Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Négar Djavadi

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    topocl

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    Négar Djavadi

    Message par topocl le Ven 24 Fév - 17:00

    Négar Djavadi
    Née en 1969



    Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny. Elle a onze ans lorsqu’elle arrive clandestinement en France. Diplômée de l’INSAS, une école de cinéma bruxelloise, elle travaille plusieurs années derrière la caméra avant de se consacrer à l’écriture de scénarios. Elle vit à Paris.


    Bibliographie


    2016 : Désorientale


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    topocl

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    Re: Négar Djavadi

    Message par topocl le Ven 24 Fév - 17:38

    Désorientale




    Négar Djavadi nous parle d'une famille iranienne très proche de la sienne sur trois générations, et à travers elle de la dissidence, et de l'histoire de l'Iran. Mais aussi de son homosexualité et de sa grossesse par procréation assistée. C'était sans doute beaucoup pour un premier roman, qui cependant ne manque pas de brio.

    Au début, elle réussit un quasi sans faute, à la fois virtuose et attachante sur tout le versant iranien. Dans des allers et retours perpétuels, seulement guidés par les caprices de sa mémoire, elle raconte le poids (mais aussi les bienfaits) de la tradition et du mode de vie iranien, où la famille est à la fois un carcan et un refuge, quoique dévorant et castrateur. Elle raconte, à travers ses yeux de petite fille qui comprend beaucoup mais pas tout, comment ses parents s'y sont singularisés, par leur opposition résolue et courageuse aux régimes successifs, comment ils ont dû ensuite s'exiler en France pour sauver leur peau.
    C'est l'occasion de parler de différence au sein d'une société qui courbe parfois l'échine, et n'a guère le choix, d'ailleurs, puis dans l'exil. Ces pages par leur foisonnement, nous perdent par moment (et c'est sans doute voulu), mais qu'importe c'est une immersion généreuse : il y a là une attention aux émotions, une proximité avec ses personnages et une luxuriance assez irrésistibles.

    Les choses se gâtent après le retour en France, car oui, la vie devient pus sûre, croit-on, morne, et la lecture aussi, malheureusement. Certes il y a encore quelques pages sur l'exil, d'autant plus douloureux que le retour est impossible, et une belle envolée au moment de la description de l'EVENEMENT, qu'elle nous a fait miroiter depuis le début, on finissait par se demander si elle allait arriver à nous en parler. On assiste à la marginalisation rebelle de notre héroïne mais celle-ci devient vite lassante, assez banale, et survolée. Le fil rouge de l'insémination artificielle (un peu rocambolesque) parait longtemps assez factice, et s'il s'éclaire sur la fin, il est tellement chargé de symbole que c'en est un peu lourd. Négar Djavadi ne sait pas résister aux symboles : les naissances et les morts sont liées, la mère perd la mémoire (bien sûr) mais dans son délire a le mot de la fin qui est celui de toutes les réconciliations.

    Les deux premiers tiers du livre sont donc totalement séduisants; ils ne sont pas du tout redondants par rapport à d'autres récits sur l'Iran : du fait même qu'il se situent du côté de la dissidence active, et celle-là observée par la fillette, et aussi parce que c'est une espèce de conte aux tiroirs astucieusement imbriqués. Ils laissent la place à quelque chose de plus poussif et convenu. C'est dommage, mais malgré tout, c'est le tourbillon initial qui l'emporte et m'a laissé sa bonne impression.


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    Re: Négar Djavadi

    Message par églantine le Ven 24 Fév - 17:59

    @topocl a écrit:Désorientale



     Le fil rouge de l'insémination artificielle (un peu rocambolesque) parait longtemps assez factice, et s'il s'éclaire sur la fin, il est tellement chargé de symbole que c'en est un peu lourd. Négar Djavadi ne sait pas résister aux symboles : les naissances et les morts sont liées, la mère perd la mémoire (bien sûr) mais dans son délire a le mot de la fin qui est celui de toutes les réconciliations.

    J'attendais que quelqu'un en parle sur le forum , voilà chose faite .
    Hum , rien que ça , c'est du pas possible pour moi !  Razz
    Merci pour ton commentaire ; une copine qui ne connait pas mes goûts me le conseillait et j'étais sceptique . Là , carrément je passe à autre chose ! Razz


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    Et, de nouveau, elle se sentit seule en présence de sa vieille antagoniste, la vie.
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    Re: Négar Djavadi

    Message par Gnocchi le Ven 24 Fév - 23:43

    Merci Topocl pour ton commentaire.
    J'ai lu le début de ce livre à la librairie (un peu). Et c'était très intéressant.
    Mais si deux tiers sont intéressant, c'est déjà pas mal.
    Bon. J'hésite encore.
    L'avis d'Armor était assez négatif, aussi.

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    Armor

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    Re: Négar Djavadi

    Message par Armor le Sam 25 Fév - 4:45

    Je n'aurais su mieux dire topocl, je souscris en tous points à ton commentaire. J'ai ressenti exactement la même chose à la lecture de ce livre. (Je reprends ici ce que j'avais pu en dire rapidement sur un autre fil, en complétant un peu).



