Amin Maalouf

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Amin Maalouf

Message par Ouliposuccion le Mar 7 Fév - 9:36

Amin Maalouf
Né en 1949




Amin Maalouf est membre de l'Académie Française depuis juin 2011. Le 14 juin 2012, il entre à la comédie française, Hector Biancotti étant décédé le 12 du même mois.

Amin Maalouf est le second de quatre enfants. Sa mère est originaire d'une famille de la montagne libanienne, famille d'enseignant par tradition depuis la génération des arrières grands-parents. Sa grand mère maternelle est turque et son grand-père chrétien mahorite.
Le père de Amin est, lui, le fils d'un pasteur presbytérien mais n'est pas pratiquant. C'est donc dans une mixité de religion que l'enfant à grandi.
Sur les souhaits de leur mère, les enfants sont envoyés à l'école catholique jésuite. C'est là que Amin va découvrir la langue française. Il poursuit ses études de sociologie à l'université française de Beyrouth.
Il entre comme journaliste pour le quotidien AN-Nahar et se spécialise dans l'actualité internationale. Il couvre l'Asie.
En 1971, il épouse Andrée, enseignante dans une école pour enfants sourds-muets. Ils auront trois enfants.
Dès le début de la guerre du Liban, il quitte Beyrouth pour la montagne, refusant de prendre parti dans ce conflit. En 1976, la famille quitte le Liban pour Paris. Il devient rédacteur en chef de Jeune Afrique. Aujourd'hui, il se consacre totalement à l'écriture.

Bibliographie :

1986: Léon l'Africain, Jean-Claude Lattès
1988: Samarcande, Jean-Claude Lattès
1991: Les Jardins de lumière, Jean-Claude Lattès
1992: Le Premier Siècle après Béatrice
1993: Le Rocher de Tanios
1996: Les Échelles du Levant, Grasset
2000: Le Périple de Baldassare, Grasset
2012: Les Désorientés

essais
1993: Les Croisades vues par les Arabes
1998: Les Identités meurtrières, Grasset
2004: Origines, Grasset
2009: Le Dérèglement du monde : Quand nos civilisations s’épuisent, Grasset
2016 : Un fauteuil sur la seine
avatar
Ouliposuccion

Messages : 348
Date d'inscription : 14/01/2017
Localisation : ubiquiste

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Ouliposuccion le Mar 7 Fév - 9:42

Samarcande



Samarcande, c'est la Perse d'Omar Khayyam, poète du vin, libre penseur, astronome de génie, mais aussi celle de Hussan Sabbah, fondateur de l'ordre des Assassins, la secte la plus redoutable de l'histoire. Samarcande, c'est l'Orient du XIXè siècle et du début du XXe, le voyage dans un univers où les rêves de liberté ont toujours su défier les fanatismes. Samarcande, c'est l'aventure d'un manuscrit né au XIe siècle, égaré lors des invasions mongoles et retrouvé six siècles plus tard. Une fois encore, nous conduisant sur la route de la soie à travers les plus envoûtantes cités d'Asie, Amin Maalouf nous ravit par son extraordinaire talent de conteur. A la suite d'Edgar Allan Poe, il nous dit : "Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande ! N'est-elle pas reine de la Terre ? Fière, au- dessus de toutes les villes, et dans ses mains leurs destinées.


Quelle magnifique plume pour nous conter la perse, la sagesse de l’esprit et la poésie d’Omar Khayyâm , hédoniste croyant mais critique envers les religieux, reflétant par le vin la vie et ses délices,poésie si chère à l’Iran que l’on retrouve un peu plus tard chez Alisher Navoi , poète Ouzbek (1441-1501).

Après avoir lu Alamut, c’est avec plaisir que j’ai pu joindre historiquement ces deux histoires, Omar Khayyâm et le vieux de la montagne Hassan Sabbah , la naissance de cet ordre des assassins ayant construit la plus redoutable des machines à tuer, les fidais ou fédayins, soit les martyrs d’aujourd’hui…
Quelle richesse culturelle que ce livre qui nous fait voyager dans le temps, du prestigieux empire Perse à la plus grande invasion menant au plus vaste empire mondial, les mongols : Gengis khan et Kubilaï Khan, jusqu’au XXème siècle, date à laquelle le premier Parlement de la perse vit le jour (1909) mais sous quelles conditions…
La philosophie n’est-elle pas dans le temps l’arme la plus formidable de l’histoire ?
Quoiqu’il en soit, au-delà de toutes les batailles et tous les empires conquis par les plus redoutables guerriers , seuls des vers philosophiques ont traversé le temps pour nous les conter.

