Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 16 Déc - 13:59

170 résultats trouvés pour social

Beppe Fenoglio

je rapatrie moi aussi :

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Le mauvais sort

Le récit de la jeunesse d'un valet de ferme. Un brave type attaché à sa famille et à sa terre. Les malheurs de sa famille, son dur labeur, les coups du sort, la succession des espoirs déçus et la déception des réussites modestes. C'est une triste vie à laquelle il s'accroche, c'est vrai qu'il y a la famille et la terre. Son père l'a vendu comme valet et la terre est ingrate. Pendant qu'il travaille comme un âne pour pas grand chose et rester affamé, son père vend le peu de bien qu'ils ont et son frère meurt de faim au séminaire...

Une bien triste histoire contée avec ce qui n'est pas de l'optimisme mais un attachement solide, concret, un rien d'humour et un acharnement confiant. Raconté très simplement une ombre d'humour et de mélancolie douce amère. Ça n'a pas l'air de grand chose, et ça se lit comme rien. ça a l'air d'un monde ancien alors que ça ne l'est pas tant, et il reste quelque chose de la lecture, de ce dénuement, une forme de satisfaction, de confiance. Ce n'est pas grand chose ce petit livre, mais j'espère lire autre chose un de ces jours.



mots-clés : #initiatique #social
par animal
le Mer 21 Déc - 21:55
 
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Sujet: Beppe Fenoglio
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Jacques Roumain

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"Gouverneurs de la rosée"

Plus que l'histoire d'amour c'est le combat et les idées d'union entre travailleurs qui m'ont plu. Le discours de Manuel pour convaincre ses voisins, et ennemis.
Le parler de ces hommes et de ces femmes, très imagé, est bouleversant.
Et déjà à cette époque, l'auteur pointe le drame écologique de la déforestation.
Bien que tout ce récit soit empreint de misère, de tristesse, la fin est d'espérance, par l'eau qui coule et l'annonce d'un enfant.

Une très bonne lecture qui s'est écoulée limpide.


quelques extraits :

"Mais le soleil était absent, il chavirait déjà derrière le bois. Bientôt la nuit serait là, enveloppant de silence cette amère, noyant dans l'ombre apaisée du sommeil ces hommes livrés au malheur, et puis l'aube se lèverait avec le chant enroué des coqs, le jour recommencerait, semblable à l'autre et sans espoir."

"Il y a les affaires du ciel et il y a les affaires de la terre : ça fait deux et ce n'est pas la même chose. Le ciel c'est le pâturage des anges ; ils sont bienheureux ; ils n'ont pas à prendre soin du manger et du boire. Et surement qu'il y a des anges nègres pour faire le gros travail de la lessive des nuages ou balayer la pluie et mettre la propreté du soleil après l'orage, pendant que les anges blancs chantent comme des rossignols toute la sainte journée ou bien soufflent dans de petites trompettes comme c'est marqué dans les images qu'ont voit dans les églises."

"On a éclaircit pour le bois neuf, on a coupé pour la charpente et le faîtage des cases, on a refait les entourages de jardins, on ne savait pas nous-mêmes : l'ignorance et le besoin marchent ensemble, pas vrai ?"

"J'ai de la considértion pour les anciens, mais le sang d'un coq o d'un cabri ne peut faire virer les saisons, changer la course des nuages et les gonfler d'eau comme des vessies."

"Je couds, je couds et je raccorde l'ancien temps avec ces jours-ci. Si seulement, Anna, on pouvait repriser la vie, reprendre le fil cassé, ah Dieu, c'est pas possible."



mots-clés : #social
par Bédoulène
le Mar 20 Déc - 8:30
 
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Sujet: Jacques Roumain
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Elio Vittorini

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Conversation en Sicile

Originale : « Conversazione in Sicilia », 1938/39 comme feuilleton dans le journal « Lettaratura » ; 1ère édition en forme de livre en 1941 sous le titre de « Nome e lagrime », puis réimpression dans la même année avec le titre d’aujourd’hui)

CONTENU :
Après quinze années Silvestro, 29 ans, retourne pour la première fois et pour trois jours de l’Italie du Nord (où il travaille à Milan) dans sa Sicile natale et sa mère, y habitant un pauvre village de montagne. Il traverse l’Italie en train, passe avec le bateau, et retrouve les vergers d’orangers. Il rencontre des gens les plus variés et retrouve sa mère, se promène dans le village. La réalité et le rêve se superpose...

Avec ce livre Vittorini avait créé une référence, et aussi une déclaration d’amour envers l’enfance, et le cœur de la Sicile.
(éléments de la description de l'éditeur allemand)

REMARQUES :
Le livre consiste de cinq parties avec un total de 48 chapitres plus un épilogue ; donc des chapitres rélativement courts. Le narrateur est ce Silvestro Ferrauto lui-même qui se retrouve au début à Milan. Dans une manière répétitive typique pour ce livre, il revient vers son état d’une certaine indifférence, d’un « calme plat de la non-espérance ». Il a perdu la confiance en l’humanité, dirigeant son regard constamment vers le sol. On ne peut s’empêcher à y voir aussi une réaction sur l’environnement et l’atmosphère de ces années : on peut situer l’action (?) du livre vers 1937-39. Et certains commentateurs voit dans ce contexte historique la raison principale du livre, une critique de l’auteur. Cela est certainement le cas, mais dans l’absolu je ne partagerais pas cette opinion, vu aussi que Vittorini s’est fait tardivement un opposant du régime...

Cela faisait une quinzaine d’années que Silvestro n’a pas été à la maison, chez lui en Sicile qui se montrera aussi bien « maison/patrie/origine » qu’au même moment l’étranger (dans les réactions des compatriotes on arrive pas à le situer). Car saisissant une possibilité, il va aller sur un coup pas préparé à la maison : il saute preque dans le train, même si « tout lui est égal ». Mais la fête du 8 Décembre, lié avec Marie et aussi sa mère, s’approche, et il avait toujours écrit à sa mère pour l’occasion. Retour par Syracuse dans ces montagnes isolées, et, en cours du voyage, une série de rencontres et sensations. Est-ce qu’à l’approche du pays la non-espérance va baisser ? Il retrouvera des odeurs, des vues, des rencontres (on se sent rappelé de Proust) qui le remplissent de souvenirs de son enfance. Mais il est aussi témoin de la pauvreté, de l’écart entre riche et pauvre.

Alors il retrouvera dans les montagnes de la « barbarie » (sens double?!) sa mère. Et cela lui n’est plus tout à fait indifférent d’être là ou pas. On est loin de sentiments « positifs », mais peut-être une diminuition de la douleur aigue ? Après tant d’années d’absence les entretiens commencent avec les sensations retrouvées d’odeurs, de goûts (de la cuisine maternelle), le départ du père, le rôle du grand-père, des souvenirs d’enfance... Dans ce monde pas mal de choses vont ensemble que tout semblent opposées : « Grand-père pouvait croire à Saint Joseph et être socialiste. » Le travail, les enfantements laissent vieillir les belles femmes avant l’âge, au moins les mains ? Le cœur reste souvent éveillé et prêt à bondir. Les hommes sont des trouillards et des cavaliers, des coureurs de femmes et des traîtres, abandonnant les épouses pour des femmes plus jeunes. Ainsi – selon la mère – le père, même si elle-même aussi avait été infidèle de temps en temps ça va de soi, Cela ne compte pas. Et elle n’en avait pas écrit « des poèmes » comme son mari infidèle. Elle met des piquures et gagne ainsi un peu d’argent : c’est la malaria et la phtisie qui règnent dans la région. Encore bien d’autres conversations et rencontres avec d’habitants du village s’ensuivent... Mais on pourrait – comme souvent dans l’oeuvre de Vittorini (me semble-t-il) discerner des niveaux de lecture différents :

- le cadre historique du fascisme est mis en avant par beaucoup de commentateurs. Cela expliquerait alors l’abattement initiale du protagoniste, une certaine fatalité ? Bizarrement ces allusions historiques n’auraient pas être vues par des fascistes pas assez fins de l’époque. Par contre les critiques venaient d’abord de l’église qui discernaient un certain amoralisme. Il me semble que cela ne passe plus aujourd’hui et qu’au contraire (voir en bas) il y aurait même certains éléments « spirituels ».

- la réprésentation de la pauvreté, spécialement dans la patrie sicilienne de l’auteur : l’émigration en est la conséquence, comme justement chez Silvestro et ses frères et sœurs. Lors du voyage et les rencontres les plus diverses, le narrateur rencontre des formes différentes de pauvreté, de maladie, de solitude...

