Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 11:34

170 résultats trouvés pour social

Friedrich Gorenstein

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Compag11

Compagnons de route

Train mixte n° 27 de Kiev à Zdolbounov

Une phrase jetée dans le wagon couchette et voilà que l’un des deux hommes qui l’occupent commence à raconter sa vie à celui d’en face. L’ un devient le Narrateur, l’autre l’Auditeur, mais ce n’est pas si banal, il s’agit là d’un Auditeur conscient de son « métier d’Auditeur », car il lui faut faire comprendre au Narrateur qu’il est bien son Auditeur celui qui lui est destiné, celui qui accepte  le récit à lui confié. Ensemble ils vont participer à une « création »,  leur création conçue par la mémoire de l’un et l’imagination de l’autre ; inconsciemment le Narrateur utilise la mémoire de son Auditeur, il y déverse son récit.

Le récit, celui de cet Ukrainien , un raté de la vie, un homme né handicapé « pied-bot » et que ni les hommes ni l’Histoire n’ épargneront. Son sort est  lié à celui de l’Ukraine, qui a subi les exactions de la révolution Bolchévique et la guerre civile,  la grande famine générée par la collectivisation et la guerre internationale ;  tous ces évènements sous fond d’antisémitisme criant et de nationalisme.

L’Auditeur est un écrivain humoristique reconnu aussi ce récit à la fois dramatique et cocasse sera-t-il le sujet du livre que le lecteur (la lectrice en l’occurrence) vient de lire avec beaucoup de plaisir. Il nous décrit les lieux traversés et connus par lui, comme la ville de Berditchev où il a vécu ses premières années, cette ville où les Juifs sont chez eux ; il exprime ses convictions sur l’avenir de l’Ukraine.

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Un récit rythmé par la voix assourdie du train, par les haltes aux nombreuses gares traversées. Une très intéressante lecture non seulement parce que servie par une écriture vivante, caustique parfois bien qu’ accompagnée d'humour mais aussi par l’ histoire de l’Ukraine sous le joug soviétique et la présence allemande.




Extraits


Le terrain à Kiev et dans ses environs est très accidenté, les tumulus y sont nombreux, ce qui rend plus faciles les fusillades de masse et les enterrements collectifs.

Heureusement que tout destin humain, aussi horrible soit-il, est assaisonné de quelque agrément, même infime, comme cette gousse d’ail.

Une femme en chair et en os, qui faisait les mêmes choses que vous et moi. C’était presque vexant qu’elle sente le parfum, qu’elle soit vivante et non pas une statue, éternelle et sans odeur. J’ai compris alors pourquoi c’était le Tatar qui avait trouvé « l’œil humide et joyeux » et pas moi.

« la mort du stalinisme doit passer par un nationalisme russe, ukrainien, disons slave, et tant pis pour les conséquences. C’est bien triste, mais c’est comme ça. Le stalinisme doit être relégué dans les montagnes du Caucase, devenir une relique des peuples caucasiens. » (les slaves ont toujours considéré Staline comme un Perse)

Comme j’ai envie de sentir à nouveau une vraie odeur d’homme…Des baisers à la vodka, à l’oignon et au hareng !

Je me suis élancé, j’ai saisi la culotte sur ses hanches lisses, et je l’ai tuée en la déchirant.

Le métal indifférent au sort des humains applaudissait ses propres succès ferroviaires, c’est-à-dire l’arrivée à la station Brovki.

Je n’avais pas oublié : elle m’attendait ! Enfin, c’était la feuille blanche. […] J’avais du papier de toutes sortes, comme il se doit quand on est un humoriste professionnel : du papier vierge et du papier déjà enceint de moi, du papier qui avait mis au  monde pour ma femme et pour moi de nombreux sketches, vaudevilles et scénarios. Du beau papier acheté dans un magasin pour privilégiés.


mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Dim 22 Jan - 11:24
 
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Sujet: Friedrich Gorenstein
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Antonio Moresco

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Fable_10

FABLE D' AMOUR

"Il était une fois un vieil homme qui s'était éperdument pris d'amour pour une fille merveilleuse. Ce n'était pas simplement un vieil homme, c'était aussi un clochard, un de ceux qui dorment la nuit dans la rue sur des cartons, un homme perdu, un déchet humain. Personne ne savait qui il était, pas même les autres, parce qu'il restait toujours seul, et ne parlait jamais à personne."


Lui aussi ignore qui il est parce qu'il est devenu amnésique et muet. Il survit à peine dans la grande ville. De temps en temps, comme à regret, il va fouiller dans les poubelles pour survivre. Chercher des cartons secs et des vieilles nippes. Mais il a quand même un compagnon, un pigeon éclopé qui partage sa solitude et les miettes de pain sec. Le bruit court parmi les clodos qu'il fut riche jadis, et qu'il a tout abandonné... Un jour passe une belle, pas celle de Disney, non, une fille merveilleuse. Elle passe et repasse devant lui, le regarde  attentivement, au fond des yeux, lui sourit et finalement l'invite chez elle. Elle le déshabille, le douche, le nourrit. Stupéfait il se laisse faire d'abord passivement, puis il retrouve gout à la vie. Il retrouve l'amour, tout ce qu'il pensait perdu et oublié à jamais. Et les mots pour le dire.

"J'avais éteint toutes les lumières commença-t-il à dire, tout à coup une nuit...D'abord une, et puis une autre, recommençait-il à dire tout de go le lendemain... J'avais fait le tour de toutes les pièces, reprit-il au bout d' un moment, d'une voix si basse qu'on l'entendait à peine... J'avais éteint toutes les lumières de de ma maison et de ma vie...J'avais fermé toutes les portes... je m'étais mis à coucher dehors..."


Les histoires d' amour, comme vous le savez, ne durent pas, finissent mal... Oui, mais non! Enfin, vous verrez! Une histoire impossible ? Improbable ? Qui sait ? Quand on quitte la réalité factuelle et décevante du réalisme, on peut atterrir sur les territoires libres de la fable et du conte, se trouver dans l'espace surréel de l'imaginaire comme Peter Ibbetson.

Antonio Moresco  le dit très bien dans sa postface :

"Pour peu qu'elle se libère de ses intentions édifiantes comme de ses morales consolatoires, défensives et normalisatrices, la fable peut être révolutionnaire. Car elle continue à nous rappeler -en ce temps d'expansion strictement horizontale et de fermeture de l'horizon des possibles - que l'impossible et l'inattendu peuvent encore faire irruption dans le possible et dans la vie. Car elle nous dit que la réalité n'est pas le simple reflet en miroir du monde, mais la traversée de ce miroir, qu'elle ouvre grand et qui nous permet de passer de l'autre coté."


Message récupéré


mots-clés : #social
par bix_229
le Jeu 12 Jan - 22:29
 
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Sujet: Antonio Moresco
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Véronique Olmi

Bord de mer  

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Image332

C'est une histoire du genre des frères Dardenne : une jeune femme, submergée de misère, de solitude et de déprime, tenant à bout de bras ses deux garçons, Stan et Kevin (à moins que ce ne soit elux qui la tiennent à bout de bras) décide, coup de folie désespérée, d'une virée au bord de la mer, à la fois première et ultime :  hôtel miteux, plage sous la pluie, fête foraine, intimité à trois fusionnelle et rejetante.

Un texte très court, écrit à la première personne. Sur les premières pages j'ai été gênée par l'absence de négations (logique mais dérangeante) puis  cela m' importait de moins en moins, saisie par la description de cette noirceur ordinaire, de ce désir de se grignoter un petit bout de bonheur à soi. C' est une œuvre compacte et éprouvante, mêlant  pathétique et sobriété, une histoire de gouffre sans fond, à faire pleurer (ou hurler) les plus insensibles.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #social
par topocl
le Sam 7 Jan - 17:41
 
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Sujet: Véronique Olmi
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Giuseppi Bonaviri

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Captur64

Le tailleur de la grand-rue

L’auteur nous raconte à travers les souvenirs de 3 personnages, l’histoire d’une famille rurale Sicilienne.
Pietro tailleur, auprès duquel les jeunes paysans venaient quêter l’écriture de lettre à leur promise car disent-ils ses mots sont savoureux ; Pina la sœur célibataire de 45 ans qui partage le foyer et Peppi le jeune fils de 11 ans.

