Cécile Wajsbrot

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Cécile Wajsbrot

Message par shanidar le Jeu 9 Fév - 11:26

Cécile Wajsbrot
Née en 1954


Cécile Wajsbrot est née à Paris en 1954. Elle étudie au lycée Victor-Duruy. Elle travaille d'abord comme professeur agrégé de lettres modernes avant de quitter l'Éducation nationale et de se lancer dans le journalisme free-lance et dans la traduction, métiers qui lui permettent d'écrire. Elle collabore aux revues Autrement, Les Nouvelles littéraires et Le Magazine littéraire.

Elle vit aujourd'hui tantôt à Paris, tantôt à Berlin.

Ses romans établissent une relation entre un passé difficile et des histoires individuelles fortes. Le silence et la souffrance de ses personnages résonnent en chaque lecteur.

source : wikipedia

Voilà ce qu'elle dit d'elle : Je n’aime pas parler de moi – ce n’est pas très intéressant. Mais je n’imaginerais pas une vie sans lire et sans écrire. Non que l’écriture soit le prolongement naturel de la lecture, simplement, l’un et l’autre donnent accès à l’univers particulier de la littérature, un univers parallèle dont les lieux coïncident parfois avec les lieux du réel. En écrivant, on vit dans ce monde parallèle – avec tout le bonheur et les difficultés que cela suppose.

Bibliographie

Romans
1982 Une vie à soi,
1993 Atlantique,
1995 Le Désir d'équateur,
1996 Mariane Klinger,
1997 La Trahison,
1998 Voyage à Saint-Thomas,
1999 Le Visiteur,
2001 Nation par Barbès,
2002 Nocturnes,
2002 Caspar-Friedrich-Strasse,
2005 Mémorial,
2007 Conversations avec le maître,
2008 L'île aux musées,
2013 Sentinelles,
2014 Totale Eclipse,

Essais
1989 Violet Trefusis, biographie, préface de François Mitterrand,
1991 Europe centrale, avec Sébastien Reichmann,
1991 L'Histoire à la lettre, avec Jacques Hassoun,
1999 Pour la littérature,
2004 Beaune la Rolande,
2016 Une autobiographie allemande, avec Hélène Cixous,
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shanidar

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Re: Cécile Wajsbrot

Message par shanidar le Jeu 9 Fév - 11:34

Memorial



Une femme attend sur le quai d'une gare un train qui n'arrive pas. S'engage alors un long monologue intérieur entrecoupé par des conversations avec des ombres, les ombres de ce père et de cette tante qu'elle a laissé derrière elle. Un père et une tante dont on comprend vite qu'ils sont à l'origine de ce voyage vers une ville et un pays dont on ne découvrira les noms qu'au milieu du récit. D'emblée, les jalons de l'histoire sont posés et reposeront sur l'impossible oubli, sur l'oppression du silence généré par une famille exilée qui refuse de se retourner, de regarder en arrière et de transmettre à sa descendance les mots qui permettent de regarder demain.

On ne s'étonnera donc pas de l'absence totale du vocable attendu : pas une seule fois le mot juif n'apparaitra dans ce long monologue, une fois l'occurrence 'occupation nazie' surviendra tardivement et cette absence est un aveu, l'aveu d'un silence impossible à détruire, le silence d'un père, d'une tante et d'une grand-mère qui ne voulurent pas parler, raconter l'exil forcé, la peur, la traque, le pogrom. Un silence qui se répercute de manière tangible, indépassable dans la vie de notre narratrice : incapable de rester, incapable de partir, incapable de construire, incapable de détruire, de dire 'au-revoir' à un passé dont personne ne parle et contre lequel elle se heurte inexorablement.

Il y a quelque chose de désespéré dans la tentative de notre narratrice d'aller à la fois dans la ville quittée par ses parents et de fouir à l'intérieur d'elle-même, alors que les voix de ce père et de cette tante la hantent nuit et jour. Un père et une tante, eux-mêmes atteints par la maladie d'Alzheimer, maladie qui les précipite dans l'oubli, l'oubli de tout et exile définitivement notre narratrice dans les limbes. Sans nom, sans numéro de rue, sans histoires familiales, elle ne peut que errer dans les rues de la ville et rêver d'un abandon total.

