Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 14:50

170 résultats trouvés pour social

Norman Rush

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 51wqg110

Accouplement

Une jeune trentenaire, étudiante américaine en anthropologie, cherche un sens à sa future thèse au coeur du Botswana. Entre fuite et cynisme, saupoudrant d'un humour clairvoyant son itinéraire, elle se fait narratrice de ses perditions et ressacs, de ses lubies, et nous prévient très vite que tout son récit voudra expliciter la rencontre exceptionnelle qu'elle va faire d'un homme .

Le tempérament de cette femme, singulier, tisse tout le corps textuel, elle mène la danse, mais ce présupposé est servi par la nature de son caractère, analytique, anthropologue jusqu'au bout des poils, mais aussi rompu au détour psychanalytique.
En conséquence, on accrochera ou pas quant au ton, au mouvement du récit.

F.Le corre pour cairn info a écrit:Exploration territoriale, confrontation des idées, rencontre des cultures, utopie politique, épreuve de la personnalité, passion amoureuse et rivalité des sexes, le tout exposé par une jeune anthropologue américaine, perdue au Botsawana pour les besoins d'une thèse en anthropologie nutritionnelle ? une vraie fausse piste sur laquelle elle ironise : « En Afrique, on veut plus, je pense. Les gens y sont pris d'avidité. Je n'ai pas échappé à la règle. » Ce sont les premiers mots du livre. Le ton est donné. Observatrice méticuleuse d'elle-même et des autres, des institutions et des sociétés, la jeune femme, aussi maîtrisée que caractérielle, est une surdouée des interprétations multiprises qu'elle démonte aussi vite qu'elle les monte. Elle est à elle seule un prodige de méfiance et de détermination, une virtuose en dialectique, mélange détonant de cérébralité et de sensualité. Quand elle entend parler d'un certain Nelson Denoon, intellectuel qui aurait fondé une cité secrète au fin fond du Kalahari , « ce vide replié dans le vide jusqu'à l'Atlantique », elle sait qu'elle ira le rejoindre. Ce qu'elle fait seule avec deux ânes, avant d'arriver à moitié morte à Tsau, la fameuse communauté de Denoon où des femmes tentent d'émerger de leur asservissement séculaire. Là sont Denoon, l'utopie, et un temps immobile qui recèle sa propre capacité de destruction. Contrairement au royaume des hauteurs où s'accouplent les vautours, ce repaire qui prétend écarter la violence ne pourra protéger l'accouplement de chair et d'esprit qu'elle aurait voulu comme une confrontation loyale, équitable et jamais achevée. L'illusion se défait, sans que le mouvement s'épuise, sans que cessent de tenailler l'envie de comprendre et le grand, l'insatiable appétit de vivre.



c'est drôle, spécieux (jargon universitaire bonjour), empathique et arborescent dans sa logique, c'est un roman sur l'amour féminin, sur la société botswanaise, sur l'utopie socialiste.
Assez épatant du point de vue de la personnalité féminine décrite (auteur empathique, observateur, qui sait pourtant aussi par touche discrète nous démonter sous un jour moins favorable ), l'auteur dit qu'il a eu l'ambition de construire le personnage féminin le plus complet de la littérature anglophone. Pour avoir survolé des articles non traduits sur lui, il semble que ce soit un grand hommage à sa femme, à leur relation, bien que transposé, détail qui rend assez sympathique le fatras global où nous transporte cette femme de foi perdue et d'instinct sauf. A moins que ce ne soit tout l'inverse.

Une très jolie lecture . Le regard politique est intéressant, aussi, bien que la lecture de nos jours puisse le faire paraitre un peu déjà vu. Mais sans doute qu'à l'époque il valait son poids.
Et je n'ai pas de citation. pardon. rendu à la médiathèque.




mots-clés : #amour #conditionfeminine #huisclos #independance #initiatique #insularite #politique #social
par Nadine
le Mer 21 Nov - 19:28
 
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Sujet: Norman Rush
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Andreï Kourkov

Laitier de nuit

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Andrei10


Trois fils de vie s’entrecroisent, se rejoignent et se ramifient dans Kiev et ses environs, ceux de gens simples, qui paraissent "foncièrement bons" et paisibles (généreux comme la nourrice Irina, et finalement optimistes), permettant d’avoir un aperçu de la vie en Ukraine post-soviétique, avec ses misères et ses superstitions, ses trafics et sa précarité, sa résignation devant la criminalité et la corruption, les dysfonctionnements et les incertitudes, surtout sa ploutocratie distinctive…
« Du lait maternel, nous en avons dans le pays, plus qu’il n’y a de pétrole en Russie ! »

« Le jour où les gens ne s’entraideront plus que pour du fric, j’irai moi-même me flanquer à la flotte. Peut-être que tu me tireras de l’eau ce jour-là ! Qui sait ?! »

Les intrigues cheminent doucement, sans ennui chez le lecteur, elles alternent d’un court chapitre à l’autre (il y en a 119), progressent au rythme lent de l’art du roman, tout au long de ses 400 pages.
« Il est des histoires qui commencent un beau jour et jamais ne s’achèvent. Elles en sont tout bonnement incapables. Parce que leur commencement engendre des dizaines d’autres histoires indépendantes qui ont chacune leur prolongement. C’est comme le choc d’un gravier contre le pare-brise d’une voiture : au point d’impact se dessine une multitude de lézardes, et à chaque ornière rencontrée sur la route, l’une ou l’autre progresse et s’allonge. »

Les liens se tissent sur le ton du conte ou de la fable ; on y rencontre vraisemblablement les sous-entendus d’une satire politique, mais je n’ai pas trouvé la clé que je n’ai d’ailleurs pas cherchée. (A mon humble avis, ces allusions équivoques sont juste suffisantes pour se faire gratter la tête aux autorités, et aux exégètes qui tirent sur les cheveux avant de les couper en quatre). De même, ne pas espérer de réponse, d’éclaircissement final…
« La nuit, beaucoup de somnambules errent dans les rues de Kiev. Il leur arrive de se rencontrer, de se lier d’amitié, mais le jour ils ne se reconnaissent pas. Il se constitue chez eux une sorte de mémoire nocturne qui ne se déclenche que lors des crises de somnambulisme. »

Humour gogolien, fantaisie qui rappelle Boulgakov, fantasmagorie/ onirisme hoffmanniens (celui du Chat Murr), "réalisme hystérique" (ou "magique" ?), une réalité quotidienne qui s’emballe (le somnambulisme comme une sorte de double vie, le « défunt plastinisé », le chat justicier…) tandis que l’ensemble reste étonnamment cohérent et crédible.

Dans certains pays, la classe dirigeante préfère se faire soigner à l’étranger :
« Les oligarques et les hommes politiques se méfient des médicaments de masse ! Ils ont besoin de remèdes spéciaux, qu’on ne trouve pas en pharmacie. Le plus souvent contre la fatigue, ou contre l’impuissance ! Mais Edik s’intéressait surtout aux tranquillisants. Il avait une idée fixe : mettre le monde entier sous calmants. J’ai l’impression que le monde l’agaçait fortement. Ce n’est que le soir, à l’approche de l’obscurité, qu’il commençait lui-même à sourire… Sinon, il souriait rarement… »  

Réputation slave non usurpée :
« – Et qu’est-ce que vous voulez boire ?
– Une double vodka, répondit Dima.
– Moi pareil, ajouta Valia.
– Toi, il ne t’en faut pas ! (Dima regardait sa femme avec étonnement.) Tu es enceinte !
– Bon alors, qu’est-ce qu’elle prendra ? demanda le marchand en s’adressant cette fois-ci à Dima.
– Un verre de cognac, taille normale. »

J’ai voulu en savoir plus sur la "Doktorskaya", sorte de saucisse à cuire, la mortadelle du docteur, délice datant de l’ère soviétique, régal de Dima au petit déjeuner, et en voici l’alléchante composition :
viande de porc 68%, eau, fécule de pomme de terre, sel, sirop de glucose, saindoux, de la maltodextrine, dextrose, épices, extraits d'épices, E450 stabilisant, E621 exhausteur de goût, E300 antioxydant, conservateur E250, protéides du soja 0,5%, épaississant : E407, E410, E412, E415, E466; colorant E120, correcteurs d'acidité: E262, E325. Le produit peut contenir des traces de moutarde et le céleri.

Ce livre m'a particulièrement plu à cause d'une certaine fraîcheur de ton.
Et merci à Bédoulène pour la suggestion dans la chaîne d'automne 2018 !


