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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 14:56

170 résultats trouvés pour social

George Orwell

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 51h01m10

Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943)

Littérature, parcours personnel, socialisme, engagement, Guerre d'Espagne, fascisme, Angleterre, patriotisme, politique tels sont les sujets abordés dans cette sélection de textes.

Rentre dedans sans se laisser aller au tape à l’œil facile, Orwell a l'air d'un homme en... révolte plutôt qu'en colère, une révolte constante qui ne doit surtout pas exclure le choix et l'engagement, y compris physique, y compris le choix du combat. Ce qui frappe dans son exercice de la critique, car c'est surtout de ça qu'il s'agit, c'est qu'il n'hésite pas plus à relever ce qui lui plait, par exemple chez un écrivain comme Dickens, qu'à nommer ce qui ne luit plait pas. De la même manière sur le versant politique il ne se présente jamais les mains vides, il a des idées et des solutions à essayer.

Avec la touche d'humour et d'ironie qui ne manque pas de faire mouche quand il le faut on tient donc une lecture diversifiée et vivifiante. Je reconnais avoir pataugé un brin dans certaines longues tirades sur l'Angleterre et le patriotisme mais c'est assez emblématique du bonhomme et complexifie sa figure d'homme de gauche contrariant pour tout le monde. Sa défiance envers les grands mouvements politiques ne s'arrête pas à la Guerre d'Espagne et on retombe plus tard sur un jeu de vocabulaire qui laisse penser que des décennies après les occasions ratées sont toujours là.

On peut apprécier qu'il apparaisse plus normal, quoique avec une pensée aussi active... que prophète et goûter ainsi un peu plus pleinement la lucidité qui guide sa démarche. La même lucidité qui motive l'urgence quand le monde s'emballe, abandonne l'Espagne et se précipite à reculons dans notre deuxième conflit mondial.

C'est fort intéressant pour qui est sensible à cet auteur et recoupe ce qu'on apprend de lui au travers de ces romans et récits.

Quelques lignes mal ordonnées (désolé ça mérite tellement mieux) avant de laisser place à des citations/extraits.

Et une pensée pour les lectures communes de Bédou et Shanidar sur la Guerre d'Espagne et les mouvements de pensée du siècle dernier !


Mots-clés : #creationartistique #deuxiemeguerre #essai #guerredespagne #historique #social
par animal
le Jeu 26 Oct - 22:24
 
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Sujet: George Orwell
Réponses: 50
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Horacio Quiroga

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 419n6d10

Contes d’amour, de folie, et de mort

Le titre annonce d’emblée la couleur. Et le premier conte, La poule égorgée, se charge d’enfoncer le clou : il y aura en effet beaucoup de folie et de mort, dans ce livre, et l’amour n’ira jamais sans l’un ou l’autre…

Ces contes (que je qualifierais plutôt de nouvelles), ont été écrits sur une période de quinze ans, et sont selon moi assez inégaux. Celui qui ouvre le recueil, La poule égorgée, est tout bonnement abominable. Tout y est outré, déformé. Atroce. Je crois que je n'aurais pas tenu si le reste avait été à l’avenant...
Pour résumer grossièrement, je dirais que certains contes, mettant en scène des animaux ou des petits bourgeois en mal de sensations fortes, m'ont paru longuets. D’autres (les bateaux suicides, La mort d’Isolde), m’ont semblé un peu surfaits, par le fond comme par la forme ; j'avais le sentiment de les avoir déjà lus. J’ai préféré l’auteur dans des textes plus courts et tranchants, à la réalité crue. Et puis j’ai été marquée, forcément, par sa dénonciation du statut des forestiers -la plupart du temps indiens guarani -, quasiment réduits en esclavage par les propriétaires des exploitations. Pour ceux-là, la nature, l’ivresse ou la musique sont les seuls échappatoires possibles.. A moins qu’il ne s’agisse de mirages ?

Apparement, Horacio Quiroga est régulièrement comparé à Maupassant. Si je peux comprendre cette comparaison par certains aspects, Quiroga n’a pas, selon moi, ce qui fait tout le génie de Maupassant : le sens du « basculement », de la phrase lapidaire qui change tout, qui remet tout en perspective. Et puis, les personnages de Quiroga, tracés à grands traits, réduits à leur amour fou, leur folie, leurs outrances, manquent de finesse, quand Maupassant a le don d'installer des êtres infiniment complexes. C’est peut-être cela qui m’a le plus manqué durant cette lecture, de sentir toute l’humanité de ces hommes au bord du gouffre.

Restée relativement en retrait, je ne retiendrai donc aucune nouvelle en particulier. Et pourtant, c’est un recueil qui laisse une impression durable. Il y a la patte de l’auteur, tout d’abord ; un style, une plume. Et puis cet univers étrange, en demi-teinte, qui, lorsqu’il ne sombre pas dans le fantastique, navigue sans cesse aux frontières d'une réalité nimbée d’une aura inquiétante et désespérée.
Enfin, je ne puis penser à ces contes d’amour, de folie et de mort sans immédiatement visualiser la nature uruguayenne, omniprésente, oppressante. Ce ne sont que serpents tueurs, fourmis dévoreuses, miel paralysant et marécages impénétrables... La promesse d’aventure et de liberté que cette nature-là semble parfois porter n’est qu’illusoire : toujours, l’homme se retrouve dompté, réduit à sa triste insignifiance. Comme avalé. Effacé.
Et c’est ce désespoir, je crois, cette lutte vaine et acharnée, contre la nature, contre la mort, contre la vie-même, que je retiendrai.


mots-clés : #fantastique #nature #nouvelle #social
par Armor
le Mer 18 Oct - 1:00
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Erskine Caldwell

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Cvt_le11


Le petit arpent du Bon Dieu


A sa sortie en Amérique ce roman fut sottement poursuivi pour obscénité.Quarante-cinq écrivains américains, et parmi eux les plus grands, protestèrent contre ce procès, et l’attorney de l’Etat de New-York abandonna les poursuites.

La préface et d’André Maurois




C’est l’histoire de la famille du patriarche, Ty Ty, ses deux fils Buck et Shaw, sa fille Darling Jil et Griselda la femme de Buck, dans leur ferme de Géorgie. Ty Ty est persuadé qu’ il y a un filon d’or dans sa propriété et depuis une quinzaine d’années il creuse des trous profonds dans sa terre, aidé de ses deux fils. Croyant, il réserve un arpent au Bon Dieu dont les revenus sont donné chaque année à l’église de sa ville. Mais pour les besoins Ty Ty déplace le « petit arpent du Bon Dieu » car pas question d’ en priver Dieu mais pas question non plus de donner l’or qu’il y trouverait, peut-être.

Ty Ty souhaite faire ses recherches « scientifiquement » mais il kidnappe cependant un homme Albinos, censé découvrir le filon. Ce dernier creuse aussi ainsi que les « métayers » noirs de la ferme. Sans plus de succès.

« J’aimerais mieux me faire péter les boyaux plutôt que de renoncer à cet homme tout blanc. Mais j’veux point de manigances de sorcier. Faudra faire ça scientifiquement »


Darling Jill et l’albinos se plaisent un temps, ce qui fait réagir Ty Ty :

« J’aime pas voir une blanche se mettre en ménage avec un nègre trop noir, mais ça c’était pas mieux, parce que lui c’est un homme trop blanc. »


La deuxième fille de Ty Ty, Rosamond est marié à Will, un ouvrier des filatures ; le couple habite la vallée. Et comme dans toutes les familles il y a souvent le « réprouvé » c’est Jim Leslie marié à une fille aisé qui tient le rôle ; voilà 15 ans qu’il ignore le reste de la famille.

Les filles de la famille sont belles ; Darling Jill est très libre, Griselda est d’une beauté exceptionnelle que Ty Ty vente dans des compliments très sensuels et une imagination érotique.

Will et Jim Leslie sont très sensibles à la beauté de Griselda et se moquent qu’elle soit la femme de Buck, ils la veulent.

« : j’finirai bien par l’avoir cette gosse, dit will avec énergie en remuant la tête de droite à gauche. Il y a assez longtemps que je la veux et j’commence à n’plus pouvoir attendre. Je vais me l’envoyer.
- Je te prie de te taire Will, dit Rosamond.