    Désorientale

    Il m'a fallu quelques pages pour entrer véritablement dans le livre, mais tout comme toi, j'ai beaucoup apprécié les deux premiers tiers de ce roman singulier. J'ai aimé cette narration sinueuse, avec ses bonds en avant et ses retours en arrière, sautant du coq à l'âne en suivant pourtant un fil conducteur évident ; reproduisant si bien les caprices de notre mémoire, en somme !
    Il y a un côté parfois un peu foutraque, une grande accumulation de noms, et une volonté peut-être un peu trop didactique de nous expliquer l'Iran "d'avant". Mais comment ne pas être séduite par le romanesque de la geste familiale, et la belle énergie avec laquelle l'auteur nous décrit la vie, toujours sur le fil, d'une famille d'opposants politiques ? Oui, ce livre dégage un charme tout personnel et assez additif, pour peu qu'on y adhère.

    Cela dit, j'ai beaucoup moins aimé les 100 dernières pages. L'auteur dit elle-même que son livre comporte une face A et une face B ; comparaisons musicales à l'appui, elle se fait fort de nous concocter une face B à la hauteur de la face A... Une affirmation qui, si elle ne manque pas de panache, s'avère quelque peu téméraire… Car, du moins pour moi, le pari n'est pas tenu… force est de constater que cette face B est nettement inférieures au reste du livre.
    Certes, il y a encore des fulgurances, sur la désillusion de l'exil notamment, et le triste retour à la réalité dans une France autrefois rêvée comme d'un Eldorado…
    Mais j'ai moi aussi été lassée par les errances existentielles de l'héroïne, qui n'apportent pas grand-chose au récit. Et j'ai également trouvé que le "fil rouge de l'insémination", pour reprendre ton expression, ne se justifiait pas vraiment. Les symboles, trop lourdement soulignés, ont fini par m'agacer.

    J'en viens maintenant à cette fameuse p 215, qui fut mon plus gros bémol. Qu'en est-il pour toi topocl ?
    Spoiler:
    J'ai vraiment trouvé que l'homosexualité de l'héroïne était amenée avec de gros sabots, et une accumulation de clichés assez incroyable. Comment donc, parce que la grand-mère s'est trompée, parce le père était persuadé que cette fois, il aurait un garçon, parce qu'il a élevé la petite fille de façon plus "mec" que ses soeurs, fatalement, elle devient homosexuelle ?
    J'avoue, j'ai un peu tiqué.
    Et les explications de l'auteur, qui a comme ressenti le besoin de se justifier, ne m'ont pas convaincue. Oui, l'Iran ne reconnaît que deux sexualités possibles, deux genres, homme ou femme. C'est d'ailleurs pour cela que les opérations de changement de sexe, admise par le régime des mollahs, sont assez fréquentes : elles sont parfois le dernier recours pour des homosexuels qui autrement, seraient emprisonnés, voire lapidés… Un choix qui ne serait pas le leur dans une autre société...
    Mais enfin, ça n'explique pas cette accumulation de clichés, si ? Elle a fait fort, quand même !

    Ariane, je ne pense que pas que mon avis soit si négatif, en fait. Comme topocl, au final, c'est le positif qui l'emporte. C'est difficile de parler d'un livre qui comporte une telle césure, une rupture de ton à laquelle je n'ai pas adhéré. Mais je préfère garder le souvenir des pages iraniennes, avec leur bel enthousiasme, leur sensibilité à fleur de peau, et cette ode à la fois joyeuse et désespérée aux saveurs douces amères d'une enfance sous le signe des mollahs...
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    Re: Négar Djavadi

    Message par topocl le Sam 25 Fév - 9:26

    je pense qu'on peu parler sans spoiler, Armor, car on la voit se dessiner bien avant la page 215, son homosexualité , justement à cause d'une certaine balourdise dans l'exposition des faits. un peu comme chaque fois qu'un auteur dit qu'une femme a des nausées, on comprend qu'elle est enceinte. Là c’est le vrai garçon manqué, qui va jouer en jeans avec les garçons quand ses sœurs jouent sagement à la maison etc...Tout concourt à "expliquer" : l'espoir du père d'avoir un garçon, les vêtements bleus, l'attention différente du père.

    C'est vrai que c'est assez primaire. Mais je pense qu'il faut voir cela avec les yeux de la société iranienne qui l'a formatée, même si elle a pris ses distances, ce qui est quasi impossible pour nous, maintenant. Il faut des explications pour justifier l'inacceptable. Et elle va rechercher dans son histoire un tas de choses qui prennent sens et qui auraient été anodines sinon (moi-même j'aimais mieux porter des jeans et aller jouer avec les garçons par exemple). Et comme elle a tendance à une certaine exaltation dans le récit, (et cette perpétuelle recherche de symboles), elle en rajoute un peu.

    A tel point qu'arrivée en France, elle lit un article dans Le Monde où on parle des soi-disant explications génétiques et là , carets l'énorme soulagement : tout cela n’es pas de sa faute, c'était écrit dans les gènes, personne ne pourra plus lui en vouloir.(et puis avec la conclusion de l'article qui dit que le "gêne de l'homosexualité" c'est des conneries, cet espoir de non-culpabilité/responsabilité s'effondre, d'ailleurs).



    Et oui, Ariane, c'est quand même plein de bonnes choses.


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    Re: Négar Djavadi

    Message par Gnocchi le Sam 25 Fév - 23:34

    Merci Armor, Topocl pour le conseil. Deux tiers du début m'intriguent toujours.
    J'essaierai de le lire un peu plus à la prochaine visite à la librairie. Smile

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    Re: Négar Djavadi

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