Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Philippe Claudel

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    Hanta

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    Philippe Claudel

    Message par Hanta le Dim 19 Fév - 11:50

    Philippe Claudel (né en 1962)


    biographie a écrit:Philippe Claudel est un écrivain et réalisateur français, né le 2 février 1962 à Dombasle-sur-Meurthe.

    Sa mère Lucienne (1931-2013) est ouvrière dans l'industrie textile et son père Marcel (1920-2009), ancien résistant membre des FFI, gardien de la paix, après avoir été bûcheron avant-guerre. Il a deux soeurs, Brigitte (née en 1956) et Nathalie (née en 1966). Il passe son enfance dans la petite ville où il est né et fait ses études au collège Julienne Farenc puis à partir de la classe de 4ème, au collège puis au lycée Bichat de Lunéville où il est interne. Ce sont des années de grande tristesse et de lecture intense. Après l'obtention de son baccalauréat en 1981, il mène une vie dissolue pendant deux années, s'inscrivant à l'université de Nancy mais ne la fréquentant guère, passant son temps à écrire des poèmes, des scénarios, à jouer dans de nombreux courts métrages, à créer deux radios libres avec des amis, à boire, à faire la fête, l'amour, et à pratiquer intensivement l'alpinisme. Durant cette période, quelques rencontres le marquent particulièrement dont celles avec Philippe Soupault, Arletty, Marlène Dietrich, Mick Jagger et David Bowie auxquels il rend régulièrement visite. En 1983, il rencontre Dominique sa femme qui l'incite à reprendre ses études. Il passe une licence de lettres modernes, ainsi qu'une licence d'histoire de l'art et un DEUG d'histoire et géographie.

    Il quitte son emploi du surveillant dans un lycée après avoir réussi le concours de PEGC en 1985. Par la suite, il passe et obtient le CAPES de lettres modernes, puis l'agrégation de lettres modernes. En 2001, il soutient une thèse de doctorat en littérature française consacrée à André Hardellet (1911-1974) sous la direction de Gilles Ernst. Son travail obtient une mention très bien assortie des félicitations du jury à l'unanimité, mais il refusera de publier par la suite cette thèse malgré les demandes insistantes de certains éditeurs.

    source : wikipedia

    Bibliographie :

    Meuse l’oubli
    Quelques-uns des cent regrets
    J’abandonne
    Le Bruit des trousseaux
    Nos si proches orients
    Carnets cubains
    Les Petites Mécaniques
    Les Âmes grises
    Trois petites histoires de jouets
    La Petite Fille de Monsieur Linh
    Le Rapport de Brodeck
    Parle-moi d’amour
    Le Paquet
    L’Enquête
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    Hanta

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    Re: Philippe Claudel

    Message par Hanta le Dim 19 Fév - 11:54

    L'Enquête



    Philippe Claudel dresse un constat alarmant derrière l'apparat du roman : l'entreprise, de nos jours, a instauré une certaine autarcie autour d'elle et sa logique demeure incompréhensible, ses actes dénués de sens et son fonctionnement incohérent pour toute personne extérieure.
    Les personnages sont décrits comme sans personnalité, ils sont définis par leur fonction : le Guide, le Gardien. l'enquêteur lui-même dés lors qu'il est envoyé au sein de l'Entreprise perd petit à petit les souvenirs le concernant.
    Les suicides sont en réalité une métaphore, l'Entreprise tue l'humanité des salariés en annihilant leur personnalité. Dés le début du récit la culpabilité de l'Entreprise est fortement sous-entendue, et la métaphore est filée au fur et à mesure que nous découvrons l'environnement de ceux qui se sont suicidés. Ce sont d'ailleurs les grands absents de l'histoire il en est rarement fait mention et l'Entreprise ignore leur existence comme elle ignore volontairement la personnalité de chaque individu devant travailler pour elle.
    Peut être le roman qui m'a le plus scotché ces dernières années. Pour preuve je m'en suis servi pour mon mémoire. A mi-chemin entre Kafka et Ionesco, Claudel présente à mes yeux la critique la plus virulente qui soit à l'économie et à tout ce qui ne tourne pas rond au sein du monde de l'entreprise.
    Chaque personne est déshumanisée et désidentifiée, elle ne porte le nom que de sa fonction, ce qui renforce le sentiment que tout le monde est remplaçable et qu'au finale peu importe ce qu'on est du moment que ce qu'on fait présente une utilité à notre employeur.
    Personne ne comprend la logique de l'entreprise et doit s'exécuter en dépit de ce qu'on pense être le bon sens.
    Un roman-référence tant par le style qui est presque poétique, l'histoire écartelée entre le drame et l'humour, et un constat effarant, l'absurde du fictif n'est même pas caricatural. Une claque qui fait du bien.
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    topocl

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    Re: Philippe Claudel

    Message par topocl le Dim 19 Fév - 12:56

    L'arbre du Pays Toraja



    Bien qu'y ayant trouvé pas mal de défauts j'ai finalement assez aimé ce livre.

    Le narrateur, cinquantenaire qui lit des livres, fait des films, fréquente des acteurs connus, et adore l'alpinisme, est assez proche de Philippe Claudel. Approchant de la cinquantaine, se questionnant sur la vieillesse, la maladie et la déchéance des corps, il est écartelé entre la mort, (son grand ami Eugène, inspiré de Jean-Marc Roberts dit la presse, est mort d'un cancer) et la vie (il a une liaison avec une jeune femme, beaucoup plus jeune que lui, lumineuse évidemment), et cette introspection se nourrit de son appétence culturelle et d'une réflexion sur la création.

