Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 6:30

39 résultats trouvés pour vieillesse

Jonas Jonasson

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

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Alors que tous dans la maison de retraite s’apprêtent à célébrer dignement son centième anniversaire, Allan Karlsson, qui déteste ce genre de pince-fesses, décide de fuguer. Chaussé de ses plus belles charentaises, il saute par la fenêtre de sa chambre et prend ses jambes à son cou. Débutent alors une improbable cavale à travers la Suède et un voyage décoiffant au cœur de l’histoire du XXe siècle. Car méfiez-vous des apparences ! Derrière ce frêle vieillard en pantoufles se cache un artificier de génie qui a eu la bonne idée de naître au début d’un siècle sanguinaire. Grâce à son talent pour les explosifs, Allan Karlsson, individu lambda, apolitique et inculte, s’est ainsi retrouvé mêlé à presque cent ans d’événements majeurs aux côtés des grands de ce monde, de Franco à Staline en passant par Truman et Mao...


Mon avis
J'ai beaucoup aimé le début, tout un décalage : un centenaire qui doit fêter son anniversaire dans une maison de retraite alors qu'il a vécu tellement de choses au cours de sa vie. Décalage aussi au niveau de l'écriture, j'en ai beaucoup rigolé.
Nous avons le récit de sa vie "ancienne" en parallèle de sa vie actuelle, ce qui aide à comprendre la réaction de ce vieux.
J'ai trouvé dommage que les passages de sa vie antérieures soient de plus en plus longs. Je voulais savoir ce que pouvait faire un centenaire en partant de sa maison de retraite mais j'ai eu l'impression surtout de lire son passé. Ce décalage qui me plaisait a fini par être lourd, ce qui pouvait être ironique devenait lourd aussi. C'était un peu trop pour moi, ce "vieux" a survécu à toutes les guerres, a rencontré tous les dirigeants du monde, ça a fait un peu "flouf" au bout d'un moment.

mots-clés : #humour #vieillesse
par oceanelys
le Dim 4 Fév - 20:06
 
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Sujet: Jonas Jonasson
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Kent Haruf

Nos âmes la nuit

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Comme elle se sentait trop seule, Annie, 70 ans est venue demander à son vieux  voisin Louis de venir la nuit chez elle pour discuter. De cette décision fort inhabituelle va naître une relation toute en délicatesse, en pudeur et en sincérité. Celle-ci amène de beaux moments de bonheur simple, comme on croyait qu'il n'y en aurait plus,  et résistera, à sa façon, au qu'en dira-t'on et à l’opprobre filiale.

Il en ressort un petit bouquin court, au style d'une platitude exaltante, que j'ai lu émerveillée par sa simplicité, sa douceur, sa sincérité. Son originalité aussi, loin des grandes péripéties romanesques, mais plein d'une authenticité qui m' a bouleversée. Un merveilleux doudou, qui se paye le luxe de ne pas manquer d'humour.


mots-clés : #amour #intimiste #solitude #vieillesse #viequotidienne
par topocl
le Lun 22 Jan - 17:45
 
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Jean-Pierre Martinet

C'est un beau commentaire de Marie ci-dessus, sur un texte que je n'ai pas lu.

Je ressors de son premier roman : La somnolence.

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Déjà c'était un plaisir de lire un bel objet, que ce livre des éditions Finitude en format broché (ça me change des poches tous pourris). Et un réel plaisir de retrouver la plume, la noirceur de Martinet. Sans concession pour cet auteur de l'ombre.
Bien que, à y réfléchir, ce premier roman est peut-être ce qu'il a écrit de plus lumineux. Il semble y avoir encore quelques lueurs d'espoir, dans toute cette folie. Alors que dans Jérôme, tout est noir, tout est désespoir.
La somnolence, est un réel tour de force littéraire.
De par sa narration, de par son exigence stylistique. On met du temps à comprendre à qui le personnage de Martha s'adresse, à essayer de cerner ses délires, ses hallucinations, sa rage, son humour.
Humour noir bien sûr, au vitriol, le genre qui décape.
A ne pas mettre entre toutes les mains.
Mais une fois qu'on accroche, difficile de le laisser retomber.
Martha est une femme de 76 ans. Mais à ne pas s'y tromper, il semble bien que ce soit la rage de Martinet qui s'incarne dans le personnage de Martha, dans cette femme qui ne connaît aucune limite et qui ne pense qu'à se siffler une autre bouteille de whisky.

Tout ça me donne envie de relire Jérôme. Encore plus exigeant et destructeur. Je pense que La somnolence est une bonne entrée dans l'oeuvre de Martinet.

mots-clés : #addiction #solitude #vieillesse
par Arturo
le Jeu 28 Déc - 15:43
 
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Sujet: Jean-Pierre Martinet
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Wallace Stegner

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Vue cavalière

Joe Allston vit avec son épouse Ruth dans une région isolée de Californie loin du milieu touristique. Une vie un peu austère, mais choisie, pour vivre sa retraite. La pluie, les bourrasques, le froid, la voiture qui ne démarre pas, les pannes d’électricité…

John Allston, le narrateur, est âgé maintenant, plus de soixante-dix ans, il vit au jour le jour, une vie simple.

Un jour, il reçoit une carte postale du Danemark d’une proche du couple, connue il y a des années. Il n’en parle pas à Ruth, mais cette carte qu'il garde dans sa poche le laisse songeur. Il déterre alors de ses archives ses vieux carnets, sur lesquels il a noté au jour après jour ses souvenirs de leur séjour au Danemark.
C’est un livre sur la nostalgie, les questionnements, les choix, les bons ou les mauvais, le retour en arrière, une sorte d’évaluation de la vie passée, qui est très touchant, car on y trouve un écho en soi.

« Et puis aussi le courrier qu'on reçoit. Telle semaine c'est Kenneth qui entre à l'hospice dans le Queens, pratiquement aussi mort que si on venait de l'enterrer. La semaine suivante c'est Roy qui casse sa pipe à Savannah. Deux jours plus tard on apprend qu'à Princeton Dick est atteint de la maladie de Parkinson. Et maintenant c'est Tom qui vient d'entrer dans le quartier des condamnés à mort. Et jusqu'à ces carnets que je suis en train de te lire, qui nous rappellent à quel point nous sommes vieux et diminués. A nos âges chaque nouvelle est une mauvaise nouvelle. Je n'aime pas faire la queue devant la guillotine. Je n'aime pas être convié à l'exécution de mes amis. »


Chaque soir, Joe lit à haute voix ses carnets à Ruth. C’est un récit qui fait revivre à chacun, non sans émotion pour les deux, les raisons qui les ont amenés au Danemark, dans des régions magnifiques, les gens qu’ils ont souhaité rencontrer, qu’ils ont cherché, et ceux qu’ils ont connus durant ce périple, ceux qui ont troublé Joe. Et le temps qui est passé.

