Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Richard Powers

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Message par Bédoulène le Dim 4 Déc - 9:27

Richard Powers
Né en 1957

segregation - Richard Powers Pubsho10

Richard Powers, né le 18 juin 1957 à Evanston dans l'Illinois aux États-Unis, est un écrivain américain
Après quelques années d'études de physique, Richard Powers commence des études de littérature à l'université de l'Illinois où il obtient son Master of Arts en 1979. Il devient un auteur reconnu et à succès aux États-Unis au début des années 1990, avec des romans explorant la relation entre sciences (physique, génétique), technologie et art (musique). La Chambre aux échos reçoit en 2006 le National Book Award.

Oeuvres traduites en français :

Trois fermiers s'en vont au bal : Page 1
Le Dilemme du prisonnier
Gains
L'Ombre en fuite
Le Temps où nous chantions : Page 1
La Chambre aux échos
Générosité : Un perfectionnement : Page 1
Orfeo
L'Arbre-Monde : Page 1

màj le 22/05/2019




segregation - Richard Powers 41noyt10

"Trois fermiers s'en vont au bal".

A partir d'une photographie l'auteur nous emmène à la recherche des personnages et le Passé et le présent se rencontrent dans ce récit.

certaines longueurs (par exemple des explications spécifiques à la photographie) et peut-être un "étalage" de connaissances, notamment sur les "illustres Hommes" dont certaines n'apportent, à mon sens, rien au récit.

D'où un plaisir de lecture inégal.

J'ai bien aimé le concept selon lequel le regard que nous portons sur une photographie créé "une histoire" à cette photographie.

Je conserverai, un bon souvenir de cette lecture tout de même, car certains passages sont très intéressants et les personnages aussi.

PS : Cette lecture datant je me rend compte cependant que ce livre a laissé une trace assez forte malgré un commentaire très léger

"message rapatrié"


Dernière édition par Bédoulène le Dim 5 Nov - 10:39, édité 2 fois

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Message par topocl le Dim 4 Déc - 10:00

Powers a écrit un de mes livres cultes :Le temps où nous chantions (c'est un livre culte pour beaucoup, je crois) Une saga familiale portée par la musique et les problèmes de la ségrégation.
Un livre que j'ai relu.

Mais toutes mes autres lectures de lui, souvent basées sur des éléments scientifiques, m'ont déçue et j'ai fini par abandonner après Generosité. Auteur d'un seul livre pour moi, donc

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Message par topocl le Dim 4 Déc - 10:02

Générosité Un perfectionnement

segregation - Richard Powers Images36

Je finis laborieusement Générosité et je dois dire que je suis HORRIBLEMENT déçue.
Il faut dire que Le temps où nous chantions est  un de mes livres-culte, que j'ai offert et conseillé de toutes parts autour de moi. J'ai beaucoup aimé aussi Trois fermiers s'en vont au bal, j'avais été plutôt déçue par La chambre aux échos.

Ici encore, Richard Powers part d'une idée autour de laquelle il construit son roman pour la démontrer. Cette fois-ci ce scientifique forcené décide de nous parler de la génétique, des manipulations du génome humain, et des risques éthiques qui y sont liés. C'est évidemment un sujet passionnant et primordial. Powers a aussi comme objectif, et c'est plus banal, de nous montrer à quel point les médias sont pervers et sans scrupules, et comment Internet participe à la mésinformation.

Le problème c'est qu'on a l'impression qu'il a construit son intrigue pour illustrer sa position, et que l'intrigue ne tient pas bien la route.