Cette roue sur laquelle nous tournons est pareille à une lanterne magique. Le soleil est la lampe; le monde, l'écran. Nous sommes les images qui passent. »Omar Khayyâm
« Ne vous reprochez pas que mon vin soit amer, cette amertume est celle même de la vie »Omar Khayyâm

Un vrai plaisir de lecture qui nous fait bien mieux appréhender l’Orient , sa culture et son histoire.
Samarcande d'Omar Khayyâm , un manuscrit perdu lorsque le Titanic a sombré ?
Voici un des Robaiyats de Khayyâm:


"Tu demandes d’où vient notre souffle de vie
S’il fallait résumer une trop longue histoire,
Je dirais qu’il surgit du fond de l’océan,
Puis soudain l’océan l’engloutit à nouveau."

Un vrai bijou littéraire à ranger précieusement dans sa bibliothèque.


mots-clés : #historique #creationartistique
avatar
Ouliposuccion

Messages : 348
Date d'inscription : 14/01/2017
Localisation : ubiquiste

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Tristram le Mar 7 Fév - 11:40

Merci Oulipo de mettre en valeur cet auteur et ce livre, pour deux raisons notamment : les origines des assassins de la terreur, redevenus d'actualité, et l'introduction à Omar Khayyâm, grand poète plein de charme, et d'une philosophie exotique pour nous :

« …] les qualités qu’il faut pour gouverner ne sont pas celles qu’il faut pour accéder au pouvoir. Pour bien gérer les affaires, il faut s’oublier, ne s’intéresser qu’aux autres, surtout aux plus malheureux ; pour arriver au pouvoir, il faut être le plus avide des hommes, ne penser qu’à soi-même, être prêt à écraser ses plus proches amis. »
Amin Maalouf, « Samarcande », XIV

« "Il ne suffit pas de tuer nos ennemis, leur enseigne Hassan, nous ne sommes pas des meurtriers mais des exécuteurs, nous devons agir en public, pour l’exemple. Nous tuons un homme, nous en terrorisons cent mille. Cependant, il ne suffit pas d’exécuter et de terroriser, il faut aussi savoir mourir, car si en tuant nous décourageons nos ennemis d’entreprendre quoi que ce soit contre nous, en mourant de la façon la plus courageuse nous forçons l’admiration de la foule. Et de cette foule des hommes sortirons pour se joindre à nous. Mourir est plus important que tuer. Nous tuons pour nous défendre, nous mourons pour convertir, pour conquérir. Conquérir est un but, se défendre n’est qu’un moyen." »
« Nul ne pourrait le contester, Hassan Sabbah a réussi à bâtir la machine à tuer la plus redoutable de l’Histoire. »
Amin Maalouf, « Samarcande », « Le paradis des Assassins », XIX

« Quel règne est pire que celui de la vertu militante ? Le Prédicateur suprême voulut réglementer pour ses adeptes chaque instant de leur vie. Il bannit tous les instruments de musique […] L’usage des boissons alcoolisées était plus sévèrement puni encore. »
Amin Maalouf, « Samarcande », « Le paradis des Assassins », XXII

« Le temps a deux visages, se dit Khayyam, il a deux dimensions, la longueur est au rythme du soleil, l’épaisseur au rythme des passions. »
Amin Maalouf, « Samarcande », V

Les Rubaiyat, attribués pour beaucoup à Omar Khayyâm avec plus ou moins de certitude, sont des quatrains qui me plaisent particulièrement. On sait peu de choses sur leur rédaction, leur auteur(s), un savant perse (et non pas arabe), et même leur interprétation est peu sûre (agnosticisme ? soufisme ?) Même leur traduction pose problème, mais je les lis (dans les versions disponibles) sans chercher un sens ésotérique. Il y a là pour moi un très beau chant sur la brièveté de notre existence, avec recours à l'hédonisme, plein d'humour et de liberté de ton (il ne pourrait plus s'exprimer ainsi de nos jours dans son pays), avec beaucoup de sensibilité.