C’est un aller-retour entre le présent où Joe remet en question ses choix, où il se voit, là, avec ses quatre-vingts ans passés, perdu dans cette région isolée de la Californie, ses sentiments étranges de regrets, qui lui transpercent le cœur, et le passé, quand il a dû faire des choix de vie qu’aujourd’hui il ne regarde pas avec une grande complaisance pour lui-même, puisqu’il n’a pas une haute opinion de lui-même. Heureusement qu’il y a Ruth à ses côtés.

« Comment m’aimer moi-même quand je me sais trouillard et mal dans ma peau. Comment aimer un monde où rien de ce en quoi je crois n’a vraiment de valeur. Comment vivre et vieillir harmonieusement au sein d’une culture qu’on méprise, quand, de surcroît, on n’a pas une bien haute idée de soi-même. »


Je n'ai pas fait la synthèse de ce livre tant il est riche, les personnages, les émotions, les sentiments, la nature et les paysages.

J’ai vraiment aimé ce livre, très beau, grand et plein de modestie, qui nous rappelle la difficulté de vivre, les regrets, et qui nous montre encore que nous sommes tout petits, si fragiles et si forts aussi, et que nous ne sommes pas éternels.


mots-clés : #vieillesse
par Barcarole
le Mar 12 Déc - 20:56
 
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Marilynne Robinson

Lila

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On est à Gilead, ce village où se situent  les trois livres de la trilogie de Marilynne Robinson dont Lila est le troisième volet, cet oasis de douceur dans un monde hostile.

Gilead était ce genre de ville où les chiens dormaient au milieu de la route pour profiter du soleil, puis de la chaleur qui persistait après la tombée de la nuit, et les rares voiture devaient s'arrêter et klaxonner jusqu'à ce que ces bêtes se lèvent pour les laisser passer. Comme si le fait d'avoir dû quitter leur position confortable les avait estropié, ils boitillaient vers le bas-côté, puis se réinstallaient exactement à la même place. Gilead, c'était à peine une ville. Où que vous vous trouviez, vous entendiez le froissement des feuilles de maïs, tant les champs étaient proches, si grand était le silence. « Tu te plairas ici, murmura-t-elle à l'enfant. Au moins pendant un moment. »


C'est là qu'a atterri Lila, après de multiples pérégrinations. Enfant, elle a été enlevée  par Doll à ses parents mal-traitants. Cet événement   ne lui laisse comme souvenir que l’impression qu'un ange l'a doucement soulevée, et, alors qu'elle était affaiblie par les mauvais traitements, lui a dit "Vis". Et s’est battu pour elle au fil des années, l'a nourrie et aimée. Cette femme bienfaisante, Doll, outre le rapt, traîne  un passé sombre qui l'oblige à fuir sur les routes . Elles vivent, survivent parfois, dans une misère crasse, parfois avec un autre groupe de "vagabonds" dans une solidarité compliquée, parfois seules. Lila, avec Doll, pourtant si fruste, vit l'expérience d'une profonde empathie, d’une attention forcenée et intelligente, pleine de rires et de tendresse. Mais la crise est là, la misère est de pire en pire, Doll est rattrapée par son passé, Doll est perdue, morte sans doute.
Après de nombreuses errances, dont un passage par un bordel,  Lila échoue  pas loin de Gilead dans une cabane abandonnée. Très curieusement cette sauvageonne inculte, sale et affamée exerce une fascination incompréhensible sur le vieux pasteur veuf, comme s'il l'avait connue depuis toujours. Ils finissent, au terme d'un long chassé croisé par s'épouser dans un compagnonnage tout à la fois bancal et prodigieusement solide, plein de douceur, de respect, d'attention à l'autre et de discussions spirituelles.


C'est un livre dont il est difficile de rendre compte car il vaut surtout par une ambiance, celle d'une paisible douceur entre gens particulièrement bons et bienveillants, alors même que la vie autour d'eux est violente et ne les a pas épargnés. Si violente qu’elle sème perpétuellement le doute. Lila vit dans un bain permanent  de réminiscences, qui l'amènent à se remettre en cause, à se questionner sur le sens de la vie, du péché, de la religion. Tous deux partagent leurs émotions, leurs questionnement dans un couple disparate mais d'une force exceptionnelle. Ils partagent aussi, vieil homme et jeune épousée, une sensualité timide et touchante. Lila reste la sauvageonne qu'elle était, mais elle est aussi une autre, qui s'épanouit auprès d'un homme religieux en perpétuelle remise en cause, bon et tolérant. Jusqu'au bout, ils s'interrogent sur ce bonheur aussi complet qu'inattendu, pas si immérité qu'ils voudraient bien le croire.

J'ai beaucoup aimé ce livre lent, méditatif, plein de répétitions obsédantes, où la bonté est le principal protagoniste. On va et vient entre passé et présent selon les pensées de Lila, cette femme sauvée par une autre, dont elle n'admet pas qu'on la considère comme une  pécheresse.

- J'ai pas mal roulé ma bosse avec les païens. Et pour ce que j'en ai vu, ils sont pas pires que n'importe qui d'autre. Ce qu'est sûr, c'est qu'ils méritent pas de brûler en enfer.


Cet univers de douceur alors que rôde la Grand Dépression, cette misère matérielle compensée par l'attention à l'autre, cette douceur mêlée d'âpreté m'ont fait penser à Une mort dans la famille de James Agee. C'est un livre moelleux comme un bon vieux fauteuil râpé.

Mots-clés : #solitude #spiritualité #vieillesse
par topocl
le Jeu 21 Sep - 21:37
 
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Sujet: Marilynne Robinson
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Geneviève Brisac

Un année avec mon père

De la mort de sa femme dans un accident de voiture (sa femme qu'il a en quelque sorte tuée) jusqu'à son propre décès,  Geneviève Brisac a vécu une bonne année proche de son père, dans un compagnonnage subtil. Auprès de cet homme vaillant mais fragile, exigent et secret, il fallait une bonne louche de délicatesse pour que l'exercice, sur la corde raide, reste léger et confortable.

Ni grands discours, ni déballage d'émotions, ce n'est pas le genre de la maison, tout passe  en fierté et non-dits. Il faut un œil et une oreille acérés pour détecter l'épaule qui tombe de fatigue, le rare mot tendre (« ma grande »), la paupière qui cligne d'exaspération, cachés derrière la crânerie et le brio revendiqué. Et une bonne dose de doigté et de patience pour faire accepter le coup de main, sans amputer sur un territoire et une liberté farouchement revendiqués. Quelques souvenirs émergent, quelques confidence, assez rares,  car nos parents, ces êtres parmi les plus proches de nous, restent aussi parmi les plus mystérieux.

Sous la désinvolture apparente du récit, sous la tendre ironie, Geneviève Brisac cache des sentiments qui la (nous) prennent à la gorge.


mots-clés : #autobiographie #famille #mort #vieillesse #viequotidienne
par topocl
le Mar 12 Sep - 15:21
 
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Sujet: Geneviève Brisac
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Marie-Hélène Lafon

Nos vies

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Eh bien , elle s'en sort plutôt pas mal Marie-Hélène Lafon quand elle s'immerge dans le monde citadin .

