Enrique Vila-Matas

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Re: Enrique Vila-Matas

Message par Bédoulène le Lun 9 Avr - 8:44

merci Tristram, je vois qu'il y a plusieurs Bartleby, donc je pense que je commencerai par le premier

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Re: Enrique Vila-Matas

Message par Tristram le Lun 9 Avr - 11:47

Oui Bédoulène : celui de Melville d'abord, qui est un très beau texte.
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Re: Enrique Vila-Matas

Message par Bédoulène le Lun 9 Avr - 16:31

merci Tristram !

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Re: Enrique Vila-Matas

Message par Tristram le Lun 14 Jan - 12:17

Loin de Veracruz



Le narrateur, Enrique Tenorio, évoque ses deux frères : Antonio, l’aîné, écrivain casanier à la pipe froide, qui imagine et rédige des voyages à succès et finira par se suicider, Máximo, le cadet, haï par leur père et devenu un génial peintre, qui sera éliminé par une femme fatale (que les trois frères fréquenteront successivement). Enrique est un grand voyageur qui accumule les malheurs qu’il relate dans cette sorte de journal de « jeune vieux » (en fait la poursuite du roman esquissé par Antonio avant de se jeter dans le vide, La Descente…).
Le ton est souvent goguenard mais retombe toujours dans la nostalgie, le ressassement onirique, les redites érudites :
« ...] la beauté extrême d’Antigua – avec ses étonnants arbres millénaires, dont les racines, telle une vengeance du temps, montent comme des lianes sur les murs en ruine de ce qui fut la première forteresse de Cortés ‒ [… »

« Sur la forteresse en ruine, telle une vengeance de Moctezuma, grimpent aujourd’hui comme des lianes les puissantes racines des arbres millénaires de la région. »
Les références littéraires sont multiples, parfois éclairantes :
« Car, pensant au silence de notre siècle, je me souvins de ce maudit Beckett et de sa tentative pour entraîner la littérature dans une glauque taverne irlandaise fréquentée par des écrivains muets. »

« …] par rapport au Mexique, que je me sentais plus proche du thème de Juan Rulfo dans Pedro Páramo – le retour, c’est pourquoi le héros est un mort, or que suis-je, moi, sinon un vaincu de la vie ? – que du thème de l’homme chassé du paradis traité dans Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry. »

« …] un système qui lui était très personnel – copié sur Gombrowicz – consistant à entremêler les faits narratifs avec un sujet proche de l’essai littéraire et, en mettant à contribution sa non négligeable imagination et son talent pour l’association délirante et gratuite entre les choses les plus dissemblables, à boucler le texte avec une pensée finale, parfois très brillante et intelligente mais, d’autres fois, il faut bien le dire, scandaleusement superficielle. »
Il y a quelques allusions que j’ai perçues, mais sans doute pas assez pour vraiment donner du sens à l’ensemble ; à propos, Tenorio est le nom de famille de don Juan, le séducteur (ceci explique certains sous-entendus, et peut-être une vision assez misogyne des femmes). Y a-t-il renvoi au Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre ? L’inspiration de Cervantès est prégnante ; il me semble que Vila-Matas rejoint ici les quelques écrivains qui "cervantisent aujourd’hui", comme dit Goytisolo.
Voici peut-être une des clés de ce récit :
« Il ne m’échappe pas, en effet, que, soit on vit la vie à fond et l’on devient un Indiana Jones et un plouc, soit on écrit l’existence et on lui donne un sens, mais alors elle ne peut plus être vécue. Autrement dit : sois dans la vie et tu es insignifiant ; cherche à donner du sens et tu es mort. »
Le Mexique (et la mort) tient une grande place dans l’histoire :
« Avancer ou mourir, ils [les soldats de Cortés ayant sabordé ses navires] n’avaient devant eux que ce choix. Plus jamais n’existera un pareil voyage, ce fut le voyage par excellence. »

« Je me rappelle qu’il y avait une véritable magie dans l’ambiance folle des marimbas et une frénésie de havane quand nous traversâmes lentement le Zócalo, qui est la place centrale, et nous assîmes sous les arcades, Los Portales, dans un des cafés où tout le monde vient s’asseoir à Veracruz et où nous bûmes quelque chose d’inoubliable pendant que se succédaient des orchestres qui finirent par nous chanter les œuvres complètes (et autres contes) de don Agustín Lara. Quand fut achevé ce génial répertoire, une femme qui avait attendu son tour avec une singulière patience sous l’arcade la plus éloignée s’approcha avec une harpe gigantesque et, cordes tendues jusqu’au chipichipi et à la pluie, chanta La Bamba sur un rythme endiablé. Bamba, la bamba, la bamba. Stupéfaits et encore mal remis de la vitesse, nous vîmes un nain, agitant une clochette de bronze, susurrer María bonita en anglais. Un autre fou rejoignit la fête. Frange bouclée sur le front, d’une grosse voix comateuse, le fou me glissa dans l’oreille : « Mourir du désir de revenir. » Pour l’heure, mes yeux, à Los Portales, n’étaient plus qu’une immense place de curiosité dominicale et ils ne tardèrent pas à devenir la fête totale. Je sentis que le moment était unique. Je sentis ce qu’avaient senti beaucoup d’autres avant moi. Je sentis que je n’étais pas original. "Finalement, a écrit Pessoa, la meilleure manière de voyager, c’est de sentir. Plus je sentirai, plus je sentirai de personnes en moi, plus j’aurai de personnalités, plus intensément, stridemment je les aurai…" »