- sans doute y-a-t-il un niveau « existentiel » que j’estime même préponderant. Derrière des dialogues parfois un peu bizarres on trouvera à voir de près, des réflexions sur l’état intérieur de l’homme, sa soif, ses douleurs, sa solitude. Il est étrange que j’en ai pas lu un mot dans différents commentaires..., comme si l’idée était purement politique. Ce serait plus simple ? Mais le livre pose des questions profondes à l’homme entre fierté et humilité, abaissement et honneur. Est-ce que la souffrance personnelle est participation à une souffrance plus universelle ? Un cri ? Ici je voyais, sans avoir étudié le sujet, une parenté possible avec l’existentialisme naissante...

- et parlant de ses sujets je ne peux pas éviter de proposer même une lecture spirituelle. Elle ne s’impose pas – comme tout dans l’oeuvre de Vittorini, me semble-t-il -, mais j’étais profondement étonné de trouver des allusion à des contextes réligieux, voir bibliques. C’est clair en connaissant ces sources (ce qui était plus que probable pour un Italien de son époque).

Comme déjà mentionné, l’auteur tourne souvent autour d’un sujet, répète des questions, expressions clés. Cela pourrait paraître mal fini comme travail, mais j’y vois l’importance de certaines choses dans la vie, peut-être aussi un reflèt de l’indifférence mentionnée ?

Bref, pour moi cela fut une vraie perle avec beaucoup de matière à réflèchir. L’auteur déclara même qu’il considéra ce livre comme « réussi », qu’il avait réussi à exprimer ce qu’il voulait. Une bonne récommandation de ma part !


mots-clés : #regimeautoritaire #social
par tom léo
le Dim 18 Déc - 17:53
 
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Sujet: Elio Vittorini
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Antonio Tabucchi

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Piazza d'Italia

Je me suis laissée roulée dans la cendre, le blé, l'eau, j'ai regardé les ciels, les lointains paysages parce que cela appartient à tout le monde, pas de  raison qu'il y ait des "maîtres" (parce que je suis de l'avis de Garibaldo Père qui eut le temps après sa mort de discuter toute la nuit avec Volturno/Garibado fils)

L'anarchisme génétique de cette famille et Don Milvio ce curé populaire, rebelle lui aussi ne pouvaient que me séduire, de même ces femmes valeureuses qui cherchent à tromper le malheur annoncé dans la cendre, la semoule, le ciel et les fenêtres qui s'enfuient. (telle Asmara qui se refusent des années à Garibaldo jusqu'à ce qu'elle soit devenue stérile, trompant ainsi "l'horoscope")

Ces hommes aventureux dans d'autres pays ou simplement dans les bois, (Volturno tombé en Afrique pendant la guerre ou Plinio tué par le garde-chasse) qui meurent toujours avec insolence.

Conte  réaliste, fascinant qui déroule l'histoire d'Italie de 1861 à l'après deuxième guerre mondiale, à travers cette famille fondée par Plinio et Esteria et qui s'éteindra avec Garibaldo sur cette Piazza, aux pieds du "Héros des deux-mondes" Garibaldi, avec sur les lèvres la révolte !

Il y a de belles amitiés, de belles amours dans ce récit, mais aussi la couleur rouge de la rébellion noircit par la couleur noire des chemises, telle celle de Melchiorre (doit-on y voir la punition du pécher de ses parents ?)

L'humour des situations et des titres des paragraphes accentue le sentiment de lire un conte. (pour adultes s'entend)

Une très agréable lecture qui avec celle faite de "Pereira prétend" (bien différente mais aussi de qualité) me conduira je n'en doute à d'autres .....


mots-clés : #contemythe #famille #social
par Bédoulène
le Sam 17 Déc - 17:01
 
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Sujet: Antonio Tabucchi
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Ignazio Silone

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Fontamara

Cette histoire est toujours celle des Cafoni, du ruisseau qui alimente leurs terres ; une histoire d’eau, son cheminement, son détournement, son vol.

Les Fontamarais acceptent avec fatalisme, par habitude tous les coups qui leur sont portés. Auparavant par les Seigneurs aujourd’hui par le gouvernement qu’accompagnent les « chemises noires ».

Un seul homme Bérardo ose se rebeller, pour les jeunes gens du village, il est un Dieu. Mais la plupart des habitants craignent ses paroles et ses actions et essaient souvent de le tenir à l’écart quand ils ont affaire avec, l’administration, les ecclésiastiques, les riches propriétaires pour ne pas envenimer les relations. Leur manque d’instruction les réduisent à accepter ce qui s’apparente à de l’esclavage, à être spoliés en permanence, raillés par ceux de la vallée et en arrive, c’est triste, à baiser la main qui profite de l’ « Ami du Peuple », un avocat corrompu.

Or quand Berardo décide qu’il est temps pour lui de fonder un foyer et reste sourd aux appels des Fontamarais à qui l’eau, l’eau qui leur est vitale, leur est supprimée, ceux-ci se sentent abandonnés.

Que faire ? cette interrogation est le leitmotiv des Fontamarais face à toutes les exactions, et c’est aussi leur seule réponse.

A Rome où Berardo accompagné de son neveu, cherche à travailler, truanderie, abus etc… règnent. Après sa rencontre avec un partisan anti-fasciste actif Berardo emprisonné, dans un dernier sursaut, lui le révolté, décide de ne pas le trahir et d’offrir sa vie pour les Fontamarais ; d’être le cafone qui ne mourra pas pour lui-même.

L’avènement du gouvernement fasciste ayant aggravé leur situation, alors qu’ils apprennent la mort de Berardo, certains ont l’envie de « faire quelque chose », le premier journal des Cafoni, cette « rebellion » se terminera dans un bain de sang.

C’est un récit amer, l’auteur ne nous cache pas que les habitants de cette ville des Abruzzes, qui sont majoritairement des « cafoni » les paysans pauvres, sont arriérés, qu’ ils souffrent d’un manque crucial d’instruction, qu’ils sont la risée des profiteurs (lesquels usaient de ruses ignobles) et des gens de la ville. Leur pauvreté qui selon les événements devient misère les rend procéduriers. Même la tentative de solidarité des femmes pour réclamer le droit n’est pas accomplie. Le dur labeur des cafoni ne les sortent pas de cette pauvreté dont ils ont hérité. Le secours de la religion leur est refusé puisque le village n’a pas de prêtre.
Devant cet état de misères : physique, matérielle, intellectuelle et spirituelle effectivement « Que faire ? »

La guerre générera bien d’autres questions, et après l’installation d’un nouveau régime qu’adviendra-t-il des Cafoni ? C’est une autre histoire.

Nota : satisfecit pour les réponses des Fontamarais à l’examen d’ un « avorton » fasciste.

Extraits :

« Puis vint l’époque où la mort des hommes de Fontamara en âge de voter ne fut plus notifiée à la municipalité mais à don Circonstanza, qui s’entendait, fort habilement, à les conserver vivants sur le papier et, à chaque élection, à les faire voter selon ses désirs. Chaque fois, en guise de compensation, la famille du mort-vivant recevait cinq lires. »

« ….. c’était en outre la seule occasion où, au lieu de débourser de l’argent, nous en recevions. »

Ce système avantageux s’appelait, ainsi que nous le répétait l’Ami du Peuple, la démocratie. »

« Un jour ledit Baldissera était revenu tout excité à Fontamara, en prétendant que l’époque des morts-viants était revenue, ainsi qu’il avait pu en juger au chef-lieu où il avait assisté à un défilé d’hommes en chemises noires, rangés derrière un fanion également noir, des ossements et des têtes de mort ornant aussi bien la poitrine de ces hommes que leurs drapeaux. « Et si c’étaient nos morts ? » avait dit Marietta qui songeait à ses trépassés et aux cinq lires de consolation. »

« Seul était vraiment beau le tableau de l’Eucharistie, sur l’autel : Jésus tenait un morceau de pain blanc à la main et il disait : Ceci est mon corps. Le pain blanc est mon corps. Le pain blanc est fils de Dieu. Le pain blanc est vérité et vie. Jésus ne faisait pas la moindre allusion au pain de maïs que mangent les paysans, ni à cet insipide succédané du pain qu’est l’hostie des Prêtres. »

« Comment dit-on déjà ? continua Berardo, têtu. On dit tu gagneras ton pain. On ne dit pas ainsi qu’il advient pourtant dans la réalité : tu gagneras les spaghettis, le café et les liqueurs de l’Entrepreneur. »

« « - L’accord est très clair, dit-il. Trois quarts de l’eau iront dans le nouveau lit tracé par la commune et les trois quarts de l’eau qui reste continueront à couler dans le vieux fossé. »


mots-clés : #social
par Bédoulène
le Sam 17 Déc - 16:46
 
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Sujet: Ignazio Silone
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Ignazio Silone

Ignazio Silone (1900-1978)

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Silone10

Ignazio Silone, pseudonyme de Secondo Tranquilli, né le 1er mai 1900 à Pescina, dans les Abruzzes et mort le 22 août 1978 à Genève en Suisse, est un homme politique et écrivain italien du xxe siècle.