"J'ai l'oeil , je n'oublie à peu près rien , ce que j'ai oublié , je l'invente ."

Et selon ce principe de vie , plutôt fort judicieux pour une romancière , avec son regard toujours pointu et qui ne laisse rien dans quelque flou artistique ou pas , munie de sa plume aussi précise qu'un scalpel , mais toujours dans la bienveillance , l'altérité naturelle , sans artifices , austère par nature , religieuse laique , Marie-hélène raconte . Raconte des bouts de vie ,entremêlés ...la vie de son héroine probablement son alter-ego à quelques entournures , la vie de Gordana caissière aux cheveux jaunes à l'accent qui ne chante pas la douleur des pays de l'Est , la vie d'Horacio , l'homme du vendredi à la caisse de Gordana ....
Et puis de souvenirs en rêveries , Jeanne la récente retraité , entretient une vie sociale intériorisée , nourrie des grands ferments de solitude . Une solitude qui en appelle d'autres et qui se croisent , se devinent , s'effleurent délicatement . Du passé , du futur , du présent , du conditionnel , Jeanne en fait une danse , une audace , une gourmandise de dame silencieuse , porteuse du poids des âmes , mais soufflant sur la grisaille du monde pour faire naître l'espoir , accepter les traces du temps , s'unir à l'autre , dans la vérité ou les chemins de  traverse de l'imagination .
C'est juste terriblement humain . Sans fioriture . Honnête . Solitaire et embrassé . C'est Marie-hélène Lafon sans surprise , intègre , exigeante et sans détours .

Pas mal , mais ce petit interlude n'a qu'un goût de diversion , bien entendu que nous lui saurons gré de retourner vers sa terre et son cri des entrailles où on la sent plus à l'aise .


mots-clés : #social #solitude #vieillesse
par églantine
le Mar 12 Sep - 1:33
 
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Geneviève Brisac

Une année avec mon père

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Un récit , ou plutôt des impressions qui demeurent ,d'une année de vie, d'un automne à un autre , après la mort de sa mère dans un accident, laissant leur père ,quelqu'un de très indépendant ,seul .

En exergue:
Dans toute parole donnée, dans toute parole reçue, dans chaque geste et la moindre pensée, dans tout fragment même bref et aléatoire, de notre vie et celle d’autrui, il y a quelque chose de précaire et quelque chose d’inéluctable, quelque chose de caduc et quelque chose d’indestructible.
Marisa Madieri

Malgré les deux morts qui marquent chaque automne- le père est mort en novembre, 14 mois après son épouse- ce n'est pas du tout un livre tragique. Mais tourmenté plutôt par le souci de , pour la narratrice, rester à sa place , veiller sans prendre en charge, il ne le permettrait pas de toutes façons, et c'est très difficile.

"Je déteste mon nouveau rôle. La vie privée de mon père ne m’intéresse pas, ne me regarde pas. D’ailleurs, il ne veut pas que nous nous en mêlions. Je voudrais en être dispensée. Etre loin, à l’autre bout du monde. Je le suis davantage pourtant que je ne le crois.
Le docteur Chaïm se moque de moi.
Vous vous accordez tellement d’importance!
Quelle injustice encore.
Que savez-vous de ce que pense votre père? De sa vie? De ses désirs, de ses principes, de ses peurs?
Presque rien, mais trop encore.
Et je ferme les yeux en versant l’eau du thé pour ne pas voir la rouille, les paquets de pâtes périmés, le calcaire, le vieux pain.
Vous regardez quand même.
Je ne veux pas verser l’eau à côté du pot.
J’essaie de faire des visites plus légères, des visites qui ne seraient plus des visites, des je-passais-juste-par là qui ne trompent personne, ni moi, mais je ne veux pas être l’infirmière, je ne suis pas la garde-malade, éloignez de moi la fille répressive, jamais je n’ai voulu priver mon père de quoi que ce soit, elles tournent autour de moi, ces figures hostiles, ô Cordelia, prête moi ton sourire! J’essaie de ne pas prendre trop d’habitudes filiales.
Je relis Le Roi Lear, Le Père Goriot,et le si beau David Golder pour me vacciner contre l’intimité si décriée des filles et de leurs pères. Je lis Anna Freud, Camille Claudel, Jenny Marx, Virginia Woolf. Les Antigones aux pieds englués dans les traces trop fraîches des semelles de leurs pères.
Je relis le Journal de Virginia Woolf. 1928.
«  Anniversaire de Père. Il aurait eu quatre-vingt-seize ans. Oui, quatre-vingt-seize ans aujourd’hui,comme d’autres personnes que l’on a connues. Mais, Dieu merci, il ne les a pas eus. Sa vie aurait absorbé toute la mienne. Je n’aurais rien écrit. Pas un seul livre. »
Ce n’est pas votre vie, dit le docteur Chaïm, grandissez donc un peu.
"


C'est une année pendant laquelle chacun recherche de nouvelles marques ,et leurs rapports sont:"un mélange de pudeur, d'admiration de frustration et de tendresse. Il y a tout ce qui ne se dit pas, les loupés ou les espoirs décus que l'on se camoufle parce qu'il est trop tard."

Une année traversée de beaucoup de chagrin, qui s'exprime très peu ,même entre soeurs:
"Je ne peux savoir ce que pensent mes sœurs. Un mur de chagrin nous sépare comme nous sépareraient des chutes d’eau. ( Je pense à une image d’Hitchcock, l’héroïne est cachée sous les chutes, un abri, une grotte impensée. La peine ressemble à cela.)"

Et de moments cocasses, dont du moins Geneviève Brisac, avec son humour, cherche à retranscrire la cocasserie.
Et aussi des moments joliment qualifiés d'apnées de l'optimisme..

Un ou deux règlements de compte, aussi faits avec finesse, mais quand même! Un extrait, j'aime assez la façon de raconter de Geneviève Brisac:

"J’ai invité les Butor, dit mon père. J’irai d’abord l’écouter à la Sorbonne, il reçoit une chose honorifique, il fait un discours, ils m’ont gentiment envoyé une invitation. Puis nous dînerons à la Closerie des Lilas. Voudrais-tu être des nôtres?

