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    Darian Leader

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    Darian Leader

    Message par chrysta le Sam 11 Fév - 7:33

    Darian Leader
    Né en 1965


    Darian Leader est un psychanalyste et un auteur britannique.

    En 1985, il est un des membres fondateurs du CFAR, le Centre d'Analyses et de Recherches Freudienne à Londres. Il enseigne à Leeds.


    Bibliographie (traduite en français)

    1999 : Les promesses des amants : sexe, amour et fidélité
    2001 : A quoi penses tu ? Les incertitudes de l'amour
    2001 : La question du genre
    2010 : Au delà de la dépression : deuil et mélancolie aujourd'hui
    2011 : Ce que l'art nous empêche de voir
    2014 : Bipolaire, vraiment ?
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    chrysta

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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Sam 11 Fév - 7:40



    Ce que l'art nous empêche de voir

    4 ème de couverture : Le 21 août 1911, La Joconde disparaît du Louvre. Volée. Apollinaire et Picasso figurent parmi les suspects. Surtout, des milliers de personnes - dont Franz Kafka et son ami Max Brod - se précipitent au musée dans le seul but de contempler l'emplacement vide du tableau ! Parmi ces fiévreux visiteurs, beaucoup n'avaient auparavant jamais mis les pieds au Louvre. Qu'est-ce que cela signifiait ? Pourquoi éprouvaient-ils subitement le besoin d'y venir en masse ?

    A partir de cette curieuse histoire, le psychanalyste anglais Darian Leader explore les ressorts psychologiques qui font que l'on regarde les oeuvres d'art. Qu'espérons-nous y trouver ? Et qu'est-ce qu'elles nous cachent ?


    Commentaire :

    Lors du vol de la Joconde, en 1911, personne ne s'aperçoit au début de rien, mais l'absence du tableau de sa place pendant 2 ans va le rendre légendaire, le public venant en plus grand nombre qu'avant pour constater son absence, certains n'ayant jamais vu auparavant le tableau.
    A partir de cet exemple historique, l'auteur va mener une réflexion sur la nature de l'art et sur ce que nous espérons y voir, incluant à sa réflexion nombre d'autres exemples tirés tant de la peintre, que de la sculpture , de la littérature, voire du 7ème art. Ces exemples permettent de comprendre les points de vue qu'il développe, certains assez faciles de compréhension, d'autres moins.

    Au fil des pages, il interroge l'acte de voir, ou plutôt de regarder  : que veut on regarder ? Que regarde t' on vraiment ? Qu'est ce que nous ne pouvons pas voir ? Comment l'art peut être de nous faire voir des choses que nous échouons à voir ? etc...

    Avec l'appui des écrits lacaniens sur le regard, l'auteur livre ici un livre fortement étayé, riche, intéressant, qui permet d'entendre ce qu'est le regard en psychanalyse et de déblayer un peu le terrain, mais qui est aussi accessible à tous tant ses exemples sont percutants, parlants.

    De plus, la plume de l'auteur, vive, est très agréable à lire.

    Certains passages sont moins abordables il me semble aux profanes, mais malgré tout l'ensemble me semble être, pour tout ceux qui s'intéressent à l'art et à l'objet regard, d'un intérêt indiscutable.
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    Re: Darian Leader

    Message par topocl le Sam 11 Fév - 8:44

    Chrysta, est-ce que la psychanalyse intervient pour une large part dans le livre?


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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Sam 11 Fév - 9:28

    Je vais avoir du mal à te répondre objectivement étant donné que je l'ai lu pour son aspect psychanalytique, et pour ce que ça a pu m'apporter de compréhension à cet endroit.
    Je dirai que l'auteur est psychanalyste donc son écrit est orienté par la psychanalyse mais il n'est pas lourd en ce sens, il discute d'art, avec le filtre de son analyse, sans déplier les théories psychanalytiques particulièrement, même s'il s'y réfère par moment. Je dirai que, malgré cela, sa réflexion autour du voir et du regard est accessible, facile à lire et peut apporter un enrichissement et une manière de voir les choses intéressantes.  Je dirai que la majeure partie de son ouvrage n'est pas un déploiement d'analyse mais plutôt une réflexion qui se base sur cela, mais pas que. Pour moi faut tenter pour ce faire un avis, car vu que je suis intéressée justement par la note psychanalytique, je n'en ai pas été gênée et n'ai pas trouvé qu'elle prenait tant de place, mais peut être pour d'autres cela semblera trop.
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    topocl

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    Re: Darian Leader

    Message par topocl le Sam 11 Fév - 9:35

    Merci pour ces précisions!


