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Tchulpân

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Message par Ouliposuccion le Lun 6 Fév - 19:40

Tchulpân

Tchulpân Tylyc112

Tchulpân, de son vrai nom ‘Abd al-Hamid Sulayman, est né à Andidjan, capitale de la province orientale éponyme de l’actuel Ouzbékistan, à une date incertaine comprise entre 1883 et 1898 (celle de 1897 est la plus retenue en vue de sa double instruction islamique et russe). En 1908, le jeune ‘Abd al-Hamid envoie son premier poème au quotidien Shuhrat (« La Renommée »), de Samarcande. Au printemps 1914, il fait partie du cercle des chroniqueurs du mouvement moderniste musulman, appelé localement « djadidisme ». Début 1916 survient au Turkestan, contre la conscription dans l’armée du Tsar, le soulèvement dit « des saisonniers », qui laissera une cicatrice profonde dans l’œuvre de Tchulpân. Celui-ci accueille la révolution de février 1917 comme la promesse d’une rupture avec l’ordre colonial en Asie Centrale. Mais les bolcheviks répriment dans le sang l’Autonomie du Turkestan proclamée en novembre 1917. Son œuvre littéraire et journalistique demeurera dominée par le thème de la lutte contre la domination russe. Après la création, en 1924, de la République socialiste soviétique (RSS) d’Ouzbékistan, Tchulpân s’éloigne à Moscou où il rencontre Maïakovski et Essenine. À leur contact, son œuvre poétique se teinte d’une ironie de plus en plus sombre. Populaire en Asie Centrale, Tchulpan se retrouve dans la ligne de mire des censeurs.



Son roman Nuit paraît en 1936, croisé, un homme et une femme n’ayant pas de langue en commun et fuyant à la veille du déclenchement de la « terreur rouge ». Il offre d’intéressantes variations de ton (parfois truculent) et de style (témoin la trouvaille romanesque qui fait dialoguer, en un journal vers Moscou). Vaste tableau du Turkestan pendant le soulèvement de 1916, il apparaît comme un roman anticolonial et antistalinien. S’il est bien accueilli par le public (l’unique tirage est vite épuisé), il vaut en revanche à son auteur une réaction violente de la critique bolchevique orthodoxe, qui l’accuse de « nationalisme bourgeois ». Arrêté le 8 avril 1937 avec d’autres auteurs apparentés au djaddisme, Tchulpân est envoyé en camp de relégation, où il est condamné, le 5 octobre 1938, à la peine capitale pour « activités contre-révolutionnaires », et exécuté.
La volonté d’éradication du « tchulpanisme » pousse les autorités politiques de Tachkent à faire arrêter les traducteurs et commentateurs de l’écrivain en russe et en tatar, tandis que plusieurs de ses avocats dans le milieu littéraire ouzbek sont durablement exclus des instances officielles de la République. Ce n’est qu’à la veille de l’indépendance de l’Ouzbékistan, en septembre 1991, que paraîtront les premières rééditions d’œuvres de l’écrivain proscrit et que sera reconnue sa place, centrale, dans l’histoire littéraire de cette région du monde.



Son œuvre, abondante, est éparse. La partie connue à ce jour est constituée pour l’essentiel des nombreux poèmes édités en recueil du vivant de leur auteur. Une proportion importante de l’œuvre en prose de Tchulpân reste encore à exhumer, à commencer par une seconde partie, Jour, probablement inachevée et restée manuscrite, de Nuit : confisquée en 1937, elle n’est pas réapparue depuis. Il ne faut pas exclure, en outre, qu’un certain nombre d’œuvres en prose de forme brève nous demeurent inconnues, car disséminées sous divers pseudonymes dans la presse musulmane du Turkestan et de Russie d’Europe entre 1914 et 1937. Or, ces œuvres occupent une place significative dans la biographie intellectuelle de leur auteur, dans la mesure où les reportages de voyage et les nombreuses nouvelles de Tchulpân ont pavé la voie de son grand roman mémorial, Nuit et Jour.