La soirée est belle et douce, je les trouve tous les trois en train de boire l’apéritif, Michel Butor a les joues roses, le ventre rond sous l’empiètement de sa cotte grise, une salopette du soir, il sourit aux anges, il évoque les hommages qui lui ont été rendus aujourd’hui. Elle en profite pour rappeler quelques réjouissances récentes, des colloques en l’honneur de ce même Butor, qui est son époux depuis plus de cinquante ans, peut être cinquante-cinq, cet heureux temps, ce temps si ancien, une exposition que nous ne devrions manquer sous aucun prétexte. Ils ont l’air heureux.
Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d’universités qui réclament Michel partout dans le monde. Et nous adorons voyager.
Nous partons vers la Closerie des Lilas. Mon père a l'air épuisé, il est pâle. Il vacille sur sa canne...
L'Inde nous a éblouis, raconte Butor, une civilisation étonnante, des civilisations plutôt, des mythes passionnants, le Gange, les temples, les crémations, sans parler des singes qui nous volaient nos affaires ...
Si on commandait le dîner? propose mon père dont je crains qu'il ne défaille d'ennui.
Je crains aussi que les Butor ne sortent des photos, mais ils ont changé de sujet, et, en mangeant d'excellent appétit, ils évoquent les joies que leur donnent leurs enfants, les étés dans le Sud-Ouest avec leurs petits-enfants, les travaux dans la maison.
Ils resplendissent.
Ils ne posent aucune question.
Ils sont à leur affaire.
Mon père est maintenant jaune citron. Il paie le dîner, attrape sa veste, se prend les pieds dans les lanières de son sac, au revoir, au revoir, et nous marchons dans la nuit, clopin-clopant.
Quelles âmes desséchées, dis-je, quelle aura de vanité efficace, comme on dit la grâce efficace.
Ta mère avait raison, murmure mon père, la littérature durcit le coeur, les écrivains sont des monstres d'indifférence.C'est ce qu'elle disait toujours.
Il y a des boulangers d'une cruauté extrême, dis-je, et des fleuristes nazis.
Mon père trébuche une fois encore, l'alcool, la fatigue, le chagrin, nous sommes devant sa porte, je pianote pour l'ouvrir.
Michel Butor était son meilleur ami, et il n'a même pas prononcé son prénom, murmure-t-il.
Par pudeur, peut être, dis-je.
Mais j'ai des doutes.
"

Beaucoup aimé, vraiment.




mots-clés : #autobiographie #famille #mort #vieillesse #viequotidienne
par Marie
le Mer 30 Aoû - 14:22
 
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Sujet: Geneviève Brisac
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Leslie Kaplan

Millefeuille

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Un roman qui arrive à point dans ma vie pour de multiples raisons. Déjà une réussite en soi.

Ce livre nous laisse toujours en suspens, dans l'attente de quelque chose, d'une explication comme s'il y avait besoin d'une explication.
J'ai d'abord cru à une folie du héros dont on ne dit pas le nom, une maladie de vieillesse tellement actuelle, un isolement complet faisant intervenir des hallucinations tant le personnage présente deux facettes antagonistes, personnage joyeux, charismatique, altruiste et curieux d'un côté, mesquin, égoïste, peureux et triste de l'autre.
Un personnage cultivé pour discourir de Shakespeare mais ignare pour donner son avis sur le chapitre écrit par un ami. La dualité est très contrastée et le mystère demeure très longtemps dans le récit.
Pour le reste, le dénouement je ne dis rien.
Le style est agréable, on ne peut pas dire qu'il soit simpliste, mais épuré, fluide, pas de chichi, j'ai personnellement apprécié que la narration soit à la troisième personne (tellement de livres narrés à la première à notre époque).
Le rythme des phrases est assez rapide même si l'auteur prend son temps pour des descriptions utiles. On reconnaît bien l'atmosphère particulière de Paris.
Un petit bémol pour le chapitrage, les chapitres sont à mon avis trop nombreux et courts, cela rend le récit saccadé, cela a son utilité pour exprimer l'humeur oppressé du héros ainsi que la dualité entre les deux personnalités si je puis dire qui l'habitent mais un chapitrage un peu moins découpé aurait pu être plus agréable. Je chipote ceci dit.

J'ai aimé, cela m'a changé de mes habitudes de lecture, comme toute lecture réussie change son lecteur cela m'a changé aussi en ce sens.


mots-clés : #solitude #vieillesse
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 14:18
 
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Sujet: Leslie Kaplan
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Philip Roth

La Bête qui meurt

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David est un professeur d’université vieillissant, la soixantaine, dont l’une des grandes occupations est de sauter certaines de ses étudiantes. Ce que veut David, c’est baiser, les jeux préliminaires de la séduction sont pour lui hypocrisies et temps perdu. Mais attention, il a tout de même certains principes ; en particulier, de n’établir la relation qu’après les examens lorsque les étudiantes ont leur diplôme en poche.
Cette mécanique bien rôdée va s’enrayer avec l’irruption de la voluptueuse Consuela. Celle-ci ne va pas que faire tourner les sens à notre casanova sur le retour. Voilà que David se trouve en proie au démon de la jalousie. Lui, l’homme libre qui se veut sans attaches, serait-il tombé amoureux ?
Le monologue du narrateur à un interlocuteur inconnu (e) est l’occasion pour Philip Roth d’aborder un certains nombre de thèmes, celui de la libération sexuelle des années 60, celui des rapports du père avec son fils qui a pris le contre-pied des années « summer of love », celui de la vieillesse qui arrive à grands pas avec l’ombre de plus en plus présente de la mort.
C’est le premier livre de Roth que je lis et je l’ai beaucoup apprécié. L’écriture est fluide, les sujets sont abordés avec profondeur, les relations entre le corps, le plaisir, la vieillesse et la mort portent à réflexion. Qu’est-ce qui me retient alors ? Peut-être l’impression d’un ouvrage trop bien construit, trop lisse malgré la gravité des questions qui sont traitées, trop intelligent. Ces impressions, j’aimerais les confirmer ou les infirmer par d’autres romans de Roth. En effet, outre le plaisir de lecture qui est manifeste, je sens bien que cet écrivain en a « sous la pédale » comme on dit familièrement.

« Beau cœur, visage adorable, œil qui invite et tient à distance tout à la fois, seins voluptueux, cette femme est de si fraîche couvée qu’on ne s’étonnerait pas de voir des éclats de coquille adhérer encore à son front ovoïde. J’ai tout de suite su qu’elle était pour moi. »


« Il n’y a pas si longtemps, on pouvait se procurer la vieillesse en prêt-à-vivre, comme la jeunesse d’ailleurs. Ces deux articles n’ont plus cours. Il y a eu un grand débat sur les permissible – et un grand chambardement. De là à ce qu’un homme de soixante-dis ans se sente encore concerné par la dimension charnelle de la comédie humaine… De là à ce qu’un vieillard qui n’est pas chaste revendique sans vergogne sa sensibilité à tout ce qui excite l’humain… Ca ne correspond pas au soir de la vie tel qu’on se le figure, avec pipe et rocking-chair »


« Quelle bêtise d’être soi-même. Quelle inévitable imposture, d’être qui que ce soit ! »



mots-clés : #sexualité #vieillesse
par ArenSor
le Dim 5 Mar - 19:06
 
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Sujet: Philip Roth
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Philippe Claudel

L'arbre du Pays Toraja

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Bien qu'y ayant trouvé pas mal de défauts j'ai finalement assez aimé ce livre.

Le narrateur, cinquantenaire qui lit des livres,  fait des films, fréquente des acteurs connus, et adore l'alpinisme, est assez proche de Philippe Claudel. Approchant de la cinquantaine, se questionnant sur la vieillesse, la maladie et la déchéance des corps, il est écartelé entre la mort, (son grand ami Eugène, inspiré de Jean-Marc Roberts dit la presse, est mort d'un cancer) et la vie (il a une liaison avec une jeune femme, beaucoup plus jeune que lui, lumineuse évidemment), et cette introspection se nourrit de son appétence culturelle et d'une réflexion sur la création.