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    Nadine

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    Re: Darian Leader

    Message par Nadine le Sam 20 Mai - 10:02



    Bipolaire, vraiment ?

    A l'invite de Chrysta nous sommes quelques unes à avoir lu ce livre en LC. Voir le fil dans cette dernière rubrique.

    J'ai lu ce livre avec intérêt, pas eue l'impression que l'auteur creusait énormément, mais pour autant il y a des idées importantes qu'il met en avant et qui me serviront pour comprendre et penser ce trouble particulier dont souffre une proche. Je pense qu'il s'adresse, d'ailleurs, aux néophytes. Qu'il veut, par ce livre, faire bouger l'opinion.

    page 107 :
    Tout le monde , on le sait bien, a des identifications bien enracinées à des membres de sa famille. Fry suggère un point important quand il dit devoir au sucre sa vie même, répétant qu'il n aurait jamais existé sans le sucre. Son existence entière se trouve ainsi enchâssée dans un rapport de dette.
    Fry est un des patients dont il parle, c est aussi apparemment un écrivain connu.


    page 131 :

    Une patiente explique que "quand il ne reste plus rien que de la rage, elle se transforme en euphorie. (...° Si on lui demande ce qui peut déclencher ses épisodes, elle répond tout de suite "quand je me mets en colère contre quelqu'un que j aime".

    page 132 :
    La maniaco-dépression est cet effort pour séparer, pour maintenir une différenciation élémentaire au lieu d'un noeud de contradictions, toujours plus douloureux et plus déroutant.Tel est peut-être le véritable sens de la bipolarité  : non pas l'alternance des humeurs, que l'essentiel de la psychiatrie contemporaine est si prompte à transformer en une pathologie à traiter, mais la recherche d'une bipolarité primaire, d'une scission de base, qui soit un point de repère. (...) la maniaco-depression relève justement de cet effort pour instaurer des polarités extrêmes, pour créer un monde d'opposition (...) de séparer le gris en blanc d'un côté et noir de l'autre.
    , soit une forme extrême de la dépression.

    L'auteur défend une position qui met l'accent sur le vécu du patient, je crois, il encourage à instaurer une lecture de causalité avant d'enfermer dans une typologie morbide. Disons. je pense que Chrysta sur le fil de LC a d'ores et déjà exprimé et restitué cette position qu'il prend.

    Je me questionne : j avais lu que la bipolarité était un type de psychose.
    Et que les psychoses se heurtaient à l'échec d'une tentative de transfert, que la construction identitaire ne pouvait structurellement trouver réconfort à passer par le transfert psychanalytique, et que dans ces cas là, le psychiatre prenait un rôle symbolique de "secretaire" vis à vis du patient, que toute la démarche d'accompagnement et de soutien devait passer par cette nuance. Chrysta va voir sans doute ce que je veux dire, je simplifie forcément, car je ne suis pas dutout spécialiste et ne comprends que de loin.
    Mais ducoup, Leader m'interroge, il encourage à scruter ou dumoins entendre et comprendre le passé émotionnel et symbolique des bipolaires, mais sous ce rapport il n'évoque pas dutout les résultats ou cadres dans lesquels on peut apporter quelque chose d'aidant. C'est là où je suis un peu sur ma faim. Cette lecture ne peut suffire , elle m'aide à cerner des points de cet univers, mais pas à en comprendre l'accroche, pour y dialoguer et y soutenir un tiers.
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    Tristram

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    Re: Darian Leader

    Message par Tristram le Sam 20 Mai - 11:56

    La maniaco-dépression est cet effort pour séparer, pour maintenir une différenciation élémentaire au lieu d'un noeud de contradictions, toujours plus douloureux et plus déroutant.Tel est peut-être le véritable sens de la bipolarité : non pas l'alternance des humeurs, que l'essentiel de la psychiatrie contemporaine est si prompte à transformer en une pathologie à traiter, mais la recherche d'une bipolarité primaire, d'une scission de base, qui soit un point de repère. (...) la maniaco-depression relève justement de cet effort pour instaurer des polarités extrêmes, pour créer un monde d'opposition (...) de séparer le gris en blanc d'un côté et noir de l'autre.
    On dirait une démarche intellectuelle, souvent rencontrée dans l'Histoire...
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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Sam 20 Mai - 13:24