Ignazio Silone perd une grande partie de sa famille dans le tremblement de terre d'Avezzano en 1915. Il adhère aux Jeunesses socialistes italiennes et en devient le chef. Il dirige le journal du Parti socialiste italien (PSI), Il Lavoratore, à Trieste, dont le siège social est incendié par les fascistes en octobre 1920. Il adhère ensuite au Parti communiste italien (PCI) en 1921, dont il deviendra l'un des dirigeants dans la clandestinité. Il quitte l'Italie en 1928 pour des missions en URSS, s'installe en Suisse en 1930, où il s'oppose à Staline et prend position pour Trotski et Zinoviev. Il est alors exclu du Parti communiste. Il publie son premier roman, Fontamara. Il ne pourra regagner l'Italie qu'en 1945, où il est élu député (socialiste). Il renonce à la politique, puis crée la revue Tempo presente. Il a pris part aux activités du Congrès pour la liberté de la culture.

Dans les années 1950 il redécouvre les racines chrétiennes de sa culture. De même qu'il est un «socialiste sans parti» il se déclare «chrétien sans église», invitant par ses écrits les chrétiens à se libérer des lourdes structures ecclésiastiques et retrouver le socialisme primitif et le partage des biens des débuts de l'Église tel que rapporté dans le livre des Actes des Apôtres. Il est fasciné par la figure du pape des Abruzzes, Célestin V, qui pour revenir à une vie de grande simplicité renonce au pouvoir pontifical et démissionne.

Au début des années 2000, les historiens Mauro Canali et Dario Biocca ont soutenu, à la lumière de documents retrouvés dans les archives fascistes, la thèse d'une activité d'espionnage au profit de la police de l'Italie fasciste. Ce double jeu d'un grand dirigeant du parti communiste aurait provoqué chez lui une grosse dépression, due aussi à la mort de son frère dans les prisons fascistes, et une crise de conscience qui l'ont poussé à abandonner son activité d'espionnage et ses responsabilités politiques, pour uniquement se dédier à son activité littéraire. Giuseppe Tamburrano a quant à lui toujours proclamé l'innocence d'Ignazio Silone.

(wikipedia)

Traduits en français

Fontamara (1930)
Le Pain et le Vin
Le Grain sous la neige
Une poignée de mûres
Le Secret de Luc
Le Renard et les Camélias
L'Aventure d'un pauvre chrétien
Severina (1971)

Théâtre
Et il se cacha

Essais
L'École des dictateurs
Sortie de secours


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Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 411cyb10

Une poignée de mûres

Cette histoire relate la vie des « Cafoni » les pauvres paysans de la région des Abruzzes, même si le personnage principal  est l’ingénieur Rocco de Donatis, cadre du Parti Communiste Italien et originaire lui aussi de cette vallée. Le récit se déplace sur 3 villages San Luca, Sant’Andrea  et la Fournaise mais il est un lieu isolé le Casal, repaire de voleurs très actif durant la guerre, pourvoyeurs de Marché Noir, mais aussi refuge d'émigrés et dont le « chef » se révèlera homme de confiance.

Les Cafoni subissent depuis des siècles la loi des riches propriétaires, soutenus par les divers régimes passés et par l’Eglise. Aussi quand se termine la drôle de guerre, que la représentation sculptée du Grand sorcier (le Duce) est détruite et que s’installe le Parti Communiste  certains croient un changement de leur situation possible. Certains  qui avaient dû fuir, reviennent au village à la fin de la guerre pensant le climat apaisé.  Le Parti et les riches propriétaires, certains fonctionnaires sous le régime fasciste  trouvent un intérêt commun à une alliance  au détriment, encore une fois, des Cafoni.

Paysans, bergers, villageois, s’habituent au nouveau gardien de leur foi, le curé Don nicolo qui officie justement et honorablement. Quant à ceux qui rompent avec le Parti, ceux qui représentent un danger pour lui, pour les riches propriétaires, ils sont harcelés, par le Parti qui utilise des méthodes odieuses, mensongères pour piéger et punir  les « déserteurs ».
Quand Vivre au village devient impossible parce qu'accusé  à tort, de meurtre, la fuite est la seule solution.
Il ne reste plus qu’une espérance, celle d’une nouvelle libération quelle que soit son attente !

Une écriture paisible avec des touches de dérision comme piment et des tableaux émouvants de la vie quotidienne.
J’aime les auteurs qui reconnaissent et transmettent  par l’écriture leur amour pour une région, et dans ce récit pour les Abruzzes et les Cafoni.
L’image que l’auteur donne du Parti Communiste Italien est la même que d’autres auteurs ex-communistes. Sauf qu’en Italie foi catholique et foi communiste se fondent, voire se confondent pour beaucoup de personnes.
Les descriptions des personnages, leur langage, sont comme la région, brutes et attachantes. L’auteur sait démontrer l’intelligence des Cafoni, qui pour la plupart n’ont aucune instruction, leur  persévérance devant l’adversité.
C’est un récit édifiant quant aux persécutions, de tous ordres que subissaient les Cafoni à l’époque.
C'est une première rencontre avec cet auteur que je vais approfondir.

Extraits :

Sur le PCI

Plus une action ressemble à cela même que pourrait entreprendre le Parti, et plus elle est perfide et exécrable si elle est réalisée à l'insu et contre la volonté du parti.»

«voulez-vous savoir qu'elle serait la plus grande des trahisons ? Réaliser le programme du Parti sans le Parti.»

«Deux importantes reliques étaient conservées : un sachet contenant des fragments de décombres provenant de Stalingrad et un mouchoir tâché du sang d'un héroïque partisan... une fois par an, à la date du premier mai, Pâques du travail, les deux reliques étaient portées en procession par les rues du village.»

«Le parti est en guerre. Tout le reste en découle. Quiconque abandonne le Parti est un déserteur, on le fusille. Le Parti ne pet pas discuter avec un déserteur, un déserteur en temps de guerre on le fusille.»

Les Cafoni

«La plaine n'a jamais été à nous, dit Giacinto. La bonne terre a toujours été aux barons, aux princes, à l'Eglise. C'est de l'espérance vaine.»

« Catherine et Côme étaient en train de manger leur soupe de fèves, assis devant leur maison. A côté de la porte, il y avait un vieux banc, fait d’une planche clouée sur quatre pieux.Le frère et la sœur tenaient leur écuelle sur leurs genoux. Soudain se présenta un carabinier. »

… Cet après-midi, en redescendant de la carrière avec ton âne chargé de cailloux, tu n’as pas été arrêtée par un étranger ?

-Tu ne lui as pas donné un morceau de pain ? demanda le carabinier. Tu ne lui as pas indiqué son chemin ? Dans ton intérêt je t’invite à dire la vérité.

Catherine posa son écuelle à côté de soi, sur le banc, puis demanda à son frère :

- C’est un péché, la chose dont il m’accuse ? Faire la charité est maintenant un péché ? Je ne savais pas que c’était un péché.

-On n’en finirait pas de raconter les histoires de cette forêt maudite, dit Judith.

Quand Lazare commence, il ne s’arrête plus. Mais cela explique bien pourquoi les Tarocchi se mettaient à trembler dès qu’ils voyaient la place de San Luca ou de Sant’Andrea toute pleine de Cafoni. Ils étaient pris d’une peur panique. On ne pouvait jamais savoir ce qui se passerait.

-De fait les autorités finirent par dissoudre la Ligue des Paysans, dit Zacharie. Pendant quelque temps, notre antique usage de nous réunir sur la place fut même interdit.

-Mais ils ne se sentaient pas sûrs, tant que restait le clairon, dit Judith. L’important ce n’était pas la ligue, mais le clairon.

-C’est bien pourquoi la confiscation en fut ordonnée, reprit Zacharie. Mais l’instrument détesté demeura introuvable. Lazare refusa d’avouer où il l’avait caché.

«Dans la montagne, en effet, on peut voir encore aujourd'hui des ruines de maisons détruites par les tremblements de terre des autres temps. Quand la catastrophe se produit, vu que personne n'est sans pêché, personne non plus n'ose s'étonner ni protester.»

(cette région a subi un tremblement dévastateur à L’Aquila en 2009)

L’instituteur

«Don Raphaël ne possédait point de terres, mais à la poste un livret d'épargne représentant un dépôt de cinq mille lires. La somme, même pour San Luca était modeste.

En d'autres termes, en raison de ce livret qu'il se trouvait posséder, le maître d'école du village de San Luca considérait son propre sort comme lié à celui du capitalisme.

Ce livret était son privilège, sa distinction. L'importance qu'il lui attachait était émouvante.»


mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Sam 17 Déc - 16:42
 
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Virginie Despentes

Vernon Subutex 2

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Vernon10

Vernon Subutex se retrouve SDF et de vagues remords, une franche sympathie ou un intérêt carnassier font qu'on va retrouver rôder autour de lui tous les personnages de la première partie. La dérive hippie-copain de tout ce petit  underground parisien dans la pseudo-secte poético-musico-cool de Vernon est un petit coin d'utopie naïve voire niaiseuse qui m'a plus fait penser à Michel Fugain qu'à Zola.