    Il y avait là beaucoup d'ingrédients pour me plaire car j'adore les scènes d' enterrement (dans les romans), et j'aime aussi bien (dans les romans) les cinquantenaires nombrilistes et pleurnicheurs. Il y a des personnages magnifiques, incarnant une superbe histoire d'amitié, et une relation curieuse et réjouissante avec Florence son ex-femme. Si globalement l'élément scénaristique est maigre, c'est de peu d’importance, car d'une part il y a des ressorts pleins d' intelligence maline tout au fil du récit (l'immeuble qui ressemble à Fenêtre sur cour, la rencontre avec Kundera, le personnage de Michel Piccoli et d'autres)… Enfin Philippe Claudel a vraiment une prose magnifique, poétique, parfois à la limite du lyrique, je me suis laissée emporter par son écriture.

    Par contre… Il y a un petit côté démonstratif, dans l'accumulation des rencontres du narrateur avec la mort et la déchéance des corps. Les réflexions existentielles sont, surtout dans la première partie, parfois un peu pontifiantes, avec trop de généralités bien pensantes ( la Vie/la Mort, l'Orient/ l'Occident... )susceptibles d'être notées par les adolescentes dans leur carnet de citations. L'intrigue avec la jeune femme, quoique pimentée par la relation architecturale entre les deux appartements, est d'une la banalité confondante (mais , me direz-vous n'est ce pas le cas de la plupart des liaisons entre un cinquantenaire et une jeune trentenaire, dans la vie comme dans les romans).

    Enfin on a droit à l'inévitable scène « bonne conscience de l'auteur » avec le bateau de réfugiés en Méditerranée, certes présenté avec un point de vue assez original de réflexion sur le rôle de l'image, mais qui, au final, n'a pas grand-chose à voir avec la choucroute (tellement incongrue que le narrateur tombe sur cette scène à la télévision, une télévision que dit-il, il n'a pas allumée depuis des années… quel curieux hasard.). D'ailleurs le narrateur lui-même a la notion que c'était totalement annexe dans sa petite histoire d'observation personnelle puisque : « la nuit suivante, je ne suis pas parvenu à dormir. »… Et puis… on n'en parle plus

    Enfin, sans spoiler, tout cela « finit bien », et, je dois dire que j'attendais un peu mieux que ça.

    Après avoir dit tout cela, je garde quand même une assez bonne impression, tout en gardant un regret pour le chef-d'oeuvre à côté duquel Philippe Claudel est passé.

    (commentaire récupéré)


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    Re: Philippe Claudel

    Message par tom léo le Dim 19 Fév - 17:54

    L’enquête


    CONTENU:
    Un Enquêteur arrive avec l’ordre d’enquêter sur une série de suicides dans l’Entreprise d’une ville. Mais dès son arrivée tout semble comploter contre lui : même les lieux, les temps échappent au contrôle, se dilatent, fuient. Dans les rencontres avec les gens de la ville, tous seulement désigné par leur fonctions, pas avec un nom, c’est l’arbitraire qui règne, aussi bien dans le mauvais accueil que dans le bon. L’inquiètude, l’incertitude naissent. Comment avancer dans l’enquête ? Où est-ce que le protagoniste principal est en train de découvrir des choses sur soi-même ? Sur quoi s’appuyer ? Peu à peu il devient lui-même une proie dans une machinerie anonyme.

    REMARQUES:
    Des personnes et des lieux ne sont pas nommés; ils restent anonymes, seulement désignés par leurs fonctions, sans donner une vraie identité. Ainsi, dans ce roman surréaliste avec des forts liens avec des réalités sociales, économiques et aussi l’état de l’homme dans cette société, l’homme devient un chiffre, une fonction.
    Philippe Claudel ne change pas tellement dans le sens d’une description d’une réalité intolérable (il l’a fait dans les romans de la trilogie et aussi le suicide était déjà apparu dans le roman « J’abandonne »), mais plutôt dans le style, le genre choisi. Il commence avec un récit classique, plutôt réaliste, pour vite changer vers un coté absurde, fantastique. Moi je dirais, qu’il y a un fort coté kafkaesque dans ce récit. Mais on pourrait aussi sans problème retrouver des moyens, des sujets utilisés par des gens comme Orwell (1984), Ishiguro (Les inconsolables) ou Fritz Lang (Metropolis) voir Chaplin (Les temps modernes) etc… Ces parallèles ne sont pas tellement les faiblesses du récit, mais je les vois dans une telle volonté didactique que l’auteur semble vouloir expliciter à chaque page l’atmosphère qu’il aurait pu décrire par touches. Il a apparemment besoin d’explication plus lisible que justement un Kafka. Ainsi je me sentais tout le temps pris à la main où ce n’était pas nécessaire.

    La personne de l’Enquêteur est vite peint de façon à faire pitié. Bien sûr il est vrai que face aux mécanismes anonymes, les rouages de la société et des entreprises, l’homme se sent démuni, oui, même comme un enfant. On est au bord du gouffre. Pourtant – il y en a une allusion dans le récit – comment ne pas déresponsabiliser cet homme ? Est-ce qu’il est seulement victime ou aussi, dans un certain sens, participant, c’est à dire responsable ? J’y vois une autre faiblesse du récit…

    C’est une image amer de notre société, parfois grotesque, voir burlesque. Claudel montre une réalité, il ne donne pas de solution. Mais ceci n’est pas la tâche de l’écrivain, comme il disait lors d’une conférence à laquelle j’ai pu assisté.

    Je pense que pour certains lecteurs contemporains un tel roman peut-être plus lisible qu’un Kafka dans l’original. Il est louable que Claudel s’est essayé à autre chose, à un autre approche d’écriture, me semble-t-il. A chacun de juger…

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    Re: Philippe Claudel

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