    @Nadine a écrit:
    Je me questionne : j avais lu que la bipolarité était un type de psychose.
    Et que les psychoses se heurtaient à l'échec d'une tentative de transfert, que la construction identitaire ne pouvait structurellement trouver réconfort à passer par le transfert psychanalytique, et que dans ces cas là, le psychiatre prenait un rôle symbolique de "secretaire" vis à vis du patient, que toute la démarche d'accompagnement et de soutien devait passer par cette nuance. Chrysta va voir sans doute ce que je veux dire, je simplifie forcément, car je ne suis pas dutout spécialiste et ne comprends que de loin.
    Mais ducoup, Leader m'interroge, il encourage à scruter ou dumoins entendre et comprendre le passé émotionnel et symbolique des bipolaires, mais sous ce rapport il n'évoque pas dutout les résultats ou cadres dans lesquels on peut apporter quelque chose d'aidant. C'est là où je suis un peu sur ma faim. Cette lecture ne peut suffire , elle m'aide à cerner des points de cet univers, mais pas à en comprendre l'accroche, pour y dialoguer et y soutenir un tiers.

    Alors, ce qui est aujourd'hui appelé "trouble bipolaire" correspond à la psychose maniaco dépressive qui était le terme utilisé jusqu'à ce qu'il soit commué en trouble bipolaire. Je dirai que le DSM liste une quantité importante de "troubles", celui ci en faisant partie, mais cela enlève quelque chose de sa réalité de départ. Pour moi je parle toujours de PMD.

    Alors, pour tenter d'expliquer un peu les choses, je dirai que les structures psychiques (psychose, névrose, perversion) sont des manières différentes de se construire. Quand l'enfant naît ( et même avant) il va petit à petit être introduit dans un mode de relation à l'autre et, avant cela, il va devoir se percevoir en tant qu'être séparé de l'autre (à la naissance l'enfant se pense comme partie du monde et de sa mère).
    Les interrelations à sa mère, à son environnement, vont lui permettre de se construire comme séparé (ou pas bien séparé selon les structures) et c'est avec les prototypes de relation au monde, sa construction de son moi, de sa réalité, etc ... vont déterminer sa structure et, dans sa structure, un mode particulier en fonction des stades évolutifs qui ont le plus été marqués.

    Bref, c'est comme si on comparait des maisons avec des fondations faites différemment, voire des matériaux différents. Une maison sur pilotis en bois ne réagira pas de la même manière à certaines intempéries que des maisons en briques. Elles se "déforment" différemment je dirai.
    Les psychoses (schizophrénie, paranoïa, PMD pour les essentielles) sont des formes de constructions avec certaines bases similaires mais avec des différences entre elles, par contre les fondations ne sont pas les mêmes que dans la névrose (Freud parlera de la butée de l'Œdipe qui n'est pas dépassé dans les psychoses, Lacan parlera de Nom du père qui est forclos dans les psychoses et opérant dans les névroses)
    En ce qui concerne le transfert, Freud estimait que les psychotiques étaient dans une temporalité ne permettant pas le transfert tel qu'il l'entendait ( soit le fait de répéter des modes relationnels archaïques aux premières imagos parentales et de l'environnement). Aujourd'hui je dirai que dans les écoles, on ne pense pas qu'il n'y ait pas de transfert mais seulement que celui ci est différent.
    Après, dans les thérapies avec des personnes souffrant de psychose, ce n'est pas une notion d'être secrétaire mais plutôt de tenter de faire construire au patient une suppléance, un sinthome. Mais évidemment les choses varient extrêmement entre les différents types de psychoses et avec les personnalités et construction psychiques qui sont toujours à penser dans une individualité.