Mots-clés : #fantastique #social
par Tristram
le Dim 4 Nov - 14:10
 
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Sujet: Andreï Kourkov
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Sylvain Pattieu

Avant de disparaître - Chronique de PSA-Aulnay

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_71

A travers des témoignages recueillis au fil des jours et cités en direct, petite chronique de la mort annoncé de PSA-Aulnay, de ses travailleurs syndiqués ou non, attachés ou revanchards face à l'entreprise, d'une belle histoire de lutte et de solidarité tout à la fois pleine d'espoirs et de désespoir.
Parfois un peu fouillis, pas toujours très clair pour une non-initiée, mais ça n'empêche pas d'être révoltée et écœurée.


mots-clés : #contemporain #mondedutravail #politique #social #temoignage
par topocl
le Mer 24 Oct - 17:18
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_69

Je n'aime pas trop les jeunes gens trop médiatiques et les livres trop médiatiques. J'y allais donc vraiment à reculons. J’ai de ces aprioris, parfois. 
J'avais tort. C’est les médias qu'il faut ne pas aimer, et laisser les jeunes gens qui ont des choses à dire écrire leurs livres. Celui-ci ressemble à un conte populaire : les fées d'Édouard Louis c'est  l’école de la République qui pour une fois a joué son rôle et l'a aidé à sortir de sa misère psychique, et à devenir le garçon brillant qu'il est devenu, quoique définitivement marqué. 

D’abord il y a sa famille : Zola en l’an 2000, on l’a dit. Des êtres frustres, rustres. La pauvreté, l’alcool, l’absence d’horizon. On a parlé de règlement de compte, je ne l'ai pas vu. Peut-être en rajoute-t’il, peut-être pas. C’est sans importance (il y a écrit « roman »). Ce sont des faits et des comportements, insoutenables pour nos yeux éduqués et privilégiés. Mais cependant, si on veut mettre un peu de bienveillance dans sa lecture, j'ai cru déceler en eux tous, des failles, une humanité. Et si je l’ai lue, c’est qu’Edouard Louis l’y a glissée. 

Toute cette bassesse,  cette arrogance vulgaire, cette sauvagerie, ce n'est jamais que de la peur, la peur de l'autre chez des gens qui n'ont jamais eu droit à la parole, mais aussi à ce qu'on leur parle, à ce qu'on leur explique. Malgré tout le rejet qu'ils inspirent, ils souffrent et aiment, mais ils n'ont pas eu la chance qu'on leur apprenne à l’ exprimer dignement. Mais quand même, le père a décidé de ne jamais frapper ses enfants, et s'y tient ; croyant mourir, il donne cérémonieusement  une chevalière à son fils, qu'il a pourtant l'air de tant rejeter ; il y a plusieurs tels petits gestes rapportés, sous le flot de grossièretés, qui montrent l'homme en lui. L’homme souffrant. Malgré tous ces dénigrements , malgré l'horreur que leur inspire l'homosexualité de leur fils, pour eux totalement inacceptable, ils n'en sont pas moins fiers.
(Edouard Louis écrit un chapitre qu'il appelle L'autre père où il rapporte des faits "honorables" en rapport avec son père. Si son père pouvait écrire, il écrirait sûrement lui aussi un chapitre intitulé  L'autre fils pour éclairer son ambiguïté à son sujet)

Finalement je me disais : ce qu'il y a de plus curieux, ce n'est pas tant que de tels gens existent, c'est surtout qu’il soit besoin d' expliquer qu'ils existent, car dans la vie, nous en côtoyons, j'en vois dans mon bureau, j'en vois dans ma rue. Il suffit de choisir de les voir.
.
Et puis, cette homophobie, cette horreur de voir leur fils être (et devenir) autre, je ne pense pas que cela soit lié uniquement à leur inculture, c'est trop facile, ce n'est vraiment pas une question de classe sociale (le dernier paragraphe du livre le prouve bien et nous-même comment aurions-nous réagi avec toutes nos belles idées et notre belle conscience donneuse de leçons ?). 

Et c’est le 2e grand thème du livre, ce garçon, qui, dès la petite l'enfance s'est senti différent, et a été ressenti différent par les autres. Qui a discerné peu à peu en quoi cela consistait, en a eu peur, en a même été dégoûté (comme dans Le secret de Brokeback mountain), a subi, dans la famille,  au village, au collège, les humiliations et les insultes qui y étaient liées, a tenté selon les moments de l'apprivoiser, de le nier, de le dépasser, a souffert dans son corps et dans son âme. Ce garçon, qui, quand il est enfin arrivé à sortir avec une fille, jubile en se répétant dans sa tête : « guéri, guéri ». Et qui, peu à peu, construit sa défense : la fuite. Une fuite comme une construction.

Sans pathos, sans fiel, En finir avec Eddy Bellegueule est un roman d’éducation absolument terrible.

Récup 2014

Mots-clés : #autobiographie #discrimination #enfance #famille #identitesexuelle #social #temoignage
par topocl
le Mar 23 Oct - 20:37
 
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Sujet: Edouard Louis
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Michel Onfray

Michel Onfray
Né en 1959

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Michel Onfray, né le 1er janvier 1959 à Argentan (Orne), est un philosophe et essayiste français qui défend une vision du monde hédoniste, épicurienne et athée.

En 2002, à la suite de la montée du Front national, parti politique d'extrême droite, lors de l'élection présidentielle, il quitte sa carrière d'enseignant pour créer l'université populaire de Caen où il délivre pendant treize ans un cours intitulé « contre-histoire de la philosophie » retransmis sur France Culture. Sa portée médiatique est renforcée par des interventions régulières en TV ou radio où il s'exprime au sujet de débats politiques et sociaux. Michel Onfray est un auteur fécond avec plus de quatre-vingts ouvrages publiés. Sa pensée est principalement influencée par des philosophes tels que Nietzsche et Épicure, par l'école cynique, par le matérialisme français et par l'anarchisme proudhonien. En raison de ses prises de positions parfois controversées, il est régulièrement au centre de polémiques.
Né d'un père ouvrier agricole et d'une mère femme de ménage abandonnée bébé puis placée à l'Assistance publique, il vécut à Chambois. Il a un frère cadet7. Michel Onfray est « pris en charge » de l'âge de dix ans à celui de quatorze dans un pensionnat catholique tenu par des prêtres salésiens à Giel dans l'Orne qu'il décrit comme un lieu de souffrance — « Je fus l'habitant de cette fournaise vicieuse » — dans la préface d'un de ses ouvrages, La Puissance d’exister et, également, de manière courte dans la préface de son Crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne.
En 1979, il devient stagiaire journaliste à la rédaction d'Argentan d'Ouest-France pour financer ses études. Il y reste jusqu'en 19829.
Élève entre autres de Lucien Jerphagnon et d'Alexis Philonenko, il soutient en 1986, à l'âge de vingt-sept ans, une thèse de doctorat, intitulée « Les implications éthiques et politiques des pensées négatives de Schopenhauer à Spengler » sous la direction de Simone Goyard-Fabre, au centre de philosophie politique et juridique de l'université de Caen14.
Il envoie son premier livre, consacré à la figure oubliée du philosophe nietzschéen Georges Palante, à un petit éditeur d'Ille-et-Vilaine.
En 1987, à vingt-huit ans, il frôle la mort lors d'un infarctus. Sa rééducation au côté d'une diététicienne impitoyable, qui lui prédit sa fin prochaine s'il persiste à se régaler de confits et de gâteaux au chocolat, est à l'origine de son deuxième ouvrage, Le Ventre des philosophes (initialement intitulé Diogène cannibale), publié en 1989 par l'intermédiaire de Jean-Paul Enthoven chez Grasset (dans la collection « Figures » que dirige Bernard-Henri Lévy), dans lequel il s'intéresse aux passions et phobies alimentaires de ses auteurs favoris16. Quelques années plus tard, il contracte une infection en Mauritanie qui provoque un AVC qui l'empêche d'écrire et provoque un nouvel accident cardiaque quelques jours plus tard (syndrome de tako-tsubo).
Il obtient en 1993 le Prix Médicis essai pour La Sculpture de soi. La morale esthétique. En 1991, il intègre le comité de rédaction de La Règle du jeu, la revue que vient de créer Bernard-Henri Lévy dans laquelle il publiera six articles. Il quitte celle-ci en 1998 alors qu'elle change de formule. Il affirmera n'être « allé que deux fois » au comité de rédaction et ne pas s'y être senti « du tout à [sa] place ». Plus globalement, il estime s'être « fait instrumentaliser par Grasset » et avoir été traité « comme un fantassin de l'équipe BHL », avouant n'être « pas fier » de cet épisode. Son ouvrage sorti en 1995, La Raison gourmande, lui permet d'avoir sa première apparition médiatique dans Bouillon de culture.

sources wikipedia

Suite :
Spoiler:
Michel Onfray se réclame notamment de l'héritage intellectuel de philosophes comme Nietzsche, La Mettrie, Aristippe de Cyrène. Ces trois penseurs ont en commun, dans une certaine mesure, d'inviter à une ascèse hédoniste.
Michel Onfray emprunte à la pensée nietzschéenne sa vision de l'Occident, de la morale et sa critique essentielle du christianisme. D'Aristippe de Cyrène, il retient le grand oui à la vie, l'hédonisme dynamique, la pulsion exacerbée, et la sagesse tragique des philosophes de Cyrène (ainsi que l'athéisme de certains, faisant fonctionner à plein régime l'arithmétique des plaisirs : un plaisir est mauvais s'il est suivi d'un déplaisir plus important, ou d'un trouble). Michel Onfray se réclame également du postanarchisme.
Il propose une pensée résolument matérialiste dont il fait l’éloge et la présentation dans différents domaines qui l’intéressent particulièrement : éthique et politique, usage ludique du corps, rapports amoureux, esthétique, etc., le tout étant regroupé sous la rubrique de la philosophie existentielle. Pour le philosophe, la probité et la connaissance du monde sont des clés incontournables :
« Il faut partir du réel et construire avec celui-ci. » Il travaille à la déconstruction des mythes guidés par la « pulsion de mort », c'est-à-dire le refus du monde et de l'existence au profit des chimères et des contes. C'est avec le bâton du cynique qu'il dénude les chimères qui le font déboucher sur un « athéisme radical et militant. »
Michel Onfray propose une pratique existentielle de l'hédonisme. Il a pour ambition de rapprocher son lecteur du monde de la culture des arts et du savoir. L’objectif de ce rapprochement est l'épanouissement, le plaisir, et une harmonisation ou une réconciliation du rapport à soi, à autrui, et au monde. Le disciple de Dionysos qu'est l'hédoniste selon Onfray, prend conscience des formes d’aliénations et de douleurs qui le menacent. Onfray les impute principalement aux religions et aux dogmes politiques et économiques. C'est pour cela qu’il replace l’individu au centre de son existence en l’invitant à « penser en homme d'action et agir en homme de pensée » (Georges Sorel) : « principe d’une éthique solaire et souveraine ». Il aborde dans Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire la question de la sexualité et tente de réactualiser le libertin : il y critique les philosophies qui font l'éloge d'un amour désincarné au détriment du plaisir du corps (Platon, par exemple).
Pour Michel Onfray, l'amour doit se construire de manière immanente, dans l'en deçà, ici et maintenant ; il veut le paradis sur terre, et pas au-delà, pas ailleurs. Il se construit au quotidien grâce à une infatigable « sculpture de soi » qui nécessite des choix dans tous les domaines : philosophique bien sûr, mais aussi esthétique, politique, gastronomique, etc.
Prônant un athéisme argumenté et militant, il décortique au cours de ses conférences à l'université populaire de Caen la manière dont ce qu'il appelle l'idéalisme ascétique platonicien (notamment son monde des idées), néo-platonicien, puis chrétien, et enfin allemand, influencent toujours notre manière de penser et de concevoir le monde, donc notre manière de vivre (l'épistèmê judéo-chrétienne : dixit Michel Foucault). De cette « contre-histoire de la philosophie », Michel Onfray tire des enseignements, des idées, des pensées, propres à permettre la fabrication d’une vie quotidienne jubilatoire. Son Traité d'athéologie, un essai violent contre les religions monothéistes, crée la polémique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray


Ouvrages généraux

Chambois et Fel: Histoires mêlées, Charles Corlet, 1989
Cynismes : Portrait du philosophe en chien, Grasset, 1990
L'Art de jouir : Pour un matérialisme hédoniste, Grasset, 1991
La Sculpture de soi : La Morale esthétique, Grasset, 1993
Ars Moriendi : Cent petits tableaux sur les avantages et les inconvénients de la mort, Folle Avoine, 1994
Politique du rebelle : Traité de résistance et d'insoumission, Grasset, 1997
Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire, Grasset, 2000
Antimanuel de philosophie : Leçons socratiques et alternatives, Bréal, 2001
Physiologie de Georges Palante : Pour un nietzschéisme de gauche, Grasset, 2002
L'Invention du plaisir : Fragments cyrénaïques, LGF, 2002
Célébration du génie colérique : Tombeau de Pierre Bourdieu, Galilée, 2002
Féeries anatomiques : Généalogie du corps faustien, Grasset, 2003
La Communauté philosophique : Manifeste pour l'Université populaire, Galilée, 2004
Traité d'athéologie : Physique de la métaphysique, Grasset, 2005
La Sagesse tragique : Du bon usage de Nietzsche, LGF, 2006
Suite à La Communauté philosophique : Une machine à porter la voix, Galilée, 2006
La Puissance d'exister : Manifeste hédoniste, Grasset, 2006
La Pensée de midi : Archéologie d'une gauche libertaire, Galilée, 2007
L'Innocence du devenir : La Vie de Frédéric Nietzsche, Galilée, 2008
Le Songe d'Eichmann, Galilée, 2008
Le Souci des plaisirs : Construction d'une érotique solaire, Flammarion, 2008
La Religion du poignard : Éloge de Charlotte Corday, Galilée, 2009
Le Crépuscule d'une idole : L'Affabulation freudienne, Grasset, 2010
Apostille au Crépuscule : Pour une psychanalyse non freudienne, Grasset, 2010
Manifeste hédoniste, Autrement, 2011
L'Ordre libertaire : La Vie philosophique d'Albert Camus, Flammarion, 2012
Vies et mort d'un dandy : Construction d'un mythe, Galilée, 2012
Rendre la raison populaire : Université populaire, mode d'emploi, Autrement, 2012
Le Postanarchisme expliqué à ma grand-mère : Le Principe de Gulliver, Galilée, 2012
Le Canari du nazi. Essais sur la monstruosité, Collectif, Autrement, 2013
La Raison des sortilèges : Entretiens sur la musique, Autrement, 2013
Un requiem athée, Galilée, 2013
Bestiaire nietzschéen : Les Animaux philosophiques, Galilée, 2014
Haute école : Brève histoire du cheval philosophique, Flammarion, 2015
Penser l'Islam, Grasset, 2016
Le Miroir aux alouettes : Principes d'athéisme social, Plon, 2016
La Parole au peuple, L'Aube, 2016,
La Force du sexe faible : Contre-histoire de la Révolution française, Autrement, 2016
Décoloniser les provinces : Contribution aux présidentielles, L'Observatoire, 2017
La Cour des Miracles : Carnets de campagne, L'Observatoire, 2017
Tocqueville et les Apaches : Indiens, nègres, ouvriers, Arabes et autres hors-la-loi, Autrement, 2017
Vivre une vie philosophique : Thoreau le sauvage, Le Passeur, 2017
Miroir du nihilisme : Houellebecq éducateur, Galilée, 2017
Solstice d'hiver : Alain, les Juifs, Hitler et l'Occupation, L'Observatoire, 2018
Zéro de conduite : Carnet d'après campagne, L'Observatoire, 2018
Le Deuil de la mélancolie, Robert Laffont, 2018
La Stricte observance : Avec Rancé à la Trappe, Gallimard, 2018