Ce livre est d'une beauté étouffante, la voix qui parvient à s'échapper du long retour sur soi est pleine de ressassement et de ressentiment mais aussi d'un léger espoir : l'espoir de pouvoir enfin trouver sa place dans le monde, dans 'son' temps, une place qui lui apporterait la paix et cette paix elle ne peut la trouver qu'en remontant les traces quasiment invisibles d'un passé qui s'efface, d'un passé que tout le monde tente d'oublier mais que personne ne parvient à dépasser.

Je suis très contente d'avoir pris le train avec Cécile Wajsbrot, très contente d'avoir passé quelques heures en sa compagnie, avec le sentiment très dense d'avoir été un réceptacle à ses questionnements, à son errance, à ses désirs. Ce texte est à la fois très intime et universel, il appelle au silence et cherche en même temps à le détruire, il crie et bâillonne, il est parfois lourd mais c'est ce qui le rend tangible, prégnant. Beaucoup de livres ont été écrits sur la Shoah, moins nombreux sont ceux qui parlent de la douleur, de l'angoisse, de l'impossible oubli des descendants, c'est ce que tente et réussit Cécile Wajsbrot, avec pudeur et avec rage.



mots-clés : #exil
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Jeu 9 Fév - 13:55

Tentant!

(Tiens, une histoire de train Wink !)

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Re: Cécile Wajsbrot

Message par shanidar le Jeu 9 Fév - 16:54

Je ne suis pas absolument sûre que Wajsbrot puisse te plaire topocl, elle est plutôt la représentante d'une littérature passive, réflexive, où il ne se passe pas beaucoup de choses mais où la construction narrative est extrêmement délicate et intellectualisée...
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par Nadine le Jeu 9 Fév - 17:02

On se fait une vague idée des goûts des chosiens, avec le temps et je trouve rigolo ton commentaire Shanidar,je vois pas topocl comme tu la décris en creux.
Peux-tu nous mettre un extrait ?
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par Bédoulène le Jeu 9 Fév - 17:04

je note mais pour plus tard

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par shanidar le Jeu 9 Fév - 17:54

Extrait des premières pages pour se mettre dans l'ambiance du voyage et de l'écriture car le texte de Wajsbrot commence comme ça :

Et les quais ne cessaient de s'emplir, se vider, et les gens affluaient, repartaient, régis par des mécanismes complexes en rapport, peut-être, avec les flux migratoires, ou les grandes marées, gagnant chacun une destination de hasard ou longtemps méditée sans bien savoir pourtant, malgré les préparatifs, les bagages emportés, les rendez-vous accumulés, sans bien savoir ce qui les attendait.

C'était une verrière datant du siècle dernier, enfin, de l'autre siècle puisqu'il fallait s'habituer désormais à se considérer comme transfuges d'un bord à l'autre, débarqués d'un ailleurs remontant au passé pour aborder vers l'avenir, un avenir dont nous étions une part mais qui nous échappait, une verrière datant de l'autre siècle qui, entre-temps, avait été détruite puis restaurée et qui, telle qu'elle était maintenant, ne laissait rien deviner des évènements, des époques qu'elle avait traversées et fini par surmonter. Mais chacun était bien trop occupé à attendre le train, à rassembler ses affaires, pour y prêter attention, et cette indifférence se perdait dans le brouhaha des annonces, la rumeur des conversations, des escaliers mécaniques, des moteurs et des freins.


(...)