Il y avait là beaucoup d'ingrédients pour me plaire car j'adore les scènes d' enterrement (dans les romans), et j'aime aussi bien (dans les romans) les cinquantenaires nombrilistes et pleurnicheurs. Il y a des personnages magnifiques, incarnant une superbe histoire d'amitié, et une relation curieuse et réjouissante avec Florence son ex-femme.  Si globalement l'élément scénaristique est maigre, c'est de peu d’importance, car d'une part il y a des ressorts pleins d' intelligence maline tout au fil du récit (l'immeuble qui ressemble à Fenêtre sur cour, la rencontre avec Kundera, le personnage de Michel Piccoli et d'autres)… Enfin Philippe Claudel a vraiment une prose magnifique, poétique, parfois à la limite du lyrique, je me suis laissée emporter par son écriture.

Par contre… Il y a un petit côté démonstratif, dans l'accumulation des rencontres du narrateur avec la mort et la déchéance des corps.  Les réflexions existentielles sont, surtout dans la première partie, parfois un peu pontifiantes, avec trop de généralités bien pensantes  ( la Vie/la Mort, l'Orient/ l'Occident... )susceptibles d'être notées par les adolescentes dans leur carnet de citations. L'intrigue avec la jeune femme, quoique pimentée par la relation architecturale entre les deux appartements, est d'une la banalité confondante (mais , me direz-vous n'est ce pas le cas de la plupart des liaisons entre un cinquantenaire et  une jeune trentenaire, dans la vie comme dans les romans).

Enfin on a droit à  l'inévitable scène « bonne conscience de l'auteur » avec le bateau de réfugiés en Méditerranée, certes présenté avec un point de vue assez original de réflexion sur le rôle de l'image,  mais qui, au final, n'a pas grand-chose à voir avec la choucroute (tellement incongrue que le narrateur tombe sur cette scène à la télévision, une télévision que dit-il, il n'a pas allumée depuis des années… quel curieux hasard.). D'ailleurs le narrateur lui-même a la notion que c'était totalement annexe dans sa petite histoire d'observation personnelle puisque : « la nuit suivante, je ne suis pas parvenu à dormir. »… Et puis… on n'en parle plus

Enfin, sans spoiler, tout cela « finit bien », et, je dois dire que j'attendais un peu mieux que ça.

Après avoir dit tout cela,  je garde quand même une assez bonne impression, tout en gardant un regret pour le chef-d'oeuvre à côté duquel Philippe Claudel est passé.    

(commentaire récupéré)

mots-clés : #vieillesse
par topocl
le Dim 19 Fév - 12:56
 
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Sujet: Philippe Claudel
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David Foenkinos

Mon 'vieux commentaire' sur

Les souvenirs

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Il faut être sacrément valeureux pour écrire un roman sur les vieux, les maisons de retraite, sur la mort, la fuite et les échecs, les enterrements, l'angoisse de mourir... certains s'y sont essayés avec maîtrise et magie (comme A. Cohen avec Les Valeureux ; B. Beck Stella Corfou ou encore P. Garnier Les Hauts du Bas) mais ils l'ont fait en prenant la place de cette personne âgée dont ils voulaient parler, et ils l'ont fait avec une larme de tendresse à un oeil et une autre d'humour, de cynisme ou d'ironie à l'autre... Foenkinos choisit de parler des vieux en gardant sa place de jeune et il n'atteint pas la magie de ses aînés, le livre en devient lourd, pesant, hâché de phrases courtes, d'une banalité qui agace puis déprime. Pas vraiment drôle (même plutôt indigeste), Foenkinos cherche la formule qui marque à chaque ligne et l'effort est visible, douloureux, insatisfaisant, d'autant plus qu'il s'accompagne de clichés alignés comme des perles... Le livre se construit ainsi autour de tautologies dont les prémisses sont plus que discutables ou éculées ou les deux...

Pas un livre pour moi. Des souvenirs qui vont vite s'envoler...

Et aujourd'hui, en 2017, je me souviens très bien de ce qui m'avait déplu dans ce livre, cette espèce de complaisance dans l'affectation, le plaisir quelque peu malsain de mettre de l'eau dans le moulin éminemment 'moderne' de la problématique des 'anciens' et le désir, pas plus propre d'être 'correct'.


mots-clés : #vieillesse
par shanidar
le Lun 9 Jan - 22:23
 
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Sujet: David Foenkinos
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Per Petterson

Pas facile de voler des chevaux

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Ce livre se construit sur le thème assez classique de l'homme au crépuscule de sa vie, qui tire un trait, se retire dans la solitude, dans l'espoir d'une vieillesse sereine, basée sur l'amour de la nature et le travail manuel,. Il reconnaît en son voisin un garçon qu'il a connu lors de l’ été de ses 15 ans, en 1948, lequel fut bien particulier pour lui, et les souvenirs remontent peu à peu. Entre promenades et travaux campagnards, il nous raconte ce fameux été qui fut sans doute le dernier de son enfance , ses joies et ses bouleversements.

Il ne faut pas chercher une cohérence, un départ et une fin, ou des réponses dans cette démarche. Il faut aimer la nature, le travail des hommes, les lumières et les odeurs. Il n'y a pas de but : c'est comme dans la vie il n'y a que la cohérence d'une personne, qui se construit, puis vieillit. J'ai beaucoup aimé la lecture au fil des pages : une écriture fluide, des descriptions, une façon de voir la vie donnent un réel plaisir de l'instant au lecteur. Mais d'une certaine façon j’ai trouvé que le livre manquait de sens, les faits sont là, les pistes n'aboutissent à rien. Il y a une façon de ne pas tout livrer qui me déstabilise. Et cela laisse, une fois le livre fermé, une certaine insatisfaction.

Toute ma vie j’ai désiré vivre seul dans un endroit comme celui-ci. Même quand la vie était belle, et elle l’a souvent été. Ça, je peux l'affirmer. Qu’elle l’a souvent été. J'ai eu de la chance. Mais même dans ces moments-là, au milieu d'une étreinte par exemple, quand on me murmurait à l'oreille les mots que je voulais entendre, j'ai parfois ressenti un brusque désir d'être loin, dans un endroit où tout ne serait que silence. Pendant des années, je n'y ai pas pensé, mais ce désir était quand même présent. Et maintenant je vis ici, et tout ressemble presque à ce que j'avais imaginé.


Les gens aiment bien qu'on leur raconte des choses avec modestie et sur le ton de la confidence, mais sans trop se livrer. Ainsi ils pensent vous connaître, mais ce n'est pas vrai. Ils connaissent des choses sur vous, ils ont appris certains détails, mais ils ne savent rien de vos sentiments ni de vos pensées, ils ignorent comment les événements de votre vie et les décisions que vous avez été amené à prendre ont fait de vous celui que vous êtes. Ils se contentent de vous attribuer leurs propres sentiments et leurs propres pensées ; avec leurs suppositions, ils construisent une vie qui n'a pas grand-chose à voir avec la vôtre. Et vous êtes en sécurité.