suite
Spoiler:
Série Avant le silence
Avant le silence : Haïkus d'une année, Galilée, 2014
Les Petits serpents : Avant le silence, II, Galilée, 2015
L'Éclipse de l'éclipse : Avant le silence, III, Galilée, 2016
Série Brève encyclopédie du monde
Cosmos : Une ontologie matérialiste, Flammarion, 2015
Décadence : Vie et mort du judéo-christianisme, Flammarion, 2017
Sagesse : Savoir vivre au pied d'un volcan, Albin Michel, 2019
Série Contre-histoire de la littérature
Onfray se donne pour objectif d'étudier un ouvrage par siècle, chacun ayant généré un concept universel. Les prochaines œuvres à théoriser sont Madame Bovary, La Divine Comédie, Gargantua, Faust, Le Procès.
Le réel n'a pas eu lieu : Le Principe de Don Quichotte, Autrement, 2014
La Passion de la méchanceté : Sur un prétendu divin marquis, Autrement, 2014
Série Contre-histoire de la philosophie
Article détaillé : Contre-histoire de la philosophie.
Les Sagesses antiques, Grasset, 2006
Le Christianisme hédoniste, Grasset, 2006
Les Libertins baroques, Grasset, 2007
Les Ultras des Lumières, Grasset, 2007
L'Eudémonisme social, Grasset, 2008,
Les Radicalités existentielles, Grasset
La Construction du surhomme, Grasset, 2011
Les Freudiens hérétiques, Grasset, 2013
Les Consciences réfractaires, Grasset, 2013
La Pensée postnazie, Grasset, 2018
L'Autre pensée 68, Grasset, 2018
Série Gastrosophie
Le Ventre des philosophes : Critique de la raison diététique, Grasset, 1989
La Raison gourmande : Philosophie du goût, Grasset, 1995
Les Formes du temps : Théorie du sauternes, Mollat, 1996
Série Journal hédoniste
Le Désir d'être un volcan, Grasset, 1996
Les Vertus de la foudre, Grasset, 1998
L'Archipel des comètes, Grasset, 2001
La Lueur des orages désirés, Grasset, 2007
Le Magnétisme des solstices, Flammarion, 2013
Le Temps de l'étoile polaire, Robert Laffont, À paraître
Série La Philosophie féroce
La Philosophie féroce : Exercices anarchistes, Galilée, 2004
Traces de feux furieux : La Philosophie féroce II, Galilée, 2006
Philosopher comme un chien : La Philosophie féroce, III, Galilée, 2010
Série Théorie des éléments
Ces textes poétiques sont respectivement consacrés à la terre, l'air, l'eau et le feu. Il considère ces ouvrages comme ceux qui le tiennent le plus à cœur.
Le Recours aux forêts : La Tentation de Démocrite, Galilée, 2009
La Sagesse des abeilles : Première leçon de Démocrite, Galilée, 2012
La Constellation de la baleine : Le Songe de Démocrite, Galilée, 2013
La Cavalière de Pégase : Dernière leçon de Démocrite, Galilée, 2018
Ouvrages sur l'esthétique
L'Œil nomade : La Peinture de Jacques Pasquier, Folle Avoine, 1993
Métaphysique des ruines : La Peinture de Monsù Desiderio, Mollat, 1995
Splendeur de la catastrophe : La Peinture de Vladimir Vélikovic, Galilée, 2002
Les Icônes païennes : Variations sur Ernest Pignon-Ernest, Galilée, 2003
Archéologie du présent : Manifeste pour une esthétique cynique, Adam Biro/Grasset, 2003
Épiphanies de la séparation : La Peinture de Gilles Aillaud, Galilée, 2004
Oxymoriques : Les Photographies de Bettina Rheims, Jannink, 2005
Le Chiffre de la peinture : L'Œuvre de Valerio Adami, Galilée, 2008
La Vitesse des simulacres : Les Sculptures de Pollès, Galilée, 2008
L'Apiculteur et les Indiens : La Peinture de Gérard Garouste, Galilée, 2009
Fixer des vertiges : Les Photographies de Willy Ronis, Galilée, 2007
Transe est connaissance : Un chamane nommé Combas, Flammarion, 2014
Récits de voyage
À côté du désir d'éternité : Fragments d'Égypte, Mollat, 1998
Esthétique du pôle Nord : Stèles hyperboréennes, Grasset, 2002
Théorie du voyage : Poétique de la géographie, LGF, 2007
Les Bûchers de Bénarès : Cosmos, Éros et Thanatos, Galilée, 2008
Nager avec les piranhas : Carnet guyanais, Gallimard, 2017
Le Désir ultramarin : Les Marquises après les Marquises, Gallimard, 2017
La Pensée qui prend feu : Artaud le Tarahumara, Gallimard, 2018



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Nager avec les piranhas ‒ Carnet guyanais

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_na11


Je m’attendais à des clichés, des contresens, des erreurs… mais la lecture de ce bref essai m’a navré. Il est signé par un philosophe reconnu, que je découvre là, mais qui a quand même une certaine notoriété, et une audience…
Ce qui est atterrant, c’est qu’Onfray accumule les approximations, les raccourcis, les extrapolations dans un manque de rigueur scandaleux, pour parvenir à des conclusions fantaisistes qu’il avait dès le départ : l’ouvrage n’est qu’un prétexte à, outre raconter ses petites aventures en Amazonie, taper sur la république jacobine et les élues (écologiste et socialiste) autrices d’un rapport sur le fort taux de suicide chez les jeunes Amérindiens. Le plus alarmant, c’est que le lecteur peut dorénavant s’interroger sur la validité, la légitimité d’ouvrages portant sur des sujets qu’il ne connaît guère.
On peut comprendre que l’auteur n’ait pas une connaissance approfondie du contexte après une visite de 24 heures dans un village amérindien (et n’avoir pas lu, ou mal, les ouvrages de sciences humaines qui s’y rapportent) ; mais comment accepter qu’un visiteur de passage pérore quasi officiellement sur un sujet d’une telle importance, que nombre de personnes, spécialistes ou simples habitants locaux, connaissent mieux que lui ?
L’auteur se rend donc par avion à Maripasoula (laissant sous-entendre que c’est le seul moyen d’accès), et de là en pirogue (deux heures) à Taluhen, village wayana, pour y passer la nuit. L’incipit prévient, belle devise pour qui se pique de réflexion sans a priori :
« Ce que l’on trouve dans un voyage est toujours ce que l’on y met. »

Dans la foulée de cette assertion, Onfray discrédite les ethnologues, qui devraient « taire ce que l’on croit savoir ». Par contre, le bien-fondé de son approche-éclair reste sous-entendu. Mais le lecteur est magistralement prévenu de ce qui va suivre.
Dès la seconde page, l’auteur succombe avec style à un biais aussi infondé qu’insultant :
« J’aime les voyages non pas parce qu’ils nous permettent de rencontrer l’altérité dans un même temps, mais parce qu’ils nous donnent la mêmeté dans un autre temps. Ces peuples sont en effet fossiles : autrement dit, ils sont ce que nous fûmes et, hélas, ils seront ce que nous sommes, avant que tous, ceux qui furent, ce qui sont et ceux qui seront, disparaissent dans un même homme insipide, fade comme un ver solitaire. »

C’est la thèse que développe l’auteur, champion sans conteste de la simplification abusive : il faut laisser les Primitifs sans contact avec notre sordide civilisation, dans leur réserve muséale : sans électricité, sans télévision, sans Internet (sans écoles, sans médecins, etc.) Quant à l’orpaillage clandestin qui pollue les eaux, l’auteur ne comprend pas que l’armée ne résolve pas le problème ‒ sauf probables compromissions politiques voire dessous-de-table en haut lieu ‒ que proposerait-il, notre je-sais-tout-en-une-minute ? le napalm ? A noter pourtant que depuis la visite d’Onfray en 2015, les sites illégaux ne sont plus aussi repérables d’avion : il a sans doute été entendu…
Dans sa description des bons sauvages rencontrés, Onfray déploie la même partialité manichéenne que certains voyageurs du XIXe, dont il n’a pourtant pas les excuses :
« Mais les uns sont les autres : ainsi, Derrick "Tukanu" Jubitana Opota, le petit garçon de huit ans dont les parents nous logent, porte-t-il, sur un cliché, le pagne rouge cachant son étui pénien, puis rien d’autre ; et, sur l’autre, le bermuda blanchi à l’eau de Javel et les baskets montantes, le gilet de costume trois pièces et un tee-shirt bariolé. Sur la première photo, il porte aussi les vertus de sa tribu : la fierté, la détermination, la virilité, la superbe, la force, l’affûtage ; sur la seconde, les vices de la nôtre : l’arrogance, la suffisance, le narcissisme, l’égotisme, l’insolence, l’avachissement. Sur l’une, il est bien campé sur ses jambes écartées, les mains sur les hanches, cuivré comme un petit dieu de la forêt ; sur l’autre, il est désarticulé comme un rappeur, il grimace avec ses doigts, son regard qui est resté le même n’est plus le même. Ici, il dit l’acuité ; là, il signifie la fourberie.
De même sa mère, Kindy "Etaïki" Opoya, vingt-huit ans. D’une part, ses pieds nus sont en contact franc avec le sol ; la force tellurique semble irriguer la totalité du corps et irradier son visage, celui d’une guerrière aux seins lourds qui est aussi mère [… »

Ad libitum. (Les étuis péniens dont Onfray parle plusieurs fois n’existent pas en Guyane.) Notre élucubrateur en pleine divagation poursuit impavide. La forêt est bien sûr « impénétrable », on peut pardonner, comme le lyrisme échevelé, sans fondement scientifique ; mais la dose est toxique, de la part d’un porte-parole auto-proclamé :
« Les grenouilles étaient toujours là, assises dans l’herbe ; la lune était toujours là, posée dans le cosmos ; le Maroni coulait toujours là, tel le fleuve d’Héraclite ; nos silences faisaient du bruit, sa parole était un long silence ; il portait la mémoire de son père chamane, mais aussi l’espoir de son fils bientôt initié. Son sourire était celui d’un bouddha de la forêt amazonienne. »

Si on ne compte pas les nombreuses pages blanches et la longue bibliographie de l’auteur, le texte se résume à 60 pages ; à 12 Euros le livre, ça nous fait 20 centimes la page ; désolé de la sordidité du calcul, mais c’est nécessaire chez les mercantis.

Exemplaire exercice de grand intellectuel grand voyageur du consensus mou et du mépris des lecteurs, sur le dos de ceux qui n’ont pas la parole.

mots-clés : #lieu #philosophique #social #voyage
par Tristram
le Dim 14 Oct - 16:22
 
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Sujet: Michel Onfray
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Léon Bonneff

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Aubervilliers

Ah les petits éditeurs aux petits livres qui présentent bien... Alors on se laisse tenter, avec un titre comme ça et un œil rapide jeté à l'intérieur. La ou les préfaces (dont celle de Henri Poulaille) en disent plus long sur l'auteur et son frère. De la campagne vers Paris et ce choix d'écrire passant de la poésie à l'engagement. Ce destin, double avec ces deux vies volées par la guerre, est déjà par lui-même ce qu'on peut appeler une tranche d'histoire. Le travail et le témoignage que représente un livre comme Aubervilliers nous fait aller plus loin.

Plus brut que Zola, plus cru qu'Upton Sinclair, en laissant peut-être les faits imposer les conclusions plutôt que de les livrer précuites, Léon Bonneff nous emmène à travers Aubervilliers au début du siècle précédent. Dans sa fresque il ne semble oublier ni mépriser personne. Des vies dures, laborieuses que l'on découvre au fil des pages mais aussi des familles, des amitiés et le temps qui, simplement, passe.

La débrouillardise, la solidarité, la chaleur humaine, celle trouver par le jeune Breton auprès de la famille du Roussi, tout ça n'a pas l'air enjolivé, pas surestimé non plus. Autant de galère que de pittoresque probablement mais beaucoup de fragilité, et de force par là-même, par ces diffuses qualités humaines.

Le livre est beaucoup moins elliptique, il est même choquant. Les conditions de vie, la précarité, les conditions de travail de cette banlieue de laquelle se nourrit la grande ville. On ne sait plus vraiment où donner de la tête et l’enchaînement des scénettes documentaires est grisant mais l'objet est clair. Le progrès social, moral, est appelé avec la plus grande sincérité. Ce qui est troublant d'ailleurs c'est que l'on sent la portée historique du geste documentaire.

A la fois écœurante (industrie de la viande mais pas seulement, loin de là !) et vertigineuse expérience qui peut laisser plié en deux comme par quelques coups de poings à l'estomac, c'est quelque chose. A tel point que je suis surpris que ça puisse être si oublié. En tout cas je n'en avais jamais entendu parler...


mots-clés : #documentaire #historique #mondedutravail #social #viequotidienne
par animal
le Dim 30 Sep - 14:37
 
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Sujet: Léon Bonneff
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Jonathan Coe

La Femme de hasard

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 La_fem10


The Accidental Woman, titre que personnellement j’aurais peut-être traduit par « La femme fortuite », est le premier roman de Coe, et l’histoire de Maria.
« Maria, qui était fondamentalement d’une nature confiante, avait toujours cru en Dieu, mais en revanche elle n’avait pas la moindre preuve qu’il croie en elle. »

On profite déjà amplement dans cet ouvrage de l’humour qui rendit son auteur célèbre : les collègues (masculins) de Maria dans un magazine à lectorat féminin (p. 122), les misères de la colocation (ici, une offre lesbienne lui occasionnera une réplique bartlebyenne) :
« ‒ On va explorer nos corps, y a rien à voir à la télé.
‒ Non merci, j’aime mieux pas. »

J’ai particulièrement goûté les immixtions de l’auteur dans le cours de son ouvrage, procédé sternien que j’ai toujours savouré (merci papa, pour cette complicité de l’écrivain avec son lecteur, voire son personnage) :
« Mais je crois comprendre leur point de vue, moi-même, rien que de l’écrire, ça me déprime.
[…] Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire, tout comme Maria commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire. […] Avançons donc, car il ne me reste plus à relater qu’un seul épisode de la vie de Maria, et ensuite ce sera fini, et on pourra prendre congé.
Et voilà, on commence à bavarder avec le lecteur, et sans s’en rendre compte on perd complètement le fil du récit. »

« Ça ne vous dérange pas que je raconte ça au passé ? Je trouve l’autre temps vraiment épuisant. »

Mais, hormis cette approche réjouissante, c'est un peu La fête de l'insignifiance, pour reprendre le mot de Kundera. L’histoire de cette jeune femme calme et assez indifférente, sans vrai désir ou projet, et partant sans vraie (réussite dans la) vie, m’a étonnamment touché, finalement.
La trouvaille romanesco-métaphysique de la toute fin est excellente, mais je crois devoir pudiquement la celer ?
Dernière phrase :

« Pendant l’ascension, elle [une alouette] lui lança un nouveau regard, la vit rapetisser, vrilla, la vit bouger, la vit rétrécir et rétrécir encore, monta, regarda de nouveau, vit la petite silhouette à flanc de colline, montant plus haut, toujours plus haut, et alors elle ne vit plus que la colline, où nous devons l’abandonner, l’abandonner à son calme ultime, Maria, un point dans l'imperceptible, sur le chemin du retour, seule, et indifférente, indifférente jusque face à la mort qui, sait-on jamais, est peut-être la prochaine surprise que le hasard lui réserve. »




Mots-clés : #identite #social #viequotidienne
par Tristram
le Mar 18 Sep - 13:24
 
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Sujet: Jonathan Coe
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Philip Roth

Professeur de désir

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Profes10

Histoire de David Kepesh narrée par lui-même, surtout ses expériences féminines de jeune professeur de littérature comparée (Tchekhov, Kafka). Ça parle donc de l’empire de la chair :
« …] je ne peux que comparer l’idée fixe du corps, sa froide indifférence et son mépris absolu du bien-être de l’esprit à une sorte de régime autoritaire rigoureux. »

Nous sommes dans la veine de Portnoy et son complexe ; à propos, Professeur de désir appartiendrait à un cycle "David Kepesh", suivant Le Sein (que je n’ai pas lu) et suivi de La Bête qui meurt (qui m’a fort intéressé).
Son humour particulier, peut-être juif (ou plutôt anglais ?) est basé sur les situations cocasses dans les conquêtes féminines de David (c’est plutôt lui qui est conquis, voire écrasé) ‒ aussi dans son analyse avec le psychanalyste Klinger, et encore sur les traces de Kafka dans Prague.
Avec son style travaillé, voire un peu alambiqué une fois traduit, Roth capte l’attention et ne la lâche plus tandis que le ton devient plus poignant, la confession plus personnelle ‒ que Tchekhov et Kafka prennent de plus en plus de place.
« Et puis, il y a mes rêves éveillés en plein cours, aussi riches soudain qu’ils sont irrépressibles, et si manifestement inspirés par le désir d’une miraculeuse rédemption ‒ retour à des existences lointaines, réincarnation sous la forme d’un être totalement différent ‒ que je félicite presque d’être à ce point déprimé et incapable de susciter en moi le plus anodin des fantasmes. »

« Un simple intérim. Ne jamais rien connaître de stable. Rien, sinon mes inéluctables souvenirs de la discontinuité et du provisoire, rien sinon cette saga constamment prolongée de tous mes échecs… »

« Impossible de le dire, pas ce soir, mais dans un an ma passion sera morte. Elle a déjà commencé de mourir et j’ai peur de ne rien pouvoir faire pour la sauver. Et que tu ne puisses rien faire non plus. Si étroitement liés… lié à toi comme à personne d’autre ! ‒ et je ne serai pas capable de lever une main pour te toucher… à moins que je ne rappelle d’abord que je dois le faire. Devant cette chair sur laquelle j’ai été greffé, dont la substance m’a permis de retrouver la substance de mon existence, je serai sans désir. Oh ! c’est stupide ! Absurde ! Injuste ! Etre ainsi dépouillé de toi ? Et de cette vie que j’aime et que je commence à découvrir ! Et dépouillé par qui ? Par nul autre que moi-même ! »


Mots-clés : #amour #sexualité #social
par Tristram
le Sam 15 Sep - 22:20
 
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Sujet: Philip Roth
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Mathias Enard

La Perfection du tir

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 La_per10

La guerre civile banalisée, le « travail » de combattant du narrateur ‒ particulièrement sordide, parce qu’en tant que sniper il abat quotidiennement le maximum possible de civils du quartier d’à côté, une routine où il s’applique et excelle. Le pragmatisme de ce jeune narrateur n’empêche pas qu’il sombre dans un univers où seule la force fait loi.
On reconnaît le Liban, et j’ai encore fortement pensé à La confession négative de Richard Millet (2009). Son côté insensible m’a aussi rappelé L’Etranger, de Camus. Evidemment cette amoralité ne facilite pas les rapports humains lorsqu’il n’y a plus la distance de tir entre lui et ses semblables… Mais cette guerre à la petite semaine lui est cathartique (autant que peut l’être une fuite en avant), elle lui donne un statut social, un rempart, même précaire, contre le sentiment, elle canalise l’émotion, le rassérène… un temps. Ce qui est particulièrement dérangeant dans cette lecture, c’est qu’elle permet de percevoir comme la guerre "structure" les intervenants ainsi qu’une évidence (on pense surtout aux enfants soldats).
Le narrateur s’exprime en phrases courtes, scandées par son souffle et le déroulement de l’action, qui saisit le lecteur.
On notera qu’il n’y a aucune référence à quelque religion, ce qui confirmerait que la guerre (même dite de religion) s’en passe très bien…
« Une fois qu’on comprend que c’est la guerre, il faut s’organiser. »