Chacun a sa version de l’histoire de la famille mais tous partagent la difficile et ingrate vie et les rares moments de répit, tels la fête de sainte Agrippine, la clémence du temps et une bonne commande.
Ils ont hérité des rêves, des espoirs mais hélas aussi de la misère de génération en génération.
Dans ce village de montagne les habitants survivent difficilement dans la pauvreté et le lourd labeur qui emportent indifféremment les vies. Superstitions, croyance se mêlent et s’expriment chez les enfants comme chez les adultes et confinent leur nuit dans les maisons.
Pietro envisage de partir vers une grande ville dans l’espoir d’y trouver un travail lui permettant de nourrir sa famille, exil qui tourmente sa Femme et sa Sœur et déconcerte les enfants.

Quelle belle écriture, riche, vraie, juste, cette lecture m’a procuré un grand plaisir.
L’auteur fait partager, tout simplement, à la Nature, aux objets et aux Animaux la vie des Hommes.  
L’insalubrité, le défaut d’instruction, la dureté du labeur et des éléments naturels sont décrits généreusement mais sans emphase avec le fatalisme inhérent aux Paysans.


mots-clés : #famille #social
par Bédoulène
le Ven 6 Jan - 23:24
 
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Leonardo Sciascia

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Produc14

Les Paroisses de Regalpetra

Où on en apprend beaucoup sur les rapports des habitants avec l'église et la mafia.
Où tout le monde a plus ou moins un passé "fasciste", où les ouvriers des mines, sauniers ou de la terre ne sont pas dupes de toutes les turpitudes dont ils font l'objet d'où qu'elles émanent (église, politique, mafia...).
La pauvreté a toujours la même couleur, la même odeur.

Et lui l'Instituteur que peut-il faire ? sous la coupe de l'inspecteur et de l'église. il constate, connait les souffrances, il reçoit parfois les confidences des élèves.
Le dernier chapitre consacré à la mort de l'Inquisiteur  était très intéressant.


(message récupéré)


mots-clés : #religion #social
par Bédoulène
le Dim 1 Jan - 11:26
 
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Gyula Illyès

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Produc13

Ceux des Pusztas

Qu’est une Puszta ? un domaine : un château où vit soit un aristocrate, un membre de l’église ou un régisseur, au gré des siècles ou des années et autour sous leur responsabilité, mais à distance respectable, car dérangeantes, des familles vivant dans une grande promiscuité  dans un long bâtiment scindé en pièces, s’y ajoutent les bâtiments indispensables à la vie d’une ferme, étable, porcherie etc.
C’est dans une grande misère qu’au début du 20ème siècle ces domestiques agricoles vivent exploités par les propriétaires du domaine, à l’écart des villages, du reste de la Hongrie. L’auteur est né dans une de ces pusztas, s’il raconte la vie de sa famille c’est simplement pour faire connaître au monde, et  honorer à travers eux tous les habitants des pusztas.

Dans les pusztas aussi, il y a une hiérarchie sociale, les Bergers sont par exemple d’une classe supérieure et les statuts sont hérités par les fils : le fils d’un valet ne sera à son tour que valet etc.
La plupart des gens des pusztas  ont pour origine les Magyars, il ne faut donc pas s’étonner qu’ils aient malgré des siècles conservé les traits de caractères de cette tribu. (Je reprends un passage de la LC 13ème tribu car là aussi étaient les Magyars : Les Magyars qui ont été les alliés des Khazars, de nombreuses années ont reculés (harcelés par les Pétchénègues) à l'ouest jusqu'au territoire actuel de la Hongrie)

L’auteur rappelle les différentes invasions subies par la Hongrie et les dates importantes de l’Histoire.
J’apprécie que l’auteur ne se dérobe pas quand il avoue qu’ après avoir vécu en dehors de la puszta, à l’étranger, qu’à son retour dans le foyer familial il soit lui aussi dérangé par l’atmosphère prégnante, difficilement supportable.
Il explicite les conditions de vie de ceux de la puszta en citant les textes de lois et des documents comme les « conventions » qui un temps liaient les domestiques agricoles au propriétaire du domaine. Souvent personne parmi les domestiques agricoles ne peut bénéficier des « avancées » sociales inscrites dans les lois.

La génération des grands-parents de l’auteur restait aussi esclave après la guerre d’Indépendance qu’avant ou pendant celle-ci.
Lorsque les parents de l’auteur quittent la puszta pour habiter une maison dans un village la mère et le fils sont apeurés par toutes les habitations, ils craignent les villageois, se cachent.
Alors qu’ils se rendent avec appréhension dans une mercerie acheter du fil :

« Nous rapportons la bobine de fil en souriant, comme si elle était un trophée de victoire.
C’ est alors que nous avons pris conscience vraiment que nous étions des gens d’une puszta. »


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Ce récit rend justice à ceux des puszta et représente pour l’auteur je pense un rachat pour les années où il n’ a pas mesuré l’importance qu’ils avaient pour lui, pour la force et l’humanité dont il a hérité de ce lieu de vie. Il s'agit d'une bonne lecture! Je poursuivrai avec un petit texte de cet auteur.

Extraits :

« Le droit de participer aux affaires nationales se trouvait lié à la propriété terrienne : l’histoire de la Hongrie était donc celle des grands propriétaires ; le compte-rendu de leurs querelles. »

« Combien l’évolution historique est rapide chaque fois qu’elle peut se faire dans un sens inhumain ! »

« Bien sûr le servage a été aboli en 1848 et le Parlement a supprimé les droits féodaux. C’eût été très beau de sa part, s’il l’avait fait plus tôt. Dans ce cas là, la noblesse aurait mérité le qualificatif de magnanime, mais étant donné qu’elle avait pris ces mesures, acculée et morte de peur, elle n’a pas le droit d’y prétendre. »

« Malheureusement, il ne leur était pas donné souvent de devenir des êtres humains. Les blasphèmes et les rixes réveillent l’ambiance des pusztas plus souvent que les rires. »

« Moi, j’avais des ennuis surtout avec mon odorat, ce qui n’ a pas échappé à la perspicacité de ma grand-mère. Elle ne me reprochait ni ma lavallière, ni mes souliers cirés d’une façon ostentatoire ; mais elle observait, avec inquiétude et méfiance, mon idée fixe de l’aération. « Ferme donc cete fenêtre, disait-elle en croisant frileusement sur la poitrine son vieux châle tricoté. Ne peux-tu même plus supporter notre odeur ? » Effectivement, je la supportais mal et j’en rougissais. Je me faisais d’amers reproches, je me santais un traître. »

Je dirais que l'affectif a amené l'objectif mais comme le dit Louis Guilloux dans l'intéressante préface

«En lisant Ceux des pusztas, on sent partout que l'auteur lui-même paysan par naissance, l'est resté aussi par sa manière de savoir et de voir, de dire, qu'il a hérité des qualités foncières des paysans de tous pays qui sont la prudence, l'exactitude dans le jugement, l' honnêteté quand il s'agit d'expliquer les choses ou de prévoir le Temps qu'il fera.»

«Avant  d'être bonne ou mauvaise, une chose est vraie ou elle ne l'est pas. Gyula Illyès ne triche jamais. On ne triche pas avec l'évidence. Si on se pose en témoin, on ne triche pas non plus avec soi-même. On fait attention. L'art de Yula Illyès en fait à chaque instant la preuve.»