Il s'agit donc d'une jeune étudiante kabyle immigrée aux Etats-Unis, Thassa, surnommée Générosité. Elle a traversé des épreuves horribles, son père a été assassiné pendant les troubles algériens, une fois qu'elle a été réfugiée en France sa mère est rapidement décédée d’un épouvantable cancer du foie. Comme elle a une grande force de caractère et une furieuse joie de vivre, elle fait face remarquablement à tout cela, et va jusqu'à communiquer cet optimisme forcené à tout son entourage, à tel point que celui-ci ne sait plus trop s'il s'agit d'un phénomène normal ou pathologique. Pour bien nous faire comprendre à quel point cette position de vie est exceptionnelle, Richard Powers la rend victime d'une tentative de viol et là, elle va convaincre son agresseur que est à lui-même qu'il fait du mal, il va donc renoncer, se livrer à la police alors même que Thassa ne subit pas le moindre traumatisme et ne pense qu'à plaindre et consoler son agresseur.
Thassa est notamment entourée par un professeur d'écriture, Russell, introverti et pessimiste, et par une psychologue, Candace, qui se veut parfaite et s'est donné pour mission de sauver l'humanité. Tous deux sont impressionnés par sa puissance bienveillante, et tout en cherchant à la protéger, l'incitent à « s'offrir » à la recherche pour partager avec le monde entier cette capacité résiliante. Entre en scène un chercheur en génétique sans scrupules qui, sous prétexte d’apporter le gène du bonheur à le humanité entière, donne la plus libre expression à son désir de toute puissance et d'argent... Tout ceci finira par casser Thassa, pas si indestructible que cela, au moins pour un temps.

Pour qui s'y connaît un minimum en psychologie, génétique etc. tout ceci est hautement invraisemblable, et revient donc un procédé plutôt maladroit pour exposer des idées, lesquelles restent tout à fait louables.

Cette intrigue tout à fait abracadabrante nous est livrée dans un style qui m'a beaucoup gênée. Difficile de dire ce qui revient à Richard Powers ou au traducteur. Le style est faussement riche, prétentieux, alambiqué, maniéré. Richard Powers fait compliqué pour le plaisir, avec une exaltation perpétuelle qui frise parfois l'hystérie. Le ciel « de bandes dessinées » est turquoise, les pluies sont dévastatrices, le brouillard ne permet pas d'y voir à 1 mètre…




(commentaire rapatrié)

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Message par shanidar le Ven 28 Avr - 14:17

segregation - Richard Powers Powers10

La chambre aux échos

Je est un Autre, affirmait Rimbaud en une phrase lapidaire et glaciale. Reprenant à son compte cette assertion, Richard Powers dissèque le Moi avec l'idée que tout Je est une fiction, une histoire que l'on se raconte à soi-même aussi bien qu'aux autres. Nous ne sommes que dispersion cherchant à se rassembler à travers une narration du Moi, le Moi étant constitué d'une infinité de Moi qui interagissent les uns sur les autres, avec des effets réels mais aussi des instants-miroirs, des fictions de fictions, des narrations enchâssées ad libitum les unes dans les autres.
Arrivé à ce stade, on ne peut que s'interroger sur notre capacité autofictionnelle, sur notre réalité, sur la manière dont notre cerveau classe, range, déforme, reformule notre quotidien. Exit la comparaison entre le cerveau et l'ordinateur puisque nos connexions neuronales sont capables de tordre la réalité pour l'intégrer à nos croyances… Oui, notre cerveau nous ment !

A travers les récits d'une quête d'identité, celle de Mark (à la mémoire fracturée depuis un très grave accident de camion), celle de Karin (la sœur de Mark qu'il prend pour un sosie et qui ne sait plus très bien qui elle est, cherchant dans le regard des autres la Karin qui pourra plaire à chacun), celle de Gerald Weber, célèbre neurologue dont la vie va imploser, et celle de tous les autres personnages plus ou moins secondaires (Barbara qui n'est pas ce qu'elle est, Daniel et sa quête d'identité sexuelle, Karsh et sa capacité de caméléon à trouver bon ce qui est détestable, Bonnie et les potos de Mark), tous sont à la fois ce qu'ils montrent et ce qu'ils sont : menteurs, affabulateurs, arrangeurs de petites histoires, exactement comme la plupart d'entre nous avec nos sornettes, nos secrets, nos silences.