« Tant et tant j'en aurai bu, du vin ! que ce parfum de vin
Sortira de la terre quand je serai sous la terre,
Qu'en passant sur ma tombe l'ivrogne à jeun
Tombera frappé de mort par le parfum de mon vin ! »
Omar Khayyâm, « Rubaiyat »

« Boire du vin, faire la fête, ma loi, la voilà !
Croire en Dieu et être athée, ma religion, la voilà !
J'ai dit : – "Terre, ma fiancée, quelle est ta dot ?"
Elle a dit : – "Ton cœur troublé, ma dot, la voilà !" »
Omar Khayyâm (?), « Rubaiyat »

« Dieu, tu es Bonté ; or la Bonté, c'est d'être bon !
Alors pourquoi le pécheur est-il tenu loin du Paradis ?
Me vendre ton pardon contre la docilité, ce n'est pas être bon ;
Tout me pardonner, mes péchés et tout ! Cela, selon moi, c'est être bon ! »
Omar Khayyâm (?), « Rubaiyat »


As-tu lu Le Rocher de Tanios, d'Amin Maalouf ?

« Le pire des gouvernants n’est pas encore celui qui te bastonne, c’est celui qui t’oblige à te bastonner toi-même »
avatar
Tristram

Messages : 2442
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Ouliposuccion le Mar 7 Fév - 12:03

As-tu lu Le Rocher de Tanios, d'Amin Maalouf ?

Je n'ai pas encore eu d'approche avec  "Le rocher du Tanios" mais je pense le lire un jour. J'ai lu "les désorientés" que j'ai beaucoup aimé également , j'en ferai un post ultérieurement.
J'ai acheté récemment " Léon l'africain" et "les échelles du Levant" qui trônent dans ma bibliothèque dans le coin des "non lus".
De quoi fournir ce fil Smile

Concernant Omar Khayyam , c'est un poète/philosophe que j'aime tout particulièrement , j'ai eu l'occasion d'en avoir la traduction lorsque j'étais en Ouzbekistan ,et  beaucoup de dessins sur soie miniatures dans cette région sont des reproductions de scènes de vie perses agrémentées des Rubaiyats de Khayyam (j'en ai bien-sûr ramenés ! ).
J'aimerais trouver un beau livre de Khayyam mais n'ai jamais su lequel prendre...
avatar
Ouliposuccion

Messages : 348
Date d'inscription : 14/01/2017
Localisation : ubiquiste

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Tristram le Mar 7 Fév - 12:10

Oulipo a écrit: des reproductions de scènes de vie perses agrémentées des Rubaiyats de Khayyam (j'en ai bien-sûr ramenés ! )
Tu fais voir, stp ?

C'est vrai que ce poète est très populaire en proche/ moyen Orient (il a donné son nom à un vin égyptien il y a une quinzaine d'années) : Jeune Afrique
avatar
Tristram

Messages : 2442
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Tristram le Mar 7 Fév - 12:30

@Ouliposuccion : à défaut de beau livre, Il y a cette version, traduction Franz Toussaint‎ (1924) : Wikilivres
avatar
Tristram

Messages : 2442
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Ouliposuccion le Mar 7 Fév - 12:38

Je ne sais pas pourquoi ils arrivent à l'envers...Désolée..

Un de Khayyam:
Spoiler:

Alisher Navoi:
Spoiler:
avatar
Ouliposuccion

Messages : 348
Date d'inscription : 14/01/2017
Localisation : ubiquiste

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Tristram le Mar 7 Fév - 12:46

Belles miniatures et calligraphies ! merci Oulipo !
avatar
Tristram

Messages : 2442
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Tristram le Mar 7 Fév - 13:08

Omar Khayyam me fait repenser à Li Po, le poète Tang, ou encore à Tchouang-tseu... même célébration de la jouissance dans la brièveté d'un monde inconstant...