Un autre extrait car je pense qu'il faut connaître la vie de ces gens :

«La nature procède par bonds, le processus de réadaptation ne se fait pas sans excès. Il a fallu que j'échoue sur les rives de l'océan atlantique, que je fasse l'orateur enflammé aux réunions des débardeurs noirs de Bordeaux, avant de comprendre les raisons qui m'avaient mis en route. Il a fallu que je retourne souvent chez moi, en rechignant, que je trouve non seulement les étables et les bicoques sans charme, mais même les couchers de soleil de la puszta plus tristes qu' ailleurs, avant de pouvoir y rapporter mon coeur. Ensuite, il a fallu du temps pour que mes yeux voilés par l'amour fanatique de la paysannerie et l'enthousiasme des enfants prodigues rentrant au bercail, s'ouvrent et contemplent le paysage dans sa réalité. Les vallées et les collines me connaissaient mieux que je ne les connaissais»

La 4ème de couverture explique l'intérêt du récit suivant, Déjeuner au château :

«Complément indispensable, où, à travers les rapports complexes qui se sont établis entre les aristocrates déchus et leurs anciens domestiques, se dessine, sur l'ancien tableau en ce qu'il a de permanent la figure nouvelle des pusztas.»


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Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 31emlp10

Le déjeuner au château

L'auteur à présent «reconnu» fait des séjours au château de la puszta de son enfance, il est invité par le dernier propriétaire le Comte au château de Ürgöd car le seigneur de la puszta n'y vivait pas. À la réforme agraire de 1945 les terres des aristocrates ont été redistribuées aux paysans, domestiques agricoles qui travaillaient pour beaucoup depuis plusieurs générations pour les seigneurs des pusztas. Ce passage des terres est appelé "la relève". Le Comte se retrouve donc hébergé par son ancienne secrétaire et ne dispose que d'une surface très modeste.


«L'aristocratie Hongroise, dépouillée de ses terres, a vécu une expérience curieuse : elle s'est approchée de l'humain.»

«Depuis des siècles, l'aristocratie hongroise redoutait la couche de la population à qui elle devait ses fabuleux privilèges  - ceux qui travaillaient sur ses terres la faisaient trembler. D'ailleurs cette peur hystérique était justifiée. Les grands propriétaires méprisaient, opprimaient le peuple, avec une rigueur qui dépasse l'imagination. Jadis les manants étaient mieux traités.»


Ce déjeuner est l'occasion pour l'auteur d'une joute verbale avec celui pour lesquels ses grands-parents et parents travaillaient. Le Comte essaie de convaincre Illyès de sa proximité avec le peuple paysan en flattant son grand-père berger, lequel était apprécié, mais l'auteur mène la conversation, à chaque tentative du Comte sur le grand-père de la Princesse (la femme du Comte) Metternich qui a inculqué à sa petite fille, la peur du Hongrois.

«Elle jeta un regard embrasé sur son mari, puis sur moi aussi . L'angoisse brillait au fond du brasier. Ce n'est pas la surdité qui l'empêchait de répondre.»

Je l'ai rassurée; le peuple Hongrois, tout au moins la partie du peuple qui sème et laboure les champs voisins, n'éprouve pas les sentiments de rancune incoercible à l'égard du noble chancelier que ses cauchemars lui faisaient croire. Et, pour la première fois, le démon de la familiarité insolente des subalternes s'exprimait par ma voix :

«Grand-papa exagérait !»

L'auteur qui est retourné sur la puszta pour écrire dans un lieu tranquille (son étude de la puissance sur la psychologie), explique à son hôte qu'il n'est intéressé que par l'état psychologique des aristocrates. Le Comte pense que l'aristocratie a contribué à faire l'Histoire ; Illyès lui répond qu'«Ils ont guidé cette nation vers l'une des plus sanglantes catastrophe de son Histoire.»

C'est à l'aide d'exemples que l'auteur fait entrevoir au Comte les exactions, les turpitudes, les actions les plus saugrenues des aristocrates sur le peuple des pusztas. Nombres d'aristocrates sont morts, délaissés par leurs anciens domestiques, ne sachant ni s'habiller, se nourrir etc.... «être servi à ce point devient une servitude» Seule une tranche plus en phase avec la Nature, donc plus proche du peuple paysan a été soutenu et a pu se reconvertir.

La secrétaire à propos d'une parente démunie du Comte -«Pourquoi ne regretterait-elle pas ce qu'elle possédait légalement, puisqu'elle en avait hérité?»

Silence. Un silence légèrement accusateur qui m'incitait à répondre :

- Je crois qu'on ne peut hériter légitimement l'injustice.

Le Comte : Et si vous aviez hérité une ferme ?

- Hériter un outil de travail, à l'usage personnel, c'est différent. Hériter un moyen d'exploitation, c'est illégitime, puisqu'on avait déjà dû le prendre à la communauté de manière illégitime.

L'intervention de la parente du Comte relevant certainement d'un état pathologique l'auteur a hâte de quitter le château mais comme le Comte le pique encore c'est sur une correction grammaticale vexante pour ce dernier qu'Illyès prend congé de l'«aristocratie»!

Le Comte : - Vous aviez dit que vous étiez le dernier Petchenègue qui en ait conscience !

Pour la première fois, le rire du Comte était dur et son ton n'admettait pas de contradiction.

- Le dernier Petchenègue qui en eût conscience, aurais-je dit, monsieur le Comte.

Conclusion d'Illyès : «Une gifle vieille de cinq cents ans, a dû m'être rappelée par un de mes gènes, ce coup de malotru devait être sa réaction.»

Je le regrette.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

C'était une lecture intéressante car contradictoire avec Ceux des pusztas. Par l'Histoire qui y est intégrée, par la connaissance des deux peuples, celui des paysans et celui de l'aristocratie.



mots-clés : #autobiographie #social
par Bédoulène
le Dim 1 Jan - 0:56
 
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Sujet: Gyula Illyès
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Richard Flanagan

Je ne pensais pas forcément accrocher mais c'était bien passé !

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 41xqpt10

La route étroite vers le Nord lointain

Les éléments de la recette "grand livre anglophone du moment" sont trop apparents, c'est un fait. L'alternance des personnages, les histoires de c... ouple plus quelques scènes choc ça plonge en terrain connu et implique aussi certaines répétitions dans la première partie du livre.

A côté de ça la recette éprouvée contribue théoriquement à la lisibilité, que dis-je à la tourne-page-ibilité de l'ouvrage, et ça marche dans l'ensemble.

Heureusement tout de même, il n'y a pas que la recette, il y a le dosage qui est certes un poil forcé sur le sinistre mais difficile de faire autrement compte tenu du sujet. Les camps de prisonniers japonais dans lesquels les captifs étaient aux travaux forcés dans des conditions effrayantes ça ne faisait pas rêver dans Le pont de la rivière Kwaï ou dans Furyo et ça ne fait toujours pas rêver ! Historiquement on apprendra ou pas des petites choses (moi c'est l'engagement hors d'Asie qui m'a surpris !) en plus du romanesque de base ça ne décrirait pas encore tout à fait le bouquin.

Portons donc notre attention sur la tonalité mélancolique amère avec un soupçon d'espérance qui caractérise beaucoup des personnages. Des personnages qui aussi établis qu'ils en aient l'air sont généralement au-dedans d'eux-mêmes beaucoup moins assurés et se laissent entraîner par le monde qui les entourent vers des ratages et perdre un temps au moins, ou plus, l'amour qui leur serait nécessaire. C'est cliché dit comme ça mais à force de retours et avec le renfort d'un jeu du temps ça vaut plus !

Et puis les retours et le jeu du temps on le retrouve avec la disparition de certains motifs qu'il s'agisse de la culture littéraire ou de certains personnages secondaires. Plusieurs fossés se creusent autour de la guerre, l'avant et l'après et entre les personnages qui se perdent plus loin dans ce moment perdu pendant lequel ils auraient pu ou du ramer dans l'autre sens, vers leurs semblables... L'autre point positif c'est de plonger dans cette problématique quelques représentants de l'autre camp : des officiers japonais qui se refont une vie et une identité morale, un coréen qui ne trouvera jamais sa place et surtout l'écriture de l'histoire, mensongère ou pratique qui ne peut convenir à ceux qui ont vécu des événements impartageables qui disparaissent à toute vitesse.