« Lorsque nous sommes arrivés devant chez la tante, je lui ai dit d’attendre en bas et de ne monter que si je l’appelais. J’ai pris une arme, je l’ai mise en bandoulière et je suis monté. J’étais entièrement en treillis, pour les impressionner encore plus. Qu’ils voient bien que les combattants étaient la Loi, et qu’on les avait condamnés. Qu’ils avaient fait une grave erreur et que s’ils ne laissaient pas Myrna repartir ils auraient affaire à moi, à mon camarade et à la crosse de son fusil. J’avais préparé cent dollars pour eux afin qu’ils quittent la ville quelque temps. La carotte et le bâton, c’est comme ça qu’on convainc les faibles. »

« Elle s’est arrêtée de marcher et m’a regardé dans les yeux.
— Cette guerre ce sont les gens comme toi qui la fabriquent. »





mots-clés : #guerre #social
par Tristram
le Jeu 13 Sep - 10:43
 
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Sujet: Mathias Enard
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Sayaka MURATA

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Konbin10

Konbini

Les gens perdent tout scrupule devant la singularité, convaincus qu'ils sont en droit d'exiger des explications. Personnellement, je trouve ça pénible, et d'une arrogance exaspérante. Au point qu'il m'arrive, comme quand j'étais petite, de vouloir arrêter mon interlocuteur à coups de pelle sur la tête.
 Mais si je le disais à ma sœur, elle se mettrait à pleurer. Alors je garde ça pour moi.


Keiko Furukura est un être à part. Enfant, ses réactions spontanées ont souvent généré le courroux ou l'embarras des adultes. Keiko n'a jamais vraiment compris pourquoi ses proches se faisaient tant de souci pour elle, mais elle a appris à se fondre dans la masse, imitant la façon de se vêtir et les intonations des uns et des autres afin de passer inaperçue. Elle a finalement trouvé une forme d'équilibre en travaillant à temps partiel dans un konbini, l'un de ces petits supermarchés nippons ouverts 24h/24. Dix-huit ans désormais que toute sa vie tourne autour du konbini, et qu'elle enfile chaque matin son uniforme avant de répéter avec dévotion les formules de bienvenue. Le masque de la serveuse modèle a peu à peu phagocyté son être tout entier : même en rêve, elle est une employée parfaite, souriante et efficace...

Mais le célibat de Keiko, qui a désormais 36 ans, et son absence d'ambition professionnelle (comment, avec ses diplômes, peut-elle se satisfaire d'un job d'étudiant ?) interrogent. Les questions se font de plus en plus intrusives... C'est là que surgit la tentation de faire ce que l'on attend d'elle, afin de faire taire les rumeurs et d'être enfin tranquille. Mais cette tentation revêt un visage étrange, très étrange même. Quel sera le choix de Keiko ?

Konbini est un roman original, empreint d'une étrangeté toute nipponne. Dès le début, le quotidien du petit supermarché, décrit avec force détails, revêt une forme de poésie qui éloigne le spectre d'une énumération fastidieuse. Par petites touches délicates, l'auteur parvient réellement à nous faire entendre le « chant du konbini » si cher à Keiko.
Le récit bascule lorsque Keiko entrevoit une possible solution à ses problèmes. Le chant du konbini se fait alors moins prégnant, pour laisser la place à une drôle de réalité "twistée" qui, sans tomber dans le fantastique, fait peu à peu intervenir des éléments absurdes ou le tragi-comiques. Mais le propos ne s'en fait que plus incisif, comme l'a déjà souligné Tom Léo.

Ce roman est une réflexion douce amère sur la différence. Keiko, qui ne fait de mal à personne, dérange parce qu'elle n'entre pas dans l'un des moules dévolus par une société qui se dit moderne mais qui, de fait, perpétue encore et toujours les mêmes modèles archaïques en cantonnant les individus à des rôles bien définis dont il est mal vu de s'émanciper. Avec son air de ne pas y toucher, l'auteur met le doigt sur l'intolérance au quotidien d'une société normative et envahissante, et l'on s'attache à Keiko, cette jeune femme si lucide sur sa solitude et sur le gouffre impossible à combler entre elle et "les autres"...

Merci Tom Léo pour cette belle découverte, j'ai beaucoup, beaucoup aimé cette lecture !


mots-clés : #mondedutravail #social #viequotidienne
par Armor
le Sam 8 Sep - 20:30
 
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Sujet: Sayaka MURATA
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Monte Schulz

Sur l'autre rive du Jourdain

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Bm_97811

Résumé babelio : A la veille du krach de 1929, trois aventuriers se livrent au braquage de banques et au meurtre à travers l’Illinois, le Nebraska, le Mississippi et le Kansas : Chester Burke, malfrat psychopathe, Alvin Pendergast, fils de fermier rongé par la tuberculose, sentimental et désespéré, et Rascal, un nain doté d’une imagination débordante.

Lecture mitigée, écriture agréable, fluide. Les rôles sont donnés :  le malfrat psychopathe, Chester,  incarne le Mal, le meneur, le décideur,  les "suiveurs"  Alvin le fermier et Rascal le nain impliqués dans  ce road-trip meurtrier. Mais l'ascendant que Chester a sur  Alvin et Rascal n'est pas, à mon avis, assez analysé, le personnage reste plat.

L'auteur décrit les crimes de manière froide, sobre, ce sont les sentiments du jeune fermier Alvin qui montrent le poids des actes.

L'ambiance de ce midwest est par contre assez prégnante.

De nombreuses digressions sont les racontars du  nain mythomane ; une façon de supporter ce road-trip meurtrier ?

Alvin lui lutte tous les jours contre sa maladie, cette lutte l'aiderait-elle aussi à supporter ce road-trip ?

La rencontre du trio avec un cirque et surtout une troupe de Nains a un petit air de "Freaks".  La séance de spiritisme m'a passablement ennuyée.

J'ai été attirée par la 4ème de couverture qui mentionnait :  Conquise, la presse américaine a évoqué à son sujet les noms de Flannery O’Connor, Carson McCullers, Joan Didion et John Steinbeck.

Je donnerais néanmoins une autre chance à cet auteur.


mots-clés : #lieu #social #violence
par Bédoulène
le Jeu 23 Aoû - 10:36
 
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QIU Xiaolong

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Qiu Xiaolong : Il était une fois l'inspecteur Chen.

Heureusement que je l'ai acheté en poche, celui-là...
Ca démarrait bien, le temps de la première enquête. (160 pages plutôt bien ficelées et agréables) Mais il semble que l'auteur ait bel et bien perdu l'inspiration, et je regrette les premiers opus de la série, si intéressants et bien menés. (et bien plus denses !)
Cette fois, pour étoffer un peu ce si court roman, l'auteur nous gratifie ensuite de petites histoires à l'intérêt tout relatif... Leur raison d'être dans ce roman étant elle aussi toute relative...
Déçue.


mots-clés : #revolutionculturelle #social
par Armor
le Mar 21 Aoû - 11:50
 
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Sayaka MURATA

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Konbin10

Konbini

Originale : Japonais, Konbini Ningen (コンビニ人間 ), 2016

CONTENU :
Depuis l'enfance, Keiko Furukura a toujours été en décalage par rapport à ses camarades. A trente-six ans, elle occupe un emploi de vendeuse dans un konbini, sorte de supérette japonaise ouverte 24h/24. En poste depuis dix-huit ans, elle n'a aucune intention de quitter sa petite boutique, au grand dam de son entourage qui s'inquiète de la voir toujours célibataire et précaire à un âge où ses amies de fac ont déjà toutes fondé une famille. Est-ce qu’elle va « réussir » à éviter le jugement permanent de la société ? Pour combien de temps…

REMARQUES :
Cela pourrait être perçu comme une «histoire grotesque » : est-il possible de si bien aimer un tout petit métier, justement mal perçu par tellement de monde ? Mais Notre Keiko trouve sécurité, un cadre rassurant dans son travail très rhytmé et formaté. Non, pas juste un oubli de problèmes, mais presque un bonheur, un sens : faire partie d’un ensemble (le roupe du travail) et remplir une fonction à merveille. Elle pense et vit comme employée de « Konbini », ces superettes japonais (et asiatiques), ouvertes 24h sur 24h. Elle a trouvé sa place. Mais les autres ? Ils pensent comment c’est bien possible de trouver dans un tel emploi « minable » une chose satisfaisante. Mais aussi plus : ils ne comprennent pas comment, à 36 ans, elle n’a pas encore de mari ni même une relation sexuelle. Décidemment, Keiko ne rentre pas dans le moule, ni du rôle dans la société, ni des schematas tout prêts des uns et des autres. Mais pourquoi d’autres devraient-ils décider en quoi consisterait une place convénable ?