Devant le vin, le soir m'a surpris ;
Les fleurs tombées couvrent ma robe.
Ivre, je poursuis la lune dans l'eau ;
S'éloignent les oiseaux, se dispersent les hommes.
avatar
Tristram

Messages : 2442
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Bédoulène le Mar 7 Fév - 15:07

Que d'auteurs que je n' ai pas lu ! merci Ouli ! et merci Tristram pour le Poème

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4762
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par topocl le Mer 8 Fév - 8:29

Maalouf, j'ai adoré ses romans historiques, il y a déjà pas mal d'années: Léon l'Africain, Samarcande, Les Jardins de lumière,  Le Rocher de Tanios, Les Échelles du Levant, Le Périple de Baldassare. . Dans ses essais (Les Identités meurtrières, Origines), il séduit par son bel esprit d'ouverture.
J'avais eu quelques réserves par rapport à :

Les désorientés.



Eh bien, ce commentaire est plutôt difficile à écrire : j'ai du mal à savoir si j'ai aimé ou pas.
Disons que j’incite plutôt à le lire , mais en sachant qu’il est imparfait : de belles choses, une belle histoire, des belles idées entre espoir et désespoir, mais peut-être un peu simpliste sous son apparente complexité, et un mode narratif insuffisamment travaillé.

La belle histoire, c'est celle d'un groupe d'étudiants qui se confond avec l'histoire de leur pays le Liban, jamais nommé.

Nous étions jeunes, c'était l’aube de notre vie, et c'était déjà le crépuscule. La guerre s'approchait.

Ceux qui sont restés, ceux qui sont partis, ceux qui se sont compromis, ceux qui sont restés purs, vont, à l'occasion de la mort de l'un des leurs, reprendre contact au seuil de la cinquantaine pour des retrouvailles qui ont une petite allure de bilan, parfois de confrontation.

J'ai envie de revoir le pays, de retrouver les amis, et s'il est impossible de discuter sereinement je ne discuterai pas. Jamais je ne m'abaisserai à dire ce que je ne pense pas, mais je peux parfaitement m’abstenir de dire tout ce que je pense. Je visiterai le pays, je me gaverai de bonnes choses, et je raconterai mes souvenirs d'enfance en évitant les sujets qui fâchent.

On a parfois l'impression que Maalouf a voulu écrire un roman exhaustif, résumant ses pensées, ses opinions sur autant de sujets que : le Liban, la religion, l’exil, la loyauté, qu'avons-nous fait de nos rêves d'enfant, la culpabilité, l’amitié… Je m'arrête là. Il a donc construit un groupe de personnages dont les confessions, les choix de vie constituent un échantillonnage assez complet, permettant d’analyser et de transmettre un message de tolérance et de fraternité universelle. Ces personnages ont partagé leurs années de jeunesse, puis se sont éparpillées en fonction de leurs convictions, des hasards de la vie, des événements survenus dans leur pays. Chacun a fait (ou subi) son choix, chacun traîne ses justifications et sa culpabilité. Le plus souvent le récit est suffisamment attachant pour masquer ce caractère un peu artificiel, construit – pas toujours cependant- et au final, l'auteur ne tranche pas, aucune raison n’était meilleure que l'autre, et aucun n'en est ressorti indemne.

Message d'une grande ouverture, d'une grande attention à l'autre, qu’on a déjà connu sous la plume de l’auteur (relire Origines) ; mais le problème est peut-être justement que le message prend parfois le pas sur le roman et j'ai parfois été irritée, par un style qui manque de recherche dans les parties narratives, des dialogues où les intervenants livrent une parole ininterrompue sur 4 pages, des mails rédigés comme de la littérature. La fin décevante, comme s ‘il n’avait pas su finir…

Il en ressort un roman un peu appliqué, avec des lourdeurs, dont le style n’est pas impeccable, mais somme toute plutôt attachant, dont le premier personnage est le Liban qui nous est livré, malgré des maladresses et quelques lourdeurs, à travers une histoire d’amitié assez universelle.