    Je vais terminer le livre avant que de commenter ce que tu évoques de plus de la pensée de Leader.
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    Nadine

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    Re: Darian Leader

    Message par Nadine le Sam 20 Mai - 21:11

    Merci d'ores et déjà, c'est appréciable, tu tombes bien pour m'aider à comprendre tout ça, car ma curiosité intellectuelle se heurte au manque de culture en ce domaine, et ce que je commence à situer se télescope parfois et des amalgammes se font à tord; Il y a quelques années je n'aurais pas parié sur mon intérêt pour ces domaines de la recherche, à présent il est certain.
    Tu as déjà commencé à m'éclairer, merci !
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    Re: Darian Leader

    Message par Bédoulène le Sam 20 Mai - 21:16

    je vous lis !

    "Quand l'enfant naît ( et même avant) il va petit à petit être introduit dans un mode de relation à l'autre et, avant cela, il va devoir se percevoir en tant qu'être séparé de l'autre (à la naissance l'enfant se pense comme partie du monde et de sa mère). "

    est-ce à dire que les psychotiques le sont à la naissance ?


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    Re: Darian Leader

    Message par Nadine le Sam 20 Mai - 21:54

    De ce que je comprends non : c'est dans son rapport à ses plus proches que peu à peu des réseaux de sens et de construction peuvent ou non se créer. je crois cependant qu'il n'est pas prouvé que ces troubles relèvent totalement du vécu, mais l'inverse n'est pas non plus prouvé.
    Il y aurai de ce que je crois savoir un terrain favorable au developpement des psychoses, y compris génétique, l'usage aussi , de drogues, par exemple, mais la construction de la personnalité dans son rapport aux plus proches, enfant, est aussi un facteur de comprehension du processus. Chrysta dira si je me méprends.
    L'extrait que tu cites, Bédoulène, relève de toute construction, toi, moi, tout le monde est censé se construire ainsi, et la psychiatrie s'attache à déceler dans ces évolutions des "accidents" de sens qui auraient amené à mobiliser d'autres modes de survie psychique, donc d'autres logiques et d'autres fragilités. Avec mes mots, hein. attends la validation de Chrysta, car j'ai peut etre pas tout compris. Arrow
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    Re: Darian Leader

    Message par Bédoulène le Sam 20 Mai - 22:15

    " je crois cependant qu'il n'est pas prouvé que ces troubles relèvent totalement du vécu, mais l'inverse n'est pas non plus prouvé"

    alors les fondations de la construction sont faits de "matériaux" divers ?  et peut-être défectueux

    mais ne sommes nous pas tous plus ou moins défectueux ?


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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Dim 21 Mai - 8:07

    @Bédoulène a écrit:je vous lis !

    "Quand l'enfant naît ( et même avant) il va petit à petit être introduit dans un mode de relation à l'autre et, avant cela, il va devoir se percevoir en tant qu'être séparé de l'autre (à la naissance l'enfant se pense comme partie du monde et de sa mère). "

    est-ce à dire que les psychotiques le sont à la naissance ?


    Non, rien n'est déterminé à la naissance. Je dis justement que ce qui est appelé "psychose" est un mode de construction, de rapport au monde , à ses règles, aux autres qui se construit au fur et à mesure des expériences et de comment elles sont intériorisées
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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Dim 21 Mai - 8:18

    @Nadine a écrit:je crois cependant qu'il n'est pas prouvé que ces troubles relèvent totalement du vécu, mais l'inverse n'est pas non plus prouvé.

    Je ne dis pas que c'est le cas, je rappelle que j'essaie d'en donner une forme de compréhension orientée par la psychanalyse par rapport à ce que j'en comprend et de là où j'en suis avec cet outil là.
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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Dim 21 Mai - 8:49

    @Nadine a écrit:
    Il y aurai de ce que je crois savoir un terrain favorable au developpement des psychoses, y compris génétique, l'usage aussi , de drogues, par exemple, mais la construction de la personnalité dans son rapport aux plus proches, enfant, est aussi un facteur de comprehension du processus. Chrysta dira si je me méprends.
    L'extrait que tu cites, Bédoulène, relève de toute construction, toi, moi, tout le monde est censé se construire ainsi, et la psychiatrie s'attache à déceler dans ces évolutions des "accidents" de sens qui auraient amené à mobiliser d'autres modes de survie psychique, donc d'autres logiques et d'autres fragilités. Avec mes mots, hein. attends la validation de Chrysta, car j'ai peut etre pas tout compris. Arrow

    Alors juste je le répète, parce que c'est important : je ne dis pas que l'explication de la psychanalyse est la seule, ni que celle ci ou une autre est la bonne pour expliquer ce qui se passe chez les personnes qui souffrent de psychoses, c'est en tous les cas un mode de tentative de lecture qui permet d'essayer d'entendre ce qui se passe pour la personne et comment l'accompagner pour qu'elle se sente mieux.