Et malheureusement le lâcher prise semble toucher jusqu'à l'auteur, qui se laisse vivre face à ses personnages. Certes elle garde de façon sporadique un bel art du portrait, des raccourcis bluffants, des formules percutantes, mais aussi une certaine tendance aux généralisations réductrices. Elle a plutôt tendance à remplacer la qualité par la quantité, elle ne creuse pas, se reposant sur les acquis du premier tome, sans non plus faire l'effort de nous redonner les petits éléments qu'on est en droit d'avoir oubliés et qui nous rafraîchiraient la mémoire.

Guère d'intrigue non plus, à vrai dire.

Quant au style, c'est une oralité branchée, souvent bien vue mais un peu bourrative. Ah certes, on n’est pas dans le classique, le lustré ! Je sais bien que la littérature doit vivre avec son temps, mais j'ai du mal à en apprécier la créativité au vu du nombre de « putain » « bordel » « kiffer » (et j'en passe beaucoup) rencontrés au fil du texte. Et quand V Despentes abandonne ce type de langage, sa phrase tombe vite dans la banalité.

Au total , j'ai été bien déçue, le poudre aux yeux prend le pas sur la vision aigue d 'une société. V Despentes y voit peut-être de l'humour, mais j'ai été un peu gênée de cette histoire où les SDF sont bien heureux, les fascistes pas si dangereux que ça. Et je me suis souvent ennuyée.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #social
par topocl
le Sam 17 Déc - 10:08
 
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Sujet: Virginie Despentes
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Virginie Despentes

Vernon Subutex

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 97822415

Mes dernières lectures ont une fâcheuse tendance à me montrer notre société qui s'étiole, se grippe, se retrouve dans l'impasse.

Pour ce faire Virginie Despentes a choisi la forme du roman feuilleton, c'est assez frustrant, cet opus est le premier de trois, l'un qui va sortir en mars, l'autre encore en cours d’écriture, et …. j’aurais bien aimé pouvoir enchaîner.

Le personnage central, Vernon Subutex, est un ex-disquaire, quasi quinquagénaire, un type des plus attachants, qui se retrouve au chômage (disquaire, ça n’est plus un métier), puis au RSA, puis dans la rue. Au début, il s'en sort pas mal, il a toute une bande d'anciens potes-anciens clients, des gens divers et variés dont le rock a été la passion commune, et dont les vies ont pris plein de directions, qui, contents ou contraints, l'hébergent deux-trois jours.

Virginie Despentes est très forte à dresser le portrait de personnages pour qui la  frénésie est un moyen de ne pas se noyer : argent, sexe, drogue, alcool, violence…, des gens de tous les jours pourtant, mais comment supporter, autrement ? Elle y mêle audacieusement humour, un cynisme non dépourvu de finesse, et tendresse, on  se dit souvent : ah, ça, je devrais le noter!. Il y a chez eux une excitation farouche destinée à ne pas voir l'horizon qui se bouche, à avancer quand même, quel que soit le milieu social, le niveau de vie, les aspirations personnelles. Cette galerie assez éblouissante de personnages s'expose dans une jolie  farandole de chapitres, de portraits, kaléidoscope de notre société agonisante. Il y a là un petit côté Lelouch sous acide qui est des plus séduisant.

En toile de fond, Virginie Despentes tricote son intrigue. Un rockeur dépressif et adulé, que tous ont plus ou moins connu de près ou de loin,  vient de mourir, après avoir laissé trois cassettes enregistrées à Vernon, qui intéressent tout le monde pour des raisons variées, et dont on se doute qu'elles contiennent quelque chose de sulfureux. Ca, on sent bien que cela va amener des complications, mais on n'aura le droit de le savoir que dans le prochain tome…

A la fin du livre, Vernon est à la rue, il s'épuise, là, il n'en peut plus, c'est déchirant à lire, c'est très beau. Et... Mince il va falloir attendre pour savoir la suite...

Il y a sûrement un plaisir surajouté à ce livre pour les parisiens, à déambuler dans la ville avec Vernon. Et aussi pour ceux qui aiment et connaissent la musique, Vernon n’est pas disquaire pour rien. Je pensais aussi que les connaisseurs  de Vian auraient droit à un petit plus, mais , non Virginie Despentes dit que c'est un peu le hasard .

Fermez les yeux à la couverture, ouvrez le livre, et lancez-vous !

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #social
par topocl
le Sam 17 Déc - 10:07
 
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Sujet: Virginie Despentes
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B. Traven

Le trésor de la Sierra Madre

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Image148

On imagine volontiers tout au fil de la lecture, le film sans doute excellent qui en a été tiré par John Huston, où, nous dit wikipedia, John Huston lui même interprète le rôle du « riche américain au costume blanc ». C'est en effet un roman d'aventure dans toute sa splendeur, trois types dans la misère qui s'allient  pour s'en sortir,  et en face, l'or : quoi de plus emblématique de toute aventure humaine que l'or, avec tout ce que cela implique de rêve, de fascination, de folie,  de jalousie, de dérision...Sans parler de la couleur locale, le port qui grouille d'activité, les mules sur les pistes au sein des vallées désertiques et  escarpées, les bandits féroces et crasseux...Dans un climat de compagnonnage alternativement suspicieux ou amical, nos héros affrontent l'adversité, au sein de laquelle leurs propres démons ne sont pas en reste. Ils vagabondent entre enthousiasme, anxiété, délire et épuisement.


Mais il n’est pas à négliger que les héros sont des gringos au pays des Indiens, détrousseurs eux-même d'un peuple plus pauvre qu'eux, plus humble et plus sage aussi, semble indiquer Traven. Le film donne sans doute la part moins belle à la description d'un pays qui n'a guère vécu que d'oppression venue de l'extérieur, où l'autorité civile et religieuse a  proscrit l'éducation, fait régner la terreur, la suspicion et la superstition, entretenu la misère tant pécuniaire qu'intellectuelle . B Traven, qui a des passages virulents sur le rôle de l'Eglise au Mexique, double son roman d’aventure d'un roman social et politique.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #aventure #politique #social
par topocl
le Sam 17 Déc - 8:53
 
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Sujet: B. Traven
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Don Carpenter

Sale temps pour les braves

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À peine sortis de l'adolescence, Jack Levitt et Billy Lancing ont une revanche à prendre sur la vie qui ne leur a pas fait de cadeau. Billy est né noir dans une société qui n'est pas près de le lui pardonner, quant à Jack, enfant naturel, il a grandi à l'orphelinat

  Ses parents, peu importe qui ils étaient, avaient sans doute fait l'amour à cause d'une envie similaire. Pour le plaisir, pour la satisfaction éphémère qu’ils en retiraient, ils l’ avaient conçu, et parce qu'il était manifestement gênant, l’avaient largué à l'orphelinat ; parce que lui, cette vie qu'ils avaient créée dans un instant d'insouciance et d'inconscience, n'était finalement pas drôle du tout ; il n'était qu'un effet secondaire pénible de ces démangeaisons ; il était la morve sur le mouchoir une fois le nez débouché, une masse dégoûtante dont on se débarrasse discrètement et qu'on oublie. Une rage froide l’emplissait, une rage dirigée contre ses parents inconnus, contre la vie qu'on lui avait donnée, et tout ça pour des raisons tellement stupides et futiles ! Pour une éjaculation d'une seconde ! Il était né à cause de ça (…) .Quinze à vingt minutes dans un lit anonyme entre deux probables étrangers lui avaient causé vingt quatre ans de malheurs, de peine et de souffrance, et promettaient, à moins qu'il ne meurt jeune, de lui causer encore quarante ou cinquante ans de malheur, enfermé dans une pièce minuscule ici ou ailleurs sans espoir de connaître la liberté, l'amour, la vie, la vérité ou la sagesse.


Ils se promettent de se payer une bonne tranche de liberté et cela passe par le fric, la frime, et les femmes.

 N’ayant jamais connus ses parents, il ne s'attendait pas à ce que l'avenir soit une répétition d'un passé qu’il ne pouvait pas se représenter - lui au moins avait une vision de l'avenir qui comprenait une sauvagerie gratuite, un enchaînement de plaisirs allant grandissant, d'amour et de joies, et s'il fallait lutter pour l'obtenir, cela ne posait pas de problème ; il savait se battre pour avoir ce qu'il voulait. À vrai dire, c'était quasiment la seule façon de procéder qu'il connaissait.