Et comment résister à un auteur qui écrit :

On parle souvent de l'enchantement des livres. On ne dit pas assez qu'il est double. Il y a l'enchantement de les lire, et il y a celui d'en parler.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #immigration

_________________
Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
Héctor Abad
avatar
topocl

Messages : 3101
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 57
Localisation : Roanne

Voir le profil de l'utilisateur https://topocleries.wordpress.com/
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Tristram le Mer 21 Juin - 15:07

Le premier siècle après Béatrice (titre dantesque)




Bref et dense ouvrage d’anticipation barjavélien (1994), qui vaut particulièrement pour la lecture géopolitique d’un journaliste à la sensibilité au carrefour de la « faille horizontale » Nord-Sud.  Dans son style "classique" et sans langue de bois (ni parti-pris), Amin Maalouf aborde la thématique du choc de cultures qui se regardent de façon biaisée, entre archaïsme et manque d’action devant les signes évidents des problèmes de survie de l’espèce humaine : de la préférence pour les enfants mâles, secondée par le monstrueux levier d’une technologie sans éthique (ici génétique), le furtif génocide des femmes, et les effets apocalyptiques qui en découlent (de A à Z, le repli de la peur à la terreur).
Cela m’a évoqué ces villes africaines où les filles étaient plus nombreuses que les garçons, distorsion du sexe-ratio inverse du nôtre, et non sans conséquences socio-sociétales (offre versus demande).
C’est aussi une histoire d’amour, narrée par un entomologiste marié à une journaliste et père de Béatrice, avec beaucoup de remarques pertinentes : en fait, une fort agréable lecture, et qui rejoint l’actualité (migration versus expatriation, par exemple).

« N’est-ce-pas l’une des vertus de l’écriture que de coucher sur la même feuille horizontale le futile et l’exceptionnel ? Tout reprend dans un livre l’épaisseur négligeable de l’encre écrasée. »

« Les drames sont à l’Histoire ce que les mots sont à la pensée, on ne sait jamais s’ils la façonnent ou se bornent à la refléter. »

« …] on ne convainc pas une foule, on l’enflamme [… »

« Cet âge de la régression et de la lassitude était [...] celui de la suspicion et de tous les amalgames. »

Précision : mes extraits sont partiaux, plus ce qui retient mon attention (ou flatte mes intérêts) que représentatifs de l’ouvrage (remarque hélas assez générale).



mots-clés : #sciencefiction
avatar
Tristram

Messages : 2442
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Bédoulène le Mer 21 Juin - 15:46

ton commentaire est incitatif Tristram et ça tombe bien j'ai l' epub dans ma pal ! de plus tes extraits partiaux me conviennent Smile

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4762
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par topocl le Jeu 22 Juin - 11:11

@Tristram a écrit:
Précision : mes extraits sont partiaux, plus ce qui retient mon attention (ou flatte mes intérêts) que représentatifs de l’ouvrage (remarque hélas assez générale).

je crois qu'on est assez nombreux à se laisser aller à ça, Tristram.

_________________
Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
Héctor Abad
avatar
topocl

Messages : 3101
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 57
Localisation : Roanne

Voir le profil de l'utilisateur https://topocleries.wordpress.com/
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Tristram le Ven 3 Nov - 19:04

Les désorientés




Adam, un historien bientôt quinquagénaire exilé à Paris, n'a plus revu depuis un quart de siècle son pays natal dévasté par les guerres civiles. A l'annonce du décès imminent de son « ancien ami » Mourad, Adam décide de se rendre à son chevet, bien qu'il ait pris ses distances avec lui. C'est généralement dans la maison de Mourad que se réunissaient autrefois leurs amis communs, avec qui ils formaient un groupe d'étudiants joyeux et très unis, pleins de projets d'avenir pour leur pays avant que la guerre ne les disperse. Mais Mourad s'est compromis afin de pouvoir garder sa propriété familiale, âprement défendue depuis des générations ; pris dans l'engrenage, il s'est mué en politicien corrompu (vice endémique du pays). Adam arrive trop tard pour revoir Mourad, et décide de rester incognito le temps d’écrire à propos de cette époque de sa vie, soit les seize jours de ce récit d’un retour au pays ; occasion aussi de reprendre contact avec les amis du cercle, certains éparpillés dans la diaspora, qui ont vécu différents choix de vie, et d’organiser une réunion dans la nostalgie de leur heureuse jeunesse d'avant-guerre.
(Commentaire basé sur Wikipédia fort remanié.)