Maintenant, au cinéma, il n'y a plus que des idées. Des idées bien minces et quelque chose qu'on voudrait faire passer pour de l'humour. Tout est censé être si drôle. Mais j'ai horreur de me laisser divertir, je n'ai plus assez de temps pour ça


(commentaire récupéré)

mots-clés : #initiatique #nature #solitude #vieillesse
par topocl
le Dim 1 Jan - 17:39
 
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Chart KORBJITTI (ou Chat KOPCHITTI)

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Sonne l'heure

Le narrateur, cinéaste, assiste à une pièce montée par de jeunes comédiens, uninanimement décrite par la critique comme la plus ennuyeuse de l'année… L'action se déroule dans la salle commune d'un hospice de vieillards, où se côtoient une dizaine de femmes, dont une moitié seulement encore douée de conscience.
Le projet de la pièce, visiblement, est de montrer le quotidien dans toute sa banalité. Les scènes de toilettes ou de sieste s'éternisent, sans qu'aucune parole ne soit échangée ; et notre cinéaste s'ennuie, s'agace devant la pauvreté du projet artistique. Il se met alors à penser au film qu'il pourrait tirer de cette histoire, au moyen de sublimer telle ou telle action par des jeux d'éclairages et de caméra ; il comble les silences, et sa rêverie s'insère dans le déroulement de la pièce. Un procédé qui ne déroute que quelques pages, avant d'emporter totalement le lecteur.

Il faut dire que Chart Korbjitti décrit de façon terriblement attachantes ces petites mamies, confinées dans une pièce sans attrait en attendant la mort. Il parvient avec brio à nous rendre palpable toute l'humanité et la douleur de ces femmes, de ces mères, dont la plupart ont été reléguées là par des enfants peu soucieux de s'en occuper, ni même de leur rendre visite. D'autres ont subit des revers de fortune et vivent leur situation comme une déchéance, supportant mal de devoir frayer "avec le commun". Mais toutes se doivent de cohabiter dans un semblant d'harmonie, recréant sous nos yeux une micro-société dont les échanges de banalités, les chamailleries ou les moments de solidarité nous sont narrés avec beaucoup de pudeur et de subtilité, d'humour aussi.

Sans cesse, la voix du vieillard sénile enfermé dans une cellule voisine scande qu'« il n'y a rien, absolument rien ! ». Dans ce pays profondément bouddhiste, où tous ont à coeur de mettre à profit ces derniers moments pour accumuler des mérites en faisant des offrandes quotidiennes aux bonzes, ces paroles nées d'une obsession pathologique prennent un relief particulier, soulignant sans fard la vacuité de l'existence.

Face à ce spectacle de la fin de vie que nul ne veut voir d'ordinaire, le narrateur, bousculé, plonge dans une forme d'introspection. L'expérience n'est d'ailleurs pas sans rappeler le récit des méditations de certains ascètes bouddhistes ou hindous près des bûchers funéraires. C'est un miroir qui nous est tendu, et le lecteur ne peut y rester insensible.

Comme dans Une histoire ordinaire, la dénonciation de nos sociétés consuméristes est féroce. Une société où les vieux, réduits au rang d'objets, sont mis de côté dès lors qu'ils n'ont plus d'utilité…
Plutôt qu'aux posessions terrestres, Chart Korbjitti s'attache aux êtres dont il restitue, avec tendresse et pudeur, toute la richesse intérieure. L'on ne saurait lui donner tort, puisque qu'à la fin des fin, il se peut qu’« il n'y ait rien, absolument rien ! »

J'ai profondément aimé ce roman. Une lecture marquante dont la forme originale n'a rien d'une esbroufe, mais sert bel et bien un projet d'auteur.

(Ancien commentaire)


mots-clés : #vieillesse
par Armor
le Mer 28 Déc - 16:55
 
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Arno Geiger

Le vieux roi en son exil

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Ca n’est pas très nouveau pour moi, la maladie d'Alzheimer. Chaque fois que je lis un témoignage de quelqu'un qui a affronté cette épreuve dans sa famille, je me dis que je vais toujours retrouver les mêmes choses ressassées, mais j'ai quand même besoin d'y jeter un oeil… Et chaque fois je me rends compte que j'apprends quand même encore quelque chose. On dit et répète que la maladie est chaque fois différente, que chaque malade est unique, mais ce qu'on ne dit pas assez c'est que chaque famille, chaque individu confronté est unique aussi. Et il y a toujours quelque chose à prendre dans ces textes, pour affronter les maladies, mais aussi pour affronter la vie, la comprendre et l’aimer quand même.

Le livre d’Arno Geiger nous parle de ce père, homme tout à fait ordinaire, casanier, besogneux, guère heureux en ménage, taciturne. Sans se voiler aucunement la face sur les désastres de la maladie, Arno Geiger hausse son père malade et vieillissant au titre de vieux roi en exil, à travers une certaine sérénité sans complaisance qu’il apporta par ce biais à sa famille, une douceur dans les rapports à son fils qui n’avait jamais existé jusque là.
Je n’ai pas bien envie de me transformer en voyeuse et de dire « bien vu », je dirais plutôt bien vécu, l’apaisement cheminant main dans la main avec la douleur tout au fil du livre. Tout est dit dans le titre, à la fois le roi et l’exil.


   L'impression torturante de n'être pas à la maison fait partie de la maladie. Je me figure qu'une personne atteinte de démence a perdu, en raison de son délabrement intérieur, le sentiment d'être en sécurité, et qu'il éprouve la nostalgie d'un endroit celle-ci serait rendue. Mais comme cette sensation de confusion ne s'estompe pas, même dans les lieux les plus familiers, vous n’êtes plus chez vous même dans votre propre vie. (...). En pareil cas changer de lieu n'apporte aucune amélioration, une distraction tout au plus, et que nous offrirait aussi bien, sinon mieux, la chanson. Il est plus amusant de chanter, les personnes démentes chantent volontiers. La chanson est une émotion, un chez-soi au-delà du monde tangible.


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   Je vis dans le journal que des blattes ont survécu aux essais atomiques sur l'atoll de Bikini, et qu'au bout du compte elles survivront aussi à l'humanité. Encore quelque chose qui me survivra. Je m'étais déjà accommodée du fait que le vin et les jeunes filles me survivront. Et que des blattes jouissent encore de la vie quand j'aurai déjà quitté la scène, c'est un peu douloureux.


   Si les hommes étaient immortels, ils réfléchiraient moins. Et si les hommes réfléchissaient moins, la vie serait moins belle.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #pathologie #vieillesse
par topocl
le Mer 28 Déc - 9:33
 
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Antonio Lobo Antunes

Le cul de Judas

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   En effet, selon les prophéties de ma famille, j'étais devenu un homme : une espèce d'avidité triste et cynique, faite de désespérance cupide, d'égoïsme et de l'urgence de me cacher de moi-même, avait remplacé à jamais, le plaisir fragile de la joie de l'enfance, du rire sans réserves ni sous-entendus, embaumé de pureté, et que de temps en temps il me semble entendre, voyez-vous, la nuit, en revenant chez moi, dans une rue déserte, résonnant dans mon dos en cascades moqueuses.