    Après, on se construit tous avec des expériences, avec des manières dont on va appréhender le monde ( et pour cela différents facteurs jouent ), et effectivement il peut y avoir des "accidents", ou plutôt des éléments qui vont jouer différemment. Freud emploie la métaphore du cristal :

    Si nous jetons un cristal [Kristall] par terre, il se brise, mais pas arbitrairement, il se casse alors suivant ses plans de clivage [Spaltrichtung] en des morceaux dont la délimitation, bien qu’invisible, était cependant déterminée à l’avance par la structure [Struktur] du cristal. De telles structures fissurées et éclatées, c’est aussi ce que sont les malades mentaux.

    Lacan parle de Réel, d'Imaginaire et de symbolique et de comment ces registres se nouent ensembles, s'articulent ensemble.

    Quand tu dis que "les psys cherchent des accidents ...", tu as assez bien compris, après les choses sont bien plus complexes sur cews fameux accidents, car cela supposerait que quelque chose survient. Alors que ce n'est pas un événement qui survient une fois comme ça de l'extérieur, c'est bien plus complexe que cela.
    Personnellement, et avec ma vision, je dirai que la psychiatrie détermine les signes qui permettent le diagnostic ( sémiologie). Si le psychiatre, ou le psychologue a comme filtre de lecture la psychanalyse, je dirai, et cela n'engage que moi, que commence une tentative de se faire un peu historien de la personne et de dégager certes des moments particuliers qui pourraient être des sortes de déclencheurs, mais aussi de voir comment la personne a construit son rapport au monde et aux autres.
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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Dim 21 Mai - 8:53

    @Bédoulène a écrit:" je crois cependant qu'il n'est pas prouvé que ces troubles relèvent totalement du vécu, mais l'inverse n'est pas non plus prouvé"

    alors les fondations de la construction sont faits de "matériaux" divers ?  et peut-être défectueux

    mais ne sommes nous pas tous plus ou moins défectueux ?

    On est tous différents, on a tous une individualité, une personnalité...
    Pour moi, rien n'est défectueux, seul le regard social et ses attentes font de certains profils une forme de "normalité", que je réprouve, et qualifie de trouble ce qui ne rentre pas dans le moule.
    On est pas tous défectueux, mais on a tous notre subjectivité, qui peut faire plus ou moins souffrir par rapport à son plus ou moins grand décalage avec la norme admise.
    L'orientation psychanalytique est justement une orientation qui ne permet pas de normaliser mais de permettre à la personne de moins souffrir de certaines choses, de mieux repérer certains modes de fonctionnement, et de s'accepter.
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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Dim 21 Mai - 8:56

    Par rapport à vos questions, je serai tentée pour une prochaine lecture psychanalytique de proposer quelqu'un comme R.Gori par exemple. Que ce soit des articles ou certains livres.
    Je pense que cela pourrait vous intéresser

    Bon, j'ai terminé le livre, je vais faire un petit mot à son sujet dans la journée je pense
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    Re: Darian Leader

    Message par Bédoulène le Dim 21 Mai - 11:02

    je voulais justement dire en employant "défectueux" par rapport à la norme et quand je dis que nous sommes tous plus ou moins défectueux c'est que je partage ton regard sur la normalité. Smile

    mais je n'ai pas lu le livre je vous lis .


