Michel Terestchenko

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Michel Terestchenko

Message par Marie le Dim 12 Mar - 2:53

Michel Terestchenko
Né en 1956


Michel Terestchenko, né le 17 septembre 1956 à Londres, est un philosophe français, spécialiste de philosophie morale et politique.
Plus sur Wikipedia
Son blog

Bibliographie :

Enjeux de philosophie politique moderne : les violences de l'abstraction 1992
Les Grands Courants de la philosophie politique 1996
Amour et désespoir : de François de Sales à Fénelon 2000
Philosophie politique. Vol. 1, Individu et société 2006
Philosophie politique. Vol. 2, Éthique, science et droit 2007
Un si fragile vernis d’humanité : banalité du mal, banalité du bien 2005
En collaboration avec Édouard Husson, Les Complaisantes, Jonathan Littell et l'écriture du Mal 2007
Du bon usage de la torture, ou comment les démocraties justifient l'injustifiable 2008
Leçons de philosophie politique moderne. Les violences de l’abstraction 2013
L'ère des ténèbres 20015







Un si fragile vernis d'humanité
Banalité du mal, banalité du bien

La Découverte MAUSS

Lu à la suite du Journal d’Etty Hillesum, car je savais qu’il en parlait, plusieurs fois relu depuis, et je crois que Shanidar l'avait lu aussi.
Message récupéré après avoir lu vos échanges concernant la " littérature des camps".

Si, depuis la brillante étude d’Hannah Arendt et tout ce qui a suivi comme réflexion , on en sait plus sur la banalité du mal, sur ces hommes tout à fait ordinaires et absolument pas , pour la plupart, dénués de sens moral ( cf Franz Stangl , commandant du camp de Treblinka,  qui a eu l’occasion de s’expliquer, et surtout le livre de Christopher Browning au sujet du massacre de Josefow  pour lequel chacun avait la possibilité de refuser sans sanctions -seule une dizaine d’hommes sur 500 qui formaient le bataillon refusa..sans commentaire..-) qui ont massacré leurs semblables , et continuent où que ce soit, on ne sait finalement pas grand-chose de ces  figures qui sortent elles, finalement hélas rarement, de l’ordinaire , comme cette Etty Hillesum, ou Sophie Scholl et son frère,tous ceux qui ont été nommés les Justes en Israël et bien d’autres donc, mais aussi beaucoup d’autres personnages cités dans cet étude à titre d’exemples., Raoul Wallenberg ou l’extraordinaire Giorgio Perlasca , homme d’affaire italien qui s’est fait passer pour un diplomate espagnol à Budapest et a permis de sauver des milliers de personnes.  Des gens très ordinaires aussi, le plus souvent. Comme dans le village de Haute Loire  de Chambon- sur- Lignon, où tout le village d’environ 3000 habitants s’est mobilisé derrière le pasteur André Trocmé et son épouse Magda, et ont sauvé plus de 5000 Juifs.. Mais pour lesquels « l'action altruiste jaillissait du plus profond de leur être comme une obligation à laquelle ils ne pouvaient se soustraire, porteuse sans doute de dangers considérables, mais qui n'avait rien de sacrificiel ».et qui, en s’engageant de la sorte,ne renonçaient ni à leur être ni à leurs intérêts profonds : « Ils y répondaient, tout au contraire, dans une parfaite conformité et fidélité à eux-mêmes. »

En fait, la rencontre entre une situation, celle d’un être en détresse qui appelle à l’aide, et une personnalité, un caractère qui s’est construit, constitué de longue date et qui trouve là l’occasion d‘exprimer, de mettre en œuvre l’être qu’il est avec soudain une énergie ,une efficacité, une détermination qui commandent toutes ses facultés.
C’est-ce que M.T appelle la «  présence à soi » qui n'exige en rien l'abandon à un autre - Dieu, la loi morale ou autrui.
Et qui s’oppose à la "déprise de soi" qui est au contraire l'un des chemins qui mène le plus sûrement à l'obéissance aveugle et à la servilité. »
Dans ses démonstrations il reprendra bien sûr les expériences  et travaux bien connus de Milgram  et ceux  de Zimbardo , l’expérience de la prison de Stanford
En passant aussi bien sûr par Abou Ghraib..

Une part de cet ouvrage est consacrée à l’évolution des idées sur égoïsme-altruisme,  de  La Rochefoucauld à  Levinas, c'est loin d'être simple.

Passionnant, de bout en bout.

Beaucoup plus ici


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Marie

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Re: Michel Terestchenko

Message par Bédoulène le Dim 12 Mar - 9:24

merci Marie ! (j'ai noté aussi les auteurs nommés dans ton commentaire et que je n'ai pas lus)

_________________
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Re: Michel Terestchenko

Message par shanidar le Lun 13 Mar - 11:49

Ce livre m'a énormément marquée et il continue à nourrir et accompagner mes réflexions.