Ce roman se lit avec délectation, avec le plaisir du galet prisonnier, comme d'autres milliers de galets, d'une plage de galets, que les vagues ratissent, écrasent, massent et caressent, agitent dans le bruit perpétuel d'une marée insatiable. Il y a dans ce roman la houle de l'océan et son lent balancement, le temps qui file très doucement, le plaisir d'être à flot et d'entendre une longue et lente et lénifiante histoire qui nous vient de cette région de l'Amérique, ce trou paumé, ce no man's land (seulement connu des ornithologues) qu'est la Platte River, le Nebraska et Kearney… Rien de bien alléchant et pourtant… et pourtant quel bonheur éprouvé à cette lecture que je rêvais éternelle, tournant mollement les pages dans l'attente d'un vol époustouflant de grues, de cette danse sauvage et de ce cri préhistorique, qui soudain me transportaient ailleurs, dans l'éblouissement d'un temps suspendu, dans la reconnaissance de l'inconnu, dans les méandres chaloupés d'une écriture tenace, visant à l'exhaustivité.

segregation - Richard Powers Munier10

Alors oui, il y a dans ce roman des longueurs et des répétitions, des embranchements bizarres et des interrogations fulgurantes, des questionnements à n'en plus finir, des dissections de la pensée en gestation et des amours changeantes mais c'est justement cette vie-là, tellement banale et si peu à la fois qui m'a totalement envoûtée.

Merveilleuse lecture de ce roman de l'introspection, avec la machine-cerveau disséquée et les petites pirouettes d'un humour qui laisse au coin des yeux les pattes d'oie sauvage d'un rire diffus…

Magique…

Photo : Vincent Munier


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Message par Nadine le Ven 28 Avr - 17:42

Intrigant tout ça.
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Message par Bédoulène le Sam 29 Avr - 10:20

merci Shanidar, ce sera mon troisième livre certainement

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Message par shanidar le Jeu 4 Mai - 19:38

Le temps où nous chantions

segregation - Richard Powers Le-tem11

Un poisson et un oiseau peuvent tomber amoureux mais comment parviendront-ils à construire un nid ? Et quelle sera la vie de leur progéniture ? Sera-t-elle oiseau ou poisson ou un mix des deux sorte de oisson ou de poiseau ?

C'est en très raccourci à ces questions que Richard Powers nous invite à nous confronter dans ce roman qui retrace de 1939 à (presque) nos jours l'histoire américaine et en particulier celle des Noirs américains.

Delia Daley naît dans une famille noire et rencontre David Strom qui est blanc, juif et allemand. Contre toute attente et contre toutes les lois en vigueur au pays des Amériques, ils vont s'aimer, se marier et enfanter. A partir de là, la catastrophe commence et elle a pour nom : métissage. Comment élever des enfants de parents aussi différents et énigmatiquement unis par un lien musical qui remplace toutes les écoles, toutes les morales et toutes les lois du monde ? Que seront ces trois mômes dont les couleurs de peau varient et dont les parents, désireux de les protéger comme tout parent se doit de l'être, imaginent pouvoir les élever sans se poser la question de la race ou plutôt en la dépassant, envisageant de vivre dans un monde où la couleur de la peau n'aurait plus d'incidence sur le rang social, sur l'éducation, l'accès à la culture, sur la liberté. Mais aux Etats-Unis, au XXième siècle, cette éducation est formellement impossible et les enfants du couple mixte vont rapidement être confrontés à la problématique du racisme, de la loi et de la différence. Car le cœur du roman de Powers est bien celle-là : comment vivre en tant que métis dans un monde qui ne reconnaît pas le droit au mélange  ? Dans un monde qui ne s'envisage que de manière polarisée, soit noir soit blanc mais jamais gris ; dans un monde qui n'hésite pas à avoir recours à la bombe atomique, à l'assassinat politique (Martin Luther King, Malcom X,…), au lynchage de mômes pour faire régner l'Ordre. A cette problématique chacun des enfants répondra à sa manière, Jonah sera un ténor reconnu dans le monde entier en chantant des musiques blanches, Ruth s'associera aux Black Panthers pour tenter de changer le monde et Joseph cherchera à être le pilier familial dont la mort de Delia aura privé toute la famille.

