Sebastian Haffner

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Sebastian Haffner

Message par Armor le Ven 10 Mar - 13:24

Sebastian Haffner
(1907-1999)


Sebastian Haffner, (né Raimund Pretzel) est un écrivain et journaliste allemand, né en 1907 à Berlin et mort en 1999 dans la même ville.

Issu d'une famille de la moyenne bourgeoisie protestante, Sebastian Haffner entreprend des études de droit. Mais il quitte son pays en 1938, jugeant le régime nazi exécrable. Après un passage de quelques semaines à Paris, où il fréquente d'autres Allemands exilés, il s'installe en Angleterre.

Il mène alors une vie extrêmement précaire. Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l'éditeur Warburg lui commande un livre où il raconterait son expérience d'Allemand anti-nazi. Mais la guerre éclate et le manuscrit n'est pas publié.

Sebastian Haffner retourne dans son pays en 1954. Il y mène une carrière de journaliste et d'historien reconnu.

Retrouvé dans ses archives après son décès, le manuscrit commandé en 1938 est publié pour la première fois en Allemagne en 2000, puis en 2003 en France, sous le titre : Histoire d'un Allemand, souvenirs, 1914-1933.

Ouvrages traduits en français :

Un certain Adolf Hitler
Profils prussiens
De Bismarck à Hitler
Allemagne, 1918
Churchill : un guerrier en politique
Histoire d'un Allemand. Souvenirs (1914-1933)
Considérations sur Hitler
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Armor

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Re: Sebastian Haffner

Message par Armor le Ven 10 Mar - 14:53

Les discussions récentes sur les témoignages de rescapés des camps de la mort me fait penser que ce livre pourrait intéresser nombre d'entre vous.
Ma lecture est ancienne, mais de nombreuses images marquantes me restent encore en mémoire. Un témoignage précieux.



Histoire d'un Allemand - Souvenirs (1914-1933)

Sebastian Haffner était étudiant en droit. Il a assisté, aux premières loges, à la montée en puissance du nazisme. Ecoeuré, horrifié, il a quitté le pays en 1938. Ce livre lui fut commandé la même année par un éditeur anglais ; mais la guerre éclata, et le manuscrit ne fut jamais publié. Il ne fut redécouvert qu'après la mort de l'auteur, et publié en 2000 en Allemagne, non sans avoir été dûment authentifié. En effet, certaines personnes contestaient qu'il ait pu avoir une vision aussi claire des horreurs qu'allait engendrer la folie nazie. Ce qui est certain, c'est que cet ouvrage met terriblement à mal l'explication si souvent entendue : "On ne savait pas…"

Pour qui s'intéresse à cette période, ce livre offre un éclairage nouveau et passionnant. La forme du récit oscille entre le témoignage et l'essai ; l'auteur nous parle de cette époque à travers le prisme de sa propre expérience d'Allemand "ordinaire", mais il va aussi plus loin, tentant d'analyser l'incidence du contexte historique sur les réactions du peuple allemand. Tout d'abord, il essaie de comprendre les raisons de l'inertie d'une grand majorité d'Allemands face à la montée du nazisme. Selon lui, les soubresauts de la politique nationale, l'instabilité des différents gouvernements au pouvoir depuis la guerre de 14-18, ou encore l'inflation galopante, ont peu à peu réuni les conditions qui ont amené Hitler au pouvoir alors qu'il n'avait pas gagné les élections de 1933…
Totalement désabusé, comme anesthésié, le peuple n'a pas réagi à ce coup de force, pas plus qu'il n'a réagi ensuite aux lois et aux exactions commises par les nazis. (assassinats, tortures, intimidations… le tout à la vue de tous, contrairement à ce qui a pu être dit…)