« De la disparition du passé, on se console facilement ; c’est de la disparition de l’avenir que l’on ne se remet pas. Le pays dont l’absence m’attriste et m’obsède, ce n’est pas celui que j’ai connu dans ma jeunesse, c’est celui dont j’ai rêvé, et qui n’a jamais pu voir le jour. »

« Allions-nous passer notre vie entière, et en tout cas notre jeunesse, sans avoir eu l’occasion de nous engager à corps perdu dans un combat qui en vaille la peine ? »

Insérée dans cette trame en court une autre, pas aussi fortuite ou déplacée qu’on pourrait le croire : Adam a une aventure amoureuse avec une amie retrouvée, que trop timoré il n’avait pas eue à l’époque, et ceci avec le consentement de sa compagne restée en France. Cette péripétie donne l’occasion d’évoquer les années soixante-dix du point de vue de leurs conceptions idéalistes voire utopiques sur l’amour et le sexe, et ce qu’il est advenu des notions révolutionnaires de liberté humaniste.
Le lecteur entrevoit également les charmes de la civilisation levantine (libanaise), chaleureuse, sensible et sensuelle, multiculturelle, dont le "modèle", qui permettait aux diverses communautés de vivre harmonieusement ensemble, n’a pas survécu aux tensions sectaires, entre fanatiques religieux et caïds de quartier, par défaillance de gouvernement national.
On trouve encore dans ce livre (2012) des aperçus pertinents sur la confrontation Occident – monde arabe, qui n’ont pas perdus de leur intérêt dans le contexte actuel, bien au contraire. Amin Maalouf analyse le conflit proche-oriental comme une rétrogradation dans la radicalisation (pas seulement religieuse), avec chez les Arabes une réaction haineuse contre l’humiliation longuement subie de l’Occident :

« Les militants radicaux comme lui, ils deviendront forcément un jour des oppresseurs. Mais aujourd’hui ils sont persécutés dans la plupart de nos pays, et en Occident ils sont diabolisés. Est-ce que tu as envie de défendre un opprimé alors que tu sais pertinemment qu’un jour prochain, il se comportera lui-même comme un tyran ? »

« Ce qui m’exaspère, c’est cette manière que l’on a aujourd’hui d’introduire la religion partout, et de tout justifier par elle. Si je m’habille comme ça, c’est pour ma religion. Si je mange ceci ou cela, c’est pour ma religion. On quitte ses amis, et on n’a pas besoin de s’expliquer, c’est ma religion qui m’appelle. On la met à toutes les sauces, et on croit la servir, alors qu’on est en train de la mettre au service de ses propres ambitions, ou de ses propres lubies.
La religion c’est important, mais pas plus que la famille, pas plus que l’amitié, et pas plus que la loyauté. Il y a de plus en plus de gens pour qui la religion remplace la morale. Ils te parlent du licite et de l’illicite, du pur et de l’impur, avec des citations à l’appui. Moi j’aimerais qu’on se préoccupe plutôt de ce qui est honnête, et de ce qui est décent. Parce qu’ils ont une religion, ils se croient dispensés d’avoir une morale. »

« Ce conflit qui a bouleversé nos vies n’est pas une querelle régionale comme les autres, et ce n’est pas seulement un affrontement entre deux ‘tribus cousines’ malmenées par l’Histoire. C’est infiniment plus que cela. C’est ce conflit, plus que tout autre, qui empêche le monde arabe de s’améliorer, c’est lui qui empêche le monde arabe de s’améliorer, c’est lui qui empêche l’Occident et l’Islam de se réconcilier, c’est lui qui tire l’humanité contemporaine vers l’arrière, vers les crispations identitaires, vers le fanatisme religieux, vers ce qu’on appelle de nos jours ‘l’affrontement des civilisations’. […] Je te le dis en pesant mes mots : c’est d’abord à cause de ce conflit que l’humanité est entrée dans une phase de régression morale, plutôt que de progrès. »

