Willy Holt

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Willy Holt

Message par Bédoulène le Dim 5 Fév - 20:14

Willy Holt
(1921-2007)



William Holt dit Willy Holt (30 novembre 1921, Quincy (Floride) - 22 juin 2007, Paris) est un chef décorateur de cinéma et un scénariste, né d'un père américain et naturalisé français en 1923.
Willy Holt naît en Floride, d'un père américain et d'une mère française. Son père appartenait aux services cinématographiques des Armées. Lorsque ses parents se séparent, sa mère le ramène en France. Il passe son baccalauréat à Toulouse au lycée Fermat pendant l'Occupation. Il rentre dans un réseau de Résistance à Paris. Chargé de convoyer de l'argent destiné au maquis du Vercors, il est arrêté en décembre 1943 par la Milice dans la gare de Grenoble. Confondu comme Juif sans qu'il le soit car circoncis (aux États-Unis la circoncision est une pratique courante même chez les non-juifs), il est déporté au camp d'Auschwitz après avoir transité par le camp de Drancy. Il survit aux marches de la mort d'Auschwitz vers Buchenwald. Il est libéré le 13 avril 19451. De son enfermement dans les camps, il confia : « Moi, j'ai eu la chance de me faire remarquer tout de suite d'un kapo qui a aimé mes dessins. Il m'a demandé si j'étais peintre. J'ai répondu que c'était ma spécialité. Je dessinais des paysages, des nus et bientôt des scènes pornographiques. C'est ça qui m'a sauvé. Dans tous les camps où l'on m'a déplacé, y compris à Buchenwald, je cherchais immédiatement un bout de papier et un crayon. Pour s'en tirer, il n'y avait rien de tel que les petits boulots, tailleur, musicien... ».
Willy Holt a écrit un livre, Femmes en deuil sur un camion (NIL éditions), ouvrage sur sa déportation à Auschwitz & Monowitz concentration camp4. En 1995, le producteur Jean-Pierre Morillon confie un manuscrit au réalisateur Rafaël Lewandowski. Il va tourner cette histoire sous le titre Une ombre dans les yeux : « Ce film n’est pas le récit d’une déportation, mais celui d’une survie après la déportation. Même à ses enfants, le dire ne fut jamais simple. Il voulait vivre une vie normale : il fallait qu’il oublie. En dialogue avec ses proches, Jorge Semprun et Roman Polanski, il trouve peu à peu les mots pour dire le quotidien de l’horreur et l’importance de son talent de caricaturiste dans sa survie. Réflexion sur la résurgence de la mémoire et les raisons du témoignage. ». Une ombre dans les yeux, un documentaire de Rafaël Lewandowski, 1999.
source : wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Willy_Holt

Ouvrages traduits en français :

Femmes en deuil sur un camion

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Re: Willy Holt

Message par Bédoulène le Dim 5 Fév - 20:28


Femmes en deuil sur un camion


Rien ne diffère des autres livres lus des survivants des camps (Semprun, Levi, Klugër, Kerstez) ;  de la barbarie, de l’indicible, la faim, le froid, l’épuisement, l’humiliation, la mort.

 Willy Holt  a connu  les camps,  d’Auschwitz à Buna, Buchenwald, Dora jusqu’à Bergen-Belsen, les marches forcées à chaque évacuation de camp quand les Alliés talonnaient les Allemands.

Il a acquis la nationalité française en 1923 au retour de sa mère dans son pays, la France, mais lorsqu’il est arrêté dans un train fin  décembre 43 avec un  manuel de guerilla urbaine (qu’il devait résumer pour le réseau de résistance auquel il appartenait), donc potentiellement « terroriste » lors du bain javellisé qu’il subira les allemands s'aperçoivent qu’il est circoncis, donc Juif,  raison pour laquelle il portera une étoile rouge et jaune à son arrivée à Auschwitz.

Lui qui ne connait absolument rien des Juifs sera donc considéré tel pendant sa détention. (le médecin qui l’avait fait naître avait proposer la circoncision à sa mère pour éviter plus tard une maladie)

Willy a suivi les conseils du chef du premier  block où il échoue, un Polonais qui connait la langue française :

1) Se laver tous les jours
2) ne jamais échanger de nourriture
3) Ne jamais donner aux allemands l’impression qu’il a peur d’eux, ni de l’un d’eux

Willy reconnait qu’il doit en grande partie sa survie pour avoir suivi ces conseils.

Mais aussi parce qu’il s’est servi  de son aptitude au dessin et à la peinture.

