Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 14 Déc - 14:27

61 résultats trouvés pour solitude

Véronique Olmi

Numéro six

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Images53



Dans cette famille catholique, Fanny est la petite dernière, l'accident après les 5 enfants de 10 à 20 ans. Elle est toujours un peu à la traîne, un peu négligée, exclue du clan des aînés, encombrant après leur départ le couple très amoureux de ses parents. Son père est une image fascinante, adulée malgré la distance et c'est quand celui-ci devient dépendant qu'elle prend en quelque sorte sa revanche dans une relation intense à cet homme qui n'est plus lui-même, et qui, enfin, lui sourit.

Véronique Olmi tente  de raconter la relation étrange de ces 2 êtres que tout a séparés et qui se retrouvent au moment où le père s'absente : raconter l'une, numéro six mise à  l'écart, et l'autre, médecin adulé, mari comblé, père lointain, portant en lui comme tant d'autres le traumatisme de la guerre. Elle raconte ce qui se passe entre eux, ou ne se passe pas,  quand celle-là est enfant et quand celui-ci devient un vieillard. C'est sans doute un peu ambitieux en 100 pages (ou pas assez ambitieux?). Il en résulte que je suis restée un peu sur ma faim, alléchée par cette histoire, touchée par cette détresse de toute une vie, mais rester sur le côté du fait de la distance imposée par l'auteure.


mots-clés : #famille #relationenfantparent #solitude
par topocl
le Mer 6 Déc - 16:38
 
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Gerbrand Bakker

Le détour

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_le10

C'est l'histoire d'une femme qui décide de disparaître, clin d’œil parfait à ma lecture de David Le Breton. Étrange fuite sans explication - mais non sans raison - d'une universitaire limogée, réfugiée quelques mois dans une ferme isolée du pays de Galles, avec pour seule compagnie quelques oies, des moutons noirs et un blaireau, animal habituellement pacifique qui la mord lors d'une promenade vers le cercle de pierres.
Contrariant (et illuminant) ce projet de retour à soi-même par la solitude et le silence, un jeune homme la ramène à des émotions sans doute oubliées.
Son mari la cherche, ayant appris le secret qui n’est jamais qu'allusivement dévoilé.

Mais en fait ce n’est pas une histoire, ce sont des sensations, des gestes convaincus de leur bon droit, de menus faits accolés, des odeurs, des bruits, des impressions. Des jours qui passent et coulent, et dont l'auteur se refuse à donner la clé:

elle ne voulait rien connaître du pourquoi et du comment, ne pas en entendre parler.


J'ai été désarçonnée au début par cette distance, ce mur dressé entre le personnage et le lecteur. Puis j'ai peu à peu mieux habité cette ambiance sensuelle, sèche, secrète. Cet espace de liberté infinie où les mots sont à l'égal des silences. Cette femme étrange, qui décide de se trouver en fuyant ce qu'elle vit et qui n'est pas elle.


mots-clés : #nature #psychologique #solitude
par topocl
le Sam 2 Déc - 10:28
 
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Alice Rivaz

Je rapatrie mon souvenir qui n'est pas aussi précis :

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 97828810

Sans alcool

Des nouvelles donc écrite à différents moments de la vie de l'auteur mais ayant toutes en commun deux thèmes qui se retrouvent étroitement liés, l'amour (ou son absence) et quelque chose qui a à voir avec la condition sociale. Dans cette suite de portraits, surtout des femmes, on trouve principalement de jeunes actives ou des fins de carrière qui sont autant d'effacement de la vie (sociale ?).

Trop attendre, ou ne pas voir, ne pas savoir tourner la page, ruminer. Entre le bureau ou la chambre/appartement en ville, plusieurs fois on croise ces restaurants bon marché, sans alcool. Il y a des touches très vivantes qui esquissent un désir pas forcément raisonnable mais la tonalité principale est sombre, et le sentiment de solitude omniprésent. Le ratage, l'isolement qui est à la fois affectif et social. L'espoir déçu...

Une répétitive tristesse, amère mais empathique et volontaire dans son féminisme. D'ailleurs de ce côté-là on n'a pas forcément l'impression que les quelques décennies écoulées renversent complètement la donne, sans doute parce que la question d'un lien affectif particulier, de la recherche de ce lien indépendamment d'un devoir de sacrifice n'a pas forcément de réponse toute faite.

Un peu déroutant (pour un bonhomme, ou un panda ?), un peu contraint sans doute aussi ça m'a moins accroché que ma précédente lecture néanmoins il est probable que ces nouvelles me restent en mémoire. Le gâchis c'est triste, ça parle, et cette vision qui se construit au fil des nouvelles, ça parle aussi.


mots-clés : #conditionfeminine #nouvelle #social #solitude
par animal
le Dim 26 Nov - 14:00
 
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Sujet: Alice Rivaz
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John Burnside

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Burnsi10

Les empreintes du diable

Michael, le narrateur de cette histoire est un solitaire. Au moment où il se raconte, il vit en Ecosse dans une maison isolée au bord de la mer.
C'est là que vivaient sa mère et son père. Eux aussi avaient choisi cette vie, après avoir subi des blessures et des chagrins.

"Ils avaient vécu dans de grandes villes et connu la déception, des trahisons, des désillusions auxquelles ils ne voulaient plus penser... et quand ils trouvèrent Coldhaven, ils tombèrent finalement amoureux de l'endroit."

Mais le village les avait rejetés avec violence et sournoiserie. Et ils s'étaient enfuis plus loin. Mais pas assez loin pour être à l'abri des perverses mesquineries des villageois.

"C'est certainement ce qu'on entend par destinée, ce long, lent processus d'accumulation qui veut qu' un grain de sable après l'autre, un mot après l'autre, quelque chose devienne inévitable, sans que quiconque ait pu dire quand s'est produit le changement."

Mais pour Michael aussi il est tard. Il a déjà derrière lui des mauvais souvenirs qui l'ont profondément transformé. Enfant il a été persécuté par un ado plus malheureux que méchant. Mais voilà, Michael a cessé de fuir et il s'est vengé.
Plus tard, il a connu encore très jeune, une fille qui fut sa première expérience sexuelle. Mais pas seulement.
Quelques années encore, et il épousera une femme avec qui il ne connaitra finalement que l' ennui. Et il s'en séparera pour vivre seul dans la grande maison au bord de la mer.

Mais c' est alors que Michael se rend compte que les conséquences de nos actes peuvent avoir des effets imprévisibles et dévastateurs.
Il va se laisser entrainer dans un voyage au bout duquel il sera forcé de faire face, d'affronter les fantômes du passé.

Tel est ce livre placé sous le signe du fatum, la fatalité de la tragédie antique. Enfin, c'est le nom qu'on donne à ce que la vie produit sur nous sans qu'on le comprenne.

"C'est une erreur d'étudier trop attentivement le point de départ de tel ou tel évènement. Les choses prennent naissance bien en deça de la surface ; le temps d'émerger, elles ont  acquis une existence et une direction qui leur sont propres.
On ne perçoit pas ce phénomère, aussi parle t-on de destin, de sort ou de hasard quand un évènement inattendu se produit ; on se prépare pourtant depuis le début, en secret, à prendre part au moment qu' en surface nous avons trouvé si surprenant."