Keiko n’est pas une révoltée, car au même moment elle fait beaucoup d’efforts à s’adapter dans les plus petits détails aux gestes imposées par le travail, elle veut « rentrer en quelque sorte dans le moule. On parle beaucoup des imitations des autres en paroles et gestes.

Ainsi ce roman en décalage devient aussi une interrogation sur la soi-disante normalité et identité, les rôles qu’on attribue aux uns et aux autres et à soi-même. En échapper ? La tentation de Keiko… Va-t-elle entrer dans une combine pour faire semblant ou entrrer dans le moule ?

On pourrait trouver le roman grotesque, bizarre, drôle, interrogateur, mais il devient encore plus incisif en sachant que l’auteur Sayaka Murata y a mis beaucoup de ses propres expériences. Elle, qui après avoir reçu pour ce roman le prix Akutagawa, est rentrée dans sa superette, où elle travaille depuis 18 ans…

J’ai vraiment aimé ! C’est assez originale » !


mots-clés : #social #viequotidienne
par tom léo
le Dim 19 Aoû - 17:03
 
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Sujet: Sayaka MURATA
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William Boyle

Tout est brisé

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 W_boyl10

Tout semble brisé dans la vie d'Erica qui ne peut compter sur l'aide de personne pour s'occuper de son père, tout juste sorti de l'hôpital. Son fils Jimmy, qui arrive à l'improviste après plusieurs années de silence, ne lui offre aucun soulagement car lui-même se sent mal à l'aise face à sa famille dans ce quartier de Brooklyn trop hanté par ses souvenirs. Il prend au contraire une nouvelle fois la fuite pour se réfugier chez des amis, à 80 km de l'Etat de New York, où il se sent plus perdu que jamais. Alors qu'une tempête se prépare, Jimmy appelle sa mère, et Erica n'hésite pas à prendre la route en affrontant les éléments déchaînés pour venir au secours de ce fils devenu sa seule raison de vivre. Et tous deux se retrouvent dans une atmosphère de fin du monde. William Boyle revient ici au décor et aux personnages de Gravesend qu'il évoque avec une mélancolie déchirante, celle-là même que lui inspire Bob Dylan lorsqu'il chante Everything is broken.

Quatrième de couverture.

Pour moi, les bibliothèques sont des lieux où s'incarne souvent la magie d'une rencontre  : je cherchais un livre qui me permette de rester dans le même esprit que ma lecture de Patti Smith et j'ai découvert cet auteur.
Le livre n'est pas optimiste mais on se prend d'affection pour tous ces personnages qui incarnent l'Amérique profonde, celle ou le travail ne garantit rien et où l'absence de travail vous fait perdre tous les repères et parfois aussi votre dignité.
On y croise toute une galerie de caractères dont certains vous resteront en mémoire longtemps, la musique est omniprésente  : Nick Cave - que vous avez cité dans le fil Juke-box - ou Jeff Buckley.

Pour les amateurs d'intrigue, passez votre chemin, il ne se passe rien d'extraordinaire, ici, c'est juste la vie quotidienne de ces hommes et femmes broyés par une société qui n'est guère clémente.

J'ai aimé énormément les accompagner et je suis impatiente de lire les autres écrits de William Boyle.


mots-clés : #musique #social #viequotidienne
par kashmir
le Dim 5 Aoû - 15:12
 
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Sujet: William Boyle
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Sylvain Pattieu

@Nadine a écrit:Ouais, j'ai hâte de te lire sur le suivant. Et de tomber sur cet auteur par bon hasard.


Y' a qu'à demander, mais je vais faire court, car ça ne m'a pas emballée.

Nous avons arpenté un chemin caillouteux.

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Index10

Un tout petit bouquin assez didactique sur un couple de pirates de l'air, en 1972, qui ont voulu attirer l'attention sur la cause des noirs aux US, et on fini tranquillement leur vie - commencée de façon, on dira, un peu brutale -  dans un coin de Normandie à faire le bien dans leur quartier.
A priori séduisant, mais en fait assez anecdotique et un peu fouillis;.


mots-clés : #racisme #segregation #social
par topocl
le Lun 30 Juil - 20:56
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Sylvain Pattieu

Des impatientes

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_de10

C'est un roman social très actuel, quelque chose qui aurait à voir avec les frères Dardenne,  mais moins plombé, avec une charge de bienveillance et d'espoir.

Alima, la fille sage, et Bintou, la bombe pleine de rage, deux jeunes noires, sont dans une même terminale de banlieue et bien sûr, malgré la fatalité sociale, on leur prévoit des destins bien différents. Par un de ces épisodes du hasard (mais un hasard tellement dicté par la condamnation anticipée liée au milieu social) qui font envie de rembobiner le film et de repartir tant cela était stupide, elles se retrouvent en quelques semaines des femmes actives, au travail, puis en joyeuse grève. C'est juste quelques mois  de la vie de ces jeunes filles aux horizons fermés, mais pas totalement, et pour lesquelles des portes se ferment brutalement, quel dommage, quelles bêtises, mais d'autres ne s'ouvrent-t'elles pas, de ce fait?

C'est une façon d'y croire, que tout reste possible, malgré tout.
Mais sans niaiserie et optimisme béat pour autant, dans une description parallèle de la vie et des sentiments de ces jeunes fille, mais aussi plus générale des milieux où elles évoluent, le lycée par  un prof convaincu mais dépressif, la boite par un vigile ex-clandestin, un perdant-gagnant romantique.

Il y a là une belle acuité, une attention réelle à l'individu, un regard clairvoyant , lucide, mais qui ne renonce pas à rêver au possible. C'est assez touchant.


mots-clés : #contemporain #education #jeunesse #mondedutravail #social
par topocl
le Dim 29 Juil - 15:00
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Sergueï Essénine

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 00492710

La ravine

Comment ne pas trop se planter. L'écriture a quelque chose de très morcelé en nous faisant passer de personnages à d'autres qui voisinent avant de revenir aux précédents. La nature succède aux regroupements et aux isolements, les âges aussi.

Une poésie en prose directe quoique elliptique, avec des accents crépusculaires mais une grande force lumineuse. Des tourments sourds et des souffrances très concrètes dans la vie de ces gens denses qui vivent dans cette "ravine", ces bois et ces champs. Des vies simples, élémentaires baignées de l'étrange douceur de ce texte très particulier à la puissance évocatrice rare.

Quand vous lisez ce livre vous n'êtes pas ailleurs que dedans !

mots-clés : #amour #nature #poésie #ruralité #social
par animal
le Dim 1 Juil - 21:57
 
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Sujet: Sergueï Essénine
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Anatole Le Braz

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Youdig10

Pâques d'Islande

Nous avons dans ce livre quelques nouvelles de cet homme de lettre breton de la deuxième moitié du XIXè siècle. Dans un français vieilli certes mais pas sans charme, il nous plonge dans les fonds sans âges d'une âme bretonne à la superstition bien ancrée. "Ici, j'apprenais le français pour chanter la Bretagne". On pense forcément folklore et "régionalisme" et il y a de ça mais comme tout collecteur de contes il cherche plus que l'image pittoresque d'un monde qu'il soit révolu ou non. Ce qui prime c'est la volonté de partager ce que peut faire vivre ou ce qui vit à travers ces images.

Bretagne de la mer avec la pêche en Islande et un article qui dénonce la condition des mousses et Bretagne de l'intérieur partagent une vie rude emprunte de fatalité ainsi que la proximité des morts. Souvent de façon indirecte, on raconte l'histoire, se découvrent des pratiques religieuses et sociales qui témoignent d'un mélange subtil de pratiques habituelles du culte et d'usages locaux.

L'écriture parfois terne parfois moins et la port morbide de l'affaire n'empêche pas de se plonger avec intérêt dans ce voyage ethnologique et humain qui ne manque pas de nous rappeler que breton ou non avec le temps les usages passent et que si on n'y perd pas toujours peut-être perd-t-on petit à petit dans ce rapport aux ancêtres (amour, respect, crainte, et zeste de ???) une chose qui remonte à "loin".

Les quelques notes biographiques aident à comprendre pourquoi le thème de la mort est si cher à l'auteur qui a vu mourir beaucoup de membres de sa famille et de ses proches.

J'en garderai surtout quelques visions d'un dépouillement grave qui laisse une place à un bonheur de la même veine.