« Ce qui est certain, c’est que cette succession de débâcles a progressivement déséquilibré le monde arabe, puis l’ensemble du monde musulman. »

« …] au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident a découvert l’horreur des camps, l’horreur de l’antisémitisme ; alors qu’aux yeux des Arabes, les Juifs n’apparaissent nullement comme des civils désarmés, humiliés, décharnés, mais comme une armée d’invasion, bien équipée, bien organisée, redoutablement efficace. »

« Il y a, objectivement, deux tragédies parallèles. Même si la plupart des gens, chez les Juifs comme chez les Arabes, préfèrent n’en reconnaître qu’une. Les Juifs, qui ont subi tant de persécutions et d’humiliations à travers l’histoire, et qui viennent de connaître, au cœur du vingtième siècle, une tentative d’extermination totale, comment leur expliquer qu’ils doivent demeurer attentifs aux souffrances des autres ? Et les Arabes, qui traversent aujourd’hui la période la plus sombre e la plus humiliante de leur histoire, qui subissent défaite sur défaite des mains d’Israël et de ses alliés, qui se sentent bafoués et rabaissés dans le monde entier, comment leur expliquer qu’ils doivent garder à l’esprit la tragédie du peuple juif ? »

« Les guerres ne se contentent pas de révéler nos pires instincts, elles les fabriquent, elles les façonnent. Tant de gens qui se transforment en trafiquants, en pillards, en ravisseurs, en tueurs, en massacreurs, qui auraient été les meilleurs êtres du monde si leur société n’avait pas implosé… »

« Longtemps l’idée de révolution était l’apanage des progressistes, et un jour elle a été captée par les conservateurs. »

« "C’est l’Occident qui est croyant, jusque dans sa laïcité, et c’est l’Occident qui est religieux, jusque dans l’athéisme. Ici, au Levant, on ne se préoccupe pas des croyances, mais des appartenances. Nos confessions sont des tribus, notre zèle religieux une forme de nationalisme…"
"Et aussi une forme d’internationalisme", ajoute Adam.
"C’est les deux à la fois. La communauté des croyants remplace la nation ; et dans la mesure où elle enjambe allègrement les frontières des Etats et des races, elle se substitue aussi aux prolétaires de les tous pays qui, paraît-il, devaient s’unir." »

L'auteur, lettré francophone gardant un vif attachement à la culture arabo-chrétienne, transparaît dans le personnage central du roman, et son point de vue narratif relie les notes et extraits de correspondance de ce dernier. Ce procédé un peu bancal permet au moins une lecture aisée et finalement agréable de l’exposé clair, explicite.
Je dois confesser qu’une certaine impression me gêne à la lecture des romans d’Amin Maalouf, un a priori peut-être, difficile à décrire : comme quelque chose de convenu, d’artificiel et de banal dans le style comme le contenu, en-deçà de la mièvrerie mais qui entache spécialement son rendu des rapports humains.
Nota bene, cette fois les extraits que j'ai retenus me semblent plus objectivement représentatifs de l'oeuvre...

« Tout homme a le droit de partir, c’est son pays qui doit le persuader de rester ‒ quoiqu’en disent les politiques grandiloquents. […]
C’est d’abord à ton pays de tenir, envers toi, un certain nombre d’engagements. Que tu y sois considéré comme un citoyen à part entière, que tu n’y subisses ni oppression, ni discrimination, ni privations indues. Ton pays et ses dirigeants ont l’obligation de t’assurer cela ; sinon, tu ne leur dois rien. Ni attachement au sol, ni salut au drapeau. Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donnes tout, tu lui sacrifies tout, même ta propre vie ; celui où tu dois vivre la tête basse, tu ne lui donnes rien. Qu’il s’agisse de ton pays d’accueil ou de ton pays d’origine. La magnanimité appelle la magnanimité, l’indifférence appelle l’indifférence, et le mépris appelle le mépris. Telle est la charte des hommes libres et, pour ma part, je n’en reconnais aucune autre. »

suggestions : exil, guerre, amitié

mots-clés : #exil #guerre
avatar
Tristram

Messages : 2442
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Amin Maalouf

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains du Proche et Moyen Orient

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum