Josef Winkler

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Josef Winkler

Message par shanidar le Jeu 23 Fév - 17:34

Josef Winkler
Né en 1953


Josef Winkler est né en 1953 en Carinthie, une région du sud de l'Autriche, dans un village qui fut brûlé par des enfants en 1897 et reconstruit en forme de croix, pour pénitence. On pourrait avancer qu'à partir de là, tout ou presque est dit de Winkler : la relation conflictuelle avec une religion pesante et inhibitrice, l'importance du village et du martyre. Mais ce serait oublier le père et la mère de l'auteur. Car Josef Winkler est né dans une famille de paysans, durs à la tache et peu distraits par la littérature ou l'Art en général. Le Père est un homme ombrageux qui n'hésite pas à confier à ses fils les durs travaux des champs et la mère est une silencieuse, taiseuse, travailleuse. Les grands-parents ne sont pas loin non plus et si ce n'est eux vivants, c'est leur corps mort auquel est confronté l'enfant. Tout ce que je vous dis là est raconté maintes et maintes fois (et bien mieux) par l'auteur lui-même dans ses romans.

Il faut cependant ajouter au portrait deux éléments saillants : Josef Winkler du fond de sa campagne autrichienne est écrivain et homosexuel et on peut se demander ce qui a fait l'un et ce que défait l'autre. Quelle relation entre la sexualité, évidemment perturbée et perturbante de l'auteur et son désir de fuir les pâturages pour se consacrer à l'écriture ?  Et quand je dis fuir, c'est partir loin, très loin, au Japon ou en Inde… Il est impossible de démêler ce nœud qui enserre la gorge de Winkler et qui va bien avec l'image récurrente qui habite son œuvre, celle de deux jeunes hommes du village, se tuant en se jetant dans le vide une seule corde passée autour de leurs deux cous. Cette image fondatrice et qui, comme l'indique Winkler lui-même, sera le déclencheur de son désir d'écrire est chargée d'un double sens à la fois sexuel et mortel qui va hanter toute la vie et toute l'œuvre de Josef Winkler.

source : bibi-shanidar

Bibliographie

1982 Langue maternelle,
1987 Le Serf,
1990 Cimetière des oranges amères,
1996 Sur la rive du Gange,
1998 Quand l’heure viendra ,
1999 Shmashana,
2001 Natura morta,
2007 Requiem pour un père,
2013 Mère et le crayon,
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shanidar

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Re: Josef Winkler

Message par shanidar le Jeu 23 Fév - 17:40

Commençons par Natura morta qui est sans doute l'œuvre la plus accessible (car la moins autobiographique ?) de cet auteur qui fait partie de mes grandes découvertes récentes.

Natura morta



Le titre ne pouvait pas être plus explicite puisque Winkler propose quatre évocations qui pourraient être des natures mortes : deux sur un marché en plein cœur de Rome, une au Vatican et la dernière dans une église pendant un enterrement.

Le texte est un véritable enchantement comme si l'auteur mettait en mouvement, sous les yeux ébahis du lecteur, des cartes postales. L'écriture est extraordinairement visuelle et mouvante, inventive dans ses répétitions, incroyablement réelle et en même temps orientée, car si nature morte il y a elle est bien sur les étalages des bouchers, des poissonniers, des vendeuses de pattes de grenouilles, des volaillers, de la tripière aux ongles laqués de rouge et autres métiers de bouche. La chair dégouline de sang, de graisse, d'écailles et d'entrailles, les passants évoluent au milieu du marché et ils passent sous nos yeux, bien vivants, cabas au vent en quête d'une bonne affaire.

Les mots italiens fusent de la bouche des vendeurs, le jeune Piccoletto, qui fait le lien entre toutes les scènes du livre, remet son slip en place et c'est au Vatican que toute la chair exulte. Les peaux se frôlent, les corps se dénudent, les attitudes deviennent obscènes, invitation sourde à des délices consentis, des œillades sans équivoque, des gestes sans paroles… Tout est dans la description et malgré cette sorte de fixité on ne s'ennuie pas un instant tant la vie déborde de tous les côtés.

Si les images de Winkler devait se rapprocher d'une manière ou d'une autre d'un peintre de natures mortes il s'agirait sans doute d'un photographe et de Witkin en particulier, dont les images non seulement nous raconte des histoires, mettent en scène des sous-textes mais nous offrent aussi cette même décadence, cette même proximité-prolixité des chairs qui retient et inquiète, qui laisse voir l'humour et l'obscénité sous un jour parfois joyeux, parfois tragique, toujours étrange.


Witkin, Love en Redemption

Deux extraits pour vous mettre l'eau à la bouche (!!??) :

La tripière, une blonde au bronzage artificiel avec des lunettes à monture plaquée or, des bracelets et colliers dorés et des bagues dorées, qui découpait plusieurs lobes de poumon avec un couteau pointu, avait ses longs ongles rouges toujours couverts de sang. Contre la paroi intérieure du stand vitré où elle exposait les abats était accrochée une grande photo en couleur encadrée représentant des jumeaux d'un an. A côté des viscères gris, une scie de boucher était suspendue à un crochet de boucherie et on y voyait encore la poussière d'os fine et blanche. Des tiges de menthe fraîche fortement parfumée étaient posées à côté des replis de panses grises lavées. La tripière recourba une langue de bœuf, l'enveloppa dans du papier, la tendit à une Chinoise et nettoya avec un chiffon humide les étiquettes de prix éclaboussées de sang. Elle enfonça l'ongle long et laqué de rouge de son index dans le poumon du bœuf en criant le prix promotionnel des langues de bœuf pendues en rang aux crochets de boucherie.

(...)

La fille blonde en maillot de corps illustré de chameaux grenat enroba de chewing-gum sa langue tendue, si bien qu'on aurait dit un gland tendu recouvert d'un préservatif et le gonfla jusqu'à ce qu'il éclate en laissant des lambeaux bleus collés autour de la bouche et du nez. Le fils de la marchande de figues, qui n'avait attendu que ce moment-là, se leva en riant, s'agenouilla devant la fille et, commentant ses gestes en dialecte romain, l'aida à ôter les particules de chewing-gum de la bouche et du menton.


Un texte absolument fascinant !
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shanidar

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