Sur ces sujets là aussi il accroche bien sans trop donner l'impression de surcharger la barque.

Ce n'est pas la lecture du millénaire mais une bonne surprise  moi qui avait des doutes sur la forme obligée de l'exercice et suite aux avis tièdes qui allaient dans ce sens. Efficace (au moins avec mon rythme de lecture modéré sur la première partie), plus ambitieux et intéressant qu'attendu et laissant quelques réflexions pas mal tournées qui sonnent raisonnable ou juste.

Plutôt bonne pioche donc en ce qui me concerne.

(message téléporté).


mots-clés : #campsconcentration #deuxiemeguerre #social
par animal
le Ven 30 Déc - 18:55
 
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Sujet: Richard Flanagan
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Tendai Huchu

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Thumb-11

Le meilleur coiffeur de Harare

Vimbaï, 26 ans, a la langue bien pendue, une assez haute opinion d'elle-même, et un regard sans complaisance sur ses semblables... "Nous étions toutes plutôt belles, à l'exception d'Agnès qui avait hérité du physique de crapaud de sa mère. Aucune des deux n'avait de cou. Dommage".
Vimbai tire son orgueil de son statut de meilleure coiffeuse de Harare ; même la Ministre M. en personne ne jure que par elle ! Las, son petit monde s'écroule à l'arrivée de Dumi. Aussi beau que talentueux, il l'a supplante en un rien de temps.
Vimbai a pour devise de ne jamais contrarier les désirs de ses clientes. Son but : qu'en sortant du salon, elles se sentent blanches. Dumi, lui, n'en fait qu'à sa tête, mais métamorphose littéralement les femmes, qui repartent dans la peau de Naomi Campbell ou Hale Berry. Forcément, le choix est vite fait !

Le début du livre pourrait laisser penser au lecteur qu'il a affaire à un petit roman bien sympathique, mais anecdotique. Hors, très vite, le ton change, et le récit prend une tournure que je n'avais personnellement pas vu venir.

Vimbai, sous sa carapace, cache une jeune femme sensible que la vie a endurcie malgré elle. Victime du machisme ambiant, elle n'en a pas pour autant renoncé à ses ambitions : se sortir du township, monter son propre salon de coiffure et offrir un bel avenir à sa fille. Le succès de Dumi n'est donc pas pour elle qu'une blessure d'orgueil ; c'est aussi le rêve d'une vie meilleure qui s'éloigne. L'auteur rend avec subtilité les relations ambivalentes qu'elle entretient avec son rival, faites de jalousie mordante autant que d'attirance.

Si le secret de Dumi, au coeur du livre, est assez rapidement éventé (la 4ème de couverture le révèle de toute façon idiotement), l'intérêt du roman est ailleurs, dans la complexité des rapports humains et le récit de la confrontation entre deux mondes. Il est surtout le prétexte à une description sans fard de la vie sous la dictature de Mugabe. C'est d'ailleurs un vrai tour de force que d'être parvenu à en dire autant sur un pays sans négliger la trame narrative.

Tendaï Huchu nous décrit un Zimbabwe où les puissants se vautrent dans le luxe, imitant les comportements des "blancs" jusqu'à la caricature, tandis que la vie quotidienne du peuple est gangrenée par la corruption et les pénuries de toute sorte. Même s'il n'est pas nommé, le spectre du sida rôde en permanence. Tout naturellement, les magasins chics préfèrent "cibler les clientes jeunes et belles", car "se consacrer une clientèle statistiquement morte n'a pas de sens"
Par petites touches, l'air de rien, l'auteur nous fait comprendre combien il est dangereux d'oser braver les interdits du gouvernement. Jusqu'au passage terrifiant où la ministre M., si affable en apparence, laisse apparaître toute la cruauté et l'inhumanité des régimes dictatoriaux.
Et c'est là que le livre ne vous lâche plus, quand le ton faussement désinvolte laisse place au drame, et que les personnages qui vous sont devenus si proches sont pris malgré eux dans des enjeux qui les dépassent….
Si je déplore la rapidité du dénouement, c'est un défaut bien mineur comparé au plaisir que j'ai pris à lire ce roman. C'est bien simple, je ne l'ai pas lâché !

(Ancien commentaire remanié)

mots-clé : #corruption #identitesexuelle #regimeautoritaire #social
par Armor
le Ven 30 Déc - 14:55
 
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Sujet: Tendai Huchu
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Brigitte Giraud

Pas d'inquiétude

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 Image260

C'est le récit de la lente dérive, de l'anéantissement profond d'un père qui est en train de perdre son enfant, et qui se perd lui-même.

Alors que la mère se rigidifie en surinvestissant son travail, le père arrive à se dégager de celui-ci et à ne se consacrer qu'à son enfant. Outre la douleur de la maladie et le futur deuil il doit aussi assumer une perte totale de son identité et de sa place de la société, renonçant à être fournisseur d’un travail, élément d'un groupe professionnel chaleureux, nourrisseur de la famille, époux de sa femme (qui a fait des choix autres), père de sa fille aînée, ami de ses amis, responsable de sa maison… Tout en profitant de quelques moments heureux avec son fils (des balades en Vespa, des poèmes appris ensemble par cœur, une visite musée où l'enfant se soucie plus de l'avenir des ours polaires que de son propre sort), il se dissout dans un cocon de repli sur soi, comme s'il ne bougeait plus pour ne pas se heurter. On attend tout de lui, mais il sait qu'il ne peut rien mais il n'a pas d’autre choix.

   On me faisait croire que j'étais solide parce que ça arrangeait tout le monde, mais moi je savais bien où j'en étais.


Pas d’inquiétude
est l'histoire prenante et d’un anéantissement lucide et désolé.

(commentaire récupéré)
mots-clés : #famille #pathologie #social
par topocl
le Jeu 29 Déc - 9:48
 
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Sujet: Brigitte Giraud
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Chart KORBJITTI (ou Chat KOPCHITTI)

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La chute de Fak

La chute de Fak, comme son titre l'indique, est le récit de la déchéance d'un homme.
Fak a renoncé à son rêve de devenir moine pour demeurer auprès de son père. C'est également par fidélité envers celui-ci qu'à sa mort il se charge de sa belle-mère, la "veuve Somsong", une jeune femme un peu simple. La veuve Somsong multiplie les frasques et un soir, appelle Fak "Mon homme" devant témoins. Il n'en faut pas plus pour que coure la rumeur : Fak couche avec la veuve de son père, à peine un mois après le décès de celui-ci. Honte suprême ! Et puis, qui sait si les ébats n'avaient pas débuté plus tôt ? Indignité !

Les villageois ne se privent pas pour dénigrer celui qu'autrefois ils donnaient en exemple à leurs enfants, déversant sur Fak un ressentiment qui couvait de longue date. On ne lui a jamais vraiment pardonné de ne pas être devenu le moine érudit qu'il promettait d'être, dont le prestige aurait rejailli sur tout le village. Les dénégations de Fak n'y feront rien : il est peu à peu mis au ban de la société, cible facile dans ce monde où l'argent et la position sociale font loi. Déchiré, il sombre peu à peu.

Chart Korbjitti est un auteur sans illusions. Il nous décrit une société thaïlandaise clivée et corrompue. Un monde sans pitié où chacun trouve toujours plus mal loti que soi à mépriser. Le seul ami que Fak rencontre sur sa route est d'ailleurs un homme qu'il a ignoré autrefois, et dont le statut encore plus bas que le sien le rassure aujourd'hui. Mais cette amitié sera aussi, bien involontairement, pourvoyeuse du vice qui accélèrera la chute de Fak...

