Robert Menasse

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Robert Menasse

Message par shanidar le Mar 7 Mar - 21:38

Robert Menasse
Né en 1954


Robert Menasse est né le 21 juin 1954 à Vienne où il vit actuellement dans un vieil immeuble qui abritait autrefois une maison close et où il se nourrit de l'atmosphère licencieuse pour écrire ses romans.

Mais revenons à la genèse : en 1980, il termine des études de lettres et de philosophie par une thèse de doctorat sur « Hermann Schürrer : le type du marginal littéraire ». Il part ensuite au Brésil où il séjourne de 1981 à 1988, comme assistant à l’université de São Paulo.

Depuis 1988, Menasse se consacre exclusivement à l’écriture, ainsi qu'à des traductions du portugais.

Son œuvre est essentiellement constituée de romans et d’essais sur la culture autrichienne.

Depuis 1997, il écrit également avec sa fille et sa femme des livres pour enfants.

Très concerné par les développements politiques et culturels de son pays, il publie régulièrement ses points de vue dans la presse autrichienne et allemande. Honoré du prix national autrichien de l’essai en 1998, il en a reversé la dotation pour refonder un prix indépendant « Jean Améry ».

D'après ma propre lecture de Menasse, il me semble que l'homme est hanté par l'Histoire et en particulier par celle de l'Autriche mais aussi celle du peuple juif et par les questions philosophiques qui découlent nécessairement de ce genre d'inquiétudes. Mais Menasse est aussi un styliste, non dénué d'humour, capable de vampiriser son lecteur pour l'amener au bord de l'asphyxie à travers des aventures peu banales. Une menace, Menasse ? Peut-être un peu...

Bibliographie

1991 La pitoyable histoire de Léo Singer,
1995 Machine arrière,
2001 Chassés de l'enfer,
2007 Don Juan de la Manche,
2015 En finir avec les nationalismes. Pour une Europe de la paix et une nouvelle démocratie,
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Re: Robert Menasse

Message par shanidar le Mar 7 Mar - 21:46



Chassés de l'enfer

Viktor, la quarantaine bien tassée, décide de mettre un peu d'ambiance à un repas de classe (25 ans après l'obtention de son baccalauréat) en révélant le passé nazi de ses anciens professeurs, presque tous présents au dîner. Auquel il ne reste plus que Viktor et Hildegund, les autres ayant fui sous l'outrage ; non sans avoir copieusement insulté l'impétrant.

Mais pourquoi Viktor, devenu historien, a-t-il eu besoin de faire resurgir l'Histoire ? Pourquoi cet homme n'a-t-il jamais accepté la défection de ses parents et son placement à l'internat ? Pourquoi, chez lui, ne parlait-on jamais de la période nazie ? Pourquoi a-t-il été privé de son histoire familiale, une histoire juive (il s'appelle Abravanel) et lourde ?

Parallèlement au récit de Viktor, le lecteur suit l'histoire d'un petit garçon portugais, Manoel, qui en 1612 va voir surgir le fabuleux carrosse de l'Inquisition et s'envoler tous ses rêves de gamin. Ses parents sont des marranes, des juifs convertis au christianisme, mais qui continuent à célébrer les rites de leur ancienne religion. L'enfant, qui ne comprend pas ce qui lui arrive, est envoyé chez les Jésuites alors que ses parents sont torturés par l'Inquisition. Cet enfant est cependant promis à un grand avenir… juif dans la Nouvelle Jérusalem que sera Amsterdam au XVIIème siècle.

Les deux récits s'interpolent de manière à former une sorte de miroir, de relais, d'écho de l'un à l'autre ; les deux enfants ayant vécu de manière à la fois similaire et différente les mêmes troubles, les mêmes questionnements et les mêmes douleurs profondes.

Mais ce que je retiens plus particulièrement (en dehors du très efficace jeu temporel, de la finesse des analyses historiques et psychologiques et des questionnements philosophiques), c'est bien l'allure globale du récit. Un récit qui semble ligoté, enchaîné, un récit qui est comme contenu, réprimé, bâillonné et le lecteur sent (de manière physique) cet empêchement, cette contention, cette rétractation et il est impossible de ne pas entendre gronder les eaux de la révolte, de ne pas percevoir les coups de béliers cognant contre les portes, les cris qui s'étouffent mais qui voudraient jaillir. Pourtant si le texte échappait à cette contention alors il deviendrait un hurlement sauvage, un maelstrom dévastateur, incompréhensible et dangereux. C'est pourquoi le lecteur sait gré à l'auteur de contenir sa rage, son impuissance et de la mettre en mot, et même de lui donner un visage, une figure, une attitude :


Maintenant qu'il avait le fouet en main, il le fit siffler en frappant l'enfant : Voyou de petit Juif, je vais t'apprendre à souiller un chrétien… (et de nouveau le fouet cingla Mané), comme tu l'as fait, espèce de porc ! … (un coup de fouet) Cochon de Juif ! Les chevaux entendirent le fouet et se cabrèrent, redémarrèrent, le cocher eut fort à faire pour les dompter, Caaaaalmes ! Mais l'homme, lui, ne se calmait pas. Regarde ce que tu as fait ! Et encore le fouet - et là se produisit une chose étrange : Mané aurait pu se sauver en courant, le gros homme poussif n'aurait eu aucune chance de le rattraper. Courir ! Mais où ? Mané n'en avait aucune idée. La seule qui lui vint, c'était que, s'il supportait cela, s'il ne courait pas, s'il encaissait les coups avec résignation, tête baissée, alors la rage de cet homme s'apaiserait plus vite. Et l'homme, voyant avec quelle résignation l'enfant recevait le fouet, laissa tomber celui-ci après un dernier coup déjà moins assuré : Ah, tu veux m'apprendre le christianisme ! Tu tends l'autre joue ! Espèce de porc !