« …] en définitive la vie n’est que nostalgie de la mort. Nous ne venons pas de la vie, mais de la mort. »
Il ne faut sans doute pas chercher une trame au sens conventionnel, mais le manque de fil conducteur (ou la profusion de fils conducteurs) déroute le lecteur, surtout s’il perçoit des longueurs en milieu d’ouvrage ; restent un esprit facétieux, une invention prolixe, une littérature de la littérature, et un vrai plaisir de lecture :
« Je ne sais pas qui a dit que nous vivons comme nous écoutons la radio : nous attendons la chanson suivante, la chanson qui changera un peu, sinon notre vie, du moins notre matinée. »

« …] la littérature et la sénilité se ressemblent beaucoup, car elles présentent l’une et l’autre l’avantage de se situer en dehors de l’obscène jeu de la prétendue réalité – ce que nous appelons, par exemple, la lutte pour la vie – et sont, l’une et l’autre, le refuge idéal où l’homme peut se protéger enfin des blessures insensées et des coups absurdes que l’"épouvantable vie vraie" – la qualifiait-il alors – lui assène à mesure qu’elle s’écoule. »

« Aucun endroit ne m’attire spécialement, voyez-vous, aucun lieu ne me fascine tout à fait parce que je n’ignore pas que, s’il existait un colossal et extraordinaire charme dans cette vie, il consisterait pour moi à être là où je ne suis pas, endroit où je désirerais être dans un autre, qui serait nulle part. Aussi suis-je de Veracruz, point. Et si je suis de Veracruz, c’est que je suis bien obligé d’être de quelque part et, en tant qu’écrivain, d’en avoir une certaine nostalgie. »

« Je pense aujourd’hui, en effet, que si, par vie, il faut entendre engagement, implication, le degré de ce que nous pouvons percevoir dans ses entrailles est proche de zéro. »

« En deux semaines, je me rappelle être parvenu à lire la bagatelle de cinquante classiques, et je me rappelle aussi que, pour la moitié d’entre eux, je ne comprenais pratiquement rien, mais m’obligeais à les lire jusqu’au bout, toujours mû par le vague espoir que, dans les dernières lignes, l’auteur aurait la bonne idée de s’expliquer un peu ou, simplement, de demander pardon pour son impertinence et son extravagance. »

« ‒ Tu te rends compte, me dit Antonio un jour, que les excuses que tu me donnes sans arrêt pour justifier ton incapacité à trouver du travail sont exactement celles qu’inventent pour leurs parents les adolescents qui ont l’intention d’être exclusivement écrivains ? »

« Et ce n’est pas du remords que je ressens, mais l’angoisse – comme celle que doivent ressentir, par exemple, ces écrivains qui inventent tant de vérités feintes – qu’à tout instant je peux être retrouvé et que j’aurai à payer le prix fort. »

Aussi difficile de trouver un mot-clé que de cerner le dessein de Vila-Matas ou de le commenter : peut-être Aventure, Voyage ?


mots-clés : #aventure #voyage


Dernière édition par Armor le Lun 14 Jan - 14:08, édité 2 fois (Raison : Réduction image + pose des hashtags)
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Re: Enrique Vila-Matas

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 20 Jan - 12:46

Donc, tu finis par t'accommoder de Vila-Matas à ce qu'il me semble, Tristram?
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Re: Enrique Vila-Matas

Message par Tristram le Dim 20 Jan - 13:33

Ah, JHB, je n'avais pas conscience de donner cette impression, mais en fait c'est un auteur que j'apprécie beaucoup depuis ma (récente) découverte de quelques-uns de ses livres, tout en ayant éventuellement quelques réserves (parfois il exagère peut-être dans la digression gratuite et sans grand intérêt apparent, il est inégal, etc.), mais je ne peux pas être fort critique lorsqu'il s'agit de littérature qui parle de la littérature, et il fait partie de cette belle famille que je prise énormément, les écrivains de l'exubérance imaginative baroque (de Rabelais et Cervantès jusque Giono et Queneau, par exemple).
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Re: Enrique Vila-Matas

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