Les voyages, me disais-je en regardant ceux qui vérifiaient leurs billets, levaient les yeux vers les panneaux où s'inscrivait la confirmation, une quinzaine de minutes de retard, ou cherchaient à repérer dans la composition du train affichée l'emplacement de leur voiture, essayant, chacun à sa façon, de réduire la part de hasard, les voyages ne sont pas si faciles, pas aussi simples qu'on fait semblant de croire, chacun essaie de transporter son monde, de préserver sa vie et son identité, de s'entourer d'une protection invisible comme la mandorle des icônes, pour traverser, indemne, toutes les intempéries et arriver exactement tel qu'il est parti, niant ainsi l'essence du voyage. Non, il n'était pas si simple de laisser, de quitter, et de s'abandonner à ce qui pouvait se produire - et ces mots, laisser, quitter, abandonner, éveillaient en moi d'autres échos qui, au milieu des trains et des gens, des trains qui arrivaient, ceux-là, pouvaient paraître incongrus.

Le récit de Wajsbrot est essentiellement introspectif et descriptif, peu de dialogues, peu de respirations ; recherche du mot juste et de la sensation qui rendra le mieux compte possible ce qui se vit intérieurement.
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par Nadine le Jeu 9 Fév - 19:26

Merci !
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Jeu 9 Fév - 19:38

shanidar a écrit:Je ne suis pas absolument sûre que Wajsbrot puisse te plaire topocl, elle est plutôt la représentante d'une littérature passive, réflexive, où il ne se passe pas beaucoup de choses mais où la construction narrative est extrêmement délicate et intellectualisée...
Nadine a écrit:On se fait une vague idée des goûts des chosiens, avec le temps et je trouve rigolo ton commentaire Shanidar,je vois pas topocl comme tu la décris en creux.

Non Nadine, ne t'inquiète pas, laisse shanidar me décrire comme une irréfléchie, hyperactive, indélicate et non intellectuelle.

(Bon shanidar, tu as fait tout ce qu'il fallait pour me faire vraiment envie : je vais le commander et on verra bien!)

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Re: Cécile Wajsbrot

Message par Nadine le Jeu 9 Fév - 19:57


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Re: Cécile Wajsbrot

Message par shanidar le Jeu 9 Fév - 21:04

tu as oublié terriblement impulsive et attachante, topocl ! (je te rappelle que j'aurais pu t'éviter la lecture de Matthias Zschokke, par exemple !), et puis je suis sûre que tu peux aussi me surprendre !! (dit-elle en croisant les doigts pour que ça marche !!)
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Ven 10 Fév - 7:38

Pas d'inquiétude, ça ne me gêne pas tant que ça de ne pas aimer un livre, de toute façon.
Et maintenant, patience....

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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Dim 19 Fév - 13:06

shanidar a écrit: et puis je suis sûre que tu peux aussi me surprendre !! (dit-elle en croisant les doigts pour que ça marche !!)

Gagné, je me régale !!! Mais alors vraiment à fond!(et je me demande bien pourquoi tu craignais cette lecture pour moi )

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Re: Cécile Wajsbrot

Message par shanidar le Dim 19 Fév - 17:23

(tu as donc finalement pris quelques courts de relaxation ?? )

Ceci dit, je suis ravie ! Je l'ai laissé sur mon bureau après avoir recopié le début du texte en me disant qu'il faudrait le relire tant la langue de Wajsbrot est un enchantement !
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Dim 19 Fév - 17:31

Exactement, je relis certains passages au fur et à mesure pour savourer. Il y a deux sortes de livres que j'adore: ceux ou j'avance le plus vite possible entrainée par une force obscure, ceux ou je freine au maximum pour en proofiter un peu plus. Celui-ci fait partie de la deuxième catégorie.

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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Dim 19 Fév - 17:49