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    Re: Darian Leader

    Message par églantine le Dim 21 Mai - 20:38

    @chrysta a écrit:Si le psychiatre, ou le psychologue a comme filtre de lecture la psychanalyse, je dirai, et cela n'engage que moi, que commence une tentative de se faire un peu historien de la personne et de dégager certes des moments particuliers qui pourraient être des sortes de déclencheurs, mais aussi de voir comment la personne a construit son rapport au monde et aux autres.
    Totalement d'accord .
    Et aussi ....Oui, il me semble que peut-être on ne fait pas une analyse ou une psychothérapie pour "guérir" : ça marche pas comme ça , enfin je crois , et ça veut rien dire en plus je trouve . On se prend en main peut-être , et  ça permet peut-être ,  de mieux accepter certaines différences handicapantes . (et non pas de les faire disparaître ) . Quelquefois d'atténuer les souffrances peut-être. Et réguler le cerveau peut être aussi quand on a trouvé l'historique, la structure complexe de la personnalité grâce à cet éclairage psychanalytique .( et autant d'individu , autant de structure ) . Et ça permet de limiter les camisoles chimiques peut-être . Et c'est faire preuve de courage peut-être et donc bon pour l'estime de soi peut-être .  Et c'est peut-être aussi vécu comme une belle aventure .Et peut-être des tas d'autres choses intimes ....

    Enfin c'est juste ce que je pense .


    _________________
    Et, de nouveau, elle se sentit seule en présence de sa vieille antagoniste, la vie.
    La promenade au phare . Virginia Woolf .
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    Re: Darian Leader

    Message par chrysta le Dim 21 Mai - 22:02

    Mon premier contact avec ce livre a été assez déstabilisant. J’avais auparavant lu du même auteur « Ce que l’art nous empêche de voir » qui abordait une question intéressante à partir de la disparition du tableau de la Joconde et du constat que de nombreuses personnes, certaines n’étant jamais venues voir l’œuvre de De Vinci, se pressaient devant la place vide de ce tableau. Un livre que j’avais trouvé fin, fouillé, analytique mais dans un abord qui pouvait s’entendre de manière globale. Bref, avec « Bipolaires, vraiment ? » les premières pages m’ont fait effectuer un grand saut tant l’auteur a abordé la question d’une manière bien plus simple, voire simpliste. Je ne pourrais pas dire que le début de la lecture a été très réflexive. J’y ai perçu un ouvrage « grand public » qui, au contraire de « Ce que l’art nous empêche de voir », vulgarisait beaucoup le sujet. Un peu décevant de prime abord.

    Malgré tout, ce livre a pour moi le mérite dès le départ de poser certains points importants :

    - Une sorte de mode que l’auteur nomme l’ « ère bipolaire », un terme qui a émergé au moment de l’expiration des brevets des molécules destinés à traiter la dépression, et donc de leur entrée dans le domaine public.
    - Le diagnostic de bipolarité qui flambe (x50) sans épargner les enfants (de mon point de vue la structure ne se précise pas avant l’adolescence, alors diagnostiquer une bipolarité chez un enfant c’est juste ce que je qualifie de n’importe quoi… mais ça n’engage que moi)
    - Un effet de mode, les stars affichant une certaine bipolarité qui vient les définir et leur donner une sorte d’identité.

    Tout cela, dit l’auteur, tend à flouter la réalité de la maladie et de la souffrance des patients.
    Le trouble bipolaire est une invention DSM là où on parlait avant de Psychose Maniaco Dépressive. Or, qualifier de trouble ouvre à une représentation de décalage à la norme, plutôt que de souffrance et de fonctionnement subjectif ; le trouble bipolaire parle de signes cliniques, de comportements à réguler via les sacro saintes molécules, et oublie en grande partie le sujet et ce qu’il vit. On gomme les manifestations en oubliant le sujet. Ceci est une petite incartade personnelle mais qui reflète aussi la pensée de l’auteur qui transparait un peu dans cette citation :

    « Au lieu d’être obnubilé, de façon plus ou moins exclusive, par le bon dosage des médicaments, il importe de remettre la vie du sujet maniaco-dépressif dans son contexte, d’analyser les détails des phases hautes et basses et de résister à l’option trop facile du recours généralisé à l’argument biologique. Il importe de distinguer soigneusement la maniaco-dépression de notions floues, qui n’aident pas, sur les troubles du spectre bipolaire en général, et de la diagnostiquer à partir de ses motifs caractéristiques : la fuite des idées, l’impression d’une connexion spéciale avec le monde, l’oscillation d’une faute, et l’effort de créer une séparation catégorique du bon et du mauvais. »