A la lecture de ce livre, j'ai pensé à un auteur de polar où le destin fatal conduit à la catastrophe finale.
Il s'agit de James Cain, l'auteur de Galatée, Assurance sur la mort ou Le facteur sonne toujours trois fois. Si vous l'avez lu, vous comprendrez  peut-être ma comparaison.
Mais c'est aussi tout le sujet de l' œuvre de William Faulkner.

Récupéré

mots-clés : #famille #polar #solitude
par bix_229
le Mer 15 Nov - 19:01
 
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Sujet: John Burnside
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Coralie Bickford-Smith

Le renard et l'étoile

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 26398610

Je cherchais un livre pour noel, pour un petit garçon de mon entourage qui a déjà vécu des épisodes grâves de la vie, qui en est resté un brin trop grâve lui aussi, un peu mélancolique et angoissé. J'ai cherché un livre pour lui en étant moi-même ce jour là un brin trop grâve et angoissée. Mon regard meurtri est tombé sur la flamboyance orangée de cette couverture. Ni une ni deux, , j'ai acheté ce bel album graphique. Mon libraire m'a dit qu'il était juste...parfait.
Et je l'ai lu une demi heure après, et en effet, il est juste parfait. J'ai eue l'impression de faire une séance d'EMDR (thérapie reposant globalement sur la mise en oeuvre de mouvements mécaniques occulaires, préconisée auprès d'un public traumatisé , je résume en gros).
Le graphisme hypnotique en est absolument sublime, et les trames de sens qui le traversent également.



mots-clés : #contemythe #jeunesse #solitude
par Nadine
le Mar 7 Nov - 17:34
 
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Sujet: Coralie Bickford-Smith
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Iouri Bouïda

Le Train zéro

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Train_10

L’action se passe après la dernière guerre dans un lieu perdu de Russie, à l’occasion de la construction d’une gare le long d’une ligne de chemin de fer, la station 9, accompagnée de tout l’équipement nécessaire à son fonctionnement : usine pour le travail de l’acier, menuiserie pour les traverses et leur traitement, centre de transmissions, ferme pour l’alimentation. Quelques « colons » viennent peupler cet établissement. Leur mission : tout mettre en œuvre pour que le passage quotidien à minuit du train zéro se fasse sans encombre :
" Cent wagons aux portes bouclées à mort et plombées, deux locomotives à l’avant, deux à l’arrière – tcouk-tchouk…hou-ou ! Cent wagons. Lieu de départ, inconnu. Lieu de destination, secret. On tient sa langue. Votre boulot n’est pas sorcier : les voies doivent être en état. De là à là. Ric-rac. »


Car le train zéro, c’est la Patrie !
Et chaque nuit, le train passe à la même heure, toujours identique, avec une régularité de métronome. Et les années passent…    
Ivan Ardabiev, le héros de l’histoire, droit dans ses bottes, assume son rôle avec beaucoup de sérieux. Il s’autorise bien quelques virées au bar, chez les prostituées, dérivatifs en pensant à la belle Fira, celle qu’il avait vue un jour :

« debout dans une minuscule cuvette de rien du tout, avec une cruche dans une main, tenant de l’autre ses cheveux relevés, et le soleil qui entrait par la fenêtre la traversait de part en part, il avait vu distinctement son cœur qui palpitait comme un oiseau, la masse brumeuse de son foie, la clochette azurée et translucide de sa vessie, ses os bleus qui flottaient dans la compote rosée de sa chair. »

Mais la raison d’être d’Ivan est bien le train :

« Et tant qu’il est ce combattant, tant qu’il est vivant, le train zéro est vivant, la Ligne est vivante, la Russie est vivante, le monde est vivant. »


En effet, Ivan est de plus en plus isolé. Une étrange malédiction semble toucher la petite communauté, les enfants meurent souvent à leur naissance. Beaucoup de colons commencent à s’interroger sur la nature de ce train, ce qu’il transporte. Malheur à ceux qui veulent en savoir plus. Ils disparaissent, meurent ou sombrent dans la folie. Qu’importe les mots, c’est tout comme. Même les rares qui reviennent ne mènent plus qu’une existence machinale, comme Fira qui a perdu au retour sa belle transparence au soleil.
Les années passent, les plafonds se lézardent les herbes envahissent les voies. La plupart des colons ont disparu, morts, partis, c’est tout comme… Mais Ivan est toujours là
Un soir, le train zéro passe à son heure habituelle, mais stupeur, quelques minutes plus tard, un deuxième train s’annonce, puis un troisième…

L’une des forces de ce récit réside dans le passage d’un registre réaliste à une tonalité fantasmagorique en suivant une progression qui tient en haleine le lecteur pour aboutir à un final hallucinant. L’auteur, avec une maîtrise implacable, joue sur différents registres d’arrière-plan qui donnent à son ouvrage une dimension allégorique et métaphorique. Bien sûr, on pense au « Désert des Tartares », à ces références à la shoah, au goulag, au désastre du rêve soviétique, à ces villes et industries en déshérence, à Tchernobyl, à la dictature… On pourrait multiplier les résonnances à l’envi, selon la culture et l’histoire de chacun d’entre nous.  
Plus largement, le train zéro nous parle de l’absurdité de la vie, de sa recherche de sens, de Dieu, pour employer de grands termes. Pour l’illustrer, ce dialogue entre Ivan et Fira, plus clair que tout commentaire :

« -Tout au bout. Il voulait aller jusqu’au bout. Pour regarder, voir, comprendre ce qu’il y a là-bas, à quoi ça sert, tout ça. Jusqu’au terminus. Il espérait que là-bas, il apprendrait ce qu’il y a dans ces maudits wagons. Alors il y est allé.
- Bon sang, quel imbécile ! gémit Ardabiev. Quel triple idiot ! Et s’il n’y a rien là-bas, hein ? Juste une plaine nue ? Un désert ? Je ne sais pas moi. Rien, tout simplement. Et dans les wagons aussi, rien. Alors ?
Fira  secoua la tête
- Ce n’est pas possible, Vania ! Il y a quelque chose, là-bas. Sinon, pourquoi la Ligne, pourquoi le train zéro, pourquoi nous, pourquoi tout ça ?
- Je n’en sais rien. Peut-être que tu as raison. Peut-être qu’il y a quelque chose là-bas. On ne peut jamais jurer de rien. Mais il peut tout aussi bien ne rien n’y avoir du tout, et la Ligne est quand même là, la voilà, elle est, elle existe, et le train passe, et nous vivons, et tout cela a un sens, lequel, on n’en sait rien, c’est tout. Comme dans la vie. C’est possible, non ?
- Vania… dit Fira, désemparée. Mais c’est de Dieu que tu es en train de parler, Vania…
- Quel Dieu ? dit Ivan, étonné.
- Ce que tu viens de dire sur la Ligne, ça fait des millénaires que les hommes disent ça à propos de Dieu… »


« Le Train zéro » d’Iouri Bouïda n’est peut-être pas un chef d’œuvre, mais on n’en est pas loin à mon avis. Sans conteste l’une de mes lectures les plus fortes de cette année.  Very Happy


mots-clés : #regimeautoritaire #solitude #spiritualité
par ArenSor
le Lun 6 Nov - 21:00
 
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Sujet: Iouri Bouïda
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Marie-Hélène Lafon

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 97822810

Nos vies

Après le retour de mes camarades ci -dessus, j'ai envie d'ajouter que tout le livre semble enroulé autour de la sidération que la narratrice suggère avoir ressenti lors du départ brutal et silencieux de son compagnon, des années avant le présent narré.
Il en ressort, par la maitrise narrative de Lafon, une grande acceptation
mais aussi une grande impuissance, abandonnée à son évidence.