Ce livre, ce grand livre, n'est pas seulement une réflexion extrêmement pointue sur le racisme, sur la manière d'élever ses enfants, sur l'histoire politique américaine, il est aussi un livre impressionnant sur la musique et sur le chant en particulier, avec ce que cela veut dire de souffle, de corps, de coffre, de tessiture et de voix, un livre sur toutes les influences musicales qui vont traverser les vies de nos protagonistes et les construire (déconstruire) presqu'autant que la politique ou l'amour. Et si le constat, amer, que fait Powers me reste au fond de la gorge, celui qui consiste à dire que l'éducation choisie par Delia et David est un leurre, qu'un enfant ne peut pas choisir en conscience sa vie, qu'il ne peut décider pour lui-même, en lui-même quels chemins il désire explorer et quels sont ceux qu'il va volontairement ignorer, on ne peut que lire ce livre dans la fièvre d'un désir de réconciliation, d'entente et de partage, tout en rêvant de jour meilleur. La toute fin, d'ailleurs, laisse espérer qu'il pourrait peut-être un jour en être ainsi...

Mais pour être encore un peu plus exhaustif, il faut ajouter une troisième dimension à ce roman et cette dimension est celle du temps. Car si David Strom est allemand et juif, il est également physicien et s'intéresse à la question du temps, permettant ainsi à Richard Powers d'écrire un livre à l'architecture parfaitement magistrale, j'insiste absolument unique.

En effet, ce que nous apprenons à la lecture de ce texte, grâce aux travaux de David, c'est d'abord que le temps n'existe pas et que nous sommes toujours maintenant, dans une succession d'instant présent qui s'emboîte à l'infini les uns dans les autres. Ce que nous découvrons ensuite, c'est que nous pouvons envoyer des messages dans le passé ou le futur mais que nous sommes incapables de les recevoir. Pourtant, la troisième leçon nous informe que nous pouvons voyager dans le passé, revenir à un évènement antérieur à partir du moment où nous l'avons vécu au moins une fois, selon le principe que si nous y sommes présent il est possible d'y retourner. Enfin, David découvre à la toute fin de sa vie que le temps forme des boucles et que nous sommes donc en quelque sorte prisonnier de boucles temporelles qui se referment sur elles-mêmes, ce qui voudrait dire que les évènements peuvent se déplacer continuellement vers leur propre avenir tout en revenant sur leur propre passé ; mais pour se faire il faut pouvoir prouver que les galaxies ont un sens de rotation préféré. Ce que Richard Powers offre au lecteur c'est la mise en application littéraire de cette théorie pour en faire un fabuleux roman.


Reste donc la musique, ce langage qui devrait unir toutes les nations et tous les êtres puisque cette Tour de Babel dressée au milieu des villes comme des déserts, en passant par les sons dépasse le clivage des accents, et pourtant, et pourtant, il n'en reste pas moins, qu'ici comme ailleurs, une blanche vaudra toujours deux noires…


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Message par Bédoulène le Ven 5 Mai - 8:52

merci Shanidar pour ton commentaire pointu et je me demande si finalement j'ai lu ce livre ?

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Message par shanidar le Sam 6 Mai - 15:24

euh 1040 pages ça ne s'oublie pas ?? si ??? segregation - Richard Powers 3945176875
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Message par Tristram le Sam 22 Sep - 2:42

]https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/linvite-des-matins-du-vendredi-21-septembre-2018#xtor=EPR-2-[LaLettre21092018]
Dans son dernier roman l’Arbre Monde publié au Cherche Midi, l’auteur place au centre du récit ces personnages « non-humains » pour condamner le fantasme de toute-puissance et de contrôle des hommes sur la nature.
Dans ce douzième roman, le romancier nous rappelle quelles relations de dépendance nous connectent aux arbres et cherche à redonner à la forêt sa place dans la littérature.
On apprend notamment que Trump a dit que s'il y avait moins d'arbres, il y aurait moins d'incendies de forêt _ c'est quand même frappé au coin du bon sens, non ?