Autant loosers que flambeurs, ils fréquentent de petites frappes, logent dans des hôtels miteux, gagnent sur le tapis vert du billard des sommes qu'ils perdent aussi vite pour s'offrir des plaisirs faciles. Il vivent 100 à l'heure sans se soucier des bourgeois et des lois. Mais malgré la jouissance, la solitude et le désespoir de leur lâchent pas les semelles
 
Enfin, l'idée même que la vie puisse être belle était idiote. Parce que le bon et le mauvais, le bien et le mal n'existaient pas. Du moins, pas tels que les définissait l'orphelinat, pour qui le bon égalait l'ennui, la douleur et la stupidité ; et où le mal était beau, délicieux et explosif ; et ce n'était certainement pas non plus son contraire - il serait agréable de ne vivre que pour s'amuser mais que faire une fois l'amusement épuisé ?

   
C'est comme si tu crevais d'envie de casser une vitre avec ton poing, tu vois, et si tu cédais à ce désir sans réfléchir, alors bam, pendant une demi-seconde, t’aurais l'impression d'être le roi du monde ; mais au lieu de ça, tu commences à avoir la trouille de te couper, ces conneries, et tu hésites, alors tu t’en veux à mort et tu finis par exploser la vitre, sauf que tu le fais en toute conscience, et du coup t’en retires aucun plaisir.


Et bien sûr… cela tourne mal, centre de détention, prison, tout concourt a réveiller en eux une violence irréfléchie, mais aussi à casser leurs illusions, leurs rêves et leurs folies,

Il serait plus simple de croire en Dieu. Alors on pourrait se réveiller, bâiller, s'étirer et sourire à un monde organisé autour de la compassion et de la mort, du châtiment pour le mal, la félicité pour le bien, et si le jeu paraissait fou, au moins il avait des règles. Mais le monde n'avait aucun sens. Il n'en avait jamais eu.


Et finalement ils accusent le coup, et ils vieillissent, les émotions prennent le pas sur l'action
 
Cette nuit-là, Jacques pleura à s'en fendre l'âme. Il ne trouva aucune pensée réconfortante. Il ne parvint même pas à se mettre en colère, il était simplement désespéré, et plus seul qu’il ne l'avait jamais été de sa vie. Il ne lui restait plus rien à faire sinon pleurer, et il pleura.


D'autres valeurs comptent, d'autres refuges se dessinent.
Est-ce vraiment se ranger ? Où trouver une certaine douceur au monde qu’ils n'avaient pas connue auparavant ?

Jusque-là, il n'avait été qu'un voyou, avec un avenir de voyou, la vanité et la sensiblerie d'un voyou qui croyait que le monde entier en voulait à sa peau. C'était idiot ; aujourd'hui qu'il avait mûri, le temps était venu de profiter de la vie.

 
Évidemment, il voulait un fils. Il se disait qu'avoir un fils, puis un 2e, peut-être, et puis une fille ou deux était la clé d'une existence comblée. Il avait assez contemplé le vide de la vie pour ne jamais l’oublier.


  Il le faisait souvent, entrait à pas feutrés dans leur chambre pour les border et ressentir cette tendresse sans bornes que seuls les parents connaissent, puis il regagnait son lit et ses idées noires.


Mais ils étaient si déshérités par leur naissance que ce bonheur leur est sans doute interdit

 Elle se représenta ce jeune homme, enfermé dans une cellule de prison Dieu sait où, coupé de toute pensée d'immensité, et elle éprouva soudain une grande pitié pour lui, sa jeunesse perdue, sa croyance naïve et infantile que le passé était biens derrière lui et qu'il pouvait recommencer de zéro, enterrer tout ce qu'il avait été et devenir une personne cultivée.
   Et elle en concevait une telle amertume qu’elle en aurait pleuré.


  Il voyait les choses et les éprouvait. La terre devint réelle, et parfois, il réussissait à percevoir le plaisir qu'il y avait à être vivant


Malgré quelques longueurs liées à ma méconnaissance du billard, j'ai aimé ce portrait puissant, à la fois tendre et tragique, d’une Amérique de l'après-guerre, sans repères, vouée à l'immédiateté, qui découvre sa propre vanité, mais toute quiétude lui est interdite. Des humains en perdition, minés dans leurs racines, qui tentent désespérément de s’accrocher les uns aux autres pour surnager et dont la poursuite du bonheur est vouée à l'échec.

Don Carpenter, sous prétexte que ses « personnages vivent des émotions d'une grande intensité », pense que ses « écrits sont optimistes ». J'ai pour ma part trouvé ce livre d'un grand pessimisme, même s'il est traversé par des éclats où la vie prend un caractère intense et fulgurant, et des élans de fraternité et de tendresse partagée sublimes, il est sous-tendu par un désespoir et une fatalité des plus sombres. Il n’en est pas pour autant moins attachant, et ses personnages, hantés par leur solitude et l'indifférence du monde, battants perpétuellement perdants, ont laissé en moi une petite musique obsédante.

(commentaire rapatrié)




mots-clés : #social #criminalite
par topocl
le Ven 16 Déc - 18:20
 
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Sujet: Don Carpenter
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Elio Vittorini

Erica


1956

Originale : Erica e i suoi fratelli (Italien, interrompu en 1936, publié dans les années 50)
Traduction française : 1961


CONTENU :
Devenir adulte dans un temps difficile.

Au début des pages Erica a seulement neuf ans, mais elle se rend déjà bien compte de la pauvreté de sa famille. Pour travailler le père se rend dans les montagnes et appelle dans la suite, lors d'une maladie, sa femme de venir. Erica, maintenant un peu plus âgée, reste à la maison et prend avec fierté et beaucoup de responsabilité sa rôle de « mère » envers ses deux frères et sœurs et le menage. Le temps passe, mais la mère ne revient pas. Les provisions se terminent. Dans la plus grande misère elle prend une décision... (traduction de la description du livre chez amazon.de)

REMARQUES :
C'est avec beaucoup de réalisme et au même moment une certaine poèsie qui évite le miserabilisme, que Vittorini décrit en 22 chapitres le chemin d'un apauvrissement d'une famille. Le père gagne de moins en moins pour plus en plus de travail ; ses compagnons perdent l'emploi et aussi la mère est forcée de delaisser le foyer et de travailler. Puis la catastrophe : le père est renvoyé aussi. Mais il se décide rapidemment d'aller dans les montagnes pour y travailler sur les chantiers. On démenage dans une ruine délaissée. Un jour le père écrit de sa maladie et appelle sa femme au sécours. Elle prépare son absence et des provisions. L'argent et la nourriture devaient suffire. C'est sans aucune plainte qu'Erica prend le menage en main et fait preuve d'une grande responsabilité. Mais – et comment ? Par des vols ? - les provisions s'aménuisent et malgré tous les petits tours joués à la faim grandissant, elle se trouve un jour devant un choix crucial. Elle va offrir son corps...

Oui, c'est une histoire de pauperisation, marqué par un réalisme qui peut être lu comme une critique aux conditions des ouvriers. Mais au même moment ce fil triste est raconté avec une telle sensibilité, délicatesse, simplicité que par la langue on se rapproche d'une écriture simple, harmonieuse, « innocente ». Le petit roman invite à reflexion, mais surtout à une grande empathie avec Erica et l'absence de tout jugement face aux moyens choisis.

Ainsi on peut aussi parler d'une histoire du devenir adulte (et de garder son enfance). Elle prend la responsabilité pour ses frères et sœurs, sans tomber dans des reproches généralisés.


mots-clés : #famille #social
par tom léo
le Ven 16 Déc - 7:41
 
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Sujet: Elio Vittorini
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Olivier Adam

Peine perdue

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Image100

24 chapitres, 24 personnages qui se passent le relais en une grand ronde pour se raconter, au cours quelques jours d'une petite station balnéaire près de Nice , abandonnée à l’automne par les touristes, où tout le monde  se connaît plus ou moins. Chacun traîne sa pauvre ou belle vie, ses petites et grosses misères, ses regrets, sa rage ou ses espoirs, qui vont se cristallier le temps d'une tempête dévastatrice. 24 petites histoires qui en forment une grande.

Au départ il y a la prose d' Olivier Adam. dont on se demande si elle tient du procédé ou du  tic de langage. : énumérations  sans virgules, phrases nominales enchaînées,anaphores récurrentes.Il faut l'accepter, car finalement, pourquoi Olivier Adam serait-ils obligé de faire des phrases s'il aime mieux écrire autrement ? Car à part ça, il a un sacré talent de conteur, de façon très touchante de sonder l'intime des gens, de « la douceur sous la carcasse».