La mise en scène du quotidien, la mise en avant de quelques-uns des acteurs de sa vie,
qu'elle brosse en y incluant l'imaginaire qui s'y amarre,
la fragilité de cet imaginaire,
qu'elle met en scène dans sa fiction
produisent un tableau très aigu, mais doux, de solitude moderne, asexuée et sensible.
C'est assez déprimant, c'est beau de vérité, c'est un livre sur la personne qui est restée sur le quai. morte vive. Mais vue par Lafon, donc vive de reception.


mots-clés : #solitude #viequotidienne
par Nadine
le Ven 27 Oct - 12:25
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
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Malcolm Lowry

Lunar caustic

Souvent traduit avec le titre anglais laissé, sinon on le trouve intitulé Le caustique lunaire.
Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Lowry_10

Étrange opus, au fragile parcours mouvementé. En 1934, Lowry subit une cure de désintoxication de son éthylisme chronique à l'hôpital (psychiatrique) Bellevue de New-York. Il projette de se servir de ce matériau, de ce vécu, pour tenter un récit qui mettrait en scène un journaliste volontairement immergé dans une détention et qui se serait entendu avec un médecin pour que ce dernier lui facilite le travail d'enquête. Le reporter a l'infortune de se trouver à son arrivée dans un tel état d'ivrognerie que les services hospitaliers le placent d'office deux jours en observation...

Aucun éditeur ne souscrit au projet littéraire, mais, pressé par le besoin d'argent, Lowry reprend cette histoire en 1936, sous forme de nouvelle cette fois-ci, et l'intitule The last address.
Il la soumet à la rédaction de Story, une publication qui a déjà fait paraître plusieurs de ses nouvelles. Story achète la nouvelle, mais...ne la publie pas !

Suivant sa technique habituelle d'écriture, il revoit ensuite sa nouvelle à de nombreuses reprises, tente de la faire publier en 1939, sans y parvenir, puis élabore encore une autre mouture en 1942. C'est la seule version imprimée du vivant de Lowry. C'est celle qui est publiée sous le titre "le caustique lunaire" en seconde partie dans l'édition 10-18.

Ce qu'on sait de témoignages concordants, c'est que Lowry avait en projet une vaste œuvre, dénommée "the voyage that never ends" dont "au-dessous du volcan" serait le centre, et que cette œuvre serait composée de sept romans.
Lunar Caustic / the last address devait être épaissi, pour être l'un de ces sept romans.

Selon Maurice Nadeau en préface de l'édition 10-18 du bouquin, Lowry travaillait sur cinq, dix ou même vingt versions d'une même phrase, paragraphe ou chapitre, constamment.

Ces juxtapositions / superpositions d'une même phrase, une fois passées au tamis fin, rendent ce que Lowry fait stylistiquement de meilleur, ces élans à plusieurs plans de lecture, à tiroirs ouverts et d'une richesse débordante, et pourtant paraissant limpides et simples, fluides, mais donnant au lecteur l'impression de ne jamais tout à fait faire le tour de la proposition littéraire de l'auteur.

The Lunar caustic, le caustique lunaire, vous l'aurez compris, c'est la même nouvelle imprimée deux fois à la suite. L'une est plus noire, plus complexe, plus désordonnée sans doute, et provient de la direction arbitrale de Marjorie Lowry, la veuve de Malcom, et de l'ami de Lowry, Conrad Knickerbocker, qui ont puisé dans les fonds très garnis de Malcom Lowry.
Je doute (mais je me trompe souvent !) qu'ils aient bricolés, ou ré-écrits, certains passages, ils avaient le choix, l'abondance de versions était telle ! Et puis la version Lunar Caustic (ma préférée) sonne trop comme du Lowry pour être du travail de faussaire...pourtant ils subirent un procès d'intention, qui dure encore.

Je ne suis pas tout à fait la direction de collection dans leur choix, et si je peux jouer au petit éditeur amateur, placer la version intitulée "le caustique lunaire" avant celle éponyme à l'ouvrage (Lunar caustic) eût été plus inspiré: tout ça pour dire que je vous encourage à plutôt lire cette même histoire sous deux facettes dans cet ordre-là...

Un mot sur le titre: Lunar caustic est bien sûr composé d'après lunatic asylum, asile d'aliénés- hôpital psychiatrique.

Chapitre I a écrit:Un homme sort d'un bistrot, du côté des docks, au petit matin, une bouteille de whisky dans la poche. L'odeur de la mer emplit ses narines et il glisse sur les pavés aussi légèrement qu'un bateau qui quitte le port.
Bientôt pris dans une tempête, battu de toutes parts, il s'efforce désespérément de revenir en arrière. Maintenant, il accepterait l'abri de n'importe quel port.
Il entre dans un autre bar.
Il en émerge, astucieusement remis à flot, mais alors les difficultés recommencent.


Et notre rimbaldien bateau ivre va parvenir jusqu'à l'hôpital psychiatrique, dans une superbe brève phrase nette, souvent mise en exergue, une des plus connues du livre et qui est la dernière du chapitre 1:
Chapitre I a écrit:Avec le fracas frémissant d'un vaisseau lancé contre les récifs, la porte se referme derrière lui.

Cet hôpital borde un petit port entre deux quais et surplombe une péniche échouée que nous retrouverons tout au long du livre. Cette péniche-là en particulier est un élément essentiel du décor du livre, elle fait sens. Le chapitre 2 est entièrement consacré à la décoration "marine" environnante. On y trouve un:
Chapitre II a écrit:Les canots à moteur bleus et blancs, amarrés là, [...] et, sans cesser de se chamailler et se se taquiner sur ce fleuve d'une noirceur de suicide, ils semblaient conter de tendres histoires de jeunes filles, en été.


Au reste, chapitre 3, quand le héros, dont le nom n'est pas clair et sûrement d'emprunt (Bill Plantagenet ? Lawhill ?), reprend connaissance dans son nouvel univers carcéralo-hospitalier, il se croit dans un bateau. On est déjà dans l'espèce d'irréel, je dirais plutôt de trans-réel, qui est la marque de cette nouvelle, et qui n'est pas sans rappeler comme Maurice Nadeau le repère en préface le premier cercle de l'enfer de Dante Aligheri;  une scène de cauchemar, à moins que ce ne soit de delirium tremens, pour vous souligner tout ça, jugez plutôt:
Chapitre III a écrit:De terribles ombres s'approchèrent en foule, puis s'éloignèrent de lui. Une cataracte d'eau se déversa à travers la muraille, envahit la chambre. Une main rouge, gesticulante, l'aiguillonnait; sur le flanc ravagé d'une montagne, un torrent rapide charriait des corps sans jambes dont les plaintes jaillissaient de grandes orbites garnies de dents cassées. Une musique devint un cri perçant, s'apaisa. Sur un lit en désordre, maculé de sang, dans une maison à la façade soufflée, un énorme scorpion violait avec gravité une négresse manchote.