Sebastian Haffner nous livre ensuite un récit très riche, qui nous plonge littéralement dans la vie d'un Berlinois dans les années 30… Il décrit avec justesse le contexte politique incertain, l'arrivée d'Hitler au pouvoir, la montée de la peur, l'embrigadement... Stupéfiant passage que celui où l'auteur, alors étudiant en droit, se trouve obligé de passer 3 semaines dans un camp militaire à claironner des chants nazis, étape obligée s'il veut espérer obtenir son diplôme de juge…
Le lecteur va de surprises en surprises. L'un des passages qui m'a le plus stupéfiée est celui où l'on apprend que les discours prônant l'extermination des juifs étaient diffusés dans les rues de Berlin par haut-parleur... Même si la méthode exacte d'extermination était inconnue, il ne faisait aucun doute que leur fin était programmée…
De même, l'on apprend horrifié qu'un jour, alors qu'il était tendrement enlacé avec sa petite amie, un groupe d'enfants accompagnés de leurs professeurs les a tout naturellement salué d'un claironnant "Mort aux juifs ! Le plus cruellement ironique étant que la petite amie était bel et bien juive, ce qui n'était pas encore visible, le port de l'étoile jaune n'ayant pas encore été instauré…

Ce récit m'a profondément marquée. C'est un livre nécessaire, profond, qui soulève des questions passionnantes et avance des explications des plus intéressantes. Bien des justifications entendues après guerre volent en éclat à la simple lecture de cet ouvrage. Et l'on ne peut que louer la lucidité et la clairvoyance de l'auteur, mais aussi son honnêteté. Jamais il ne se fait passer pour un homme héroïque. Simplement pour un citoyen responsable, qui a refusé les compromissions indispensables alors pour exercer le métier auquel il était promis…
J'ajouterai enfin que le style, superbe, est à la fois très littéraire et facile à lire. Je ne saurais trop le recommander à tout lecteur intéressé par cette période. Je pourrais vous en parler encore longtemps, mais je préfère laisser la parole à l'auteur avec quelques extraits.


Deux extraits du prologue, écrit je le rappelle en 1939 :

"En usant des pires menaces, cet état exige de l'individu qu'il renonce à ses amis, abandonne ses amies, abjure ses convictions, adopte des opinions imposées et une façon de saluer dont il n'a pas l'habitude, cesse de boire et de manger ce qu'il aime, emploie ses loisirs à des activités qu'il exècre, risque sa vie pour des aventures qui le rebutent, renie son passé et sa personnalité, et tout cela sans cesser de manifester un enthousiasme reconnaissant."

" Ces duels dans lesquels un individu cherche à défendre son individualité et son honneur individuel contre les agressions d'un Etat tout-puissant, voilà six ans qu'on en livre en Allemagne, par milliers, par centaine de milliers, chacun dans un isolement absolu, tous à huis clos. Certains duellistes, plus doués que moi pour l'héroïsme ou le martyre, sont allés plus loin : jusqu'au camp de concentration, jusqu'à la torture, jusqu'à avoir le droit de figurer un jour sur un monument commémoratif. D'autres ont succombé bien plus tôt : aujourd'hui, ils récriminent sous cape dans la réserve de la SA ou sont chef d'îlots dans la NSV."


Page 214 :

" Les nazis ne font désormais plus mystère de leur propos de dresser les Allemands à pourchasser les juifs dans le monde entier. L'intéressant, c'est ce propos lui-même, qui est une nouveauté dans l'histoire universelle : la tentative de neutraliser, à l'intérieur de l'espèce humaine, la solidarité fondamentale des espèces animales qui leur permet seule de survivre dans le combat pour l'existence ; la tentative de diriger les instincts prédateurs de l'homme, qui ne s'adressent normalement qu'aux animaux, vers des objets internes à sa propre espèce, et de dresser tout un peuple, telle une meute de chiens, à traquer l'homme comme un gibier."


(ancien commentaire largement remanié)


mots-clés : #biographie #deuxiemeguerre


Dernière édition par Armor le Ven 10 Mar - 17:01, édité 1 fois
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Re: Sebastian Haffner

Message par Bédoulène le Ven 10 Mar - 16:06



Histoire d’un Allemand

C’est l’histoire d’un allemand, mais cela pourrait être celle de millions d’ allemands ;  le narrateur nous le dit, nous en explique les raisons. Ce qu’il a vécu, ce qu’il a pensé lui dans son enfance pendant la guerre de 14/18 était ressenti par tous, des fiertés  jusqu’à l’humiliation de la défaite.
Une humiliation transcendée par les sanctions du traité de Versailles, la tutelle de la SDN qui imposait le désarmement.