Ouvrage traduit en français :

Nuit




Nuit

Tchulpân Tylyc119

traduit de l’Ouzbek par Stéphane A.Dudoignon , chercheur au CNRS
Edition Bleu Autour ; 434 pages.

Par le truchement d’une fiction à rebondissements, bâtie sur une intrigue de harem, Tchulpân dresse un tableau cinématographique du Turkestan en proie à la colonisation russe à la veille de la soviétisation
.

1916. Sous fond d’animosité et de félonie dans le harem du mingbochi (administrateur d’un canton) se trame le destin d’une jeune fille, Zébie, acculée à devenir la quatrième femme de celui-ci. A Tachkent, le mouvement du Djadidisme fait écho.
Non loin de là, le Padishah blanc (tsar de Russie) lutte contre l’ennemi extérieur : l’Allemagne, et l’ennemi intérieur, « les révolutionnaires » : les bolcheviks.
L’Empire du Turkestan russe tremble.
Mais quelle différence pour le peuple du Turkestan entre Djadidisme et Bolcheviks ?
Tchulpân revient souvent dans son livre sur l’illettrisme, l’inculture de son peuple. Il le compare à « Un peuple de moutons » « des vaches à lait qui se font traire par les russes. »
La perte de l’empire a pour cause première l’ignorance.
C’est en effet dans le personnage central de Mir Yacoub , homme de profit , respectable notoire que Tchulpân soulève les questionnements de ce peuple entre foi , modernisme voulant une réforme islamique afin de s’ouvrir au monde occidental mais le soviétisme changera la perception du monde de l’Islam sur l’occident et amène la thématique anticoloniale , anti russe.
L’histoire de « Nuit » se passe en grande partie à Andijan, vallée de Ferghana, deuxième plus grande ville d’Ouzbekistan dans laquelle la tension endémique est toujours d’actualité, elle est un foyer de résistance, du tsar au colonialisme, du soviétisme à l’état Ouzbek actuel né de L’URSS. A ce jour, Ferghana la rebelle renferme toujours de par son isolement culturel des vagues d’islamisation radicales.
Une immersion dans la culture d’Asie Centrale, une partie de son histoire, sa domination, celle d’un peuple qui n’aura jamais goûté aux prémices d’une liberté.
Les scènes de vie et les traditions propres à l’Ouzbékistan sont relatées au travers de la traduction avisée de Stéphane A Dudoignon qui ne faillit pas, elle est d’une grande justesse.

Un livre que je conseille à toute personne intéressée par l’histoire de l’Asie Centrale, bien trop méconnue encore à ce jour.

Un hommage à Tchulpân et à toute la classe intellectuelle disparue au Goulag, à toute la classe intellectuelle présente d’Ouzbékistan, opprimée et toujours sous le joug de la dictature.


mots-clés : #regimeautoritaire
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Message par animal le Lun 6 Fév - 20:26

je l'ai de côté celui là !

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Message par Armor le Mar 7 Fév - 0:13

Moi aussi ! Wink

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Message par animal le Lun 27 Mar - 18:35

Tchulpân Life-i10

Nuit

(En essayant de ne pas être trop redondant avec les mots d'Oulipo mais ce n'est pas gagné !)

Un moment de lumière sur une région et une histoire oubliées, surtout vu de chez nous. Avec une étonnante manière qui mêle et détourne( ?)  les influences, Tchulpân balade son lecteur entre quelques personnages. La jeune Zebi fleur bleue fleure bon les Mille et une nuits, avec Mir Yacoub et son mingbochi (commandant-administrateur local désigné par de plus hautes autorités) nous naviguons dans les ruses du pouvoir et alors que ces deux courants se rejoignent... on bifurque. Mir Yacoub part avec une russe, s'entretient avec un négociant de Tashkent (la capitale) alors que dans la campagne la tension monte d'un cran.