Echoué dans la nuit d'un bar lisboète, un homme vieillissant drague une femme inconnue à la recherche d'une brève étreinte consolatrice. Dans son paquetage, bien au fond, sa jeunesse embrigadée dans le conformisme d'une famille bourgeoise, et par-dessus 27 mois de guerre en Angola, dont il revient étranger au monde, dévasté, errant.. Et curieusement ça marche,comme le lecteur, l'auditrice muette  suit jusqu’au bout  cet « irrémédiable naufrage »  l’égrènement logorrhéique de cette  inhumaine absurdité, la confession violente et crue de cette désespérance.

   Parce que c'est cela que je suis devenu ou qu'on m'a fait devenir : une créature vieillie et cynique qui rit d'elle-même et des autres du rire envieux, maigre, cruel des défunts, le rire sadique et muet des défunts, le rire répugnant et gras des défunts, et en train de pourrir de l'intérieur, à la lumière du whisky, comme pourrissent les photos dans les albums, péniblement, en se dissolvant lentement dans une confusion de moustaches.


Ce livre a réveillé en moi le souvenir de Meroé, d'Olivier Rolin, pour l'Afrique, et du Crabe Tambour de Pierre Schoenoerffer pour la guerre qui ne vous lâche pas.  Ce sont des  mondes d'homme cassés par la vie, avec ce que cela implique de cynisme, d'amertume, d'autodérision, de haine de soi et des autres : « la farce tragique et ridicule de ma vie. », j'ai été envoûtée par cette litanie d'obsessions lancinantes.

   janvier se terminait, il pleuvait, et nous allions mourir, nous allions mourir et il pleuvait, il pleuvait,et assis dans la cabine de la camionnette, à côté du chauffeur, le béret sur les yeux, la vibration d'une infinie cigarette à la main, j'ai commencé mon douloureux apprentissage de l'agonie.


Là comme souvent la femme est le refuge nourricier, l'espoir d'un havre, son avilissement n’empêchant pas une adulation . Il y en a beaucoup,  de la légitimes aux putains noires.

   J'en avais marre, Sofia, et tout mon corps implorait le calme que l'on ne rencontre que dans les corps sereins des femmes, dans la courbure des épaules des femmes où nous pouvons reposer notre désespoir et notre peur, dans la tendresse sans sarcasme des femmes, dans leur douce générosité, concave comme un berceau pour mon angoisse d'homme, mon angoisse chargée de la haine de l'homme seul, ce poids insupportable de ma propre mort sur le dos

.

Le style d'Antunes est souvent magnifique, lyrique, dérangeant, drôle, poétique, sublime dans l'exaltation de la noirceur et des abîmés de l'âme – un peu trop, parfois, ai-je trouvé, lassée de reprendre mes phrases au début pour en retrouver la cohérence.

Et je  chipoterai encore en disant que le chapitrage par lettres de l'alphabet ( et dieu sait si j'aime les alphabets !) m'a paru vaguement maniéré (comme s'il avait besoin de ça!)

Quoiqu'il en soit, j'arrête mes remarques critiques car Le cul de Judas est un livre très fort parce qu'il nous parle de la vie, de la mort et de l'amour, il nous les crache magistralement à la figure, partagés que nous sommes entre le dépeçage de l'Afrique par de jeunes Portugais hagards et l’atmosphère lugubre de ce bar où se reconnaissent les solitudes.


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mots-clés : #colonisation #guerre #vieillesse
par topocl
le Jeu 22 Déc - 16:37
 
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David Lodge

La vie en sourdine

Tag vieillesse sur Des Choses à lire - Page 2 Image130

Un livre fort sympathique, mon premier de David Lodge, qui jongle très habilement entre humour et émotion.
Le début bien qu’entamant une réflexion sur le vieillissement et la surdité est franchement de l’ordre de la comédie, pour évoluer insensiblement vers une réflexion douloureuse sur la maladie et la mort. Puis une dernière page à nouveau tendre et amusée pour une note d’optimisme.
La morale qu’on en tire étant assez classique, qu’il ne faut pas faire un plat de ce qui peut être pris à la légère, et que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et il convient d’en profiter.

Un petit côté Philip Roth dans cette histoire d’un intellectuel que la retraite et la surdité (chez Roth c’est la prostate) ont rendu un peu misanthrope, qui ne craint pas d’être émoustillé par une jolie étudiante. Oui, mais ici l’humour est anglais et non juif, et la fidélité à son épouse reste une priorité.

En prime quelques délires follement drôles sur la linguistique, les discours abscons de spécialistes, les lecteurs de bibliothèques criminels qui saccagent les livres en les surlignant et la fête de Noël quand on la déteste

Je ne résiste pas au plaisir de citer cet éloge funèbre, citation d’un « naturaliste nommé Cummings » qui résonne puissamment en moi :

« L’honneur me suffit quant à moi d’appartenir à l’univers – un univers si grandiose et un dessein si majestueux. Pas même la Mort ne peut me priver de cet honneur. Car rien ne peut changer le fait que j’ai vécu ; j’ai été moi, ne serait-ce que pour un temsp très court. Et quand je serai mort, la matière qui compose mon corps demeurera indestructible – et éternelle, si bien que, quoi qu’il puisse arriver à mon « Ame », ma poussière demeurera toujours, chaque atome individuel de moi jouant son rôle individuel – j’aurai encore un peu mon rôle à jouer. Quand je serai mort , vous pouvez faire bouillir mon corps, me réduire en cendre, me noyer, me disperser – mais vous ne pourrez pas me détruire : mes petits atomes tourneraient simplement en ridicule pareille vengeance sadique. La Mort ne peut rien faire d ‘autre que vous tuer. »


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mots-clés : #humour #mort #vieillesse
par topocl
le Mar 20 Déc - 13:51
 
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Sujet: David Lodge
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Philip Roth

Le rabaissement

Tag vieillesse sur Des Choses à lire - Page 2 Captur74

J'ai accroché à fond à ce petit livre qui nous raconte une descente aux enfers dans un texte d'une cohérence et d'une efficacité remarquables. Simon Axler, acteur reconnu à qui tout réussit, sent brusquement le sol s'effriter sous ses  pas à l’âge de 63 ans. Ses certitudes, son aptitude à jouir de la vie et à se rendre excellent, laissent la place à un questionnement existentiel mortifère. Il se croit sauvé quand il rencontre Pegeen, une jeune femme compliquée qui lui redonne le goût de vivre, l’estime de soi, le goût du jeu, l'aptitude à se projeter dans l'avenir, mais se révèle, sous ses dehors enfantins une cruelle mante religieuse. Le dégoût et le désespoir ont tôt fait de le rattraper… J'ai adoré la description de l'effondrement de cet homme à son zénith, incompréhensible pour lui-même comme pour les autres, son infantilisme et la fragilité de son égo apparaissant au plein jour. Simon s'accroche à cette idée folle de se croire sauvé par le seul fait de se payer une jeune femme dont il fait son jouet, et s’effondre en découvrant que le plus manipulateur n’est pas celui qu'on croit.

