchekhov : La Steppe.
Mais c'est aussi l'expression de l'identité juive dans un pays férocement hostile à cette identité.

Message récupéré


mots-clés : #antisemitisme #regimeautoritaire #segregation #social
par bix_229
le Dim 22 Jan - 13:34
 
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Sujet: Friedrich Gorenstein
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Friedrich Gorenstein

Tag social sur Des Choses à lire - Page 6 Compag11

Compagnons de route

Train mixte n° 27 de Kiev à Zdolbounov

Une phrase jetée dans le wagon couchette et voilà que l’un des deux hommes qui l’occupent commence à raconter sa vie à celui d’en face. L’ un devient le Narrateur, l’autre l’Auditeur, mais ce n’est pas si banal, il s’agit là d’un Auditeur conscient de son « métier d’Auditeur », car il lui faut faire comprendre au Narrateur qu’il est bien son Auditeur celui qui lui est destiné, celui qui accepte  le récit à lui confié. Ensemble ils vont participer à une « création »,  leur création conçue par la mémoire de l’un et l’imagination de l’autre ; inconsciemment le Narrateur utilise la mémoire de son Auditeur, il y déverse son récit.

Le récit, celui de cet Ukrainien , un raté de la vie, un homme né handicapé « pied-bot » et que ni les hommes ni l’Histoire n’ épargneront. Son sort est  lié à celui de l’Ukraine, qui a subi les exactions de la révolution Bolchévique et la guerre civile,  la grande famine générée par la collectivisation et la guerre internationale ;  tous ces évènements sous fond d’antisémitisme criant et de nationalisme.

L’Auditeur est un écrivain humoristique reconnu aussi ce récit à la fois dramatique et cocasse sera-t-il le sujet du livre que le lecteur (la lectrice en l’occurrence) vient de lire avec beaucoup de plaisir. Il nous décrit les lieux traversés et connus par lui, comme la ville de Berditchev où il a vécu ses premières années, cette ville où les Juifs sont chez eux ; il exprime ses convictions sur l’avenir de l’Ukraine.

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Un récit rythmé par la voix assourdie du train, par les haltes aux nombreuses gares traversées. Une très intéressante lecture non seulement parce que servie par une écriture vivante, caustique parfois bien qu’ accompagnée d'humour mais aussi par l’ histoire de l’Ukraine sous le joug soviétique et la présence allemande.




Extraits


Le terrain à Kiev et dans ses environs est très accidenté, les tumulus y sont nombreux, ce qui rend plus faciles les fusillades de masse et les enterrements collectifs.

Heureusement que tout destin humain, aussi horrible soit-il, est assaisonné de quelque agrément, même infime, comme cette gousse d’ail.

Une femme en chair et en os, qui faisait les mêmes choses que vous et moi. C’était presque vexant qu’elle sente le parfum, qu’elle soit vivante et non pas une statue, éternelle et sans odeur. J’ai compris alors pourquoi c’était le Tatar qui avait trouvé « l’œil humide et joyeux » et pas moi.

« la mort du stalinisme doit passer par un nationalisme russe, ukrainien, disons slave, et tant pis pour les conséquences. C’est bien triste, mais c’est comme ça. Le stalinisme doit être relégué dans les montagnes du Caucase, devenir une relique des peuples caucasiens. » (les slaves ont toujours considéré Staline comme un Perse)

Comme j’ai envie de sentir à nouveau une vraie odeur d’homme…Des baisers à la vodka, à l’oignon et au hareng !

Je me suis élancé, j’ai saisi la culotte sur ses hanches lisses, et je l’ai tuée en la déchirant.

Le métal indifférent au sort des humains applaudissait ses propres succès ferroviaires, c’est-à-dire l’arrivée à la station Brovki.

Je n’avais pas oublié : elle m’attendait ! Enfin, c’était la feuille blanche. […] J’avais du papier de toutes sortes, comme il se doit quand on est un humoriste professionnel : du papier vierge et du papier déjà enceint de moi, du papier qui avait mis au  monde pour ma femme et pour moi de nombreux sketches, vaudevilles et scénarios. Du beau papier acheté dans un magasin pour privilégiés.


mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Dim 22 Jan - 11:24
 
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Sujet: Friedrich Gorenstein
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