Dans ces camps posséder la maîtrise d’un métier  utilisable était un atout. En tant que peintre il s’est vu confier des travaux durs à l’extérieur mais un kapo l’ayant vu dessiner  l’envoya dans une section de peintres  en lettres ; c’est là qu’il fit son premier tableau et qu’ il eut pour « clients » les chefs de l’administration allemande, lesquels payaient en nature (cigarettes, pain) Willy offrait les cigarettes car il ne fumait pas. Cela parait anodin une cigarette mais ceux, ils étaient nombreux, qui étaient en manque pouvaient être poussés à des extrémités.

Dans chaque camp où il est passé il se procurait ses outils de survie : crayon et papier. Son travail de peintre lui permettait d’être à l’abri, ce dont il se satisfaisait car ayant aussi travaillé à l’extérieur il avait pu se rendre compte de l’extrême rigueur du climat et du poids du travail.

Pendant les derniers mois de détention les déportés entendent alternativement les bombardements et les pauses qui génèrent tout à tour espoir et désillusion. C’est au camp de Bergen-Belsen qu' ils  apprennent la défaite des allemands et les français sont  les premiers rapatriés.


J’ ai apprécié ce qu’écrit Holt dans sa préface

Le tatouage du numéro : cette marque « antivol »

« Ma seule culpabilité serait l’oubli »

« sur la chemise de mon dossier, marqué en grosses lettres capitales « TERRORISTE »
J’allais donc savoir « pourquoi », à Auschwitz, j’étais en train de vivre la conséquence d’actes auxquels je pouvais, dans ma détresse, parfois me raccrocher. Je m’étais battu, je me battais encore, contre quelque chose de concret, pour quelque chose de concret.
Autour de moi, des centaines de milliers d’autres, désespérés, enduraient le même supplice, sans en admettre aucun « pourquoi ». Il leur fallait subir, et mourir, sans avoir ce recours de vivre la suite de leurs actes, puisque la raison de leur calvaire, en toute conscience, n’existait pas. »


C’est une belle écriture, un homme qui relate honnêtement ses ressentis, qui essayait  simplement de survivre du mieux possible  sans nuire aux autres.
Il s’explique aussi sur sa position lorsqu’ il se retrouve dans le magasin (vêtements et objets soustraits aux déportés) et qu’il se sert (pour des camarades et lui-même) car le lecteur a une distance que ni lui ni les autres déportés  n’avaient  et,  peut être indigné.

Cela me fait penser aussi  que généralement le regard que les gens portaient sur les survivants à leur retour était ressenti  par eux comme une suspicion, il l’exprime très bien dans sa préface.

De nos jours où plusieurs pays d’Europe sont tentés par les idées extrêmes  ces lectures  rappellent un passé pas si lointain


Extraits :

« Je suis terriblement, violemment tenté de garder pour moi ma part de saucisson, que j’ai dans la main. Il me faut lutter contre moi-même pour enfin tenir parole. «

Pendaisons : « Celle d’un jeune Juif français de seize ans condamné pour vol de pain et de confiture, trouvant à la dernière minute le courage d’entonner la Marseillaise, faisant passer sur nous tous un frisson de révolte et déclenchant chez les SS une réaction de ricanements haineux. »

« Dans un allemand impeccable, sans le moindre tremblement de voix, le supplicié aura ces mots superbes, criés de toutes ses dernières forces : « Gardez l’espoir, je suis le dernier »

« Au sein de ce malheur constant, de cette misère avilissante, de cette détresse, Dieu existe-t-il ?
Bien sûr, Dieu existe. La preuve ? Je le prie et l’injurie alternativement tous les jours. »

« Je suis venu tenter d’apporter du réconfort et c’est moi qui en reçois, par la grâce d’une voix toulousaine, merveilleuse, ensoleillée, et je ne suis pas au bout de mes surprises. »

« Le possesseur de cet accent méridional porte sur son pyjama l’étoile de David. Réflexe typiquement raciste, j’en rougis : sur le moment, cet amalgame judéo-occitan m’étonne. C’est idiot ! Pourquoi les familles juives installées en France, dès avant le Moyen-Age, en particulier justement dans le Midi, n’auraient-elles pas nos accents ? «

« Quatre femmes en grand deuil, quatre Allemandes, ignorant les armes braquées des gardes, nous distribuent, par-dessus les ridelles du camion, des pommes et du pain.
Les SS furieux hésitent. Ces femmes, ils le savent, n’ont plus rien à perdre. Elles tentent, par ce geste, d’absoudre, un peu, la faute de tout un peuple. Faute pour laquelle elles ont payé déjà le lourd tribut : leurs amours, maris et fils, probablement disparus dans la tuerie de la guerre.





mots-clés : #autobiographie #campsconcentration

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