    Darian Leader va décrire au fil des pages la maniaco-dépression, et discuter l’alternance des cycles qui est trop souvent à l’heure actuelle ce qui détermine le diagnostic en occultant ce qui les génère. Il décrit l’état maniaque de manière simplifiée et imagée, mettant en avant l’état « turbo », les sens exacerbés, un état où rien ne semble impossible, où on se sent « vivants »… un état où tout fait sens, tout semble connecté …. mais qui peut déboucher sur des actes graves.
    Il va avancer quelques hypothèses de l’alternance de ces cycles. L’une d’elle est d’imaginer que ces cycles montrent comment l’enfant a vécu ce même type de cycle dans son rapport aux parents : alternativement être délaissé puis être sollicité. Pour lui, « quelque chose s’est cristallisé dans l’expérience des interactions ». Une autre serait lié au basculement d’un état à l’autre (soit de la manie à la dépression ou inversement) qui résulterait d’un point de l’histoire du sujet qui n’a pas été intégré (exemple entre autres de dates anniversaires oubliées). Je cite : « On pourrait au contraire voir cette alternance comme le résultat d’une difficulté à inscrire l’histoire, gravitant souvent autour d’un point impossible où quelque chose ne parvient pas à être symbolisé ou négocié psychiquement. »


    Il met en garde de ne pas trop vite confondre un état maniaque avec une hyperactivité, une exubérance ou d’autres traits de personnalité qui pourrait y faire penser. Au-delà d’un comportement visible, ce qui amène à penser un état maniaque ce sont les mécanismes qui le sous-tendent. Il pose aussi la question d’ « où cessent l’alternance des humeurs normales et où commence la bipolarité. »

    L’auteur interroge aussi l’impact de la culture sociale actuelle sur la bipolarité : n’éperonne t’elle pas les phases maniaques là où elle demande aux citoyens de de savoir se vendre, créer, être au summum de la leurs capacités, etc ?

    Darian Leader va aussi considérer un possible sens aux phases de manie et de dépression liées selon lui à une forme de responsabilité notamment en lien avec une mort, une dette. Il évoque en ce sens comment, en phase maniaque, apparaît souvent des extravagances dans les dépenses qui mettent le sujet en dette dans la réalité. Pour lui, ces excès seraient lié à une forme d’altruisme tant les dépenses sont souvent référées au besoin d’un autre. La période dépressive viendrait elle amener le sujet à réparer, annuler cette dette.

    L’auteur étend sa pensée ici à une dette générationnelle, là où le sujet serait susceptible de porter une responsabilité, une dette, irrésolue à la génération précédente. Et ce sera surtout un sentiment de culpabilité/responsabilité vis-à-vis d’un décès qui serait en cause. Les alternances de phases viendraient représenter le crime et son effacement. Avec, en phase maniaque, la forclusion du sentiment de responsabilité qui revient avec la phase dépressive.
    L’auteur donne à ce propos des pistes pour différencier la phase dépressive de la PMD de la mélancolie.

    Darian Leader développe aussi comment le maniaco-dépressif tend constamment à tenter de séparer ce qui est bon de ce qui est mauvais, cela lié à une impossibilité d’assumer ses sentiments haineux existant aux côtés des sentiments d’amour pour un même objet. De fait, pour préserver son objet de sa rage, le sujet sépare catégoriquement les deux. L’auteur donne quelques exemples à ce propos, comme par exemple le ménage pour séparer propre et sale.

    Il développe aussi l’impact possible transgénérationnel.

    Au-delà d’un début qui ne m’a pas accrochée particulièrement, j’ai tout de même trouvé des pistes de réflexion intéressantes dans les idées que développe Darian Leader, notamment sur la dimension de la responsabilité / dette, qui me parle par rapport à la clinique de certains patients que je rencontre.

    Je conclurai avec ces quelques mots de l’auteur si importants à mon sens : « Il nous faut revenir à une approche plus ancienne et plus humaine. A une approche qui se penche sur la singularité de chaque cas. Et qui offre à la personne maniaco-dépressive une chance d’assumer – aussi lent et douloureux que puisse être le processus – ce qui de son histoire peut être assumé, et de trouver quand même une manière de vivre avec ce qui ne le peut pas. »


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