Un si fragile vernis d'humanité
Banalité du mal, banalité du bien



Pourquoi certains hommes sauvent d'autres hommes ?
Ces hommes répondent-ils uniquement à un devoir moral ? Pourquoi d'autres, non dénués de ce même sens moral n'ont pas sauvé des vies ?

Pourquoi Franz Stangl, allemand bien élevé et instruit, a accepté de renoncer à son jugement pour devenir un nazi obéissant passivement aux ordres de sa hiérarchie ?
M.Terestchenko choisit de commencer par parler des bourreaux pour chercher à comprendre leurs motivations : passivité, crainte pour sa vie et pour la vie de ses proches, impossibilité à dire 'non' aux ordres reçus…

Ces éléments se retrouvent dans les études sur les conduites destructives que présentent M.Terestchenko : les expériences de soumission à l'autorité de Milgram (un élève quand il ne répond pas bien à une question se voit électrocuté) et les travaux de Latarné et Darley sur la tendance à la passivité humaine (il s'avère que plus de gens assistent à une scène qui mérite une intervention et moins ils sont à réagir…) et l'expérience de la prison de Stanford (laquelle je l'avoue ne m'a pas totalement convaincue), cette expérience met des étudiants dans le rôle de matons et d'autres dans le rôle de prisonniers. Rapidement, les matons se transforment en tortionnaires, les prisonniers se prennent pour de vrais prisonniers et les expérimentateurs perdent totalement le contrôle de la situation (devenant par là-même des bourreaux).

Les minutieux décryptages proposés par Terestchenko sont accablants et donnent la chair de poule.

Cependant, il existe des hommes (des Justes) qui ont sauvé des vies au péril de la leur en estimant (eux-aussi) : qu'il ne pouvait pas faire autrement… Loin de se sentir l'âme de héros, ces hommes et ces femmes ont eu le sentiment de faire ce qu'il fallait faire au moment où il fallait le faire. Le village du Chambon sur Lignon (charmant par ailleurs) a permis de sauver des centaines de juifs pendant la guerre grâce à cette idée simple : être en accord avec soi-même.

Après étude de ces comportements altruistes, Terestchenko arrive à la conclusion que pour être une 'bonne âme' (Schiller) il faut être capable d'autonomie et que cette autonomie se construit hors de toute contrainte et par empathie (avec ses parents ou une croyance religieuse ou autre).

C'est assez étonnant d'arriver à la conclusion que, plus un homme construit son individualité et plus il aura tendance à développer des réponses altruistes, empathiques et bienveillantes.

____________________________________________________________________________________________________________________________________________________

M.Terestchenko insiste sur deux éléments très importants : l'attitude altruiste de certains hommes et femmes n'a rien à voir avec un aspect sacrificiel, ils agissent pour le bien d'autrui (parfois en se mettant en danger) non pas dans une intention de sacrifice mais parce que leur 'libre arbitre', leur conscience leur indique que seule cette attitude est acceptable.

Ensuite et surtout, alors que les défenseurs de l'égoïsme absolu de chaque action de bienfaisance n'accepte nullement l'intervention d'une part d'altruisme 'gratuit', les tenants de l'altruisme savent par essence qu'il n'existe pas d'action altruiste totale, il y a toujours en filigrane un contentement pour soi à cette action. Mais si ce contentement est un ajustement de son action aux motivations les plus intimes de l'être, alors il est difficile d'y voir un acte égoïste. Etre en phase avec soi-même ne devrait pas être considéré comme une recherche égoïste de satisfaction, mais comme l'aboutissement d'une construction de soi solide, individuelle, en somme d'un être capable de dire non à la société dans laquelle il évolue, capable de s'élever contre les ordres, les lois, les décrets, les modes de cette société à partir du moment où ses lois vont à l'encontre de ce qu'il estime bon. Un homme hautement individualisé et qui de ce fait est capable de réagir en adéquation totale avec ses propres sentiments, son idéologie, ses croyances ou son intime conviction.

C'est pourquoi, même s'il est prouvé que les circonstances ont un impact certain sur les réactions des uns et des autres à la souffrance de l'autre ou aux ordres reçus, il n'en reste pas moins prouvé, ici, que la personnalité de l'être, son autonomie, sa capacité de réaction (de dire non) forgent en grande partie son aptitude à l'altruisme.
CQFD !