Merci Armor. Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 1252659054

(petite récup').

mots-clés : #documentaire #lieu #nouvelle #social #traditions #viequotidienne #xixesiecle
par animal
le Lun 25 Juin - 21:30
 
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Sujet: Anatole Le Braz
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Etienne Davodeau

Les mauvaises gens

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Mauvai11

C'est l'histoire d'une époque faite de solidarité et d'optimisme. La vie n'était pas moins dure qu'aujourd'hui. Mais les ennemis et les obstacles semblaient plus identifiables.


De la sortie de la guerre à l'élection de Mitterand, Davodeau explore le parcours de ses parents, en leur compagnies, avec son œil crique d'enfant puis d'adulte. Leurs débuts sont écrits par la pauvreté, entre l'usine et l'église. Le curé des JOC les initie à l'action, à la recherche de l'émancipation. Toute leur vie se poursuit sous la double égide de la foi et du syndicalisme, dans la  lutte, la solidarité, et parfois  la victoire. Leur histoire est un miroir de l'évolution collective de tout le monde ouvrir  et des droits du travail
Avec humour, modestie et affection Etienne Davodeau, dans une impeccable scénarisation, mêle habilement histoire intime et collective pour ce portrait d'hommes et de femmes oubliés, d'une espèce quasi disparue, qui ont eu une importance cruciale.

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Planch10

Mots-clés : #biographie #documentaire #famille #mondedutravail #social
par topocl
le Dim 27 Mai - 14:45
 
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Sujet: Etienne Davodeau
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Cormac McCarthy

Suttree

Tag social sur Des Choses à lire - Page 3 Suttre10

Avec ce roman à situer entre Mark Twain, Faulkner et Steinbeck, McCarthy s’intègre parfaitement dans la grinçante famille littéraire du Sud états-unien (mais on pensera aussi à Henry Miller, à Knut Hamsun, et peut-être même à Malcolm Lowry) : existences de misère, vues par séquences d’oisiveté, de beuverie, de violence, de débrouille des laissés-pour-compte du rêve états-unien dans l’Amérique profonde des années 1950.

L’essentiel se passe dans les environs de la rivière-égout à Knoxville, Tennessee, où vit et pêche Bud Suttree, dont le passé douloureux est à peine esquissé : il a quitté sa famille de façon dramatique et depuis refuse le travail salarié, peut-être plus à l’aise dans ce milieu sordide et précaire mais indépendant où il erre, flottant comme une épave parmi les autres.
Assez solitaire, Suttree fréquente pourtant beaucoup de marginaux dans son genre (mais on se perd de vue sans logique, comme dans la vie). C’est l’opportunité de croiser des personnages marquants, croqués en autant de pochades (portrait physique, dialogues, actions brèves, pas de commentaire psychologique), plus fouillée parfois, comme pour Gene Harrogate, rat des champs et souris des villes, un jeune gringalet dégingandé et gouailleur que Suttree a rencontré en prison, simplet et méchant comme une teigne, un combinard occasion de catastrophes qui nous valent quelques scènes du meilleur comique.
Suttree est aussi souvent entraîné contre son gré dans des aventures hasardeuses. Les faits sont rapportés par séquences au fil desquelles le lecteur assemble le puzzle des fragments d’histoire des exclus de la société (surtout représentée par la police), tantôt solidaires, tantôt affrontés au cours de la vie-rivière qui charrie ses aléas, des hauts et des bas, des aubaines et des malchances, et nombre de morts.

« Il s’examinait le visage dans le miroir, la mâchoire pendante, l’œil vide. À quoi ressemblerait-il quand il serait mort ? Car il y avait des jours où cet homme désirait tant la fin de tout qu’il aurait volontiers rejoint le club des morts, de toutes les âmes ayant jamais existé, les yeux bandés de nuit. »


De superbes épisodes, comme le commerce des chauves-souris enragées,
« Quelques chauves-souris mortes ou moribondes apparurent dans les rues. Des bandes errantes de chiens abandonnés furent menées à la chambre à gaz. Harrogate se tenait à carreau, craignant d’une façon ou d’une autre que son tour n’arrivât bientôt. »


ou le vagabondage halluciné dans les bois, avec par exemple cette scène ophélienne :

« Les feuilles jaunes tombaient à travers toute la forêt et la rivière en était pleine, navettes, clignotements, feuilles dorées qui s’engouffraient en une avalanche de pièces dans l’eau en aval. Une monnaie périssable, sans cesse renouvelée. Dans l’ancien temps se disait ici une ballade, quelque amour qui finissait mal avec une fille à la chevelure de sable, noyée au fond d’une mare vert de glace où elle était trouvée, les cheveux répandus comme de l’encre à même les cailloux froids de la rivière. Refluant dans ses liens, langoureuse comme un rêve marin. Contemplant de ses yeux agrandis par l’eau le ventre des truites et le puits du monde onduleux au-delà. »


La traduction m’est apparue comme fautive par endroits, mais il faut reconnaître que ce doit être un fameux défi, à l’instar de l’Ulysse de Joyce, ou du Pastis de Gadda : on rencontre notamment beaucoup de synonymies et de termes rares, surtout du domaine naturaliste, comme la salbande, surface latérale d'un filon, et l’hétérodon, ou couleuvre à nez retroussé ‒ ou encore le bungare, autre serpent (mais asiatique !)

« De ringentes flaques d’essence ne cessaient d’exploser à la surface en yeux huileux. »

Le Merriam-Webster donne pour ringent :
1: having the lips widely separated and gaping like an open mouth (ringent corolla)
2: gaping irregularly (the ringent valves of various bivalves)
From Latin ringent-, ringens, present participle of ringi to open the mouth, show the teeth.
L’étymologie proposée élude semble-t-il l’aspect de grognement coléreux contenu dans le terme latin : plutôt que de laisser ce dernier en anglais ou tel un néologisme (défectueux), peut-être aurait-il mieux valu le transposer par "palpitantes", ou mieux "pulsantes" ?
Ces termes précis ajoutent aux descriptions d’un observateur méticuleux (le narrateur est l’auteur), et donnent une forte impression à la fois de détachement objectif et de vécu, de réalité à cette nature souillée et à ce microcosme d’indigents hauts en couleur.

J’ai cru ressentir un crescendo dramatique après la liaison de Suttree avec la prostituée qui l’entretenait : visions provoquées par la vieille devineresse-succube, délires dus à la fièvre, reprenant ses souvenirs ; imprégné de culture évangéliste, ce roman (sans vraie difficulté de lecture) atteint à l’universalité du fardeau de la condition humaine.
Je me suis rapidement attaché à ce petit monde jonché de détritus (et des rebuts que sont les personnages),
« Là où la rivière fermente, gorgée d’immondices. »

, et je fus sensible à cette lecture comme à l’évocation d’une enfance, d’un passé assez misérable, déplorable mais profondément humain.

« À présent chaque jour à midi il s’éveille à la lumière grise perçant à travers les loques de dentelle grises à la fenêtre et au son de la musique country qui filtre à travers les murs fleuris tachés d’eau. Murs ornés de cafards écrasés au hasard en petites corolles grasses, certains encadrés par l’empreinte d’une semelle de chaussure. Dans les chambres les rares locataires se blottissent contre les radiateurs, les flagellant avec des manches de balais, avec des louches de cuisine. Les radiateurs sifflent de mauvaise grâce. Le froid vient lécher la fenêtre. Dans le peignoir de bain et les pantoufles qu’elle lui a achetés et son nécessaire de toilette en peau de porc à la main il longe le couloir tel un fantôme parmi des ruines, saluant parfois d’un signe de tête les garçons de ferme à l’heure, ou les vieux solitaires au regard entendu émergeant de rendez-vous dans les chambres devant lesquelles il passe. Jusqu’à la salle de bains au bout du couloir que personne n’utilisait en dehors de lui, la cuvette jaune fêlée en toiles d’araignées, la baignoire maculée de peinture, les carreaux en losange de la fenêtre qui donnaient sur un rebord où des pigeons se recroquevillent dans leurs plumes à l’abri du vent. Un toit gravillonné où pourrit une balle en caoutchouc. La ville, collage de cubes sinistres sous un ciel couleur d’acier mouillé au cœur d’un midi d’hiver. »

« La mort est ce que les vivants portent en eux. Un état d’angoisse, tel un inquiétant avant-goût d’un souvenir cruel. »

« J’suis convaincu que ça peut pas être pire, dit-il.
Mais la détresse humaine ne connaît pas de limites et tout peut toujours aller plus mal, seulement Suttree ne le dit pas. »

« Dieu lui-même n’est pas trop regardant sur ce qu’il y a au fond de cette rivière. »


Pour ce roman empathique, je ne vois que l’étiquette "social" qui convienne.


mots-clés : #social
par Tristram
le Sam 26 Mai - 22:42
 
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Sujet: Cormac McCarthy
Réponses: 34
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