Puis nous découvrons les trois futurs amis de Bill Plantagenet-Lawhill, Garry, le petit garçon "Rimbaud adolescent", à la tête pleine d'histoires qu'il invente sans cesse, M. Kalowsky, un vieillard juif errant plutôt tendre, Battle, un grand noir hyperactif:  Et, au fil des pages, nous sommes convaincus comme Bill que leur détention est un arbitraire, un malentendu, qu'ils n'ont rien à faire là. Toujours ce jeu très constant dans l'oeuvre de Lowry sur la normalité - l'adaptation au monde, et le fragile écart qui en sépare les autres, le reste, les désemparés, les aliénés, les inadaptés ou considérés comme tels.

Les tirades magistrales de l'entrevue entre Bill et le Docteur Claggart, qui constitue le chapitre 9, sont juste poignantes, et, si c'est mis dans la bouche du héros, sans doute faut-il entendre le cri direct de Malcom Lowry: trop long pour vous citer le chapitre entier.

Un mot sur l'univers artistique évoqué directement - donc, Bill Plantagenet ou Lawhill est musicien de jazz, pianiste, atteint par la tremblotte de l'éthylique, au groupe dispersé et largué par sa femme, et qui, de toutes façons, n'a pas les mains assez larges pour tenir l'octave. Donc il triche, y compris quand il joue de la guitare. La scène du piano, dans le centre de détention-hôpital, est éloquente, à savourer (chapitre 8 ).

Pour l'univers littéraire, Melville traverse tout l'ouvrage, et Rimbaud aussi: Deux auteurs que je prise tant, joie !
Très belle citation de Rimbaud tirée des "Illuminations", dans un passage fort, à propos de Bill parlant de Garry au Docteur.
Lowry / Bill Plantagenet - Lawhill  en profite pour lancer au passage, tout juste après, et brut, des références à de la lectio divinas : rien moins que Le Pentateuque, le Cantique des Cantiques, l'Apocalypse selon Saint-Jean.  

Pour l'univers musical, Bix Beiderbecke (hein, Bix, hein ?) Edward Grieg, Frankie Trumbauer, Eddie Lang avec Ruth Etting (ne serait-ce pas là l'évocation de "la" Ruth du livre, celle qui a plaqué Bill ? Cela coïncide un peu trop, je trouve), + Joe Venuti et Eddie Lang (si vous allez en page 2 du fil Malcom Lowry sur Parfum j'ai posté tous les Youtubes afférents à ces références musicales, sous spoiler).


(Rapetassé de deux messages du 1er et du 2 décembre 2013 sur Parfum)

Mots-clés : #addiction #pathologie #solitude
par Aventin
le Dim 8 Oct - 6:37
 
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Sujet: Malcolm Lowry
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Erich Maria Remarque

Arc de triomphe

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Image124

Quelle nuit étrange ! pensa-t-il. Quelque part, des hommes s'entre-tuent. Quelque part, des hommes sont pourchassés, emprisonnés, torturés et assassinés ; un coin quelconque de monde paisible est piétiné par un envahisseur. Et pourtant, la vie continue… On se presse dans les cafés brillamment éclairés. Personne ne s'inquiète… les gens s'endorment d'un sommeil calme… Et moi je suis assis ici avec une femme, entre une brassée de chrysanthèmes et une bouteille de Calvados, tandis que l'ombre de l'amour se profile sur nous, l'amour tremblant, isolé, étrange et triste, exilé lui aussi de son passé serein, l'amour furtif comme s'il n'avait plus de droit.


1938-39, Paris se prépare à la guerre sans y croire, mais prend une bonne doses de réjouissance au cas où. Mais dans les bars, les boites de nuits, les bordels se pressent  aussi les réfugiés sans papiers qui regagnent leurs hôtels miséreux le soir venu.
Parmi eux, Ravic  a fui l’Allemagne nazie, ses interrogatoires ignominieux et ses camps de concentration. Il est revenu de tout. Chirurgien émérite, il survit en opérant clandestinement à la place de médecins moins talentueux que lui, qui se réservent  le mérite de ses brillantes opérations, et 90 % des honoraires. Derrière son cynisme et sa philosophie pessimiste,  c'est un grand humaniste, soignant les échecs des avortements clandestins, soutenant ses patients comme cela se devait  en ce temps-là : en leur cachant leur cancer dépassé. Seule l'idée de la vengeance le maintient dans la course. Jeanne, la femme qu'il a  sauvée du suicide une nuit d'hiver sur un pont de Paris, saura-t'elle l'en détourner et lui redonner goût à ces  bonheurs insouciants qui viennent à bout  les pires ténèbres?

- C'est merveilleux, fit Ravic. Le calme, le foyer, les livres, la paix, quoi. On jugeait tout cela bourgeois autrefois. Aujourd'hui c'est le rêve du paradis perdu.


C'est une fois encore la désespérance de ces parias, les petites magouilles, les grandes amitiés, la lutte crâneuse du quotidien. Centré cette fois sur un seul personnage, Remarque ne lésine pas sur les grands sentiments et sur els aphorismes, mais c'est de son époque et de cette cause. La guerre est là, à l'horizon, elle autorise une certain lyrisme.

L'ambiance est quasi cinématographique,  Paris, la nuit, l'Arc de Triomphe, les lumières, les courses en taxi, les déambulations…

Le hic, c’est cette histoire d'amour plutôt  mièvre, pathétiquement banale, avec ses allers-retours perpétuels , chacun  aimant alternativement l'autre quand celui-ci se déprend. Le romantisme devient sentimentalisme pathétique, les phrases sont définitives. La relation de cette liaison frénétique est d'un sexisme bien expliqué par l'époque , mais qui alternativement m'a agacée ou amusée.
Cela ne touche cependant qu'un bon tiers du livre qui tire plutôt bien son épingle du jeu, grâce à un récit habilement mené des mois qui précèdent la guerre, et une envoûtante empathie pour ce personnage complexe et  torturé.

Mots-clés : #exil #solitude
par topocl
le Dim 24 Sep - 21:44
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
Réponses: 24
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Marilynne Robinson

Lila

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Image120

On est à Gilead, ce village où se situent  les trois livres de la trilogie de Marilynne Robinson dont Lila est le troisième volet, cet oasis de douceur dans un monde hostile.