L'attitude de résignation de l'enfant Manoel est exactement celle de l'auteur face à un texte qui pourrait être un cri de révolte mais qu'il transforme en parole et de cette parole jaillit d'infinis questionnements sur le sang, sur l'appartenance (ou pas) à une religion, sur ce qui fonde (ou ceux qui fondent) nos certitudes, nos engagements et en filigrane se pose la question du déterminisme : les juifs sont-ils déterminés (par le sang ? Par leur Histoire ? Par leur religion ?) à ne pas se rebeller contre la déportation et à en faire une force ?


Chassés de l'enfer est un texte d'une ampleur (temporelle, philosophique) impressionnante et parfois effrayante. Il convoque les grandes questions qui traversent les siècles : la religion, la soumission, la révolte, le renoncement. Mais c'est aussi, et peut-être avant tout, un roman, un roman d'apprentissage, la vie de la naissance à l'âge adulte de deux êtres que tout sépare hors leur commune origine juive, et l'auteur s'attache à raconter ces vies, parfois minuscules, parfois immenses, qui font de ce roman un véritable récit d'aventures modernes, anciennes, mélangées.


mots-clés : #communautejuive #historique #initiatique
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Re: Robert Menasse

Message par Tristram le Mer 8 Mar - 0:24

Un de plus !...
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Re: Robert Menasse

Message par bix_229 le Ven 14 Avr - 18:33


Don Juan de la Manche ou l'éducation du désir. - Verdier

A l'orée de la vieillesse, Nathan visite ses souvenirs, sa vie et ses amours.
Il les raconte aussi à sa psy, mais il ne faut pas prendre ses propos à la lettre, parce que Nathan ment quand ça l'arrange.
Enfin, il brode, ayant du mal à démêler fiction et vérité.
Elle, pense-t-il, croit tout ce qu'il lui raconte.
Mais sa psy est une fine mouche et elle lui fait bien comprendre.
Comme tous les rêveurs, Nathan considère qu'il est encore un enfant et agit en conséquence.
Il se laisse porter par les évènements. Et les évènements, les faits, le ramènent impitoyablement à ses échecs.
Expériences sexuelles ratées, mariage contrarié, vaines tentatives de séduction.

"Vous savez quoi, Hannah, (dit-il à une de ses amantes) vous avez déjà une image de mon comportement sexuel : la pratique en théorie, la déception en réalité."

Nathan rêve.
Et la réalité le rattrape sans jamais le changer vraiment.

Il est élevé par un père jouisseur effréné et totalement égoïste.
Et par une mère juive, un tantinet possessive, il se retrouve seul avec elle après le départ du père.
Elle aura des amants très provisoires, et qui mourront immédiatement après leur séparation.
Et puis aussi, elle aimait trop les canassons. Elle en mourra.
Le père mourra le même jour et l'avenir de Nathan bascule à ce moment précis.

"La pelouse de mon jardin se désséchait. Les journaux et la télévision parlaient de l'été du siècle.
J'avais déjà vécu beaucoup de siècles sous forme d'été du siècle, de gels du siècle, de tempêtes du siècle, d'orages et d'inondations du siècle, et je me sentais exactement pareil, une tortue centenaire, tout aussi empêtré que protégé par ma lourde carapace."


Devenu journaliste, Nathan assiste au dévoiement de sa profession. Impuissant et lucide.
La vie est aileurs.
Mais où ?

La vie lui inspire parfois des pensées désarmantes et folingues :

"C'est fou ce que les pulsions sexuelles et le sens du devoir étaient proches.
Comme la batterie et le menu déroulant. Il y avait assez de jus dans la batterie. Si la batterie fonctionne, toutes les fonctions du menu fonctionnent.
Appuyez sur oui. Supprimer ? Vous êtes sûr ? Appuyer sur oui."


Voilà un roman follement drôle et brillant  et que vous aimerez si vous considérez la vie comme une tragicomédie absurde et dérisoire.
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Re: Robert Menasse

Message par shanidar le Sam 15 Avr - 11:45

Merci bix ! J'avoue que le côté : obsession sexuelle m'a détournée (provisoirement ?) de ce roman, n'étant pas trop attirée par ce genre de littérature mais ton commentaire semble relativiser le propos. Donc : pourquoi pas ?
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Re: Robert Menasse

Message par bix_229 le Sam 15 Avr - 16:11

shanidar a écrit:Merci bix ! J'avoue que le côté : obsession sexuelle m'a détournée (provisoirement ?) de ce roman, n'étant pas trop attirée par ce genre de littérature mais ton commentaire semble relativiser le propos. Donc : pourquoi pas ?

Ce n' est pas ce que crois, Shanidar !
Nathan est un pecheur de lune, un reveur mal équipé pour affronter la réalité.
Alors il biaise.
Quant à ses tentatives amoureuses, elle se heurtent à des difficultés personnelles.
Ou imprévues et notamment à la vague ultra féministe des années 70.
C' est l' occasion pour l' auteur d' une réflexion sur l' amour et la différence sexuelle.
Et aussi contre une forme absurde de modernité.
Je n' ai lu qu' un livre de Menasse, mais j' ai l' impression qu' il y a une cohérence dans son oeuvre.
Et une continuité dans ses prises de position publiques.
Je ne sais pas si tu as eu l' occasion de voir la série télé consacré aux écrivains autrichiens contemporains.
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Re: Robert Menasse

Message par shanidar le Dim 16 Avr - 19:04

Non, bix je n'ai pas eu l'occasion de voir ces émissions...
Mais comme j'aime bien quand tu me détrompes, je note ce Don Juan
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