La blessure narcissique, la peur de vieillir sont décrits avec le brio habituel et l’humour de Philip Roth, une ironie tendre pour son personnage qui croyait tout avoir et se retrouve comme un enfant abandonné et désespéré. Il y a bien quelques pages où l’auteur s'est laissé aller à quelques techniques narratives un peu lourdes (un discours indirect qui enchaîne les « je lui ai demandé » et les « elle m'a dit »), quelques scènes de sexe un peu gore (mais qui finalement se justifient assez bien). Mais, une fois de plus je suis prête à tout pardonner à l’œil perçant et malicieux de Philip Roth ; (Je pardonne beaucoup moins à la traductrice Marie-Claire Pasquier –à moins que ce ne soit l’éditeur- qui n’ a rien trouvé de moins laid pour le titre que ce Rabaissement)

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #psychologique #vieillesse
par topocl
le Jeu 8 Déc - 14:06
 
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Sujet: Philip Roth
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Julio Llamazares

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La pluie jaune

Qui parle ? Qui  les attend ces hommes qui  devraient monter là-haut dans ce village isolé, oublié d’Ainielle ?

Tag vieillesse sur Des Choses à lire - Page 2 Ainiel10

Se meurt le vieillard qui raconte sa vie dans l’abandon, la solitude de ce village où il est né et auquel il appartiendra, sous peu, pour toujours. Personne n’ira parler aux pierres, ni aux arbres de sa mort et son âme, il le sait, errera en ce lieu de ruines, sans rejoindre son corps.
Après le suicide de Sabina, sa femme, il s’est retrouvé dans la solitude la plus absolue, la plus terrible que seule leur fidèle chienne a partagée. Son esprit s’est défendu contre l’oubli, le temps en faisant ressurgir les souvenirs, le plus impardonnable le départ de son fils Andrès. Il a dû apprivoiser sa peur  devant les hallucinations quotidiennes qui habitèrent sa maison et qui le contraignirent à parcourir le village, voire à s’enfuir dans la montagne suivi de la chienne elle aussi perturbée.
Mais qui, s’il n’a pas vécu ses moments peut affirmer que c’était des visions ?

La pluie jaune des automnes marque la fuite du temps, ensevelit les pierres et précède le pesant isolement de l’hiver, ce grand silence qui n’apporte pas la paix mais une solitude encore plus prégnante.

Gardien de cette solitude, du village, il s’isole des hommes, se privant même de leur secours, lequel après qu’il eut chassé et menacé l’un de ses anciens voisins, lui sera refusé la seule fois où il y sera contraint pour nourrir la chienne.
C’est d’ailleurs pour éviter à l’animal fidèle une solitude mortelle qu’il décida, alors que sa fin à lui s’annonçait, de se servir de  la seule balle en sa possession et qu’il lui réservait.
« Et que la nuit aille à la nuit. »

Cette histoire de solitude, de temps, d’abandon est celle de la désertification des villages de montagne dans cette région de l’Huesca, oubliée de la civilisation, du progrès où l’exode a commencé pendant la guerre. Mais c'est aussi une histoire d'amour celui  que peu porter un homme à sa maison, à son village, et à travers eux à sa famille.


Tag vieillesse sur Des Choses à lire - Page 2 Neige10


L’écriture est superbe, poétique et d’une justesse à fleur de peau.
Je crois que le lecteur ne peut sortir indemne d’un tel récit.


Merci à toi Eglantine d’avoir choisi ce livre pour la chaine de lecture.


extraits

"et puis au fond, se découpant sur le ciel, le profil mélancolique d'Ainielle : maintenant en face, tout proche, tournant fixement vers eux les yeux creux de ses fenêtres."


Tag vieillesse sur Des Choses à lire - Page 2 Mur10


"Et bien que de temps à autre, ils aient continué à apercevoir de loin le village - quand ils montent pour le bois ou, en été, avec les troupeaux -, dans la distance, personne n'aura pu imaginer les terribles coups de dent que l'oubli a infligés à ce triste cadavre sans sépulture."


Mais parfois le hurlement du silence était si fort, si profond, que, incapable de le supporter plus longtemps, j'abandonnais la cuisine, cherchant dans la pénombre du porche la chaleur et le regard, plus humain, de la chienne."

"Comme si un jour, brutalement, les gens avaient relevé la tête, après tant de siècles, avaient découvert la misère dans laquelle ils vivaient et la possibilité d'y remédier ailleurs. Personne ne revint jamais."

C'étaient les feuilles mortes des peupliers qui tombaient, la pluie lente et paisible de l'automne qui revenait vers les montagnes pour couvrir les champs de vieil or et les villages d'une douce e sauvage  mélancolie. Cette pluie dura quelques minutes à peine, mais suffisamment pour coorer en jaune la nuit entière et pour me faire comprendre, à l'aube, lorsque la lumière du jour revient incendier mes yeux et les feuilles mortes que c'était elle qui rouillait et détruisait lentement, automne après automne, jour après jour, la chaux des murs et les vieux clendriers, le bord des lettres et des photographies, la machinerie abandonnée du moulin et de mon coeur."


Tag vieillesse sur Des Choses à lire - Page 2 Jaune10

pour ceux qui maîtrisent l'espagnol je pense que ce reportage doit être très interessant

http://www.rtve.es/alacarta/videos/cronicas/cronicas-ainielle-tiene-memoria/221225/

Le jaune est une couleur qui en principe évoque le soleil donc la vie, le bonheur. Ici cette couleur est associée à la mort, celle des feuilles, celle des pierres,

"Jusqu'à ce qu'un matin, au lever, en ouvrant la fenêtre, je vis les maisons entièrement jaunes.....Tout autour de moi était jaune. Jaune comme la paille. Je pouvais le voir ce jaune, le sentir, le toucher de mes mains, me salir les rétines et les doigts

C'est alors que je découvris - dans le contre-jour fugitif de la première lueur du jour - que l'ombre de la chienne aussi était jaune. Cette découverte ne fut pas la dernière. Ni la plus dure : je ne tardai pas à m'apercevoir que la mienne l'était aussi."

"De grosses pommes charnues, jaunes que je laissai pourrir sur l'arbre sans y goûter, parce que je savais qu'elles tiraient leur éclat de la sève corrompue de la mort."

On la retrouve aussi pour traduire la folie "longue nuit où pour la première fois la folie déposa ses larves jaunes dans mon âme"


Mais il me semble tout de même que la fin du vieil homme apporte une touche de clémence en l'arrivée du chasseur de chiens, lequel pourra l' enterrer a l'emplacement choisi.

Puissant, angoissant mais une si attachante écriture.

J'aime à penser que les pierres gardent les souvenirs.

"message rapatrié"


mots-clés : #vieillesse
par Bédoulène
le Mar 6 Déc - 0:01
 
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Sujet: Julio Llamazares
Réponses: 4
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