Gilead était ce genre de ville où les chiens dormaient au milieu de la route pour profiter du soleil, puis de la chaleur qui persistait après la tombée de la nuit, et les rares voiture devaient s'arrêter et klaxonner jusqu'à ce que ces bêtes se lèvent pour les laisser passer. Comme si le fait d'avoir dû quitter leur position confortable les avait estropié, ils boitillaient vers le bas-côté, puis se réinstallaient exactement à la même place. Gilead, c'était à peine une ville. Où que vous vous trouviez, vous entendiez le froissement des feuilles de maïs, tant les champs étaient proches, si grand était le silence. « Tu te plairas ici, murmura-t-elle à l'enfant. Au moins pendant un moment. »


C'est là qu'a atterri Lila, après de multiples pérégrinations. Enfant, elle a été enlevée  par Doll à ses parents mal-traitants. Cet événement   ne lui laisse comme souvenir que l’impression qu'un ange l'a doucement soulevée, et, alors qu'elle était affaiblie par les mauvais traitements, lui a dit "Vis". Et s’est battu pour elle au fil des années, l'a nourrie et aimée. Cette femme bienfaisante, Doll, outre le rapt, traîne  un passé sombre qui l'oblige à fuir sur les routes . Elles vivent, survivent parfois, dans une misère crasse, parfois avec un autre groupe de "vagabonds" dans une solidarité compliquée, parfois seules. Lila, avec Doll, pourtant si fruste, vit l'expérience d'une profonde empathie, d’une attention forcenée et intelligente, pleine de rires et de tendresse. Mais la crise est là, la misère est de pire en pire, Doll est rattrapée par son passé, Doll est perdue, morte sans doute.
Après de nombreuses errances, dont un passage par un bordel,  Lila échoue  pas loin de Gilead dans une cabane abandonnée. Très curieusement cette sauvageonne inculte, sale et affamée exerce une fascination incompréhensible sur le vieux pasteur veuf, comme s'il l'avait connue depuis toujours. Ils finissent, au terme d'un long chassé croisé par s'épouser dans un compagnonnage tout à la fois bancal et prodigieusement solide, plein de douceur, de respect, d'attention à l'autre et de discussions spirituelles.


C'est un livre dont il est difficile de rendre compte car il vaut surtout par une ambiance, celle d'une paisible douceur entre gens particulièrement bons et bienveillants, alors même que la vie autour d'eux est violente et ne les a pas épargnés. Si violente qu’elle sème perpétuellement le doute. Lila vit dans un bain permanent  de réminiscences, qui l'amènent à se remettre en cause, à se questionner sur le sens de la vie, du péché, de la religion. Tous deux partagent leurs émotions, leurs questionnement dans un couple disparate mais d'une force exceptionnelle. Ils partagent aussi, vieil homme et jeune épousée, une sensualité timide et touchante. Lila reste la sauvageonne qu'elle était, mais elle est aussi une autre, qui s'épanouit auprès d'un homme religieux en perpétuelle remise en cause, bon et tolérant. Jusqu'au bout, ils s'interrogent sur ce bonheur aussi complet qu'inattendu, pas si immérité qu'ils voudraient bien le croire.

J'ai beaucoup aimé ce livre lent, méditatif, plein de répétitions obsédantes, où la bonté est le principal protagoniste. On va et vient entre passé et présent selon les pensées de Lila, cette femme sauvée par une autre, dont elle n'admet pas qu'on la considère comme une  pécheresse.

- J'ai pas mal roulé ma bosse avec les païens. Et pour ce que j'en ai vu, ils sont pas pires que n'importe qui d'autre. Ce qu'est sûr, c'est qu'ils méritent pas de brûler en enfer.


Cet univers de douceur alors que rôde la Grand Dépression, cette misère matérielle compensée par l'attention à l'autre, cette douceur mêlée d'âpreté m'ont fait penser à Une mort dans la famille de James Agee. C'est un livre moelleux comme un bon vieux fauteuil râpé.

Mots-clés : #solitude #spiritualité #vieillesse
par topocl
le Jeu 21 Sep - 21:37
 
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Sujet: Marilynne Robinson
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Mikhaïl Boulgakov

Vous n'avez qu'à jeter un oeil à sa bibliographie pour vite vous rendre compte que Boulgakov ne fut pas prophète en son pays. Il en a fallu du temps avant que ses oeuvres soient autorisées par la Parti soviétique.
La force de l'auteur a aussi été de contourner les règles, et jouer de la métaphore, du "cryptogramme". Ainsi, on peut le lire à différents niveaux et ses textes sont sujets à interprétations. On peut penser aussi à Orwell, et La ferme des animaux.
Je considère Le maître et Marguerite parmi mes sommets littéraires, aussi car c'est un livre qui m'a ramené vers la littérature, à une époque où mes lectures étaient d'un autre ordre. Malheureusement, lecture un peu trop lointaine pour en parler.

Je ressors de sa nouvelle, Morphine.

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 41n3db10

Là aussi, on peut le lire au premier degré, et on est tout de suite embarqué par sa prose puissante, son style prenant, qui nous poussent à avancer dans ce court récit. Il entretient le suspens sur la maladie de cet homme mystérieux, puis très vite le voile se lève ...
L'addiction à la morphine, la solitude, le désespoir, l'angoisse ...
C'est fort !

Et puis, on peut lire la postface, où les interprétations sont multiples. Cette nouvelle prend lieu et place en Russie à partir d'Octobre 1917 ... Arrivée de la révolution Russe, et là on reprend le journal du morphinomane, en fonction des dates, et on essaie de lire le cryptogramme laissé par l'auteur ...

mots-clés : #addiction #solitude
par Arturo
le Mar 12 Sep - 15:03
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
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Marie-Hélène Lafon

Nos vies

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 51zjzy10

Eh bien , elle s'en sort plutôt pas mal Marie-Hélène Lafon quand elle s'immerge dans le monde citadin .

"J'ai l'oeil , je n'oublie à peu près rien , ce que j'ai oublié , je l'invente ."

Et selon ce principe de vie , plutôt fort judicieux pour une romancière , avec son regard toujours pointu et qui ne laisse rien dans quelque flou artistique ou pas , munie de sa plume aussi précise qu'un scalpel , mais toujours dans la bienveillance , l'altérité naturelle , sans artifices , austère par nature , religieuse laique , Marie-hélène raconte . Raconte des bouts de vie ,entremêlés ...la vie de son héroine probablement son alter-ego à quelques entournures , la vie de Gordana caissière aux cheveux jaunes à l'accent qui ne chante pas la douleur des pays de l'Est , la vie d'Horacio , l'homme du vendredi à la caisse de Gordana ....
Et puis de souvenirs en rêveries , Jeanne la récente retraité , entretient une vie sociale intériorisée , nourrie des grands ferments de solitude . Une solitude qui en appelle d'autres et qui se croisent , se devinent , s'effleurent délicatement . Du passé , du futur , du présent , du conditionnel , Jeanne en fait une danse , une audace , une gourmandise de dame silencieuse , porteuse du poids des âmes , mais soufflant sur la grisaille du monde pour faire naître l'espoir , accepter les traces du temps , s'unir à l'autre , dans la vérité ou les chemins de  traverse de l'imagination .
C'est juste terriblement humain . Sans fioriture . Honnête . Solitaire et embrassé . C'est Marie-hélène Lafon sans surprise , intègre , exigeante et sans détours .

Pas mal , mais ce petit interlude n'a qu'un goût de diversion , bien entendu que nous lui saurons gré de retourner vers sa terre et son cri des entrailles où on la sent plus à l'aise .


mots-clés : #social #solitude #vieillesse
par églantine
le Mar 12 Sep - 1:33
 
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Sujet: Marie-Hélène Lafon
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Karel Schoeman

En étrange pays

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Captur30

Nous pourrons continuer à vivre ici, dans ce silence, comme les plantes du désert qui poussent dans des  fissures de rochers, en y enfonçant leurs racines pour rester en vie, et leurs petites fleurs sont si minuscules qu'on les voit à peine devant le gravier et le sable dans lequel elles poussent. Il n'y a rien, absolument rien ; mais on peut vivre comme ça.