Après une révolution, un épisode d’hyperinflation en 1923, divers soulèvements une période sereine s’ensuivit  sous Stresemann. La création du club de sport rassemblait toute la jeunesse allemande qui retrouva la fierté dans ses « champions »
L’auteur participe à cet engouement pour le sport,  il reconnait que  l’allemand n’a pas d’aptitude à s’accomplir dans une vie privée, il ne se sent  fort que collectivement, dans la masse, un trait de caractère qui se vérifiera  quelques années plus tard, progressivement mais surement.

Les mesures de rigueur du chancelier Brüning plongent la république de Weimar dans une période difficile. L’auteur démontre l’intérêt de Brüning à conserver Hitler qui par sa dangerosité lui permet de se poser en rempart contre lui.

L’auteur dresse un portrait d’Hitler  criant : celle d’un  homme vulgaire, révulsant « sa coiffure de souteneur, son élégance tapageuse, son accent sorti des faubourgs de Vienne,….l’écume aux lèvres… »

Les élections installent le parti nazi ; toutes les arguties  d’Hitler passent, sans opposition  et après la dissolution du gouvernement, de tous les partis politiques, seul le parti national-socialiste sera autorisé.

« Mort aux Juifs » devient un cri de ralliement ; les nazis venaient d’inventer un  postulat « la question Juive ».

Les  nazis sont pourtant encore minoritaires dans la population ;   l’auteur  fait partie de la majorité qu’il identifie en disant  « nous » sous-entendu les non-nazis. Comment expliquer cette passivité ?  et  cette attitude qui consiste à penser que « il n’ira pas plus loin », que quelqu’un s’interposera : les communistes ? les pays voisins ? Hélas la France, par exemple, manque de réactivité,  ce qui permettra à Hithler de réoccuper la Rhénanie.

L’auteur se désintéresse aux dispositions prises par les nazis qui ne le concernent  pas. Petit à petit, par peur, opportunisme,  par conviction aussi les allemands se retrouvent à  crier Heil Hitler, à trouver qu’ après tout on est pas si mal sous ce régime !

C’est par surprise que l’auteur se retrouve dans un camp,  portant sur lui  brassard à croix gammée, où il suivra une « éducation idéologique »  Malgré quelques réticences à son arrivée, il s’accommode très vite  de la camaraderie qui règne dans le camp, une camaraderie qui les lie et on retrouve là le trait de caractère déjà cité, la prédisposition  à agir collectivement.

L’auteur avait prévu de s’exiler, il le fera en 38.



Une lecture intéressante qui raconte la vie d’un allemand comme il y en avait des millions, sans attache à un parti politique. L’auteur fait partie de la bourgeoisie, il fait à plusieurs reprises des réflexions  désobligeantes sur les ouvriers (qu’ à l’évidence il n’a jamais fréquentés),  sur le parti communiste allemand  (j’ai d’ailleurs trouvé injuste qu’il leur reproche leur inactivité car ils ont été les seuls à se soulever, même à perte).

Par contre je comprends quand il fait le rapprochement entre le communisme et le parti nazi :  « l’éducation idéologique », la disparition de l’individu au profit du  parti sont des points communs.
Cependant  je ne fais pas de confusion entre ces deux partis, je sais qu’étaient nombreux les communistes allemands  ayant participé à la guerre d’Espagne (Ludwig Renne, Thälmann,  Hans Beimler…)  (mes lectures de Koestler, Orwel) du côté républicain alors que les  nazis confortaient les franquistes.

Beaucoup d’évènements m’étant donc connus, c’est plus  le ressenti et les pensées de ce jeune allemand qui m’ont intéressé, son inaptitude et celle de ses concitoyens  à digérer l’ humiliation de la défaite de la 1ère guerre mondiale, son aptitude à supporter ensuite la chute de l’empire et ce qui s’ensuivit. Sa façon de continuer le train-train quotidien comme si rien ne se déroulait devant ses yeux,

C’est vrai qu’il est honnête, ne se défausse pas,  il regrette à plusieurs reprises son attitude.  Il semble qu’il soit impossible à un allemand de désobéir à l’ autorité, et d’autre part c’est dans sa nature de faire bien le travail demandé (c’est ce qui se passe dans le camp)

Je note à son crédit son aide à son ami d’enfance juif, son inquiètude pour son amie Charlie également .

Un jeune allemand dans la tourmente qui la subit.

Merci à Armor  d’avoir choisi ce livre pour moi !

(message récupéré)

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