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Message par Tristram le Mer 12 Déc - 23:54

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-culture/richard-powers-reconcilier-lhomme-et-la-nature
Une autre émission, de samedi dernier, d'une durée d'1/2 heure celle-là, interview de l'auteur : toujours sur L’Arbre Monde (promotion soutenue ?)
C’est un livre sur les arbres mais c’est aussi un roman : on ne peut pas raconter l’histoire des hommes sans raconter les "non humains". [...] Ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas dissocier l'humanité et la nature : il est important de se dire que, pour nous comprendre on doit aussi prendre en considération notre environnement.
(L'évocation des "non humains" ne fait penser à Philippe Descola...)
Avadoro nous dira au moins si cela mérite la lecture ?

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Message par Avadoro le Lun 7 Jan - 20:56

segregation - Richard Powers Larbre10

L'Arbre-Monde

Il m'est difficile de donner un avis tranché sur ce nouveau roman de Richard Powers, souvent passionnant mais qui peut laisser une sensation de frustration et d'épuisement. Il faut aussi ajouter que Le temps où nous chantions reste une découverte tellement importante pour moi sur le plan littéraire que les attentes sont forcément très élevées, sans doute trop, à l'entame de la lecture.

Comme souvent dans l'oeuvre de Powers, la structure de L'Arbre-Monde est particulièrement ambitieuse. Une réflexion sur la place de l'être humain dans le monde se dévoile d'entrée à travers le portrait d'une série de personnages, chacun étant marqué par une relation spécifique, souvent intime, aux arbres...Par un héritage familial où suite à un accident imprévisible, ceux-ci deviennent le reflet d'une fascination, l'expression d'une singularité, d'une solitude et un moyen d'évasion face au regard d'une humanité qui apparait oppressante. La redéfinition d'un lien à la nature apparait alors comme une remise en cause nécessaire et l'affirmation d'une humilité, dans un rapport à une temporalité plus ample et plus large.

Après la présentation des protagonistes sous une forme proche d'un recueil de nouvelles, Richard Powers relie ces destins à travers une seconde partie aux accents plus tragiques, marquée par l'activisme écologique face à la déforestation. C'est à ce moment-là que le récit m'a semblé parfois trop pesant, trop dense et inégal dans ses développements même si les thèmes abordés sont fascinants. Malgré cette impression d'un manque de fluidité, L'Arbre-Monde permet en tout cas de s'interroger sur soi, sur notre perception du monde et la compréhension du vivant. Avec des questions qui sans cesse se renouvellent.


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Message par Tristram le Lun 7 Jan - 21:08

Merci Avadoro ! Mais, comme d'hab', il va falloir se faire une idée soi-même...

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Message par Avadoro le Lun 7 Jan - 21:22

Oui, cela mérite en tout cas une lecture.
Ce qui m'a gêné est également peut-être la perception d'un manque d'harmonie, d'unité alors que ces idées sont omniprésentes dans le roman.
Mais il y a matière à discuter...et certaine descriptions ou évocations sont remarquables dans leur sensibilité brute et leur créativité.
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Message par Tristram le Lun 7 Jan - 21:29

Je vais peut-être commencer par Le temps où nous chantions, que tu places plus haut !

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Message par Avadoro le Lun 7 Jan - 21:49

Le temps où nous chantions est vraiment un souvenir particulier car le lien entre l'écriture et la musique est bouleversant dans sa spontanéité expressive, et les chapitres résonnent comme une partition.
C'est en effet un incontournable pour découvrir Powers, même si j'ai aussi apprécié d'autres romans (dont La Chambre aux échos).
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Message par Tristram le Lun 7 Jan - 21:52

C'est noté, encore merci !