Certains choisissent la Montagne Magique, Versluis a choisi Bloemfontein, cette ville perdue au milieu du veld - cette terre sans fin, aride, lumineuse et poussiéreuse, fascinante et hostile, réputée salutaire pour les poumons malades. C'est un bourgeois compassé, plein de conventions et de certitudes, pris dans son carcan de célibataire taciturne et hautain. Quoique libre penseur dans un milieu fortement religieux, il s'habitue peu à peu à la communauté européenne.

ce n'était qu'à ce moment, en cet instant fugitif de lucidité, qu'il était capable de mesurer la distance réelle qui existait entre ce pays et le monde d'où il venait - et il devint parfaitement conscient des frontières qui le séparaient de ces gens, des différences infinies entre les mondes respectifs de leurs expériences, de leurs valeurs et de leurs associations.


Il fuit les festivités frivoles au profit d'une relation curieusement intense avec un jeune pasteur et sa sœur infirme, frémissants de passion, ardents d'humanité, écartelés entre deux cultures, courant désespérément vers un accomplissement inaccessible, qui partagent avec lui leurs questionnements existentiels d'exilés.

Nous écoutons Mozart ou Schubert, nous lisons Goethe ou Schiller, et quand nous levons les yeux et voyons cette terre dure et aride nous sommes frappés par la distance qui existe entre ce que nous avons entendu et ce que nous constatons autour de nous - comme si deux réalités entièrement séparées existaient ici, côte à côte, un monde spirituel et celui de notre existence quotidienne. C'est exactement ce qu'Adèle considère comme notre faiblesse, le fait d être écartelés entre deux mondes et, en conséquence, de ne pouvoir vraiment être loyaux à aucun des deux.


Au cœur de ces trois solitudes, la mort, dont, entre gens bien élevés,  on détourne pudiquement le regard, plane, discrète mais inéluctable. Versluis meurt seul, comme il a vécu, mais il meurt sans  angoisse ni regret,  ayant appris le sens du vide  dans ce paysage étranger.

Je crois que progressivement je vois que quelque chose est caché derrière ce vide.
- Non, dit-elle doucement en souriant, alors vous voyez encore mal. Il n'y a rien derrière, il n'y a que le vide. C'est le vide lui-même qui est beau.


Cet enfermement, enrichi de couleurs, de lumières, de bruits et de silence, est un âpre écrin pour des solitudes misérables qui prennent "conscience de l'aspect inachevé de [leur] existence", chacun emprisonné dans un exil différent. Le lecteur se laisse peu à peu envahir par une chape austère, qui l'empêche de lâcher une histoire pathétique et sombre, qui avance à petits pas, pleine de silences, de non-dits et d'envolées fulgurantes, dont il pressent la fin.




mots-clés : #exil #mort #solitude
par topocl
le Mer 6 Sep - 20:46
 
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Sujet: Karel Schoeman
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Leslie Kaplan

Millefeuille

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 419p0h10

Un roman qui arrive à point dans ma vie pour de multiples raisons. Déjà une réussite en soi.

Ce livre nous laisse toujours en suspens, dans l'attente de quelque chose, d'une explication comme s'il y avait besoin d'une explication.
J'ai d'abord cru à une folie du héros dont on ne dit pas le nom, une maladie de vieillesse tellement actuelle, un isolement complet faisant intervenir des hallucinations tant le personnage présente deux facettes antagonistes, personnage joyeux, charismatique, altruiste et curieux d'un côté, mesquin, égoïste, peureux et triste de l'autre.
Un personnage cultivé pour discourir de Shakespeare mais ignare pour donner son avis sur le chapitre écrit par un ami. La dualité est très contrastée et le mystère demeure très longtemps dans le récit.
Pour le reste, le dénouement je ne dis rien.
Le style est agréable, on ne peut pas dire qu'il soit simpliste, mais épuré, fluide, pas de chichi, j'ai personnellement apprécié que la narration soit à la troisième personne (tellement de livres narrés à la première à notre époque).
Le rythme des phrases est assez rapide même si l'auteur prend son temps pour des descriptions utiles. On reconnaît bien l'atmosphère particulière de Paris.
Un petit bémol pour le chapitrage, les chapitres sont à mon avis trop nombreux et courts, cela rend le récit saccadé, cela a son utilité pour exprimer l'humeur oppressé du héros ainsi que la dualité entre les deux personnalités si je puis dire qui l'habitent mais un chapitrage un peu moins découpé aurait pu être plus agréable. Je chipote ceci dit.

J'ai aimé, cela m'a changé de mes habitudes de lecture, comme toute lecture réussie change son lecteur cela m'a changé aussi en ce sens.


mots-clés : #solitude #vieillesse
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 14:18
 
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Andreï Makine

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 51s-lv10

La vie d'un homme inconnu

Points a écrit:En partant pour Saint-Pétersbourg, Choutov, écrivain et ancien dissident, espère fuir l'impasse de sa liaison avec Léa, éprouver de nouveau l'incandescence de ses idéaux de jeunesse et surtout retrouver la femme dont il était amoureux trente ans auparavant. Son évasion le mènera vers une Russie inconnue où il découvrira l'exemple d'un amour qui se révélera la véritable destination de son voyage.


REMARQUES :
Ce roman est divisé en plusieurs chapitres bien distingués : une première partie apparemment moins forte correspond pour ainsi dire à une entrée en matière. Peut-être les réflexions de Choutov (=Makine) semblent « moins russe », et surtout dans un ton, un style qu’on ne retrouvera pas dans la partie centrale, éblouissante. Ici, dans la première partie, le langage paraît désabusé. Plus tard je me suis dit qu’indirectement par ce chemin là on apprend aussi beaucoup d’une manière russe de voir les choses. Choutov, après trente années d’exil, parle de ses jugements sur la superficialité en France, et se rappelle, entre des lignes, d’un mode de vie russe, de valeurs russes qu’il croit encore éternels, dont Tchekhov est ici un symbole (symbole peut-être mal « souvenu », comme on apprendra vers la fin du livre…). Ce premier chapitre donc est seulement à apprécier dans l’ensemble du livre, et n’a pas beaucoup de valeur en soi.

Dans le deuxième chapitre Choutov se met en route pour Saint Petersburg, en pleine fête du tricentenaire ! Quelle déception : de l’image de la femme qu’il avait aimé et voulait revoir ne restera pas grande chose et la nouvelle société russe paraît superficielle, perdant tout ce que Choutov valorisait. «Dans cette société « tout est là, et pourtant une chose leur fait défaut ». (Splendide phrase !!!)

C’est la rencontre fortuite avec un locataire grabataire qui va rappeler une autre époque : l’Union soviétique que ce Volski raconte du temps du blocus de Leningrad, du temps de la Grande Guerre Patriotique (comme disent les Russes), et le séjour en camp et en bannissement. Mais surtout, au milieu de l’horreur, ce Volski raconte l’amour vécu avec Mila…

Je m’arrête là avec le récit, mais ce long passage du roman sur ces deux protagonistes est d’une beauté éblouissante, où on retrouve un Makine qui sait reprendre un motif, qui fait allusion, qui peint un tableau avec quelques coups de pinceau. C’est du grand art. Mais surtout, c’est d’une humanité profonde. On gardera en mémoire quelques scènes…, quelques paroles.