Certains trouveront que cela fait beaucoup de drames et de malheurs. Peut-être suffirait-il de se dire que ce sont des personnages de la vie et non des personnages de roman. Des gens dont on ne parle pas si souvent, pas des vrais losers au départ, mais simplement pour qui le travail n'est ni une évidence ni un plaisir,un monde de loyers à payer,  de petites combines et grosses magouilles, où les hommes  jouent au foot le dimanche,  les parents se meurent, l'amour  ne flambe plus comme avant, les enfants  s'éloignent. J'ai trouvé Adam très proche de chasun de ses personnages, très proche de moi, au final. Il est plein de compassion, ne larmoie pas, ne juge pas. Et peu à peu, son histoire voit plus loin que les individus, la société, telle un piège, emprisonne les personnages

Alors, au final, ce n'est pas de la grande littérature, mais de toute façon, ce n'est pas ce qu'on recherche en lisant Adam, n'est ce pas ? C'est un bon roman choral attentif aux homme set au monde, à la forme originale et bien maîtrisée. Peut-être un peu trop romanesque (encore que...), qui a su me toucher par sa fréquentation du quotidien d'hommes et de femmes de tous milieux, des gens simples et complexes à la fois,  par une façon de leur donner une voix, une intimité au delà  la façade, au delà du destin qui les spolie.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #social
par topocl
le Jeu 15 Déc - 13:12
 
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Sujet: Olivier Adam
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In Koli Jean Bofane

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 97827411

Mathématiques congolaises

Entre-temps, la Faim, au milieu de la population, gagnait du terrain, faisait des ravages considérables. Elle progressait en rampant, impitoyable comme un python à deux têtes. Elle se lovait dans les ventres pareille à un reptile particulièrement hargneux creusant le vie total autour de sa personne. Ses victimes avaient appris à subir sa loi. En début de journée, avant qu'elle ne se manifeste, on n'y pensait pas trop, absorbé par le labeur qui permettait justement de manger et ainsi obtenir un sursis. On faisait semblant d'oublier, mais l'angoisse persistait à chaque moment. En début d'après-midi, avec le soleil de plomb qui accélère à la déshydratation, cela devenait plus compliqué. L'animal qui, depuis longtemps, avait pris la place des viscères,  manifestait sa présence en affaiblissant le métabolisme, se nourrissant de chair et d'autres substances vitales. On était obligé de vivre sur ses maigres réserves. L'effort faisait trembler les membres, rendait les mains moites et froides, le cœur avait tendance à s'emballer. Pour calmer la bête, on lui faisait alors une offrande d'eau froide, pour qu'elle se sente glorifiée. Cela ne dure pas, car juste après, elle jouait sur le cerveau et d'autres organes de la volonté et du sens combatif. On pouvait avoir tendance à quémander et à mendier. certains devenait même implorants, parce qu'elle laminait, de son ventre rêche, des choses aussi précieuses que l'orgueil et la fierté. Elle était omniprésente et omnipotente. On ne conjuguait plus le verbe « avoir faim ». À la question de savoir comment on pouvait aller, la réponse était :  «Nzala ! », « La Faim ! ». Elle s'était institutionnalisée.


La Faim… La Faim est omniprésente dans ce roman. Les habitants de Kinshasa passent leur journée à tenter de la contrer, sans grand succès la plupart du temps. C'est pour gagner un peu d'argent afin d'apaiser la Faim que de jeunes habitants acceptent régulièrement de jouer le rôle de partisans du gouvernement lors de manifestations factices contre l'opposition.
Mais il peut arriver qu'une manifestation dégénère, et que l'on déplore des morts. Innocentes victimes des petits jeux de dupes auxquels se livrent les puissants du pays… C'est en venant faire taire une famille éplorée que l'homme de l'ombre du président, Gonzague Tsihilombo, remarque Célio Matemona, dit Celio Mathematik.

Celio, que la guerre civile a rendu orphelin, n'a dû son salut qu'à un prêtre missionnaire et à la découverte émerveillée des mathématiques. Dès lors toute situation devint pour lui sujette à analyse, résumée en quelques théorèmes mâtinés d'une ou deux sentences de Machiavel. Gonzague Tshilombo pressent que ce drôle d'énergumène pourrait être utile à la présidence, et l'embauche. L'idéaliste Celio se retrouve donc au service d'un homme sans scrupule, qui "appréciait de vivre cette période de transition. Il estimait connaître des moments privilégiés ou le savoir-faire des hommes tels que lui était nécessaire. Il était non seulement l'expert en écran de fumée, mais aussi le spécialiste en « comment poser une poutre dans l'œil du voisin sans faire tomber la paille qui s'y trouve déjà, des qualités inestimables en matière d'intoxication et de désinformation, car telle était sa véritable tâche."

Désir de s'élever dans la société, de quitter les petits boulots précaires, de jouir de l'argent facile, Celio fait taire sa conscience et met toute la fougue de sa jeunesse au service de son employeur.
L'Europe fait pression sur l'état congolais ? Jouons donc le jeu de la démocratie, si cela peut leur faire plaisir, mais tentons néanmoins de tourner chaque situation à notre avantage…Celio découvre avec grand plaisir que les mathématiques lui permettent de se jouer des hommes à sa guise et d'anticiper leurs réactions pour mieux les influencer. Et tant pis si quelques innocents sont balayés au passage, il est si amusant, et si facile de manipuler les foules !
Mais quand on est un enfant de la rue, un idéaliste, un ami des opprimés, peut-on indéfiniment faire taire sa conscience ? Tel sera le dilemme auquel Celio sera confronté…

La plume d'In Koli Jean Bofane, teintée d'humour noir, est un subtil mélange de décontraction et de recherche, et décrit à merveille la vie quotidienne des kinois. La quête d'argent happe certes toute leur énergie, mais ils n'en oublient toutefois pas de palabrer, d'aimer, et… d'entretenir leur amour de la sape !
Pendant ce temps, les puissants usent et abusent de leur pouvoir pour maintenir le pays sous leur joug, se jouant des hommes et des concepts avec un cynisme qui fait froid dans le dos. Les sorciers et autres féticheurs sont régulièrement mis à contribution, pour aider une ascension sociale ou pour faire taire une conscience trop longtemps bafouée… L'humour sous-jacent ne met que plus en valeur la déliquescence d'un pays gangrené par une corruption généralisée et un pouvoir oublieux de son peuple, qui ne sert que ses intérêts particuliers.
Sans céder à la facilité ni à l'exotisme, l'auteur est parvenu à rendre palpable la réalité de ce Congo ravagé par les luttes intestines. Mais une fois le livre refermé, c'est la dignité et la force de vie du "petit peuple" que le lecteur a envie de retenir, en espérant qu'un jour le mot "démocratie" décrira une réalité bien tangible, et non plus un concept détourné à leur profit par des dirigeants corrompus…

Chaque jour, le pouvoir d'achat s'amenuisait. Les denrées alimentaires étaient rares et hors de prix. Le système de santé n'existait plus depuis longtemps. Le sida et ses conséquences s'étant ajoutés à tout cela, l'ensemble était devenu ingérable. Les gens ne tenaient plus que par la peau qui les recouvrait. Pour l'éducation, c'étaient les parents qui s'organisaient pour payer le salaire des professeurs. Dans ce contexte, seul Dieu faisait des miracles, et encore, il avait un mal fou à suivre.



(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #corruption #regimeautoritaire #social
par Armor
le Mar 13 Déc - 16:41
 
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Sujet: In Koli Jean Bofane
Réponses: 2
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Sergio Atzeni

Sergio Atzeni (1952-1995)

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Sergio10


Sergio Atzeni (né le 14 octobre 1952 à Capoterra en Sardaigne et mort le 6 septembre 1995 (à 42 ans) à Carloforte) est un écrivain, journaliste et traducteur italien.

Né à Capoterra, Sergio Atzeni vit à Cagliari dès sa première enfance. C'est là qu'il passe, hormis un court séjour à Orgosolo son enfance et sa jeunesse et qu'il fait ses études. Il s'inscrit à la faculté de philosophie mais la quittera avant d'avoir obtenu son diplôme.

Très jeune, dès 1966, il commence à se consacrer au journalisme et collabore bientôt avec les plus importants journaux sardes : Rinascita sarda, Il Lunedì della Sardegna, L'Unione Sarda, l'Unità, La Nuova Sardegna, ou encore Altair, revue qu'il a fondée et dirigée. Il travaille en même temps pour la radio. Il s'inscrit également au parti communiste italien, participant activement à la vie politique de la cité. Il ne parvient toutefois à trouver un emploi stable, à la société nationale italienne de production d'électricité ENEL, qu'en 1976. Travail qu'il abandonne au moment de ses débuts littéraires, quand il décide en 1987 de quitter l'île, un an après la parution de son premier roman.

Il s'installe durablement à Turin, qui sera jusqu'à sa mort son lieu de résidence, hormis durant un court intermède à Sant'Ilario d'Enza en Émilie de 1990 à 1993. Il travaille comme journaliste pour L'Europa et traducteur pour de nombreuses maisons d'éditions, notamment d'auteurs français. Ce sont des années particulièrement riches dans sa carrière d'écrivain, pendant lesquelles il écrit quelques-unes de ses œuvres les plus importantes, comme L'Apologo del giudice bandito, Il figlio di Bakunin, Passavamo sulla terra leggeri et Il quinto passo è l'addio.

Il trouve la mort tragiquement à Carloforte, le 6 septembre 1995, à l'âge de 42 ans, emporté par une vague, lors d'une tempête, sur les falaises de l'île de San Pietro.