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Message par Tristram le Jeu 23 Mai - 0:30

L’Arbre-Monde

segregation - Richard Powers Larbre10

Le titre en français apparaît dans le texte, c’est Yggdrasil, l’Arbre-Monde original. Le titre original, Overstory, désigne la couche supérieure de la canopée, soit le feuillage de la forêt en contact direct avec l’atmosphère et l’éclairage solaire (Merriam-Webster, Environment and Climate Change Canada et https://global.mongabay.com/fr/rainforests/0404.htm ; ce dernier site est particulièrement intéressant).
Le livre est structuré en trois parties sensiblement égales en longueur, « Racines » (8 histoires d’humains ayant rapport aux arbres, comme autant de nouvelles), « Tronc » et « Cime », suivies de « Graines ».
Un des personnages les plus attachants est Adam Appich, bourré d’idées à développer, de "départs" au sens botanique. Une sorte de Baron perché :
« C’est là un secret stupéfiant que nul dans sa famille ne connaîtra jamais : il y a plus de vies ici, dans son unique érable, qu’il n’y a de gens dans tout Belleville.
Adam se rappellera cette veillée bien des années plus tard, perché dans un séquoia à soixante mètres de haut, en toisant un grouillement de gens pas plus gros que des insectes, dont la majorité démocratique souhaitera le voir mort. »
Un certain concept d’intelligence supra-individuelle, de foule organisée ?
« L’espèce humaine est profondément malade. Elle n’en a plus pour longtemps. C’était une expérience aberrante. Bientôt le monde sera rendu aux intelligences saines, les intelligences collectives. Les colonies [de fourmis] et les ruches. »
Passionnante également est l’histoire de Neelay Mehta participant au « troisième acte de l’évolution » (la révolution numérique, après les phases biologie et culture) à l’université de Stanford, en créant un fabuleux jeu de rôle…
« – Mais pourquoi ? Pourquoi renoncer à un monde d’une richesse inépuisable pour vivre dans une carte géographique de dessin animé ? »

« Et le but du jeu sera de deviner ce que ce monde nouveau et désespéré attend de vous. »

« Imaginez un peu : un jeu dont le but serait de faire avancer le monde, plutôt que soi-même. »
… ou celle de Patricia Westerford, la malentendante fervente d’arbres :
« Aussi sûrement que le vent d’ouest, les choses que les gens savent et tiennent pour acquises changeront. Savoir de façon certaine, ça n’existe pas. Les seules choses fiables, c’est l’humilité et un regard attentif. »
Parfois, juste d’une phrase, un bref aperçu-condensé états-unien :
« Le fils de l’immigrant cède à la maladie du progrès bien avant qu’on ne découvre un remède efficace. »

« Elle suit des routes secondaires de Las Vegas, capitale des pécheurs paumés, à Salt Lake City, capitale des saints rusés [les mormons]. »
Sans trop de surprise, le « tronc » réunit progressivement les « racines » en faisceau autour de l’activisme pour le droit des vieux arbres, un « nouvel ordre moral non humain ».
« Cime » : les mêmes destinées qui s’entrelaçaient bifurquent et divergent après un drame de l’action extrémiste des « ennemis du progrès humain », « traître à l’espèce ».
« Graines » : les bots apprenants seront bientôt en mesure de dire ce que la vie veut des humains…
« Une urgence de masse, nourrie par le public, se développe sur la Terre du Like, et les apprenants, qui regardent par-dessus l’épaule des humains et notent chaque clic de chacun, commencent à voir ce que ça pourrait être : une migration de masse vers un paradis simulé. »
J’aime l’idée de « dessein de l’arbre », de « grand dessein du vert proliférant », même si elle fleurte avec la théorie pseudo-scientifique du "dessein intelligent", quand « la vie va quelque part » :
« …] les plantes ont une volonté propre, de l’astuce et un but, tout comme les gens. »
Quelques autres extraits significatifs :
« Elle choisit une audition pour jouer Macbeth dans un spectacle amateur. Pourquoi ? Elle répond pour rien. Un caprice. Une lubie. La liberté. Mais bien sûr, il n’y a pas de liberté. Il n’y a que des prophéties anciennes qui décryptent les graines du temps et proclament lesquelles croîtront ou non. »