Le sujet le plus fort – pour moi – c’est l’évocation d’un bonheur possible au milieu d’un profond malheur réel. En ce qui concerne un monde meurtri, on trouverait les mots d’ »un monde transfiguré », sujet de prédilection dans la spiritualité et philosophie russe.

On pourrait se demander si – pensant au « présent » de la Russie, comme décrite par Makine avec un œil très critique – il veut vraiment seulement parler d’un passé, bref : être nostalgique d’une période passée. Mais j’aimerais bien y voir une invitation de toujours à nouveau retrouver l’essentiel, aujourd’hui même.
Pour ma part je nourris l’espérance qu’il y aura toujours des hommes et des femmes qui sauront vivre l’amour, la solidarité et une vie qui ne soit pas uniquement centrée sur eux-mêmes.
Dans ma visite en Russie et dans mes contacts (nombreux) avec des Russes, j’ai pu constater que quelque chose de cette ouverture, de la « bonne culture russe » si désirée par Makine reste vivante ! Malgré tout.



mots-clés : #amour #solitude
par tom léo
le Mer 9 Aoû - 22:19
 
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Sujet: Andreï Makine
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Clara Dupont-Monod

Nestor rend les armes

Tag solitude sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_ne10

Au début je dois bien le dire, je n'ai pas du tout aimé. Et quand on aime pas le début d'un récit de petite taille, l'on se dit que l'impression du début n'aura pas le temps de changer.
Le souci étant que je ne sais pas du tout pourquoi cela ne m'a pas plu au premier abord. Peut être une question de contexte je ne sais pas.
J'ai persisté et c'est là que je me dis qu'il faut finir le plus possible les ouvrages que l'on commence car l'on peut être finalement agréablement surpris.
C'est une jolie histoire, triste, mais jolie. Les personnages sont attachants, Nestor est une douleur ambulante et on peut le comprendre, lorsque l'on prend conscience de la globalité de son existence.
Paradoxalement à sa corpulence c'est un personnage qui ne prend pas de place, qui rétrécit au fur et à mesure et c'est une impression troublante que le style de l'auteur, performant sur ce point, utilise parfaitement.
Mais il y a un bémol. Ce style, performant, n'a rien de particulier, je ne sais pas si en lisant un autre livre de cette auteure et si on m'en cache la couverture, je serais dans la capacité de reconnaître qui l'a écrit. Il n'y a rien de spécifique et je trouve cela gênant. C'est propre, académique, un peu facile peut être.
Le récit est typique de ce que je trouve dommage en littérature française actuelle, peut être héritée du nouveau roman : tout tourne autour, tout est articulé autour d'un quotidien de personnages qui ont des problèmes et si ces ouvrages ne sont pas sauvés par un style atypique ou original alors ils peuvent se confondre aisément. C'est un récit de l'actualité individuelle, il n'y a pas de thématique transcendante, pas d'environnement global, un narrateur trop neutre, et la seule originalité réside dans les trois fins proposées que le lecteur peut choisir. Ce sont d'ailleurs des fins qui auraient pu être complémentaires elles ne proposent pas de directions fatalement différentes.
C'est donc une lecture mitigée, elle ne fut pas désagréable, le livre possède quelques qualités mais je ne suis pas certain de m'en souvenir la semaine prochaine.


mots-clés : #solitude
par Hanta
le Sam 6 Mai - 23:28
 
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Sujet: Clara Dupont-Monod
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Karel Schoeman

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La saison des adieux ( Afskeid en Vertrek)
Traduit de l'afrikaans par Pierre Marie Finkelstein

Karel Schoeman est un écrivain fidèle au vieux parler de source batave, l'afrikaans.Même si c'est un intellectuel polyglotte, il a traduit Schiller, Schnitzler et Tchekhov.

Les années 70, au Cap. Il pleut, il ne fait que pleuvoir, et la ville glisse lentement dans les ténèbres.. Ces ténèbres, on ne sait pas tellement bien ce que c'est ,en fait, car les personnages du livre ne veulent surtout pas le voir. Ils appartiennent à la communauté blanche, recroquevillée sur elle-même, désarçonnée par les changements autour d'elle, et dont la plupart des membres n'a plus qu'une envie, partir.

Et dans cette communauté, un petit groupe d'intellectuels cherche encore à faire semblant , dans de tristes réunions mondaines où presque tous -même un journaliste...- vivent dans un déni complet de la tragédie de leur pays. Presque tous car un écrivain, poète,un des seuls à exercer sa lucidité, va apprendre le détachement , la solitude et le renoncement.

Ceux qui avaient frappé autrui furent frappés à leur tour, ceux qui avaient fait tomber autrui trébuchaient et tombaient à leur tour; soudain nous comprîmes que ce sang sur nos mains était le nôtre et plus celui des autres. Les gens gisaient à terre dans la position qu'ils avaient en tombant et nous, qui errions parmi les cadavres en hésitant afin de ramasser les vêtements épars ,nous rendions compte avec surprise que cette veste était la nôtre, que ces chaussures étaient à notre pointure: pour la première fois, ces visages que nous voyions, tombés face contre terre, le nez dans la poussière, nous étaient familiers; désormais,ces visages étaient les nôtres. De quel droit pensions nous que nous serions les seuls à être épargnés?
Nous apprîmes l'humiliation et nous apprîmes aussi à être humbles, à courber l'échine, à chercher parmi les cadavres , à nous traîner au-delà des barbelés des postes de contrôle,à attendre dans des files interminables dans les halls de gare et sur les quais; enfin, du moins le croyons- nous. Laissez-nous espérer que nous avons appris à réfléchir, à comprendre, que nous avons appris la pitié et la compréhension, sans quoi nous n'aurions rien appris, et tout aurait été vain.



Ce n'est pas la violence de Coetzee,mais la puissance du texte est la même, c'est extrêmement mélancolique et triste, magnifiquement écrit ( avec là aussi une mention pour le traducteur!)


mots-clés : #regimeautoritaire #solitude #violence
par Marie
le Mar 21 Fév - 1:22
 
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Sujet: Karel Schoeman
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Per Petterson

Pas facile de voler des chevaux

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Ce livre se construit sur le thème assez classique de l'homme au crépuscule de sa vie, qui tire un trait, se retire dans la solitude, dans l'espoir d'une vieillesse sereine, basée sur l'amour de la nature et le travail manuel,. Il reconnaît en son voisin un garçon qu'il a connu lors de l’ été de ses 15 ans, en 1948, lequel fut bien particulier pour lui, et les souvenirs remontent peu à peu. Entre promenades et travaux campagnards, il nous raconte ce fameux été qui fut sans doute le dernier de son enfance , ses joies et ses bouleversements.

Il ne faut pas chercher une cohérence, un départ et une fin, ou des réponses dans cette démarche. Il faut aimer la nature, le travail des hommes, les lumières et les odeurs. Il n'y a pas de but : c'est comme dans la vie il n'y a que la cohérence d'une personne, qui se construit, puis vieillit. J'ai beaucoup aimé la lecture au fil des pages : une écriture fluide, des descriptions, une façon de voir la vie donnent un réel plaisir de l'instant au lecteur. Mais d'une certaine façon j’ai trouvé que le livre manquait de sens, les faits sont là, les pistes n'aboutissent à rien. Il y a une façon de ne pas tout livrer qui me déstabilise. Et cela laisse, une fois le livre fermé, une certaine insatisfaction.