J'avoue que la lecture de ce livre fut vraiment difficile. Le sujet est douloureux en soi, et l'auteur n'épargne rien à son héros, le menant, de méprise en injustice, dans une chute que l'on sait d'emblée inexorable. Chart Korbjitti laisse pourtant à plusieurs reprises entrevoir des solutions ; mais Fak sombre dans une forme de passivité que l'on rencontre régulièrement dans les romans asiatiques. Une sorte d'acceptation de son karma en attendant une réincarnation plus clémente…

J'avoue que je me suis lassée de ce récit qui finit par tourner en rond comme les ruminations de son héros. Chart Korbjitti décrit pourtant avec beaucoup de justesse  la vie villageoise, ses codes et ses rites, dans ce style vivant et imagé qui lui est propre. Attentif aux petits riens de la vie, il donne réellement corps à ses personnages. Mais je n'ai pas été conquise comme je le fus par Une histoire ordinaire, et plus encore par Sonne l'heure, dont la richesse et la subtilité m'ont littéralement enchantée.

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #social
par Armor
le Mer 28 Déc - 16:51
 
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Sujet: Chart KORBJITTI (ou Chat KOPCHITTI)
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Martin Winckler

La vacation

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Bruno Sachs, jeune médecin généraliste de campagne, avatar de Marc Zaffran (qui écrit sous le nom de Martin Winckler) que nous avons déjà rencontré dans plusieurs de ses romans, se rend tous les mardis dans la ville proche au centre de planning familial pour y pratiquer des avortements. Il se caparaçonne derrière une cuirasse factuelle : rituels répétés, gestes enchaînés, phrases stéréotypées qu’il laisse adoucir d'une empathie compassionnelle vis-à-vis des femmes échouées sur sa table d'examen. Il tient ainsi à distance une douleur et une misère humaines qui l’émeuvent. Cette distance et cette émotion, il les traduit le soir, rentré chez lui, sur le papier, jetant dans le désordre notes et réflexions sur le papier. Il n'en est pas moins homme, ressent parfois du dégoût, du découragement, une attirance pour ces femmes qu’il croise quelques minutes afin de réaliser un geste qui marquera toute leur vie. Apparemment parfait et discret, il porte en lui leur culpabilité et leur souffrance, et dans un parallèle révélateur, peine à accepter la venue au monde de son « enfant », ce livre si intime qui se nourrit du malheur des autres.

Cela donne un livre, qui est un reflet de cette tranche de la vie de Bruno Sachs. Très ritualisé, donc parfois ennuyeux, parfois trivial dans ses descriptions médicales, toujours fragile et désenchanté dans un travail qu'il assume par devoir d’aider l'autre.

Tout a déjà été dit si on a lu les autres livres de Martin Winckler. Ce livre est un nouveau cri de désespoir face à une misère humaine, à la solitude du médecin censé la soulager.

(commentaire récupéré)

mots-clés : #medecine #social
par topocl
le Mer 28 Déc - 14:47
 
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Sujet: Martin Winckler
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Rohinton MISTRY

Mes avis sur les romans de Rohinton Mistry n'en étant pas vraiment, ils sont aujourd'hui irrécupérables.
Et leur lecture est hélas trop ancienne pour que je puisse rédiger un commentaire digne de ce nom. Pourtant, je n'imagine pas ce forum sans fil pour cet auteur, aussi vais-je tâcher de vous noter quelques phrases d'après mes anciennes notes et les impressions qui me restent aujourd'hui en mémoire.

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L'équilibre du monde

L'équilibre du monde est un roman fleuve de plus de 800 pages. L'histoire de l'amitié improbable qui unit quatre êtres que rien de prédisposait à se rencontrer.
Ce roman fit beuacoup de bruit à sa sortie, probablement par son effet coup de poing. L'auteur avait bien des drames, bien des travers de l'Inde à dénoncer. Je reconnais d'ailleurs volontiers avoir beaucoup appris lors de cette lecture. (J'ignorais, par exemple, que sous le régime d'Indira Gandhi les hommes des castes déshéritées subissaient des castrations forcées et aléatoires, ou que les sans abris étaient envoyés dans de sordides camps de travail…)
L'accueil réservé à l'équilibre du Monde fut parfois rude ; d'aucuns ont reproché à l'auteur de parler d'événements qui n'auraient jamais existé. Ce qui prouve bien que ce livre était un pavé dans la mare, et en cela je conçois qu'il ait profondément marqué les lecteurs qui découvraient là une réalité de l'Inde bien loin des images d'épinal et des films de Bollywood.

L'ennui avec ce livre, c'est l'accumulation incroyable de malheurs qui s'abat sur nos héros. Oppression exercée sur les intouchables, violences inter-religieuses, mariages forcés, corruption, tout y passe… à tel point que j'avais régulièrement l'impression que l'auteur avait inventé telle ou telle péripétie non pas pour ce qu'elle pouvait apporter à son histoire, mais pour dénoncer un fait de société… D'où, notamment vers la fin, un vrai souci de crédibilité et une sorte de dissonance dans le récit.. Selon moi, à trop vouloir dénoncer, Mistry a desservi son propos.

Il y a dans ce livre une inéluctabilité, une noirceur qui rendent sa lecture parfois désespérante. Et pourtant, il y a aussi  ce qui a fait que je n'ai pas abandonné en cours de route ; l'empathie, la sensibilité avec laquelle l'auteur parle de ses personnages, la justesse avec laquelle il les observe et décrit leurs émotions. Tout cela laissait deviner un talent qui ne demandait qu'à s'épanouir dans un cadre moins pesant…


mots-clés : #corruption #regimeautoritaire #social
par Armor
le Mar 27 Déc - 18:14
 
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Sujet: Rohinton MISTRY
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Mahasweta DEVI

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Indiennes, Rudali et autres nouvelles

Mahasweta Devi est une militante, et ses nouvelles parlent de ceux qu’elle défend au quotidien : les oubliés de l’Inde. Plus encore, elle s’attache à décrire le sort des femmes, doublement opprimées : parce que femmes, parce que de basse caste.
Les nouvelles de ce recueil ont pour cadre ces villages reculés du Bengale où, siècle après siècle, le petit peuple trime sous la houlette des maliks et des zamindars, propriétaires terriens et usuriers qui règnent en seigneurs, dispensateurs de rares bienfaits et surtout de malheur. Complexes, les relations d’interdépendance qui se sont crées entre communautés sont autant faites d’acceptation silencieuse que de révolte...

Face à la pauvreté et à l’adversité, le groupe et ses codes sont une sécurité, mais aussi un carcan dont il est fort mal vu de se défaire. Oser braver l'ordre établi, c'est accepter d'en payer le prix. Mais les femmes de Mahasweta Devi font face, par la rébellion ouverte parfois, par une discrète résistance au quotidien le plus souvent.

Mahasweta Devi est un auteur qui prend son temps (chaque nouvelle comporte au minimum une trentaine de pages), et sait créer une véritable atmosphère autour de personnages complexes et attachants. La militante qu'elle est a su éviter avec brio l'écueil d'une dénonciation pesante, misérabiliste ou manichéenne.
Au contraire, elle transmet au lecteur son attachement sincère pour les déshérités du Bengale, notamment à l'aide de dialogues vivants et imagés qui sonnent étonnamment juste. On peut d'ailleurs saluer le travail de la traductrice, qui est parvenue à nous en restituer toute la saveur.
Ces nouvelles ne sont d'ailleurs pas dénuées d'ironie. Pour ne prendre qu'un seul exemple, je vous parlerai de la toute première, celle qui donne son nom au recueil. Il y est question d'une femme qui, accablée par le sort, ne parvient pas à pleurer lorsque la mort emporte tour à tour chacun de ses proches. Pourtant, au soir de sa vie, seule avec un petit-fils à charge, c'est en devenant… "pleureuse professionnelle" qu'elle parviendra à survivre !

Après la lecture des trois premières nouvelles, j'étais totalement séduite. Un délice !
J'avoue que les trois suivantes m'ont au départ un peu déroutée par leur construction et leurs longues digressions. Le contexte, typiquement indien, m'a également demandé plus d'attention ; j'ai même effectué quelques recherches. Mais une fois que le puzzle se mettait en place, le plaisir de lecture revenait, toujours aussi fort, si ce n'est plus. Et à la réflexion, c'est aussi ce que j'ai tellement aimé chez cet auteur : jamais elle ne cherche à séduire le lecteur occidental en mal d'exotisme comme c'est, avouons-le, parfois le cas avec les auteurs indiens.