Tout le pourquoi n'est vraiment expliqué que dans la postface mais le poids de la guerre en Europe se fait de plus en plus lourd aussi de l'autre côté de l'empire et les volontés de progrès et d'émancipation font leur chemin. On est passé dans le roman démonstratif, engagé, volontaire (genre plus universaliste qu'occidental si on y regarde de plus près ?) mais il est de ceux qui esquivent la condamnation brutale. Le constat de "moyen âge" entretenu dans l'intérêt de profits divers est amer, l'absence de réponses pour les victimes (beaucoup des personnages principaux) de cette histoire et la possibilité d'apprendre et de réviser son jugement et ses actions fait un assez beau mélange.

Une lecture polymorphe assez déroutante mais terriblement dépaysante et surtout passionnante. Une pièce de plus sur le puzzle du monde...

Une pièce qui parle d'un colonialisme que l'on connaît mal et d'influences, de courants, que l'on connait tout aussi mal dans le monde musulman.

Les quelques mots sur le traducteur donne envie de lire ou voir d'autres de ses travaux (traductions, documentaires, récits, articles,... ).

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Message par Barcarole le Lun 27 Mar - 20:21

Il me tente beaucoup ce livre, je vais aller voir ça de plus près...
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Message par silou le Mar 28 Mar - 16:26

@Armor a écrit:Moi aussi ! Wink

Moi aussi, et je crois qu'il a vraiment assez patienté !!
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Message par Dreep le Lun 3 Déc - 12:49

Tchulpân Tylyc119

Nuit

Sans la chronique sur facebook* de Markowicz qui parle entre autres choses de ce livre ― celui-ci admet de bonne foi ne pas l'avoir lu ― il est fort probable que je n'en aurais jamais entendu parler. "Nuit" est la première partie écrite en 1936, d'un diptyque (on n'a pas la deuxième, pour l'heure) à la fois très romanesque et historique. Tchûlpan évoque les événements de 1916-1917 en Asie centrale. La guerre et la révolution russe n'auront pas eu moins de répercussion dans cette région du monde qu'en Europe.

Ce contexte, que Stéphane Dudoignon décrypte dans sa postface, ne se trouve qu'en filigrane du récit à son début, jusqu'à ce qu'il prenne trop d'ampleur et d'une certaine manière, éclate. Les destins des personnages s'y entremêlent, Tchûlpan met en place une alternance de points de vue : à commencer par celui de Zebi, jeune fille contrainte à devenir la quatrième épouse du mingbochi local (un administrateur), un débauché. Si le récit nous fait accéder aux pensées de beaucoup de personnages, notamment celles du mingbochi, un autre point de vue se distingue de tous, celui du complice de ce dernier, Mir Yacoub. Le questionnement de ce dernier se traduit par exemple par la mise en place d'un dialogue entre les différentes instances de sa personnalité. Il y a également des phases descriptives où la traduction de Dudoignon met au jour des associations de mots et d'idées étonnantes et poétiques. "Nuit" brille moins dans ses variations formelles que "La Régente" de Leopoldo Alas par exemple, mais c'est sur un autre plan que se trouve la valeur du livre de Tchûlpan.

C'est finalement par le truchement des manigances intériorisées, des désirs, désarrois ou peurs des personnages que Tchûlpan nous donne une lecture de l'Histoire avec un grand H. C'est aussi de cette manière que l'auteur nous révèle ce qui fait selon lui le fond du drame qu'ils sont en train de vivre : l'ignorance et le ressentiment aux premier chef, le mécanisme d'oppression qu'ils subissent et qu'ils alimentent. Un roman éminemment politique, donc.

* : https://www.facebook.com/andre.markowicz/posts/2250082461870720
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Message par animal le Mar 4 Déc - 22:22

Très bon souvenir de lecture avec le plus d'apporter un éclairage sur une région qu'on voit peu et avec une manière bien particulière, très composite. Composition qui va de paire avec son contenu.

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