Toute ma vie j’ai désiré vivre seul dans un endroit comme celui-ci. Même quand la vie était belle, et elle l’a souvent été. Ça, je peux l'affirmer. Qu’elle l’a souvent été. J'ai eu de la chance. Mais même dans ces moments-là, au milieu d'une étreinte par exemple, quand on me murmurait à l'oreille les mots que je voulais entendre, j'ai parfois ressenti un brusque désir d'être loin, dans un endroit où tout ne serait que silence. Pendant des années, je n'y ai pas pensé, mais ce désir était quand même présent. Et maintenant je vis ici, et tout ressemble presque à ce que j'avais imaginé.


Les gens aiment bien qu'on leur raconte des choses avec modestie et sur le ton de la confidence, mais sans trop se livrer. Ainsi ils pensent vous connaître, mais ce n'est pas vrai. Ils connaissent des choses sur vous, ils ont appris certains détails, mais ils ne savent rien de vos sentiments ni de vos pensées, ils ignorent comment les événements de votre vie et les décisions que vous avez été amené à prendre ont fait de vous celui que vous êtes. Ils se contentent de vous attribuer leurs propres sentiments et leurs propres pensées ; avec leurs suppositions, ils construisent une vie qui n'a pas grand-chose à voir avec la vôtre. Et vous êtes en sécurité.


Maintenant, au cinéma, il n'y a plus que des idées. Des idées bien minces et quelque chose qu'on voudrait faire passer pour de l'humour. Tout est censé être si drôle. Mais j'ai horreur de me laisser divertir, je n'ai plus assez de temps pour ça


(commentaire récupéré)

mots-clés : #initiatique #nature #solitude #vieillesse
par topocl
le Dim 1 Jan - 17:39
 
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Sujet: Per Petterson
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Richard Ford

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UN WEEK-END DANS LE MICHIGAN

Dans ce premier livre d’une trilogie nous faisons connaissance avec Franck Bascombe (la trentaine) journaliste sportif, récemment divorcé, père de 2 enfants vivant avec son ex-femme à laquelle la perte de leur fils aîné le lie pour toujours.
Franck a des liaisons courtes avec de nombreuses femmes, mais en amour comme en toute chose il n’aime pas les complications. Il pratique l’oubli comme une protection quant à ce qui pourrait survenir de dommageable dans sa vie. Il vit l’existence d’un homme aisé sans contrainte; son métier le satisfait alors qu’il avait les capacités pour devenir écrivain.
Ce W.E pascal dont il attendait tant de bonheur, de joies simples se délite au fil des heures et certains faits se révèlent irréversibles.

Ce récit sur 3 jours est très révélateur de la vie de cette tranche de la population et de ces villes. À deux ou 3 propos le problème du racisme affleure.
L’auteur dresse le portrait d’un homme banal en somme avec ses faiblesses : le personnage fait preuve de cynisme, d’indifférence, il s’ennuie dans cette vie banale qui génère un certain fatalisme. Mais parce qu’il aime ses enfants, que la perte de son fils le bouleverse toujours, que son mariage a éclaté, et qu'il sait espérer et rêver, notre sympathie lui est accordée.

Une remarque : tout au long de ce récit Franck nomme son ex-femme X mais cet anonymat ne s’accorde pas avec les liens qui le lient encore à elle. L’auteur peut aussi bien emmener la disparition de X dans la suite ou au contraire la faire réapparaître pour un nouveau départ du couple ( ?) (à suivre dans le prochain livre).

Tous les personnages sont approfondis et installés justement. Je retrouverai Franck Bascombe dans le second livre 10 ans plus tard.

Extraits :

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(message rapatrié)


mots-clés : #psychologique #solitude
par Bédoulène
le Sam 31 Déc - 18:21
 
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Sujet: Richard Ford
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Hubert Mingarelli

La route de Beit Zera

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Dans ce roman très beau, très tendre, très triste, Hubert Mingarelli nous raconte l'histoire d'un homme, déjà vieux, habitant dans une maison en pleine forêt, accompagné d'une chienne vieillissante, une chienne qui jour après jour perd ses forces alors que Stepan regarde avec amour et attention à la fois les oiseaux dans les arbres et la traîne blanche que laisse un avion dans le ciel. On sent chez cet homme un désespoir latent, une absence, celle du fils parti de l'autre côté du monde et une solitude palpable, qui chaque jour le met à l'épreuve de lui-même. Jusqu'au jour où un jeune enfant, un enfant arabe, c'est-à-dire l'enfant de ses ennemis surgit entre deux eucalyptus et adosse son propre mutisme à celui du vieil homme. Mais Amghar ne vient pas pour Stepan, il vient pour la chienne, celle que la mort attend, celle avec qui les mots sont inutiles.

C'est à une sorte de jeu de cache-cache géant que nous invite Mingarelli, mais un cache-cache adulte, celui d'un vieil homme qui tour à tour se montre orgueilleux et peureux, silencieux puis bavard, meurtri et joyeux, colérique et attentif, tendre et triste à la fois. Celui qui remonte le moral de son copain Samuelson, pleurant comme un veau sur ses malheurs passés et celui qui regardant sa chienne sait qu'il faudra en finir avec sa décrépitude. Celui qui serre très fort son fils dans ses bras, qui lui écrit chaque jour une lettre à heure fixe, qui a construit sa vie autour d'un vide, d'une crevasse et d'un cri ravalé, un hurlement coincé dans la gorge, un aboiement de rage. Pourtant la colère, il l'exprime parfois, parfois aussi l'énervement ou le désintérêt mais la douleur, comment la dire en dehors de ce gémissement rentré, de ce grognement inaudible, de ce grondement inarticulé ? C'est dans ce cri interdit que le personnage de Stepan bouleverse le lecteur, dans sa relation quasiment fusionnelle avec sa chienne, dans le geste sacrificiel qu'il doit commettre que se tisse le lien entre l'homme et celui qui le découvre. Le lecteur, prisonnier des lentes répétitions qui donnent au livre une sorte de rythmique, comme un gospel, une incantation sourde, une marche funèbre derrière laquelle on avance en se balançant d'un pied sur l'autre, en tentant de ne pas effrayer l'enfant, ni la chienne, ni le vieil homme, c'est dans cette atmosphère de recueillement et de silence que le lecteur est tout à coup sidéré par la justesse de ce qui est dit, par la tristesse foudroyante qui émane de ce texte d'une beauté dense, sylvestre, rapace.

J'ai été profondément touchée par ce roman. Profondément attristée par ce que nous raconte Mingarelli, sans jamais verser dans le pathos, mais en chantant à la fois le requiem des peuples qui se haïssent et en marquant le long silence qui suit un chant funèbre avant les applaudissements. C'est dans cet interstice que Mingarelli parvient à glisser toute son humanité.



mots-clés : #conflitisraelopalestinien #solitude
par shanidar
le Lun 5 Déc - 16:59
 
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Sujet: Hubert Mingarelli
Réponses: 37
Vues: 1053

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