En conclusion, j'ai profondément aimé cette découverte sans misérabilisme d'une Inde authentique. J'ai eu le sentiment d'approcher, ne serait-ce qu'un peu, la réalité de l'Inde rurale, celle des villages murés dans leurs coutumes séculaires. En effet, même si ces nouvelles ont toutes été écrites entre 1978 et 1979, je crains qu'hormis quelques routes et téléphones portables de plus, la situation des basses castes n'ait guère changé…
Des mois après cette lecture, me restent encore en tête bien des images marquantes. Et l'envie toujours vive de poursuivre la découverte de cet auteur…

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #conditionfeminine #nouvelle #social #traditions
par Armor
le Mar 27 Déc - 17:14
 
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Sujet: Mahasweta DEVI
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Didier Eribon

Revenir à Reims

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Très riche, ce livre. Passionnant, intelligent, ouvrant à plein de débats et de questions .
Il s'agit donc d'un homosexuel professeur de philosophie, issu d’un milieu ouvrier très réac et primaire, qui a totalement coupé les ponts  pendant des dizaines d'années. Quand son père meurt, ce père tant haï, mais ce père qui n’est plus lui-même puisqu’atteint de la maladie d'Alzheimer, c’est pour lui le moment de revenir sur son parcours.

J’imaginais un truc sur cette rupture du lien, cette fracture sociale et humaine. Encore sous l'emprise de Y revenir de Dominique Ané, je pensais trouver un travail émotionnel, ou même une réflexion rétrospective sur le lien familial et sa défaillance. Mais  Didier Eribon  livre des faits. C'est comme ça, il ne reviendra pas dessus. La blessure est telle que c'est indiscutable. Didier Eribon s’est construit sur la honte, il se considère comme un « miraculé ». La façon dont il nous présente la situation tend à nous le rendre compréhensible. Il reconnaît à la rigueur qu'il a peut-être un peu simplifié le problème, qu’il n'a pas vu les ouvertures possibles (il avait 20 ans, dit-il comme  « excuse »), mais il les considère comme ayant été tellement infimes qu’elles étaient négligeables.

Donc, contrairement à ce que l'on croit au départ, se raconter, si c’en est une part importante, n'est pas le l'objet réel du livre. L’objet du livre, c’est le Pourquoi et le Comment.

Eribon élargit son propos,  s'appuyant sur son expérience individuelle, mais sans aucun mode de traitement psychologisant. C'est d’abord l’ analyse socio-politique d'une certaine classe ouvrière sans culture et sans savoir, avec un quotidien et une pensée totalement misérables. Des gens qui n' avaient (n’ont ?) d'autres ressources que de chercher à se protéger, et cela c'est fait dans le rejet de l'autre, puisque l'autre s'est si mal comporté avec eux.. Cela passait par un vote d'abord communiste (contre les possédants) puis FN (contre l'étranger, l'autre en général puisque, dans cette misère, personne ne peut trouver grâce à leurs yeux). Mais comprendre cela n’est pas forcément l’admettre


   Il est assez facile de se persuader, de façon abstraite, qu'on n'adresserait pas la parole ou qu'on ne serrerait pas la main à quelqu'un qui vote pour le Front National… Mais comment réagir quand on découvre qu'il s'agit de sa propre famille ? Que dire ? Que faire ? Et que penser ?


Eribon reste sur ce questionnement et n’apporte pas de réponse.


Si cette faille culturelle s'est installée entre lui et sa famille c’est qu’il a pu franchir un autre fossé, celui qui le séparait du milieu scolaire, de la culture et de la pensée. Un  milieu d’origine où le seul savoir à acquérir était la lecture et le calcul, où la notion d’étude était étrangère, où le savoir était rejeté comme l’affaire des nantis. Et un lieu , l’école, seule porte de sortie, qui se croit la Reine de la fameuse égalité des chances, mais totalement rejetante pour un enfant, « sauvage » en quelque sorte, qui lui rend bien cette incompréhension et ce rejet. Une histoire d’amour , de haine et de fascination.

Pris entre ces deux monde, pour Eribon

   Résister c'était me perdre. Me soumettre, me sauver.


Il ne pouvait se vivre que comme en exil.

 
Et comme tout exil, celui-ci contenait une forme de violence.



   C'est pourquoi une philosophie de la « démocratie » qui se contente (même si ses auteurs s'émerveillent eux-mêmes d'avancer une pensée aussi « scandaleuse ») de célébrer « l’égalité » » première de tous avec tous et de ressasser que chaque individu serait doté de la même « compétence » que tous les autres n'est en rien une pensée de l'émancipation, dans la mesure où elle ne s'interroge jamais sur les modalités de la formation des opinions ni sur la manière dont ce qui résulte de cette « compétence » peut s'inverser du tout au tout - pour le meilleur ou pour le pire – chez une même personne dans un même groupe social, selon les lieux et les conjonctures, et selon les configurations discursives à l'intérieur desquelles, par exemple, les mêmes préjugés peuvent soit devenir la priorité absolue, soit être tenus à l'écart du registre politique.


Enfin Eribon parle de son homosexualité, du besoin de la vivre et de la protége/cacher en même temps, face à une homophobie dont la description nous montre à quel point il est utopique de la considérer comme marginale, et de l’acquisition « sur le tas » de sa culture spécifique, du mode de vie qu’elle implique entre revendication et « besoin d’assimilation »..

   Cette résistance quotidienne, obstinée, indéracinable, inventive que les gays ont opposée aux forces de la culture dominante qui les menaçaient sans cesse, les maltraitaient, les humiliaient, les réprimaient, les traquaient, les  pourchassaient, les frappaient, les blessaient, les arrêtaient, les emprisonnaient…


Là encore, se construire avec, et contre.

   Notre passé est encore notre présent. Par conséquent, on se reformule, on se recrée (comme une tâche à reprendre indéfiniment), mais on ne se formule pas, on ne se crée pas.(…) Il ne faut pas rêver d'un impossible « affranchissement », tout au plus peut-on franchir quelques frontières instituées par l'histoire et qui enserrent nos existences.

Ne cherchez pas ici de l'affectif. Eribon se satisfait de l'analyse, du factuel, il donne à voir, il donne à  comprendre. Il s'est blindé, et il n'a aucune intention de gratter ce blindage. En tout cas , ce n’est qu’à la dernière page, bouleversante après cette somme de distance et d’érudition, que les interrogations brutalement le submergent et que l’émotion reprend ses droits.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #identitesexuelle #discrimination #social
par topocl
le Mar 27 Déc - 10:14
 
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Sujet: Didier Eribon
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Joyce Carol Oates

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EUX

C'est à la lecture d'une lettre qui lui est adressée par l'une de ses élèves en cours du soir et après leur rencontre que Carol Joyce Oates sensibilisée à la vie si différente de la sienne de cette jeune fille, décide d'en faire un roman. L'histoire se déroule à Détroit, plus précisément dans les bas-fonds. Une famille comme tant d'autres, une vie en désespérance prévisible et pourtant des Femmes et des Hommes qui ne désespèrent pas. Malgré les blessures physiques et morales, ces personnages se relèvent toujours. Une description lucide des personnages, de leurs actes et de l'environnement dans lequel ils vivent. L'auteure fait toujours preuve de sincérité dans son écriture, pas de pathos, simplement avec une justesse qui nous touche.

Extraits

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mots-clés : #social
par Bédoulène
le Mar 27 Déc - 8:14
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Manil SURI

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La mort de Vishnou

En Inde, il y a des hommes qui vivent sur les paliers des immeubles. Une place qu'ils achètent au précédent bénéficiaire, sans omettre de verser quelques pots de vin afin que l'aubaine ne soit pas ébruitée. Ils y entassent leurs maigres possessions, et la nuit, y déroulent leur couverture.
Vishnou est l'un de ceux-là. Pour survivre, il effectue de menues tâches payées une misère pour le compte des habitants du palier. Vishnou est toléré, méprisé, et en même temps, on lui voue un très vague attachement, comme à un meuble encombrant qu'on est pourtant bien obligé de garder.

Mais aujourd'hui, le corps agonisant et souillé de Vishnou gît sur le palier, et cet événement va agir comme un révélateur, bouleversant la petite vie tranquille de l'immeuble. Une routine bien rodée que Manil Suri prend un plaisir évident à nous conter, faite des chamailleries incessantes et tellement prévisibles de mesdames Asrani et Pathak, des souvenirs attendris d'un veuf reclus ou encore des rendez-vous amoureux de Kavita, hindoue et fille des Pathak, et de Salim, le fils musulman de la famille Jalal. D'ailleurs, ces deux-là projettent une évasion que la demoiselle, férue de films bollywood, imagine en technicolor.
Tout se petit monde forme un microcosme bien représentatif de la société indienne, cohabitation de castes et religions sereine en apparence, mais qu'un rien peut embraser.

Vishnou se meurt, les deux amoureux s'évadent ; ces deux événements vont se télescoper, et d'un quiproquo imbécile naîtra le drame, aussi soudain que terrifiant.

De tout cela, pourtant, Vishnou se moque bien. Des bribes de réalité parviennent encore à son esprit, mais il préfère flotter dans les limbes de ses souvenirs, et se prendre pour l'ultime réincarnation de son dieu éponyme.
Peu à peu, dans un contraste saisissant, la réalité terre à terre du drame se jouant quelques marches plus haut se mêle au délire ésotérique du mourant.
Dans la religion hindoue, Vishnou est le protecteur de l'univers, celui qui en garantit l'équilibre ; lorsque celui-ci est menacé, il descend sur terre sous forme d'avatar. La symbolique des événements simultanés se déroulant dans l'immeuble, cette petite Inde en miniature, semble alors évidente, quoique certaines subtilités m'aient très certainement échappé.

Ce roman souffre peut-être d'une trame déjà vue et de quelques imperfections, mais n'en reste pas moins marquant, et exempt du côté "mélo" que d'aucuns ont pu reprocher à Mother India. Avec tendresse parfois, avec ironie souvent, il nous dépeint une société à l'équilibre précaire, où superstitions, jalousie et ségrégation règnent en maîtres. Situations dramatiques ou faussement cocasses _ Ah, les délires mystiques de Monsieur Jalal ! _ nous dépeignent au final une société égoïste, figée dans sa soumission aux dictats de l'origine, de la religion et des castes.

Alors, certes, Vishnou se meurt... Mais au fond, tout le monde s'en fout. Cette mort au milieu de tous et pourtant si solitaire n'est pour chacun que le prétexte à assouvir ses bas instincts ou ses envies personnelles, dans un scénario sordide où Kavita, qui sait, pourrait bien trouver l'occasion de son premier grand rôle…

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #social #spiritualité #romanchoral
par Armor
le Lun 26 Déc - 21:42
 
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Sujet: Manil SURI
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Alice Ferney

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Grâce et dénuement
     
     Ce qui se perdaient dans la misère c'était aussi le désir et l'élan vers l'avenir


Entre deux expulsions, cette famille de gitans a trouvé à se fixer dans un jardin abandonné de banlieue. Quelques poules cohabitent avec les rats dans la boue, on s'entasse dans les caravanes, mais ils se tiennent les uns les autres : la matriarche, crainte et vénérée, les cinq fils, qui ferraillent vaguement pour masquer leur honteuse inutilité, les belles-filles, épouses et mères, et la troupe de marmots qui ne sait même pas qu'il existe autre chose que cette « liberté » bien chère payée. Tous analphabètes, à la fois fiers et humiliés de n'être pas insérés dans cette société qu'ils connaissent si peu et qui le leur rend bien.

           Ils sont semblables à n'importe lequel des enfants qui sont ici. La seule chose qui les différencie, murmura-t-elle, c'est que leurs parents ne savent ni lire ni écrire et qu'ils n'ont pas de maison.


Et puis un beau matin, survient Esther, ses livres illustrés sous le bras main, qui va lire des histoires, ouvrir un dialogue, générer des confidences, et finalement se battre pour que, coûte que coûte, Anita aille à l'école.

Sujet à haut risque avec tout ce qu'on pouvait redouter de stéréotypes, de bons sentiments, de bien-pensance et de lacrymal.
Et bien, Alice Ferney fait très fort, elle évite tous ces écueils. Cette main tendue devient subtilement partage, mais pas miracle. Les personnages sont tout entremêlés de contradictions et de douleurs. Esther elle-même est une espèce de minéral plein de douceur. Il y a en Alice Ferney une sensibilité aux failles et fragilités d'autrui, à leurs petits bonheurs aussi, une humanité qui est à bien des moments bouleversante. Cette façon qu'on les petits de se lover autour de leur lectrice, cette adepte de la lecture à haute voix comme lien premier façon Pennac , il y a là de grands moments .

           Il y avait un secret au cœur des mots. Il suffisait de lire pour entendre et voir, et l'on n'avait que du papier entre les mains. Il y avait dans les mots des images et des bruits, la place de nos peurs et de quoi nourrir nos cœurs.



Et puis il y a les mots, à la fois outils et personnages. La langue d'Alice Ferney est dense, généreuse et fouettante. C'est une langue qui fouille et qui remue, avec ces dialogues tendus imbriqués dans le texte, cette façon de passer de l'un à l'autre avec un œil plein de compassion pas mièvre du tout, une compréhension de ces vies d'espoir et de désespoir mêlés.

Mais surtout les mots sont le fil rouge de ce récit, des mots qui apportent le réconfort , la fierté, la foi en l'autre, la consolation, la transmission. Des mots émancipateurs. Mots des livres (on se régale à identifier les extraits des lectures d'Esther), mots des dialogues et monologues, joyeux, furieux ou confidents.

Quant à la question de savoir si c’est « bien vu », « comme si on y était », je suis bien incapable d'y répondre, et peu sont à même de le faire : comment ça se passe chez les gitans, dans leurs campements, dans leurs têtes et dans leurs cœurs? Tour ce que je sais, c'est qu'Alice Ferney nous propose ici sa version, pleine d'honnêteté et de respect, qu'elle est probable, touchante, renversante.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #social #famille
par topocl
le Sam 24 Déc - 10:52
 
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Sujet: Alice Ferney
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Sherman Alexie

Sherman Alexie
(Né en 1966)


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Sherman Joseph Alexie, Jr., né le 7 octobre 1966 à Wellpinit dans l'État de Washington aux États-Unis, est un romancier, poète et scénariste américain. Il vit aujourd'hui à Seattle et écrit principalement sur les populations amérindiennes. Sherman Alexie fait partie de la nouvelle génération d'écrivains amérindiens, appelée Renaissance amérindienne par le critique littéraire Kenneth Lincoln, et est sans doute un de ses membres les plus prolifiques avec une quinzaine de livres parus. Le magazine Granta l'a fait figurer dans sa liste des vingt meilleurs jeunes romanciers américains. Ses romans sont toujours partiellement autobiographiques et sont marqués par un grand réalisme, notamment sur le mode de vie actuel des Amérindiens.

Amérindien né d'un père de la nation Cœur d'Alène et d'une mère de la nation Spokane, Sherman Alexie a grandi dans une réserve près de Seattle, dans l'État de Washington à l'Ouest des États-Unis. Il écrit aussi bien des poèmes que des romans, recueils de nouvelles, pièces de théâtre et même scénarios de films. Son livre Phoenix, Arizona a d'ailleurs été adapté à l'écran par le réalisateur Chris Eyre en 1998 ; c'est le premier film réalisé, produit, écrit et interprété par des Amérindiens. Il s'est fait connaître pour son roman Indian Killer en 1997, un drame contemporain sur la légende d'un tueur amérindien. Alexie y décrit la misère contemporaine de son peuple, le dénuement matériel et spirituel des jeunes Amérindiens et les ravages causés par l'alcool et la drogue.