S'opposant frontalement à toute philosophie de l'égoïsme total qui régirait toutes les actions humaines (la satisfaction de soi qu'éprouverait les 'sauveurs' serait le but ultime de leurs actes), M. Terestchenko estime que l'altruisme existe bel et bien dans les actions des hommes et il le prouve en mettant à mal la philosophie kantienne du devoir absolu, de l'impératif catégorique (rejetant toute sensibilité), celle des utilitaristes (qui estiment que le bien de tous prévaut sur le bien d'un seul - belle morale mais absurde car évidemment fausse) ou encore à la vision schématique de Lévinas (l'abandon total de l'individu en l'autre) qui manque là aussi de réalisme.

Ainsi petit à petit, Terestchenko parvient à persuader le lecteur qu'il existe bien en l'homme un possible altruisme.

_____________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Je termine par une réflexion personnelle qui n'est pas soulevée dans le texte (déjà très riche) de Terestchenko mais qui découle des différentes lectures que j'ai pu faire cette année :


A l'aune de ces explications, j'entrevois ce qui a pu générer tant de passivité lors de la catastrophe de Tchernobyl. Si on estime qu'un individu a une capacité de réaction liée à sa propre autonomie, autonomie qui se construit non pas par l'autorité mais par la bienveillance parentale et l'empathie naturelle (liée à des croyances religieuses, des philosophies ou une construction particulière de l'individu) alors on peut envisager que les Soviétiques ayant vécu sous le joug d'un pouvoir totalitaire-autoritaire-contraignant et mettant à mal les relations d'empathie (arrestation arbitraire, délation, marché noir…), il s'avère que les Ukrainiens aient pu manquer cruellement de cette autonomie individuelle nécessaire pour réagir et être en capacité de dire non.


Cependant, la fin des idéologies totalitaires ne semble  pas avoir générer dans le monde plus d'actes de bienveillance qu'auparavant...  


Oh et encore merci Marie pour avoir attiré mon attention sur ce livre !
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Re: Michel Terestchenko

Message par Bédoulène le Lun 13 Mar - 15:26

merci Shanidar pour ta pertinente réflexion personnelle et le constat "Cependant, la fin des idéologies totalitaires ne semble pas avoir générer dans le monde plus d'actes de bienveillance qu'auparavant... "

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Re: Michel Terestchenko

Message par Exini le Mar 11 Avr - 14:25

Je note "Un si fragile vernis d'humanité".

Ainsi, Terestchenko se base sur deux expériences concernant la soumission à l'autorité pour évaluer la part d'altruisme possible ? J'imagine qu'il se base sur ceux qui ont refusé ou quitté l'expérience avant son terme.

Mais d'autres sujets ne pourraient-ils pas être altruistes et se soumettre quand même jusqu'au bout à ce type d'expérience ?

Quant à l'expérience de Stanford, j'avais déjà vu quelque chose là-dessus, et c'est vrai que ça fait froid dans le dos... affraid
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Re: Michel Terestchenko

Message par Tristram le Jeu 13 Avr - 12:42

Exini, voici un lien vers ces expériences dans un article sur Un si fragile vernis d'humanité.
Et voici un lien vers le blog de Michel-Terestchenko, où je recommande la lecture de la brève synthèse de sa récente conférence Les démocraties en péril, dont voici le premier paragraphe :
Aucune génération n'aura plus que la nôtre été davantage confronté, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à des dangers aussi multiples – sécuritaires, économiques, environnementaux - qui mettent en péril le fragile équilibre sur lequel reposent les sociétés démocratiques. Jamais depuis les cinquante dernières années n'avons vu monter à un tel degré d'intensité le sentiment d'anxiété devant l'avenir, d'impuissance face aux orientations que prend le monde de demain, principalement en raison d'un progrès technologique (robotisation, Intelligence Artificielle) qui s'accroît à une vitesse exponentielle en dehors de tout contrôle et de toute décision et qui est en passe de totalement bouleverser nos modes de vie. En même temps, nous sommes confrontés à une responsabilité sans précédent dans l'histoire de l'humanité du fait des conséquences irréversibles sur la biosphère et sur la nature à l'ère de cette époque géologique qu'on appelle désormais « l'anthropocène ». Ajoutons à cela - le danger est perçu comme étant plus immédiat - la menace de répétitions d'attentats perpétrés par des mouvements terroristes se réclamant de la religion islamique dont nul n'avait imaginé l'apparition et dont ne nous pouvons aujourd'hui envisager la disparation à une échelle prévisible de temps. Et ce sont des régions entières au Moyen-Orient et en Afrique qui sont emportés par des violences d'une cruauté suscitant l'effroi d'un autre âge. Quant à la mondialisation économique, elle est un facteur de déstabilisation de nos sociétés qui ne porte pas seulement sur nos emplois mais qui semble tout emporter dans une dynamique générale de dérégulation et de remise en cause de nos systèmes de redistribution.
Tout cela est édifiant...
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Re: Michel Terestchenko

Message par shanidar le Jeu 13 Avr - 12:49

Merci pour les liens, Tristram.
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Re: Michel Terestchenko

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