« De fait, Douggie a la conviction croissante que le plus grand défaut de l’espèce humaine, c’est sa tendance dévorante à prendre le consensus pour la vérité. La première et majeure influence sur ce qu’un quidam pense ou pas, c’est ce que proclament les quidams environnants sur les ondes publiques. Mettez ensemble trois personnes, et elles décréteront que la loi de la gravité est maléfique et devrait être abrogée, sous prétexte que l’un de leurs oncles est tombé du toit après s’être bourré la gueule. »

« Quand les racines latérales de deux sapins de Douglas se rencontrent sous terre, elles fusionnent. Par ces nœuds auto-greffés, les deux arbres réunissent leurs systèmes vasculaires pour ne faire plus qu’un. Tissés ensemble sous terre par des milliers et des milliers de kilomètres de fils fongiques vivants, les arbres se nourrissent et se guérissent l’un l’autre, protègent la vie des jeunes et des malades, réunissent leurs ressources en une cagnotte commune métabolique… »

« Il lui reste à découvrir que les mythes sont des vérités fondamentales déformées en formules mnémotechniques, des instructions transmises par le passé, des souvenirs qui attendent de devenir prédictions. »

« "Je n’avais pas compris que les gens pouvaient être une drogue dure.
– La plus forte qui soit. Ou en tout cas celle qui fait le plus de ravages.
– Et combien il faut pour… décrocher ? "
Il réfléchit. "Personne n’est jamais clean." »

« Comment l’exploitation pourrait-elle s’arrêter ? Elle ne peut même pas ralentir. Tout ce qu’on sait faire, c’est grossir. Une croissance plus forte ; une croissance plus rapide. Meilleure que l’an dernier. Une croissance, jusqu’au sommet de la falaise, jusqu’à tomber dans le vide. Il n’y a pas d’autre issue. »

« Les arbres sont des scientifiques. Ils pratiquent un milliard de tests sur le terrain. Ils tentent des hypothèses, et le monde vivant leur indique ce qui marche. La vie est spéculation, et la spéculation c’est la vie. Quel mot merveilleux ! Ça veut dire supposer. Mais ça veut aussi dire refléter. »
J’ai apprécié la manière dont c’est écrit, dense, entraînant ; en fait, ça paraît fort élagué ‒ mais devient un peu lassant sur 550 pages… Pendant de la profusion et de la complexité botaniques de la nature, une volonté totalitaire explique peut-être cette collection de tous les poncifs sur les arbres, des Métamorphoses d’Ovide et de la forêt de Birnam dans Macbeth aux banques de graines et militants écologistes occupant des séquoias.
Dans cet aspect wiki/ encyclopédique, on retrouve même mon ami géant :
« Hura crepitans, le pet du diable, qui projette les graines de ses fruits explosifs à deux cent quarante kilomètres à l’heure. »
C’est fourmillant de vie, mais cela sature. Quelques flous New Age et un petit côté Bernard Werber, des généralités et emphases m’ont aussi légèrement indisposé.
Particulièrement attiré par le titre, j’ai découvert Richard Powers au travers de cet ouvrage ; je reviendrai à une lecture plus chronologique pour explorer le reste de l’œuvre.

Quelqu’un saurait-il d’où provient la citation suivante, attribuée à Borges et apparaissant deux fois ?
« Tout homme devrait être capable de toutes les idées, et je suis convaincu qu’un jour ce sera le cas. »


Mots-clés : #ecologie #nature

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Message par topocl le Jeu 23 Mai - 7:42

Personnellement j’avais saturé , mais bien pus tôt que toi, devant l'éparpillement du récit de mise en place.


Dernière édition par topocl le Jeu 23 Mai - 11:47, édité 1 fois

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Message par animal le Jeu 23 Mai - 8:56

Victime de la forme à l'américaine (imposée ?) ?

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