(wikipedia)



Œuvres traduites en français

Red Blues, traduit par Michel Lederer, Albin Michel (2008)

Fictions

Indian Blues
Indian Killer
Phoenix
La vie aux trousses
Dix petits Indiens
Flight
Le Premier qui pleure a perdu
Danses de guerre

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Indian Blues

J'ai beaucoup aimé l'écriture de l'auteur qui utilise l'humour pour décrire la désespérance. Une lecture non seulement agréable et à mon sens utile pour ne pas oublier la spoliation matérielle, physique et spirituelle dont les Indiens ont souffert et souffrent encore.

S'appuyant sur la «légende» du célèbre guitariste Robert Johnson l'auteur nous conte  l'aventure musicale d'un groupe d'indiens Spokanes et des membres flathead. Grâce à la possession d'une guitare «accordée par le Diable» le guitariste de ce groupe joue divinement.  

Par les actes, les rêves et les récits du personnage  de Big Mamma (Chamane) l'auteur mêle judicieusement fantastique et réalité. Nous découvrons la triste réalité des réserves Indiennes d'Amérique : chômage, alcoolisme, pauvreté... à travers celle où l'auteur situe ses personnages : la réserve de Willpinit.

Je vais continuer ma découverte de cet auteur.

extraits :

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mots-clés : #minoriteethnique #segregation #social
par Bédoulène
le Ven 23 Déc - 17:29
 
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Sujet: Sherman Alexie
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Jonathan Safran Foer

Faut-il manger les animaux ?

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Je ne peux pas dire que j'ai appris grand-chose à la lecture de Faut-il manger les animaux ? Des précisions, des détails, des chiffres plus précis certes, mais les grandes lignes, je l’avais déjà lu ou entendu ailleurs (notamment dans We feed the world de Erwin Wagenhofer et des lectures que j’avais faites après, particulièrement des écrits de Jean Ziegler). La précision des descriptions de Safran Foer est tout à fait impressionnante, (parfois un peu répétitive et assommante, mais pas trop souvent) et parle d'une façon différente des images que j'avais pu voir dans le film, ils se complètent donc l’un l’autre.

On ne croirait que la moitié de ce qui nous est dit sur la souffrance infligée aux animaux, sur les désastres écologiques et sociologiques, qu’on serait déjà convaincus de la justesse du plaidoyer. Nous vivons dans un mode de dingues, ça n’est pas nouveau, mais il est quand même utile de le rappeler de temps en temps. Seulement Safran Foer y croit, c’est la grande cause de sa vie, et il prend son bâton de pèlerin. Et comme il est  malin, il sait la lourdeur de l’inertie des comportements humains, il sait que des faits ne suffiront pas à nous faire bouger en tout cas pour la plupart d’entre nous, il sait que les chiffres nous assomment. Les détails sont certes importants, mais ils ne réussiront pas, à eux seuls, à convaincre la majorité des gens de changer leurs habitudes. Il faut faire entrer autre chose en jeu.

Il a donc ajouté un tas de choses à cet aspect informatif et statistique, car bien évidemment ce qui fait changer les opinions, ce qui fait changer les comportements, ce ne sont pas les chiffres, ce sont les émotions. Il  nous fait un numéro de charme, bien au-delà du bourreau de travail, de l' acharné de la précision , il nous parle de ses doutes, de sa responsabilité de petit-fils de survivante, et de père de famille, il raconte des histoires,  il nous parle de lui, et, cela tombe bien, puisque nous sommes sur un fil de fiction sur un forum de littérature,  c’est  le meilleur du livre : Safran Foer est un merveilleux conteur, drôle, tendre plein d’humour (et aussi de tolérance , ou au moins d’ouverture d’esprit).

Quelle que soit la force de nos convictions concernant ce qui est bon pour nous à l'échelon individuel, et même collectif, nous savons tous par avance que nos positions se heurteront à celles de nos voisins. Que faire face à cette incontournable réalité ? Laisser tomber la discussion, ou trouver un moyen de la recadrer ? Alors la seule question que je peux me poser à l'issue de ce livre c'est : comment se fait-il que tout le monde, ou la plus grande partie des gens, et moi en particulier, continuons à manger de la viande après avoir acquis toutes ces notions, entendu et reconnu vrais tous ces arguments ? Et bien, c'est sans doute que nous sommes  pris dans le carcan de nos habitudes de notre paresse et de même que nous continuons à rouler avec une voiture, un diesel qui plus est, à voyager en avion, à porter des vêtements venant de Pétaouchnok …. nous continuons à manger des animaux….

Voilà, ce livre est bien ennuyeux car il nous fait ressortir de sa lecture avec un sentiment de honte. Je SAIS mais je MANGE…Il n’y a plus qu’à se dire qu’il constitue une petite pierre du grand édifice que construisent courageusement quelques rêveurs/illuminés/sages/précurseurs, appelez-les comme vous voulez, et que cela  finira (peut-être) par l’emporter, faire changer les mentalités, les comportements et les politiques, à condition d’être patient. Que ce livre est indispensable en cela, et que si je n’ai pas rejeté la viande malgré ma lecture, du moins j’aurai fait un petit pas sur un chemin qui finira par me rendre meilleure, malgré ma paresse, mon manque de courage, mon hypocrisie, malgré moi-même en quelque sorte. Mais n’est ce pas une façon bien facile de me donner bonne conscience?

(commentaire récupéré)


mots-clés : #essai #nature #social
par topocl
le Jeu 22 Déc - 16:49
 
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Sujet: Jonathan Safran Foer
Réponses: 8
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José Saramago

Relevé de terre  

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   Le latifundium connaît parfois des pauses, les journées sont indifférenciées ou paraissent telles, quel jour est-on aujourd'hui. Il est vrai qu'on meurt et naît comme on le faisait à des époques plus significatives, car la faim ne se distingue pas dans les besoins de l'estomac et le dur labeur ne s'est presque pas allégé. Les plus grands changements se produisent à l'extérieur, davantage de routes et plus d'automobiles sur elles, davantage de radios et plus de temps passé à les écouter, les comprendre est une autre paire de manches, davantage de bières et de limonades, cependant, quand un homme se couche le soir, dans son propre lit ou sur la paille des champs, la douleur du cœur est la même et il a bien de la chance s'il n'est pas sans travail. Ce n'est même pas la  peine de parler des femmes, tant leur destin de pondeuses et de bêtes de somme reste inchangé.



Du début du siècle à la Révolution des Œillets, à travers quatre générations d'une famille paysanne , José Saramago nous raconte cent  ans de solitude, de misère et de servitudes au Portugal.
Et c'est un roman magistral, qui montre le dénuement absolu, l'obéissance servile à la Patrie, aux riches propriétaires terriens et à l'église, la prise de conscience progressive, l'audacieux chemin du progrès.

Tag social sur Des Choses à lire - Page 7 00000110

Ne comptez pas sur un roman social réaliste. Saramago y va de sa verve, de sa poésie, de son imagination débordante et de son humour. Sa phrase s’emporte, s'arrête, reprend, divague . Au-delà de l’émotion qui saisit face à ses personnages aussi humbles qu’audacieux il dresse la fresque historique  d'un peuple qui sort des ténèbres. Il y met ses habituels apartés de narrateur, confiant parfois l'observation aux fourmis ou aux  milans du ciel, dialoguant avec un personnage, changeant d'époque, de rythme, introduisant telle légende, telle digression, amenant des moments de puissante émotion romanesque...

Ce roman a un souffle magistral, il raconte un pays entier avec une force émotionnelle exceptionnelle.
Un très grand livre pour un très grand auteur.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #social
par topocl
le Jeu 22 Déc - 13:54
 
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Sujet: José Saramago
Réponses: 23
Vues: 1341

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