Cécile Wajsbrot, dans Mémorial a écrit:C'est alors que nous venions, nous, leurs enfants, et que dès la naissance, nous portions leurs espoirs, car nous accomplirions les choses qu'ils n'avaient pas pu faire et leur venait l'idée qu'il étaient partis pour nous, car ils savaient qu'en une vie, ils n'auraient pas le temps de rattraper, ils pouvaient s'installer mais ils ne pourraient pas s'ancrer, s'enraciner, cela, c'était à nous de le faire et dès le commencement, nous étions lestés de leurs vies, de leurs désillusions en même temps que de leurs illusions, et porteurs de désirs qui n'étaient pas les nôtres. Mais la blessure qu'ils voulaient ignorer, cette cicatrice qu'ils oubliaient volontiers, ce nom qu'ils ne prononçaient jamais, nous l'entendions au coeur de leur silence se répercuté contre les murs de nos chambres, nous encerclant d'échos venus d'un autre monde, d'un autre temps, et tandis qu'eux nous voulaient - nous croyaient - pleinement ici, nous étions de là-bas avant d'y être allés, quand bien même nous n'irions jamais, de là-bas ou d'ailleurs, et d'emblée ils perdaient ce combat inégal - combat désespéré - contre les circonstances - et nous avec eux.

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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Lun 20 Fév - 10:41

shanidar, comment as-tu compris les passages sur la chouette harfang?


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Re: Cécile Wajsbrot

Message par shanidar le Lun 20 Fév - 11:10

Métaphore de l'écrivant ? : qui est au moment de l'écriture hors du monde, hors du temps, concentré totalement sur l'intériorité de son geste, qui est totalité de l'histoire et de l'Histoire, des morts et des vivants, de l'espace et du temps ? Et aussi terriblement solitaire dans sa course ?

Je ne suis absolument pas sûre de cette réponse...
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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Lun 20 Fév - 11:11

Je ne suis donc pas la seule à m'interroger.

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Re: Cécile Wajsbrot

Message par topocl le Lun 20 Fév - 11:16

Mémorial

Une femme attend sur le quai d'une gare un train qui ne vient pas, puis c’est un  trajet de nuit, long, très long. Toute cette attente lui laisse le temps d'analyser la relation d'attirance et de répulsion pour ce pays où elle a tardivement décidé d'aller, après bien d'autres fuites. un pays où elle revient sans jamais y avoir été, que ses parents ont fui, dont ils ne lui ont jamais parlé, et dont elle espère que le découvrir va être une délivrance, elle ne sait pas trop comment.  Car  ce père et sa sœur (la tante) s'enferment peu à peu dans la maladie d'Alzheimer, qui efface en eux ces événements, ou en tout cas leur récit, de façon irrévocable, cette fois. La maladie efface les mots, l'identité mais certainement pas la connaissance intuitive d'un passé (là-bas et ici) taraudant.

Tout cela s'est logé quelque part en nous  et a tracé une voie, celle du refus, de l'oubli progressif.

Dans cette quête, des voix lui parlent , en de surprenants dialogues magnétiques : le père, la tante en leur exil, elle-même d' une voix rendue nouvelle par le voyage , et un personnage étrange qui l’accompagne  une fois arrivée dans ce pays hostile.

-Nous ne comprenons rien de toi.
-Tu ne comprends rien de nous.
-C'est le signe de notre réussite.

Ce livre est un récit de l'exil, de la mémoire et de l'incommunicabilité, du silence comme transmission, transmission pervertie, mais transmission quand même. Et l'on est en droit de s'interroger, devant ces voix qui surgissent en elle, devant cette compréhension qu'elle  a enfin à la seule confrontation physique avec les lieux, si ce récit ne lui avait pas été fait, par bribes, peut-être, par allusions, mais bien fait, et qu'elle n'avait pas su l'entendre. Le tabou était sans doute un mélange :  pour les parents croyant l'autoriser à construire  un avenir sans le malheur comme  terreau premier, pour elle comme refus de cet enracinement tragique. Comme s 'ils avaient cru que nier suffirait.

C'est un livre empreint d'une ineffable mélancolie, rythmée par l'attente, le cahot (chaos?) du train, les pas éperdus dans la ville, dont il décrit la griffure avec  douceur. Au-dela de la douleur du traumatisme premier ( le pogrom et la fuite), il y a l'idée que l'exil n' a pas  suffit à mettre une distance, que l'oubli est  impossible  et n'est sans doute pas souhaitable : la marque reste là, la nier ne sert à rien, qu'à une perte d’identité plus grave encore.

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