« Griselda, assise devant Will, le regardait comme s’il était une idole précieuse gratifiée soudain du don de la vie. Elle sentait comme un désir de se jeter à terre devant lui, de lui enlacer les genoux de ses deux bras, et de lui demander de bien vouloir daigner lui poser la main sur la tête.
Il la regardait comme s’il la voyait pour la première fois.
-Lève-toi Griselda, dit-il calmement.
[…] Griselda était debout devant lui. Elle avait les yeux fermés. Ses lèvres étaient entrouvertes et sa respiration oppressée. Quand il lui dirait de s’asseoir elle s’assoirait. Jusque-là, elle resterait debout jusqu’à la fin de ses jours.
Ty Ty avait raison dit-il en la regardant. »


Dans la vallée, l’usine de Scottsville s’est tue, depuis 18 mois les ouvriers, exploités sont en grève. Will Thompson est un homme écouté, un meneur.

« Je vous en fous, avec des salaires pareils ! Les autres usines marchent parce qu’ils ont réduit les tisserands à la famine pour les forcer à reprendre le travail.
Mais nom de Dieu, nous n’en sommes pas là, à Scottsville. Tant qu’on pourra se procurer un sac de farine de temps en temps, on pourra tenir. Et l’Etat s’est mis à distribuer de la levure. Y a qu’à en faire fondre une tablette dans un verre d’eau et le boire et ça vous retape pour un moment.
On n’retournera à l’usine que s’ils diminuent les heures de travail, suppriment les heures supplémentaires ou reviennent aux anciens salaires. Du diable si je vais travailler neuf heures par jour pour un dollar dix quand tous ces salauds de patrons, avec toute leur galette, se baladent dans la vallée dans leurs bagnoles de cinq mille dollars. »


Les ouvriers suivent Will car ils savent qu’il n’y a pas d’autre solution. Il leur faut travailler !

« -Will a rétabli le courant, cria Griselda en dansant de joie. Elle était sur le point d’éclater à nouveau en sanglots. « Will l’a fait ! c’est Will ! C’est Will qui l’a rétabli ».
Soudain, le bruit cessa dans l’usine. Les machines tournèrent moins vite, s’éteignirent. Le silence fut complet, même dans la foule. »


Griselda fait des confidences à Pa :

« Vous vous rappelez ce que vous disiez de moi quelquefois… vous disiez ça, et j’essayais de vous faire taire… et vous ne vouliez jamais vous taire… c’est ça que je veux dire.
Vous et Will êtes les deux seuls hommes qui m’ayez jamais dit ça, Pa.
Will m’a arraché mes vêtements. Il les a mis en pièces, et il a dit qu’il voulait me faire ça. Et il l’a fait. Pa. Je ne savais pas, alors, que j’avais bien envie qu’il me le fasse, mais après, j’en ai été bien sure. »


Jim Leslie vient à la ferme chercher Griselda, Ty Ty n'arrivant pas à le chasser appelle Buck et Shaw, une terrible dispute oppose Buck et Jim Leslie.

« Je veux pas de toutes ces histoires de femmes chez moi, dit Ty Ty d’un ton soudain très décidé. »

Dieu a fait les jolies filles et Il a fait les hommes. Il n’en fallait pas plus. Quand on se met à prendre une femme ou un homme pour soi tout seul, on est sur de n’avoir plus que des ennuis jusqu’à la fin de ses jours. »

Quoi qu'il arrive Ty Ty se retrouve dans son obsession, rien ne peut l’en détourner, il s'y réfugie.

« Il descendit lentement dans le trou. Il avait les reins un peu raides et ses genoux tremblaient. Il se faisait vieux, à creuser comme ça dans ces trous. Bientôt il serait trop vieux pour pouvoir creuser. »


J’aime ces histoires, les vies simples, paysannes ou ouvrières, les gens qui luttent pour vivre, voire survivre.
L’écriture de l’auteur magnifie ces hommes et ces femmes qui réagissent simplement, logiquement ; si l’amour, le désir sont pour eux naturels, s’ils y trouvent une part de bonheur, pourquoi s’en priveraient-ils ?
Rien de pornographique dans cette histoire, de l’érotisme ( l’érotisme que c’est une évocation des plaisirs charnels, nous sommes donc dans le domaine de l’imagination, de la suggestion et de la fantaisie) et de la sensualité (La sensualité est attachée aux plaisirs des sens.).
C’était une relecture faite 40 ans plus tard et même si les mœurs ont évoluées et moi aussi, j’en retire du plaisir.


mots-clés : #famille #sexualité #social
par Bédoulène
le Dim 8 Oct - 23:26
 
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Sujet: Erskine Caldwell
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Juan de Recacoechea

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 51e0wd10

American visa

Mario Alvarez est, de son propre aveu, « un faible, un amoureux de l’impossible, un rêveur qui n’arrive pas à se décider, un homme incomplet. »  Ancien professeur d’anglais, il vivote aujourd’hui de petits trafics. Sa femme l’a quitté, et plus rien ne le retient vraiment en Bolivie ; il décide donc de tenter l’aventure américaine pour rejoindre son fils. Direction La Paz.
Malheureusement, une fois arrivé dans la capitale bolivienne, il apprend que le consulat américain paye des détectives pour vérifier l'authenticité des justificatifs fournis par les demandeurs de visa. Dès lors, c'est tout l’édifice soigneusement érigé par Mario à grand renfort de prêts et de fausses attestations qui s’effondre. Et s'il apprend rapidement l'existence de chemins détournés pour obtenir le précieux sésame, les moyens d’y parvenir sont pour le moins risqués...

Réfugié dans un hôtel minable de La Paz, Mario traîne son spleen dans les rues et les troquets de la ville, ne sachant plus trop ce qu’il doit décider, ni même ce qu’il attend de la vie… Un temps, il se prend presque à rêver, lorsque son amour de la littérature américaine l’amène à rencontrer une jeune (et sublime) héritière. Par ennui, par curiosité aussi, elle l’intègre quelques jours à sa vie, avant que les clivages sociaux indépassables ne le rendent à son destin, à son errance, à ses amis de bric et de broc.

Avec un héros aussi indécis, l’intrigue n’est évidemment pas l’intérêt majeur de ce livre, même si l’auteur arrive parfois à instiller le doute dans l’esprit du lecteur. Selon moi, tout le charme réside dans l’évocation des petites gens de La Paz : vieillards excentriques, prostituées au grand cœur, patrons de bars miteux…  Pour eux, le rêve américain a depuis longtemps perdu de sa superbe, et ils survivent au jour le jour dans une société bolivienne cadenassée. Toutes illusions perdues, mais sans jamais oublier d’en rire…

Je l’avoue, j’ai été embarquée par ce livre. J'ai vraiment eu l’impression d’y être, dans cette ville de La Paz dont l’altitude vous coupe le souffle. (Et les ailes ?)  A grands traits, l’auteur a su créer des personnages attachants jusque dans leurs failles. Je regretterai tout de même quelques métaphores inutilement appuyées, et, surtout, le traitement de la fin. Cinquante dernière pages à mon sens inabouties, dont le goût doux-amer n’est toutefois pas parvenu à dissiper la jolie impression laissée par tout ce qui avait précédé...


mots-clés : #corruption #social
par Armor
le Sam 16 Sep - 4:08
 
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Sujet: Juan de Recacoechea
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José Saramago

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 49390_10

La Caverne


Original: A caverna (portugiesisch)

CONTENU:
Cipriano Algor et sa fille sont des potiers modestes qui livrait régulièrement le „Centre“, complexe de supermarché et plus que cela, se trouvant dans la ville proche. Un jour on lui dit que ses pièces ne sont plus demandées : le plastique serait bien plus utile et ainsi on lui coupe le contrat. Sa fille est mariée avec un garde du « Centre », qui réfléchit d’y déménager bientôt avec sa petite famille. Mais pourtant, Cipriano se met à chercher une nouvelle stratégie...

OPINION:
J’avais interrompu la lecture du „Siège de Lisbonne“: Le style de Saramago est bien si exigeant que d’y ajouter de le lire en français, qui n’est pas ma langue maternelle, revient à un vrai exploit. Alors je lui ai donné une deuxième chance avec « La caverne » que j’ai lue donc en allemand (« Das Zentrum ») et, comment dire, j’ai eu de la chance ! Je suis ravi du livre, pas seulement parce qu’il parle de manière bien crédible d’un potier et décrit certains aspects de son travail très bien. Non, d’un coup son style sans points et virgules etc m’apparaissait beaucoup moins artificiel et lourd, mais presque rafraichissant dans les dialogues, accélérant la vitesse, y mettant du sel. Cela demande une attention au lecteur, mais on s’y habitue.
Certains sujets du livre – comme par exemple la globalisation, un totalitarisme capitaliste, la mise à l’écart de tout ce qui appartient au passé dans une société anonyme etc. - sont graves. Pourtant on trouve aussi une certaine dose d’humour et des descriptions pleines d’humanité des relations en famille et amoureuses. Puis – pour les amateurs des chiens – il y a même une bonne place pour ce compagnon qui apparaît dans le moment le plus obscur.
Quelques fois une certaine langage laconique semble contredire des propos graves, mais c’est la façon de l’auteur !

Peut-être trouvera-t-on l’importance du „centre“ sur la vie des hommes absurde ou grotesque, mais on peut y voir des critiques justifiés par rapport au «système ». Et la réalité n’est peut-être pas si loin que ça ! La fin du roman surprendra l’un ou l’autre : quel chemin choisir avec ou contre le système ?

Ce livre m’a fait apprécier Saramago et me donne envie, plus tard, d’y revenir.

mots-clés : #mondialisation #social
par tom léo
le Mer 13 Sep - 22:13
 
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Sujet: José Saramago
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Marie-Hélène Lafon

Nos vies

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Eh bien , elle s'en sort plutôt pas mal Marie-Hélène Lafon quand elle s'immerge dans le monde citadin .

"J'ai l'oeil , je n'oublie à peu près rien , ce que j'ai oublié , je l'invente ."

Et selon ce principe de vie , plutôt fort judicieux pour une romancière , avec son regard toujours pointu et qui ne laisse rien dans quelque flou artistique ou pas , munie de sa plume aussi précise qu'un scalpel , mais toujours dans la bienveillance , l'altérité naturelle , sans artifices , austère par nature , religieuse laique , Marie-hélène raconte . Raconte des bouts de vie ,entremêlés ...la vie de son héroine probablement son alter-ego à quelques entournures , la vie de Gordana caissière aux cheveux jaunes à l'accent qui ne chante pas la douleur des pays de l'Est , la vie d'Horacio , l'homme du vendredi à la caisse de Gordana ....
Et puis de souvenirs en rêveries , Jeanne la récente retraité , entretient une vie sociale intériorisée , nourrie des grands ferments de solitude . Une solitude qui en appelle d'autres et qui se croisent , se devinent , s'effleurent délicatement . Du passé , du futur , du présent , du conditionnel , Jeanne en fait une danse , une audace , une gourmandise de dame silencieuse , porteuse du poids des âmes , mais soufflant sur la grisaille du monde pour faire naître l'espoir , accepter les traces du temps , s'unir à l'autre , dans la vérité ou les chemins de  traverse de l'imagination .
C'est juste terriblement humain . Sans fioriture . Honnête . Solitaire et embrassé . C'est Marie-hélène Lafon sans surprise , intègre , exigeante et sans détours .

Pas mal , mais ce petit interlude n'a qu'un goût de diversion , bien entendu que nous lui saurons gré de retourner vers sa terre et son cri des entrailles où on la sent plus à l'aise .


mots-clés : #social #solitude #vieillesse
par églantine
le Mar 12 Sep - 1:33
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
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Anirban BOSE

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La mort de Mitali Dotto

Après des études aux Etats-Unis, Neel Dev-Roy, brillant chirurgien oncologue, décide de revenir exercer en Inde. Par idéalisme, et aussi pour tenter de combler les failles et les silences d'une enfance sous le signe d'un père absent, célèbre médecin contraint de fuir pour préserver sa famille des conséquences de son engagement politique.
Dès son arrivée, Neel se retrouve confronté à la dure réalité. En Inde, on ne soigne pas tout le monde, et surtout, pas de la même manière… Une jeune patiente en état de mort cérébrale, Mitali Dotto, devient l’enjeu d’une guerre entre Neel et son chef de service. Et lorsque l'on découvre que Mitali est enceinte, les choses basculent…

Comment dire… Ce roman se lit d’une traite et sans déplaisir, et pourtant je l'ai trouvé terriblement frustrant. L’intrigue se concentre essentiellement sur des enjeux psychologiques, mais la description, assez froide et clinique, reste en surface, et les intrigues secondaires se soldent souvent par des impasses. Quant aux drames et dilemmes qui couvaient depuis des décennies, hop, d'un coup d'un seul, les voilà résolus en deux phrases lapidaires… Au lecteur de s'en contenter. Ou pas...

Pour moi, l'intérêt du livre réside essentiellement dans la dénonciation d'une société indienne totalement gangrenée par la corruption, et ce à tous les niveaux. L'auteur nous fait découvrir l’envers du décor de ces hôpitaux à la pointe qui n'hésitent pas à prescrire une multitude d’examens inutiles pour faire payer encore et toujours les familles éplorées. Plus grave encore, des programmes dits "humanitaires", censés venir en aide aux plus démunis, sont détournés au profit de sombres trafics d’organes ou d'influence.
Cette réalité glaçante, je l’avais déjà découverte dans l’essai marquant de Rana Desgupta, Delhi capitale. Et je dois dire que le constat est assez désespérant, car il paraît presqu’impossible de lutter contre un système aussi généralisé, et surtout, aussi bien organisé malgré son apparente anarchie. Il faut donc choisir entre rester pur et impuissant, ou bien décider jusqu’où l'on accepte de déplacer le curseur… Etre corrompu, un peu, beaucoup, pas du tout ?

A mon sens, l'auteur tenait là un sujet en or, et j’aurais vraiment aimé qu’il explore plus en profondeur les zones d'ombres de son héros. Quand le geste humanitaire masque des enjeux plus personnels et bien moins avouables… Quand, de guerre lasse, on accepte l’inacceptable sans même se remettre en question… Quand on se retrouve sur la corde raide sans trop savoir de quel côté l’on va finir par tomber… et qu'au fond, ça n'a plus tellement d'importance.
Oui, j’attendais que l’auteur pousse plus avant sa réflexion, au lieu de se lancer dans des intrigues secondaires dont la pseudo résolution et le ton dépassionné _ un comble vu les sujets traités !_ m’a laissée décidément dubitative, et nettement frustrée.


mots-clés : #corruption #medecine #social
par Armor
le Lun 11 Sep - 15:46
 
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Sujet: Anirban BOSE
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John Steinbeck

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Tortilla Flat

J'ai trouvé que les personnages étaient suffisamment croqués pour reconnaître en eux leur caractère. Ce récit est truculent et très réaliste. Danny est la levure de ce plat d'hommes que nous sert l' auteur, Pilon, Jésus-Maria, le Pirate et Big Joe en sont les condiments. L' histoire est très habilement amenée et conduite jusqu' au grand saut de Danny qui ferme la boucle ouverte sur l'amitié et le vin qui fermentent dans l'esprit et le coeur de ces laissés pour compte, filous, roublards, fidèles de Bacchus.

Quel respect les co-locataires ont pour Danny, quel beau sentiment que celui de conserver le souvenir  de Danny dans les flammes la maison 1. Ce qu'il représentait pour eux se mesure dans cette phrase :" Un peu plus tard, ils se retournèrent et s'en allèrent d'un pas tranquille. Il n'y en avait pas deux qui marchassent ensemble."
Danny seul était le lien.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #social
par Bédoulène
le Lun 4 Sep - 15:37
 
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Sujet: John Steinbeck
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Réjean Ducharme

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Dévadé


Ducharme s'amuse à créer des néologismes ; il fait apparaître par rapport à la langue française un sentiment de dérision voire même de cynisme et d'ironie. Mais je trouve ses néologismes terriblement logiques dans l’originalité.

Le narrateur, Bottom,  est un paumé, un « rada » comme il le dit, qui a besoin d’au moins 6 bières  par jour pour assumer cette vie. Il nous raconte son quotidien,  ses amis ; Juba son petit Donzeur, parce qu’elle l’appelle à 11 h quand elle a besoin de se faire consoler ou de partager ses colères ses rancoeurs contre Nicolas son amant et ami de Bottom, Nicole la voisine de Juba, agréable, pas compliquée, qui tentent tous de survivre, plus ou moins facilement, avec plus ou moins de volonté.

Mais il y a surtout « la patronne » qui aide Bottom, autant qu’il l’aide. Il est  au service de sa personne car cette Dame, divorcée est handicapée, elle ne quitte pas son fauteuil. Bottom la lave, l’habille, la coiffe, bref il lui sert de femme de chambre, de cuisinier, de jardinier, de chauffeur. Il s’en occupe comme elle aime car il l’aime cette « chochotte »,  avec son caractère qui ne se défile pas devant les soucis, les siens et ceux de Bottom.

Les  relations du  petit monde de paumés :

Bottom : Je suis sorti du Marché Soir avec une grappe de six canettes ; le temps de rembrayer, j'en avais deux dans le corps. Quand j'ai eu le feu vert aux Quatre-Coins, j'avais muté, j'étais l'homme que j'aime ; le Mouvant perpétuel, le Fou fuyant, Monsieur le Prince de Personne, qui passe ou qui casse, que ça geigne ou que ça saigne, qu'elles pleurent ou qu'elles meurent, toutes autant qu'elles sont.

Au bar :
A 8 heures, fous moi à la porte !
Puis je me suis donné jusqu'à neuf heures et je me suis ramassé à et demie, trop tard pour que je me dérange ou que ça me dérange : j'avais réglé le fameux problème du mal. Je l'avais bu, éliminé en l'absorbant à rebours jusqu'à la Génèse. Il n'y en avait plus. tout était aux pommes, comme avant le péché éroginel.


Bottom et  Juba : Juba est la seule enfant de mon âge qui veut jouer avec moi. Déficient social crasse, ivrogne trépignant, elle me prend comme je suis, et comme si la sale gueule que je me suis faite pour me rassembler ne chassait pas ses mauvaises pensées, effet que je leur ai toujours fait, toutes autant qu'elles sont, les boudins les premières. On se débat on veut partir, mais elle a des yeux dont on ne sort pas ; ils ne vous retiennent pas mais ils sont trop noirs, on ne trouve plus la sortie.

Si je ne me jette pas dessus, si je résiste cinq minutes, elle basculera ; elle se pelotonnera en ronronnant dans mes bras, comme si je rêvais, comme la femme qu'on dit qu'on a quand on dit ma femme... Ca fait partie de nos cérémonies, les fastes où je l'embrasse tout mon soûl pourvu que je reste en tenue de cambrioleur (tout habillé, tout chaussé) et que je ne la touche pas ici et là. Surtout ici et là.

Juba et Bottom :

- Viens me faire comme hier !
- Rien ?
- oui, il n'y a que toi pour me le faire si bien... Et puis il y a rien et rien, et tu m'as pas fait tout ce qui m'aurait rien fait... Mais on a rien pour rien, et j'avais des idées de te servir le petit déjeuner au lit demain matin.


La patronne  à Bottom :

Tu es resté à l'âge où la liberté c'est rien, où on se trouve libre quand on est responsable de rien, quand on a rien fait qui nous lie à rien, l'âge mental du caillou le long du chemin ; on te piétine ou on te ramasse, on te tient ou on te jette...Bottom tu ne t'appartiens pas.


Elle a réservé un gâteau pour l’Anniversaire de Bottom : Je n'ai pas d'appétit, j'aurais plutôt la nausée. La crève,  mais je ne peux pas résister au bien et au bon que ce gâteau me veut malgré lui... Je n'ai rien laissé, pas une miette
d'apitoiement, pas une trace de tendresse, pas une tâche sur la porcelaine. J'ai tout englouti, croqué, léché. Si je ne passe pas la nuit, malade comme je serais , je n'aurai rien manqué.


Je sais je suis la patronne ; et c'est dans ton sang de te mettre sous un règne. Je sais je suis l'ordre dont tu ne peux te passer. Parce que tout ce que tu sais faire c'est subir et transgresser.


Bottom  et la Patronne :

Et puis chochotte comme j'ai dit et comme je l'aime, elle aime mieux que je ne dise rien, que je n'y touche pas, que ça perce sa place par ses propres forces parmi tout ce qui pousse dans notre drôle de jardin.

La patronne est décidé à ne faire semblant de rien, mais je suis trop tentant. A travers le sourire qu'elle a composé, en mi-majeur ("Seigneur que ma joie demeure" ) elle me complimente sur mes yeux pisseux, embourbés dans mes chairs qui débouffissent.

Elle m'envoie le chat. Elle a plié à son collier à puces le message de réchauffer de la soupe et de beurrer deux toasts. Elle signe "Diminou". Elle s'arrange toujours pour avoir le dernier mot.



Finalement Bottom, trouvera un emploi  à « la plonge » dans un restaurant, il recontactera la Patronne, attendant qu’elle veuille répondre à ses appels téléphoniques. Elle le fera, comme elle lui a dit un jour « tu m’aides » mais moi aussi « je t’aide ».



C’est l’histoire de Bottom, mais  ça pourrait être celle des milliers de paumés comme lui. Comme souvent dans ces vies là l’alcool sert de flotteur et les mots de Ducharme pour décrire ce désamour qu’a la vie pour ces paumés me touchent.
Je n’imagine pas qu’on puisse lire cet auteur et ne pas l’apprécier, ces mots ont une telle contenance ; ils sont goûteux comme la bière, et restent sur les cœurs comme la mousse sur les lèvres.

Bref lisez Ducharme ! à chaque livre lu je me dis celui-ci est meilleur.


mots-clés : #addiction #sexualité #social
par Bédoulène
le Mer 30 Aoû - 15:47
 
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Réjean Ducharme

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L'hiver de force

Encore une fois Ducharme  m'a séduite, quel livre ! Et comment vais-je arriver à vous communiquer mon plaisir de lecture avec mes mots faibles devant la force de son écriture ?  Il faut suivre André et Nicole s'accrocher à leurs pas comme ils le font eux-mêmes avec leur "Petit Pois" (Catherine) jeune femme belle et artiste, leur "Toune"  la voix qui les fait vibrer, l'air * qu'il veulent entendre,  qui les fait accourir auprès d'elle, qui coupe leur souffle quand elle s'absente ou les renvoie.

"(Pour ne pas passer notre temps à attendre son coup de téléphone, on lui a téléphoné pour lui demander si elle prévoyait qu'elle nous téléphonerait.)"

"Mais c'est injuste d'aimer quelqu'un pour sa beauté ; c'est aussi barbare et malotru que d'admirer la force, le talent ; celui qui est laid et épais** ce n'est pas de sa faute ; choisir c'est, plus que se tromper, tromper tout ce qu'on a pas choisi."

L'affection que les frère et soeur se portent est très forte, exceptionnelle ; en marge de la vie ils sont ensemble, ont les mêmes goûts pour les alcools, écoutent les mêmes musiques, philosophent et ont une prédisposition à ne rien faire, ce qui demande des efforts. Et même s'ils ne sont pas matérialistes il faut de temps à autre travailler, mais "la job payante" leur échappe, sans les bouleverser.

"Nous regagnons notre base solide : notre rêve de ne rien avoir et de ne rien faire."

"A jeun tu as beau chercher, creuser ta tête, passer des journées à ça, tu n'arrives pas à comprendre ce qui se passe. Après deux Bloody Mary, ça vient tout seul, tu le sens, tu l'as : le sens de la vie c'est d'être soûl. Et alors tu commence à parler comme un vrai Verbe."

Leurs peurs, leurs renoncements, leur générosité, leur recherche du bonheur à travers leur "Petit Pois" m'ont émue.

autres extraits

"Les cailloux portent des chevelures de mousses ou béent comme des bouches de sangsues, il ne leur manque que des yeux ; les algues propèrent, visqueuses, tentaculaires, telles qu'on n'a pas osé les regarder de travers de peur qu'elles se mettent à courir après nous."

"L'érotique c'est comme la politique pour nous ; on n'est pas capables ; c'est au-dessus de nos moyens ; on n'a pas les facultés qu'il faut. Mais en même temps que nos coeurs fuient ce danger avec des battements de grandes ailes blanches, la honte et la colère nous harcèlent : on est écoeurés d'être si épaisser, introvertis, si peu enjoués, sportifs."


"Ca fait depuis minuit qu'on se recouche puis qu'on se relève. Ca fait quatre aspirines, quatre tasses d'eau chaude et quatre douches qu'on prend. On a fait assez de tours d'horizon critiques de nos vies pour donner le vertige au hyde-a-bed. On s'est fait tellement de serments de ne plus jamais se remettre les pieds dans des plats pareils qu'on ne sait plus quoi faire avec ."

"Je suis bouffi et boutonneux, du nez, des joues, des fesses, tout partout. Ca ne fait rien. Avec sa peau lisse et satinée, avec sa petite face de minoune, Nicole est en masse belle pour deux."

"Comme d'autres font des oeuvres sans titres, elle ne ferait que des titres, des titres sans oeuvre."

"On sait un tas de choses, des bien pires encore, mais on aime mieux ne pas les dire, on ne veut pas amocher cette institution (Beaux-arts), on veut qu'elle reste comme elle est : rien. Plus qu'il n'y a rien plus qu'on est bien. Mange du vide, ça ne te restera pas sur l'estomac."





mots-clés : #social #viequotidienne
par Bédoulène
le Mer 30 Aoû - 14:56
 
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Alexandra Badea

Il est plutôt rare que je promeuve des écrivains contemporains, d'ailleurs j'ai tendance à considérer - par la force des choses - qu'un bon auteur est un auteur mort ! Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 1390083676
Le problème avec ceux qui ont encore l'outrecuidance de vivre, c'est qu'ils font partie prenante du grand bouillonnement vibrionnant du paysage littéraire. Pour un lecteur exigeant, il est difficile de s'y retrouver parmi toutes les parutions, sachant que tout semble merveilleux au vu de l'extérieur, et qu'une fois que j'ouvre ledit bouquin j'ai tout de go envie de le refermer : alors ... que faire ? Continuer à lire, à parcourir, se fier à son instinct. Et de temps en temps, il m'arrive de tomber (heureusement) sur un auteur qui me plaît.
Alexandra, réjouissez-vous, vous voilà parmi le cercle restreint des survivants ! (il n'y a pas que les éditeurs qui se montrent intransigeants).

Mais revenons-en à nos moutons. Ce que j'aime chez cette autrice, c'est qu'elle prend à bras-le-corps les thèmes actuels qui font mal : désenchantement, virtualité, déshumanisation du monde du travail ... Un peu à l'instar d'un Houellebecq, mais avec une écriture bien plus incisive (l'utilisation du "tu" fait son effet). C'est aussi le propre du dialogue théâtral. Je n'ai pas encore lu son roman, mais je vous recommande chaudement de découvrir ses pièces de théâtre, notamment Pulvérisés.

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Pulver10

Quatre métiers, quatre villes : Shanghai, Dakar, Lyon, Bucarest. La vie en entreprise aux quatre coins du monde. Une ouvrière chinoise raconte ce qu'elle subit chaque jour à l'usine : l'humiliation quotidienne. Au même moment, un superviseur de plateau sénégalais dénonce la cruauté dont peut faire preuve son chef d'entreprise pour « faire du chiffre ». Ailleurs, un responsable assurance-qualité voit se détériorer sa relation familiale sous la pression du travail. Et à Bucarest, une ingénieur d'études et développement témoigne de sa difficulté à s'intégrer, à réussir, à gravir les échelons. Le quotidien de ces individus est rude, tranchant, parfois cruel et honteux.


Dites-m'en des nouvelles, et surtout si vous en êtes ressortis indemnes ! Elle a de quoi nous questionner, et mettre le doigt là où ça piquotte !

mots-clés : #contemporain #social #théâtre #viequotidienne
par Arturo
le Lun 21 Aoû - 15:29
 
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Ken Kesey

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Captur29


Et quelquefois j'ai comme une grande idée...


S'entortillant puis, après un temps d'arrêt, se détortillant dans les bourrasques de pluie, à deux ou trois mètres au-dessus du flot rapide, un bras humain, attaché par le poignet (rien que le bras, qui tourne, là au-dessus de l'eau)... spectacle à l'intention des chiens sur la rive, de cette satanée pluie, de la fumée, de la maison, des arbres et de la foule qui crie, excédée, depuis l'autre côté de la rivière : "Stammmper ! Va pourrir en enfer, Hank Stammmmper !"
Et à l'intention de tous ceux qui auraient envie de regarder.
...celui qui s'est démené pour que le bras vienne osciller bien en vue depuis la route a aussi pris la peine de replier tous les doigts avant de les attacher, tous sauf le majeur, de sorte que cette provocation à la raideur universelle demeure, dressée dans son mépris, bien reconnaissable par n'importe qui..


Nous sommes dans l’Oregon et ce bras moqueur qui fait enrager la foule sur l’autre rive de la rivière Wakanga  est aussi indépendant que la famille Stamper. Cette grande famille de bûcherons depuis des décennies, installée dans ce village.

Henry Stamper le patriarche, implacable même à 80 ans
Hank son fils, (son père avait accroché à sa naissance sa règle de vie écrite : « ne lâche rien de rien)sa femme Vivian,
Joe Ben le cousin (un sympathique et utopique gnome) avec sa famille vivent tous dans la « vieille maison Stamper » renommée par sa position au-dessus de la rivière. Elle s’accroche au flan de la montagne, soutenue par un étaiement hétéroclite et anarchique, ne cédant rien à l’appétit de la rivière.


Le village est en effervescence : les ouvriers de la Cie WP sont en grève illimitée afin d’obtenir satisfaction de leur revendication ; la durée de ce conflit social a mis leur économie en grande difficulté aussi ils voient avec colère que Hank (qui dirige l’entreprise familiale) continue avec son équipe à travailler dur.
Hank est à la fois admiré et envié mais à ce moment là c’est l’envie et la colère qui dominent. Ce dernier craint de ne pouvoir assumer le contrat qui le lie à la WP, aussi sur les conseils de Joe il accepte de demander à son demi-frère Leland (Lee) (introverti)qui a quitté la maison avec sa mère depuis une douzaine d’années, de revenir pour les aider, car c’est lui aussi un Stamper.

Dernière entrevue entre les deux frères  alors que Lee est un gamin d’une dizaine d’années :

Lee :
...attends un peu le jour où...
...attends voir le jour où je serais assez grand pour...


Sur la carte invitant Lee à rejoindre la famille Hank a inscrit en gras au bas :
Tu dois être assez grand maintenant frérot !


Oui il est assez grand maintenant le frérot, mais il est toujours sous l’ « ombre » du grand frère, celui qui réussit tout, celui qui lui a volé sa vie, celui qui est responsable de ses échecs.

Au village la situation s’envenime quand le syndicat des ouvriers apprend le contrat qui lie Hank à la WP et qui constitue de fait une entrave à leur grève. Les ouvriers doivent empêcher Hank d’ honorer son contrat.

Les coups dans le dos de la vie, de la Nature  toucheront si profondément Hank qu’il laisse tomber, il accepte la proposition qui lui est faite par le syndicat ; il est las de lutter,  Cependant sa chute sera si hypocritement et ironiquement saluée par les ouvriers, par la ville entière qu’il en tirera une grande force générée par sa grande faiblesse, parce que Hank a pris conscience que la force n’existe pas elle  n’est rien d’ autre qu’un degré de faiblesse.

Lee lui ne veut plus rester encore 12 ans sous l’ombre de son frère, si grande fut-elle. Le petit compagnon dans sa tête qui l’accompagne depuis toutes ces années ne sera pas écouté.



Cette saga familiale est portée par une écriture à la fois réaliste et poétique. Les descriptions de la Nature permettent une véritable imprégnation dans l’ atmosphère de la région. La rivière Wakanga est un élément et un lien essentiel à la vie de la région.
Tous les personnages sont psychologiquement bien étudiés.

C’est une excellente lecture qui reflète, je pense, la dure vie dans cette région car pour la connaître il faut « avoir passé un hiver » . Certains n’ont pas pu, pas su passer l’hiver.
C'est surtout une plongée dans les méandres des relations humaines.


Extraits

Y a peut-être des pères qui causent avec leur fils comme ça, mais le vieux Henry et moi, c'était pas notre genre. Il a fait autrement. Il m' a couché ça par écrit et il l'a accroché au mur de ma chambre. Le jour même de ma naissance, à ce qu'on m' a dit. Tout ça il m'a fallu un bon bout de temps avant de le comprendre. Seize ans. Et là encore c'est pas le paternel qui me l'a expliqué ; c'est sa femme, ma belle-mère.
la rivière, un personnage : la voir comme elle est, c'est déjà bien assez. Et la meilleure façon de la voir c'est pas de regarder derrière elle - ni en-deça ni au-delà - mais de la regarder en face. Et ne jamais oublier que ce qu'elle veut c'est tirer un bon profit.

"et ne pas être assez grand pour prendre sa place 'a privé de ma propre place, m' a laissé n'être plus personne. Moi, je voulais être quelqu'un, Viv, et il n'y avait apparemment qu'une seule façon d'y arriver...

Lee pense :  Hank oublie les paroles cachées derrière mes paroles, reste encore, continue de parler. C'est notre chance. C'est ma chance. Continue de parler assez pour confirmer l'amour ou la haine, assez pour que je sois sûr de l'un ou de l'autre. S'il te plait reste encore, reste encore...

Ce qui voulait dire reconquérir la fierté que j’avais troquée contre la pitié.
Ce qui voulait dire ne pas laisser ce salopard descendre cette putain de rivière sans moi, pas une fois de plus, pas cette fois-ci, même si nous devions nous noyer tous les deux.



mots-clés : #famille #social #psychologique
par Bédoulène
le Lun 21 Aoû - 13:52
 
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Iceberg Slim

Pimp : Mémoires d'un maquereau

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Fghhfg10

J'ai adoré ce roman autobiographique. Je l'ai aimé pour trois raisons principales :
- le langage est cru mais jamais salace, et il est incroyablement varié ce qui nous fait contourner les stéréotypes du rappeur-racailleux qui parle avec ses mots et tant pis si l'on ne comprend rien. Et ce langage, ce style permet de s'imprégner du paysage dans lequel l'auteur nous propulse.
- l'histoire qui est passionnante, loin des clichés, ce n'est pas une glorification ni une rédemption, c'est le constat d'une évolution heureuse et malheureuse par d'autres moments et cette distance, cette absence de jugement fait du bien.
- la richesse des personnalités qui constituent l"histoire : mi-charismatiques, mi pathétiques, ils sont complexes et cela permet des péripéties plus subtiles qu'il n'y parait.

J'ai vraiment aimé ce livre et je le conseille.


Mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine #criminalite #prostitution #segregation #social #violence
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 10:38
 
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Christos Tsiolkas

Jesus Man

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Ezrq1010

Roman choc s'il en est qui décrit les péripéties et drame d'une famille grecque en Australie. Ce récit est d'ailleurs un prétexte pour dresser un portrait au vitriol et une description sans concession de la société australienne. Emploi, racisme, chômage, sexe, moeurs, multiculturalisme non assumé, perte d'identité sont autant de thèmes que l'on pourrait transposer sans peine en France. Il est d'ailleurs intéressant de les voir traités pour analyser un autre pays et à la façon de Tsiolkas. Dialogues tranchants, avis tranchés, scènes sexuelles dérangeantes, rapports familiaux poignants et choquants ce roman suinte d'angoisse et de désespoir. On peut penser à du Larry Clark romancé, ou à du Irvin Welsh. C'est dans un style brut avec la volonté de nous planter dans les yeux un décor qu'on ne veut pas voir au quotidien, avec une vulgarité non feinte mais subtile que l'on se prend à réfléchir sur notre propre identité et nos propres pulsions, nos préjugés mais aussi nos attachements et nos réflexions. Un roman utile et vif.


mots-clés : #famille #immigration #social
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 10:29
 
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Louis Calaferte

Septentrion

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Sm_59510

Septentrion est un excellentissime récit, plein de vie avec un rythme que j'ai particulièrement aimé. En effet j'ai ressenti une écriture par saccade presque musicale tant le jeu des phrases courtes et des phrases longues est harmonieux. Les descriptions de situations ou de lieux sont riches mais pas exagérées et laissent la part belle aux pensées de l'auteur qui possède un cynisme assez jubilatoire.
Pour ce qui est du côté "hot" du roman je ne l'ai pas trouvé choquant mais comme je le disais quand on a lu Sade on est peu choqué par le reste. Ce qui est surprenant c'est que le rythme du récit varie selon la situation sexuelle décrite. Rapide et saccadé quand la situation s'enflamme ou lascif et lent quand la situation est plus érotique que sexuelle. C'est du moins l'impression que ca m'a laissé et c'est je pense pour cela que cela peut paraître choquant. un sentiment d'intimité s'empare de nous et l'on se pense concerné par la situation à cause du rythme imposé qui nous accompagne.
Le style est magnifique, clair mi-courant-mi familier par endroits, soutenu et presque poétique dans d'autres. Cela fait du bien une telle richesse de vocabulaire.

Un excellent livre qu'il serait dommage de louper.


mots-clés : #autobiographie #sexualité #social
par Hanta
le Jeu 17 Aoû - 15:04
 
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John Dos Passos

J'avais moins trouvé mon rythme dans le suivant. Ils ont eu une jolie couverture les espagnols non ? Je l'ai lu en vf (je ne lis ni ne parle l'espagnol) mais comme elle est jolie j'empreinte :

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1919

Je pourrais faire quasiment le même commentaire que pour 42e parallèle tant pour la forme que pour la facilité de lecture. Même alternance de personnages et d'actualités et de souvenirs. Mais on change de personnages pour traverser la première guerre mondiale.

Marine, croix rouge, journalisme. Le point de vue reste américain et évite assez soigneusement le pire du conflit dont les horreurs du front restent comme un lointain placage. A cette guerre s'oppose la teneur des récits qui ont pour la plupart comme objet les errances sentimentales des personnages... ou leurs laborieux parcours professionnels, ça dépend un peu des moyens qu'on a au départ pour aborder la vie.

C'est l'autre opposition du livre, cette différence des parcours, avec en autre toile de fond la répression des mouvements ouvriers et les espoirs déçus de révolte de part le monde. Mais même cette partie là finalement reste en "rappel historique" (cruel).

La guerre elle-même prend des allures de récréation entre Paris et l'Italie. Désespérée et très alcoolisée d'un côté, mondaine d'un autre et comme si les espérances et les idéaux venaient fondre, se dissoudre, dans ce moment historique. Un moment qui voit se révéler un visage d'ambitions et d'opportunités économiques et politiques : profits de l'économie de guerre, partages de gâteaux, etc.

Facile à lire quoiqu'un peu répétitif, possibles mous dans la traductions aussi (Quarto), provoquant un certain malaise par son ambiance discrète mais très particulière, c'est finalement un drôle de truc. Un drôle de truc dont il ne faut pas non plus exclure la part d'autobiographie et de souvenirs intimement mêlée à cette vision dure de l'histoire.

Un parfum de défaite dans la célébration.

(récup' again).


mots-clés : #social #premiereguerre
par animal
le Dim 6 Aoû - 22:26
 
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John Dos Passos

Je prépare le terrain comme j'approche de la fin de la trilogie U.S.A. :

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Bm_cvt11

42e parallèle (1930)

Première partie de la trilogie USA. Il y a deux choses qui frappent tout de suite le lecteur : ambition massive dans la densité et la forme composite particulière. Et ça se lit tout seul, 480 pages en poche qui passent comme un rien, fluidité radicale. Le récit fait suivre dans une alternance relative 4-5 personnages hommes et femmes, jeunes hommes et jeunes femmes en fait dans l'Amérique du tout début du XXème siècle, l'auteur revient donc quelques années après sur sa propre génération (une partie des parcours exposés ressemble d'ailleurs à sa propre histoire). Simples et factuelles ces histoires d'américains modestes qui s'insèrent dans la vie active assez jeunes et avec plus ou moins de bonheur. Unanimement les besoins urgent du travail suffisamment stable et rémunérateur pour s'assurer le gite et le couvert, juste après les amours et amitiés, et les consciences politiques... et la guerre qui se profile en Europe.

Cette trame qui laisse déjà de nombreuses pièces au portrait d'un moment historique et d'une civilisation (presque) est enrichie de "collages" d'actualités qui brouillent les pistes tout en complétant le tableau : aperçu des mœurs, des événements, d'un esprit du temps. Les bribes s’enchaînent très courtes, se fondent des unes avec les autres en un bruit de fond très évocateur qui à la fois renforce les histoires des personnages et se place en porte à faux, l'image d'actualité est un peu fausse... en double, les fragments de "chambre noire" passages d'une prose plus libre qui s'apparente au flux de conscience, ombres autobiographiques, esquisses, autres ? souvenirs d'instants de flottement de l'esprit au milieu du courant puissant de la vie et de l'histoire ? en tout cas ce sont sans impudeurs des aperçus de l'intimité d'une sensation. On trouve aussi des biographies condensées de grands personnages : Henry Ford, Woodrow Wilson ou Thomas Edison.

Ce portrait d'Amérique à la fois critique et engagé (à gauche) met donc en mouvement le mythe même du pays, son mythe fondateur moderne auquel se heurtent inconsciemment les personnages. Le pays qui laisse à chacun la liberté de son bonheur, le pays si vaste qu'on peut y changer de vie et le pays des opportunités qui sont les opportunités du travailleur et les opportunités des rencontres. Le livre témoignant sans non plus forcer le trait car le mécanisme est le même à plusieurs étages sur l'ascenseur social de la rencontre. Avec la recherche d'une conformité à un modèle aux contours incertains d'un état social convenable, état de morale et de classe (voire de race). C'est vis à vis de ce modèle que l'écriture du présent et la réécriture historique sont rendus pertinemment explicites. Action prise en faux, conscience émoussée par l'habitude, l'étranger, la classe (la vie de Mac, engagé socialiste qui se retrouve au Mexique devient très différente dans ce contexte et par sa réussite relative dans la voix trouvée/choisie). La réécriture est flagrante dans l'explication de la guerre et de l'entrée en guerre des Etats-Unis et dans le même mouvement du combat autour du travail, à savoir qui détient le symbole avec la mise en œuvre d'une "machine d'éducation".

Rien de trop simple, de quoi laisser planer un doute et entretenir l'attention, le besoin de chercher une limite, de situer le "libre arbitre".

Un roman puissant même si la fin qui n'est pas tout à fait finie (embarquement pour la France) laisse courir le propos dont la liberté de forme et la fluidité préfigurent a priori la génération suivante (quelque chose de Beat & co dans les vagabondages) mais nourrie de cette réflexion et de cette mise en œuvre historique qui marque la littérature du début du XXème. L'individu fait partie d'un monde, il y a un rapport actif à une entreprise quelque peu démesurée voire titanesque quand il s'agit ici d'un mythe de civilisation de liberté et des masses du capitalisme moderne et d'un socialisme encore fort de sa croyance en un avenir meilleur.

Très intéressant, très riche, un peu nébuleux car des références ou allusions historiques peuvent échapper, pas le morceau de génie mais un excellent livre qui porte beaucoup d'ambitions et s'en sort mieux que bien. Un des meilleurs livres que j'ai lus sur notre monde moderne avec l'influence de ce modèle économique et social, et sur ce grand pays composite. ça rend palpable dans la globalité un état d'esprit et précise beaucoup de ce que représente cette image de fond toute faite. ça parle beaucoup de notre conformité en général.

La suite va s'imposer.

(récup et ajustements).


mots-clés : #social
par animal
le Sam 5 Aoû - 9:39
 
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Gérard Noiriel

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Massac10


Je ne connaissais pas du tout l'auteur et son parcours, c'est le titre et le lieu qui m'ont attiré sur cette lecture. Bien m'en a pris.


Le massacre des Italiens


L’ auteur a choisi de faire l’analyse socio-politique de ce drame. Il présente le lieu où il s’est déroulé : Aigues-Mortes dans les Bouches du Rhône,  l’histoire de cette ville médiévale, construction, économie, démographie (tour à tour prospère, puis en récession, stagnante.)

Une ville isolée entourée de marais insalubres lesquels provoquent les fièvres, manque vital  d’eau, à l’époque. Donc un manque d’hygiène.

Ces marais salins sont avec les vignobles les deux économies actives de  la ville mais surtout  les prémices du capitalisme ; c’est la Compagnie des Salins du Midi qui exploite les marais, quant aux vignobles les propriétaires sont les notables de la ville.

Le travail des ouvriers dans les marais est  équivalent à celui d’un forçat : chaleur, sel qui imprègne tout, poids à manipuler, longue journée, mal nourris, mal logés, mal payés …………..

Cette photo illustre la difficulté de pousser les brouettes sur un passage étroit  qui s’élève au fur et à mesure que s’élève les pyramides de sel (c’est le levage)


Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Brouet10

La CSM  trouve intérêt à mettre en concurrence les ouvriers Français et Italiens, plus rentables, un affrontement meurtrier* se déroula les 16 et 17 août 1893. L’ auteur  en dresse la chronologie. Les victimes en sont les Italiens (morts et de nombreux blessés). Massacre auquel ont participé les ouvriers , les trimards (vagabonds, sans emploi, nomades : les plus démunis) et une partie de la population Aigues-Mortaise.

L’auteur a fait des recherches sur le parcours des personnages représentant l’autorité (le Maire, le Préfet, le Procureur, les gendarmes, l’armée… )et la CSM, tous niant leur responsabilité.

Pour expliquer cette féroce attaque l’auteur analyse l’affaire Aigues-Mortes, à travers  la situation de la France et de l’Italie pays  tous deux touchés par la Dépression.

- Social (l’ affaire des Fourmies  en France par exemple)

- Politique  dans les deux pays également  (En France la thèse nationaliste  exacerbée par les lois de l’immigration  (Barrès, Drumont…..), la thèse libérale…)

- La justice (dont l’indépendance n’est pas avérée dans cette affaire ; pression des groupes nationalistes, le jury de la cour d'assises d'Angoulême où a eu lieu le procès acquittera tous les accusés malgré des preuves accablantes. Ce qui constitue un scandale judiciaire)

- Les relations diplomatiques (résultant  de l’ affaire de Tunis, la guerre de 1870 etc….)

Cependant « L'intérêt national » a incité les gouvernements français et italiens à « enterrer l'affaire ». C'est pourquoi, malgré son importance, cet événement a été ensuite occulté de la mémoire collective.

- L' importance de la Presse (nationale et locale) et son impact sur la population

Remarque :  Les discours les plus nationalistes étaient tenus par les radicaux qui défendaient en même temps les « droits de l'homme » ! (grand écart !)

Rappel et incidence de l’affaire Dreyfus.

Viennent ensuite l’analyse par les experts, psychologues, anthropologues, sociologues…..

La mémoire, l’ oubli,  la résurgence de l’affaire de longues années après

C’est au centenaire qu’est apposée une plaque commémorative sur la place d’Aigues-Mortes.



Une lecture très intéressante qui  fait le lien entre l’immigration de l’époque (les Italiens) et celle d’ aujourd’hui  (les maghrébins), le racisme qui ne se nommait pas en 1893, non plus que le « pogrom ».
Le chapitre  sur la   presse montre bien le pouvoir des » médias », à l’époque déjà avec des extraits judicieux des éditoriaux.

La conclusion de l’auteur  aurait presque suffit à  relater l’affaire, car bien argumentée.

Personnellement j’ignorais ce massacre,  qui s’est déroulé dans ma région, à  Aigue-Mortes , je n’avais pas le sentiment que l’immigration des Italiens avait été si dure, même si bien sur j’avais une connaissance du rejet et des noms péjoratifs qui leur étaient donnés.

Les immigrés sont exploités par les patrons et servent à ces derniers à exploiter  également les ouvriers Français. (me semble que c’est encore d’actualité).

Il y a certaine lecture qui vous rappelle que c’est bien votre pays qui a adopté des lois qui ne l’honoraient pas. Il faut rester vigilent car certaines idées délatrices sont encore bien  vivantes.

*Succinct résumé du massacre

Spoiler:
• 1ère rixe le 16 août : un des ouvriers français reproche à un ouvrier Piémontais de l’avoir touché ou frôlé avec la brouette, ça s’envenime, excédé le Piémontais (qui perd du temps de travail) plonge son vêtement plein de sueur et de sel dans le baquet d’eau potable des français
• J’ai mentionné le manque d’eau donc  on peut mesurer la gravité du geste, de leur côté les français trop faibles sont humiliés de ne pouvoir suivre le rythme des Italiens.
• La CSM a baissé les salaires,  mais consciente de la force des Italiens leur propose un salaire au rendement, qu’ils acceptent ; l’argent gagné durant le mois d’août leur permet de s’habiller toute l’année, c’est crucial aussi pour eux.
• Le 17 août, les trimards se déchainent s’attirant le soutien d’une grande partie de la population Aigues-Mortaise en évoquant (à tort) que des français sont morts dans les marais.
• 7 ou 8  morts, des disparus et de très nombreux blessés (la France et l’Italie ne sont pas d’accord sur les chiffres) mais tous les morts sont Italiens ainsi que la majorité des blessés.





PS j’ai trouvé dans cette lecture un éclairage  quant aux propos de Bernanos  sur les Républiques et la démocratie(les cimetières sous la lune)


Arensor ce livre devrait t’intéresser,  et d'autres je pense


mots-clés : #social #historique #immigration
par Bédoulène
le Sam 29 Juil - 15:41
 
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Sujet: Gérard Noiriel
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Anonyme : La scierie

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 Scieri10

La scierie

héros-limite a écrit:A la suite de circonstances parfaitement indépendantes de sa volonté, un jeune bourgeois de dix-neuf ans se trouve dans l’obligation de vivre, pendant deux années pleines, la vie d’un ouvrier de scierie – genre de vie auquel rien, absolument rien ne l’a préparé.
C’est donc un récit réaliste, mais d’une originalité particulière, puisqu’il s’agit d’une plongée en milieu  «prolétarien», et d’une vraie plongée, sans tricherie aucune, effectuée sous la contrainte et en dehors de tout parti-pris idéologique.
Extrait de la préface rédigée par Pierre Gripari en 1975.


Pas simple déjà de "ranger" ce petit fil ouvert pour parler de l'ouvrage. Récit d'une expérience très personnelle et écrit de façon très brute, pourtant il y a la tentation de le ranger "littérature tout court", pourquoi ? Peut-être l'influence de la préface qui parle d'un ton manquant et d'un choc.

Choc qui peut se comprendre, la description du travail en scierie dans les forêts du Loir et Cher (on ne verra plus le département du même œil) est... brutale. Les Grandes gueules à côté ce n'est pas loin de Winnie L'Ourson. Travail exténuant, dangereux, aussi mal payé que désespérément indispensable.

L'à côté du travail,  qualifié dans la préface de "méchanceté" mérite aussi qu'on s'y arrête. Il n'y a pas de lyrisme du travailleur ou du gagneur. Les coups bas et renvois d'ascenseur du même acabit sont de la partie...

Le truc dingue pourtant c'est la force, la rage, la hargne et l'orgueil  qui font que ce jeune homme tient. Pas envie de s'écrouler devant des types à qui ça ferait trop plaisir, classe sociale oblige et un drôle de besoin "d'en chier", de s'éprouver, de faire l'impossible, de vaincre l'usure. Et pas qu'un peut, c'est fascinant et serait malsain si en filtre on ne sentait pas du recul et une conscience de la vanité de la chose, de même qu'un réalisme quant au gain.

Il n'est pas tout seul dans cette galère, on découvre une "élite" de forcenés fous furieux. Plus forts que les autres, sans répits pour un très mince espoir de s'en sortir mieux à terme dans un contre la montre démesuré.

C'est brut mais précis. Le regard sur le travail, ce rapport au travail, excessif certes mais rare dans la balance montrée entre la contrainte matérielle et le besoin quasi indépendant de faire les choses, de s'éprouver, de s'user (pour reprendre les mots déjà utilisés), une manière de se construire dangereuse, déraisonnée en fait. Un effet de jeunesse, ou pire. Ou alors un réflexe pour se mettre à l'abri au sens où pire que soi sera difficile à trouver.

Une lecture pas nette, le genre de machin qu'on ne lit vraiment pas souvent, rageur, sauvage, violent. Fascinant, avec malaise.


mots-clés : #initiatique #social
par animal
le Lun 24 Juil - 22:13
 
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Sujet: Anonyme : La scierie
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Mohammed El Bisatie

bix, je te remercie de m'avoir incitée à lire cet auteur. Même si, honnêtement, mon bilan est mitigé, l'authenticité et la force du propos sont indéniables.

Tag social sur Des Choses à lire - Page 5 97827410

La Faim

La Faim, ce sont trois tranches de vie. Trois épisodes narrés du point de vue d'un père, d'une mère puis d'un fils et qui, mis bout à bout, forment un récit parcellaire mais criant de vérité ; celui d'une vie démunie dans l'Egypte rurale. Une vie sous le signe de la Faim.

Zaghoul, le père de famille, est un être serviable et une force de la nature ; pourtant, il est incapable de garder un travail plus de quelques jours. Sa femme, Sakina, guette avec inquiétude ses retours, car elle sait qu'ils rimeront avec une nouvelle période d'une faim aussi intense qu'humiliante. Encore une fois, elle devra ravaler sa honte pour aller quémander du pain à ses voisines, accumulant des dettes dont le remboursement engloutira en quasi totalité la prochaine paie de Zaghoul…
Mais ces préoccupations quotidiennes ne semblent pas avoir de prise sur son époux, qui déambule à son gré. Un temps, il se plaît à suivre un groupe d'étudiants, se nourrissant des bribes de conversations qu'il parvient à saisir, et qui le plongent dans des abîmes de réflexion. S'il regrette de ne pas être instruit, il n'envisage pourtant pas un instant de mettre ses enfants à l'école. L'école, dit-il, "ça n'est pas pour les gens comme nous."

A deux reprises, la famille parvient à se faire embaucher par une famille de notables, et voit son sort s'améliorer. Pour nourrir ses enfants, Sakina est même prête à endurer vexations et moqueries. Mais la rude réalité se rappelle bien vite à eux : une fois inutiles, ils sont jetés dehors sans un regard en arrière. Le livre illustre de façon cruelle le fossé qui sépare les pauvres des nantis, et le mépris dont ceux-ci font preuve à l'égard de ceux qui les servent. Même les enfants sont impactés par cette condescendance qui tourne vite au rejet.
Invariablement, la famille retourne à sa misère. Sakina continue de compter sou à sou, pendant que son fils aîné apprend à déployer des trésors d'ingéniosité pour combler les exigences d'un corps en pleine croissance…

L'écriture de Mohammed El Bisatie est faussement simple, sans fioritures. Elle reste au plus près des émotions tout en jouant habilement de l'ellipse. L'auteur parvient à restituer la rudesse des campagnes égyptiennes, au fonctionnement quasi féodal, et il le fait sans jamais se départir de son empathie envers ses personnages.
Pourtant, quelque chose m'a dérangée dans ce texte. En effet, la misère extrême dans laquelle la famille est plongée tient surtout au comportement paternel : lorsque Zaghoul se décide à travailler, sa famille parvient à se nourrir et à se vêtir correctement (quoique chichement). Si l'on comprend aisément certaines  démissions par le refus de l'humiliation, il y a bel et bien un hic dans le comportement de cet homme, qui n'est jamais explicité. Comment comprendre qu'il reste sourd aux suppliques émises par les ventres de ses enfants affamés ?
Jusqu'au bout, Zaghoul m'est donc demeuré un mystère. La forme du récit, parcellaire, éclatée, n'aide évidemment pas le lecteur à remplir les blancs volontairement laissés par l'auteur. Si le talent de Mohammed El Bisatie est évident, cet étonnant parti pris de départ a quelque peu déroutée la lectrice que je suis. Et la férocité de la dénonciation s'en est hélas trouvée amoindrie...


mots-clés : #social
par Armor
le Ven 21 Juil - 21:25
 
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Sujet: Mohammed El Bisatie
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