(wikipedia)

Oeuvres traduites en français :

Le Fils de Bakounine
La Fable du juge bandit
Le Cinquième pas est l'adieu
Bellas mariposas
Il existe deux couleurs au monde, le vert est la seconde ; voyage en compagnie de Vincent
Récits avec bande-son
Nous passions sur la terre, légers





Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 51ltuq10

Le Fils de Bakounine

Qui est Bakounine ? C'est le surnom donné par la population de Guspini à Antonio Saba, le meilleur cordonnier de Sardaigne !

C'est sur les traces de son Fils Tullio Saba qu'une mère incite son fils à enquêter, est-il journaliste comme il se présente ?

La mémoire est-elle fidèle ? infidèle ? transforme-t-elle la réalité ? par besoin de l'enjoliver ou au contraire de la noircir ?
C'est au lecteur de décider, s'il le peut, s'il le veut après avoir suivi le jeune homme dans son enquête, après avoir entendu les témoins du passé.

En le suivant le lecteur découvre la vie des pauvres gens de Sardaigne  au moment du fascisme et après la guerre ; les figures qui s'imposent se sont celles des mineurs.
Tous ces hommes ont besoin de moments de bravoure dans cette dure vie, cela peut être un drapeau hissé sur le clocher à la barbe des fascistes qui ont interdit la fête du travail le 1er mai ou l'inscription du nom de Staline sur une poutre de  soutènement dans la galerie de la mine ou encore porter un béret français quand tous portaient un bonnet ou une chéchia.

Le langage est coloré, les divers personnages bien campés dans leur emploi, dans le temps.

J'ai trouvé dans ce petit livre beaucoup de plaisir de lecture, merci à Bix de me l'avoir conseillé !


quelques extraits :

"Certaines nuits il prétendait à ma chaleur, mais il était tellement soûl que je lui faisais un service à la main et il ne s'apercevait même pas de la différence."

"Au bout d'une quinzaine de jours tous ceux qui n'étaient satisfaits, qui auraient voulu un monde ou au moins un travail différent avaient tous un couvre-chef pareil au sien."

"Tu sais ce que je te dis ? Je donnerais tout ce que j'ai pour éprouver à nouveau l'émotion de ce jour, quand nous avons vu le soutènement terminé et cette inscription lumineuse tout en haut, VIVE STALINE."

"Il m'avait parlé de la Grande Guerre, il me semblait impossible que les hommes soient assez stupides pour refaire une telle connerie. Puis j'ai vu de mes yeux que c'était possible."

"Avec ces têtes brulées de communistes il faut être dur et sans pitié dans les actes, mais aussi astucieux, capable de jouer avec les salaires pour créer la division, et de jouer avec les mots pour exploiter leur ignorance."

"Croyez moi. Parole de carabinier. Et n'écoutez pas ceux qui disent que les carabiniers sont idiots. Les blagues sur les carabiniers, nous les inventons nous-mêmes, parce qu'on a le sens de l'humour."


mots-clés : #regimeautoritaire #social
par Bédoulène
le Lun 12 Déc - 18:42
 
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Sujet: Sergio Atzeni
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Olivier Truc

[b]La montagne rouge [/b]

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Montag11

, qui termine la trilogie est aussi passionnant à lire que Le dernier lapon  et Le détroit du loup

depuis une quinzaine d’années,  procès  entre les éleveurs de rennes et les forestiers .
lors de abattage des rennes avant l'hiver , le fils du chef sami trouve un os humain.
il est ressorti en cause , les  fortes pluies.
de ce fait , enquête  de la  police  des rennes , procureur etc  donc abattage suspendu car on découvre le squelette mais sans le crâne.
ce squelette dérange de nombreuses personnes .
qui était cette personne, un sami  ou pas..
si vous voulez le savoir..il faut lire ce merveilleux récit.
les personnes qui ont lu et apprécié les 2 premiers  livres aimeront celui-ci.
on retrouve avec plaisir Nina et son comparse de la police des rennes.


mots-clés : #polar #social
par faustine
le Sam 10 Déc - 15:53
 
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Sujet: Olivier Truc
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Vercors

Colères

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Images69

Il semble qu'il s'agisse, d'après le titre, d'hommes et femmes en colère, et qui cherchent chacun leur solution.
En colère contre un monde d’injustice, Pélion donne toutes ses forces à la fraternité chaleureuse des combats syndicaux. En colère contre un monde d'ignorance, Egmond fait le choix d’un salut individuel et s’enferre dans de curieuses transes-extases censées le mener à une connaissance intime de lui-même et de l’homme. Entre les deux, Pascale, écartelée entre l’amour des deux hommes, dont les emportements existentiels s'emballent dans une naïveté confondante. Et Mirambeau, savant reconnu et ancien résistant, qui réalise une espèce de référence commune, uniflant les deux combats.

Cela donne un roman assez disparate, très inégal, à la symbolique à la limite du pontifiant, facilement phraseur au milieu de belles envolées. Honnêtement je me suis promenée entre ennui et hilarité face aux explorations transcendantales d’Egmond, et leurs tentatives d’explications médicales qui frisent le grotesque.

Par contre quel talent, quelle vigueur à nous faire partager la lutte fraternelle des ouvriers de Cheaulieu. Quel roman nous aurions eu si Vercors avait limité son ambition à cette seule histoire !

Le style de Vercors reste toujours aussi prenant et noble ,et certains passages constituent de vrais morceaux d’anthologie (l’incendie du manoir peuplé d’animaux empaillés,  la réconciliation des ouvriers en grève et des « jaunes » sous le feu des CRS)

En somme un roman qui est loin de m’avoir convaincue, mais qui ne m’empêche pas de conserver une grande admiration pour l’écriture de Vercors, pour son empathie vis à vis d’hommes qui font des choix qu’ils assument avec courage.


On devrait vivre dans une colère constante, bouillir sans cesse de révolte, de fureur. Au lieu de ça, on pense sa petite histoire, un point c'est tout, on s'accommode. V’s comprenez ? Ne pas être inquiété, ni épaté, être seulement troublé. Les choses comme ça, donc elles sont très bien, et laissez-moi tranquille.


L’impuissance est décourageante, mais se décourager, c'est se faire complices, en fin de compte.



(commentaire rapatrié)
mots-clés : #social
par topocl
le Sam 10 Déc - 11:00
 
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Sujet: Vercors
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Upton Sinclair

La jungle

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Plus que l'histoire d'une famille lituanienne qui émigre aux États-Unis au début du XXe siècle, La jungle est l'histoire d'un jeune Lituanien qui émigre avec sa famille. La nuance est de taille car, si chacun des membres de la famille va apporter sa contribution au niveau financier, seul Jurgis que l’on suit de la première à la dernière page, a réellement intéressé Upton Sinclair qui en a fait un personnage vraiment creusé, analysé, qui a une épaisseur. Si on est ému par les difficultés des autres membres de la famille, on n'y est pas attaché car Upton Sinclair daigne à peine le décrire et les faire exister.

Il y a deux façons de lire ce livre, soit comme un roman, soit comme réquisitoire

Un roman : comment un jeune Lituanien droit, courageux, déterminé, responsable, arrive à Chicago pour trouver du travail, enthousiaste au début, puis tombant de Charybde en Scylla, perd toute vitalité, toute dignité, sombre dans le vice et l'alcool, finit par ne se soucier que de lui-même, alors même qu’il n’est plus qu’une loque, pour être finalement sauvé par l'illumination de la parole socialiste. Même si tout cela correspond très certainement à une réalité du monde du travail de l'époque(on a en effet lu de nombreux romans et récits parlant de ces drames de l’émigration), et dans une moindre mesure d'aujourd'hui, on a quand même un peu l'impression que Upton Sinclair s'est fait une liste de toutes les situations dramatiques, macabres, dégradantes, sans en oublier une, auxquelles il pouvait confronter son héros. Cependant, on souffre avec lui, on se désole de sa déchéance, on se réjouit de son retour parmi les hommes.

Un réquisitoire : Upton Sinclair a fait un travail de documentation extrêmement poussé et l'on n’ignore plus rien du monde du travail de cette époque, des procédés utilisés dans les abattoirs (technique, hygiène, recrutement), des terribles corruptions qui se développent comme une pieuvre dans le monde du travail comme dans le monde de la politique et de la justice, du maillage fin scrupuleusement établi pour enfermer le prolétariat dans sa misère et son inculture, afin d'en mieux abuser ensuite. C'est parfaitement détaillé, cela fournit des détails très intéressant sans être rebutant On regrette parfois (cela reste roman) que Upton Sinclair explique trop plutôt que de donner à voir.

J'ai été gênée par les 40 dernières pages, exposant à travers des discours divers d'hommes politiques le projet socialiste de l'époque d'une façon quand même bien lourde et pesante qui frise le prosélytisme.

Il n'en demeure pas moins que ces 550 pages sont le reflet dramatique et passionnant d'une époque, pleines d'enseignement et qu’il serait bien léger de détourner les yeux d'un livre qui a marqué son époque et permis des avancées dans le domaine du respect de l'homme et des réglementations sanitaires


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #social #immigration
par topocl
le Sam 10 Déc - 10:04
 
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Sujet: Upton Sinclair
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Upton Sinclair

Pétrole !

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Images28


C’est un gros livre de 700 pages, qui est paru en 1927 et a fait l’objet d’une adaptation au cinéma il y a quelques années par Paul Thomas Anderson sous le titre There will be blood. Si on retrouve bien l’ambiance, certaines situations et personnages dans le film, l’esprit est totalement différent et l’esprit militant de Sinclair n’y apparaissait pas de la même façon

Le livre se déroule de 1913 à 1924 en Californie du Sud. C’est l’occasion d’évoquer le milieu des magnats du pétrole, ces capitalistes richissimes et sans scrupules. On y parle aussi du milieu prolétarien, des divers partis de gauche, des actions qu’ils ont désespérément menées face au mépris et l’intransigeance de leurs patrons. Au passage on passe aussi dans le milieu du cinéma hollywoodien et d’un mysticisme protestant qui profitait de l’inculture des masses populaires.

Quand l’histoire commence, Jim Arnold Ross, ancien muletier, s’est hissé a la force des poignets parmi les magnats du pétrole. C’est un homme que rien n’arrête, sûr de lui, prêt à tout, compromission et corruption comprises, dur avec son personnel, mais juste : implacable, mais pas le pire parmi ces exploitants pétroliers.
Il a tout investi sur son fils Bunny, 13 ans, qui est le vrai héros de cette histoire. Tous deux s’aiment passionnément, partagent tout : l’amour du pétrole et de l’argent (et des plaisirs qu’il dispense), de la vie au grand air. Leur confiance réciproque est inattaquable. Bunny est un garçon vif, intelligent, ouvert à tout , que tout le mode adore ; il est fondamentalement bon et moral.

« Bunny ne pouvait pas arriver à comprendre – il n’y arriverait jamais de toute sa vie - comment les gens pouvaient ne pas s’intéresser aux autres gens. »


Tout ceci fait sa force : il s ‘entend avec tout le monde , se lie d’amitié avec des employés de son père . Et cette différence entre eux séduit son père qui le regarde d’un œil amusé et tendre, et pense qu’il ira loin. Inversement Bunny, qui croit naïvement que tout le monde est bon comme lui, voue une adoration à ce père fabuleux. Dès les premières lignes du livre, caractères et relation intime, cette envie commune de tout dévorer dans un paysage américain grandiose, sont superbement campés en un paragraphe :

«La route filait, lisse, nette, quatre mètres trente de large exactement, les bords coupés comme au ciseau, ruban de ciment gris déroulé à travers la vallée par une main géante. Le sol ondulait en longues vagues : une lente montée puis un plongeon soudain. Vous grimpiez et passiez en trombe la crête, mais vous étiez sans crainte, car vous saviez que le ruban magique serait là, libre de tout achoppement, vierge de toute bosse ou crevasse, attendant le passage des roues aux caoutchoucs gonflés tournant sept fois à la seconde. Sur les côtés déferlait en sifflant l’âpre vent du matin, orage de mouvements qui vibrait et grondait en des harmoniques aux incessantes variations. Mais vous vous pelotonniez confortablement derrière un pare-brise incliné qui dérivait la tornade par dessus votre tête. Quelquefois il vous plaisait de lever votre main pour sentir le choc glacial ; quelque fois vous risquiez un œil par le côté du pare-brise afin que l’ouragan vous frappe au front et vous ébouriffe les cheveux. Mais, la plupart du temps, vous demeuriez assis, muet et digne, car c’était ainsi que faisait Papa, et les manières de Papa constituaient l’éthique de l’automobiliste. »


Mais ses qualités sont aussi la faiblesse de Bunny, qui ne veut faire de peine à personne et va longtemps galérer avant de se rendre compte que c’est impossible et faire des choix nouveaux.

Toute la première partie du livre on voit cette relation passionnelle, l’œil amusé du père et aussi le questionnement qui se fait peu à peu en Bunny quand il constate que son père agit mal. Ses amis ouvriers le convertissent peu à peu à leur cause.

« Ce qui avait été malfaisant devenait soudain héroïque, alors que ce qui avait été respectable apparaissait tout à coup comme stupide »


Après cette rupture, il continue à s’entendre à merveille avec son père, car leur amour commun est leur grande richesse, et voulant le rendre meilleur essaye vainement de le convertir un tant soit peu à ses idées. Il continue à profiter des plaisirs liés à l’argent, mais plus le temps passe, plus il réfléchit, se positionne, utilise son argent dans le sens de la solidarité et de la cause ouvrière.
Ses yeux s’ouvrent aux idées modernes, et il est heureux de le voir se tenir à ses objectifs de droiture et de moralité, ce qu’il fera magnifiquement, malgré toutes les difficultés que cela implique, sans jamais rompre avec les siens. Sa naïveté initiale en prend un sacré coup, il souffre des choix à faire, mais il tient bon..

Roman social et roman d’apprentissage, mais aussi roman d’aventure, Pétrole est un livre qui apprend beaucoup, mais qui sait aussi émouvoir, les personnages sont très attachants et complexes, extrêmement bien campés dans un style très vivant, comme si l’auteur vous racontait l’histoire en direct. Le ton est celui d’une ironie tendre et détachée, qui cache une espérance désespérée.


(commentaire rapatrié)


mots-clés :  #social
par topocl
le Sam 10 Déc - 10:02
 
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Sujet: Upton Sinclair
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Mario Rigoni Stern

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Rigoni10

l'histoire de Tönle; je retrouve le même plaisir qu'avec les Sentiers sous la neige.

Tönle, contrebandier par nécessité, berger, traverse la frontière pour aller travailler, dans divers pays dont d'ailleurs il parle la langue, l'Autriche, la Hongrie, l'Allemagne etc .. Obligé, sous peine d'être emprisonné suite à une altercation avec un douanier, de se cacher, il passe la frontière pour travailler à l'étranger car il faut nourrir la famille.
L'amour qu'il porte à sa région, sa maison, sa famille, son village le conduit tous les hivers à revenir.
L'harmonie avec la Nature, les animaux et les hommes est brutalement bouleversée par la guerre de 14/18.
C'est en homme libre qu'il vit même lorsque déjà vieux il est fait prisonnier par les Allemands. Il est libre dans sa tête et dans son coeur. C'est ainsi qu'il a vécu et qu'il mourra.

L'histoire de cette région d'Italie éclaire ce récit.

Toujours cette chaleur des mots, ce regard apaisant sur la Nature, les Hommes et l'incompréhension quant à la guerre et la misère qu'elle jette sur tout ce qui vit.
mots-clés : #premiereguerre #social
par Bédoulène
le Jeu 8 Déc - 18:08
 
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Sujet: Mario Rigoni Stern
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Mario Rigoni Stern

Tag social sur Des Choses à lire - Page 8 Rigoni10

Mario Rigoni Stern.

- Histoire de Tonle. -

Il y a des etres humains qui ont vraiment la foi dans l'humanité chevillée au corps. Quoiqu'il advienne... Pour le vérifier, il suffit de lire L'histoire de Tonle de Mario Rigoni Stern. C'est l'histoire d'un homme simple, dont la maison -pour son malheur- était située du coté italien de la frontière austro-italienne, et cela se passait au tout début du 2Oe siècle.

Tonle était un berger pauvre, très pauvre et pour nourrir sa famille, il devait de temps en temps franchir la frontière en question en tant que contrebandier, pour aller en Autriche... Tonle n'aimait pas les fontières, mais la pauvreté ne lui laissait pas le choix. Il détestait encore plus la guerre, mais celle de 14-18 ne lui demanda pas son avis. Plusieurs fois, il dut s'enfuir, et la dernière fois qu'il revint chez lui, sa maison était détruite et lui-meme mourut au pied d'un olivier.

Voilà. C'était juste l'histoire d'un homme qui a cru jusqu'au bout en l'humanité. Et croyez moi, ce n'est pas une histoire désabusée. Car la foi de Tonle, c'est aussi la philosophie de l'écrivain Mario Rigoni Stern, même idéal, même lieu de vie que son aieul, et qui alla se battre sur le Front russe pendant la 2e Guerre mondiale. Et qui n'a jamais renoncé à sa foi dans la fraternité et la paix malgré l'horreur de la guerre qu'il a connue. J'aime beaucoup cet homme-là, cet écrivain, c'est pourquoi, pour une fois, je me suis attardé sur sa biographie.

Message rapatrié. Pour un de mes écrivains italiens favoris.


mots-clés : #premiereguerre #social
par bix_229
le Jeu 8 Déc - 17:56
 
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Sujet: Mario Rigoni Stern
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