Günter Grass

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Günter Grass

Message par Tristram le Lun 20 Mar - 13:45

Günter Grass
1927 - 2015





Günter Wilhelm Grass, né le 16 octobre 1927 à Danzig-Langfuhr et mort le 13 avril 2015 à Lübeck, est un écrivain et artiste allemand.
Lauréat du prix Nobel de littérature en 1999, Grass est principalement connu pour son roman Le Tambour.
Marquée par l'expérience traumatique du nazisme, son œuvre, baroque et ironique, puise son inspiration dans son origine germano-polonaise et condense réalisme et mythe afin d'explorer les méandres de l'Histoire, la mémoire et la culpabilité. Considéré comme l'un des plus grands écrivains allemands contemporains et le plus célèbre auteur germanophone de la seconde moitié du XXe siècle, il est aussi remarqué pour ses prises de positions politiques à l'origine de nombreuses controverses en Allemagne et à l'international. (Wikipédia)

Ouvrages traduits en français :

• Le Journal des coquecigrues (poésie) 1956
• Tonton (théâtre) 1957
• La Crue (théâtre) 1957
• Le Tambour 1961.
• Le Chat et la Souris 1962
• Les Années de chien 1965
• Les plébéiens répètent l'insurrection (théâtre) 1968
• Anesthésie locale  1971
• Journal d'un escargot 1974
• Le Turbot 1979
• Une Rencontre en Westphalie 1981
• Les Enfants par la tête ou les Allemands se meurent 1983
• Essai de critique 1957-1985 : 1986
• La Ratte 1987
• Tirer la langue 1989
• Propos d'un sans-patrie 1990
• L'Appel du crapaud 1992
• Toute une histoire 1997
• Mon siècle 1999
• En crabe 2002
• Pelures d’oignon, autobiographie 2006
• Agfa box. Histoires de chambre noire 2010
• D'une Allemagne à l'autre 2010
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Tristram

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Re: Günter Grass

Message par Tristram le Lun 20 Mar - 14:01

Pelures d’oignon



Mémoires de l’auteur à 80 ans (et peu après qu’il eut révélé avoir fait partie de la Waffen-SS).

« Quand on le presse de questions, le souvenir ressemble à un oignon qui voudrait être pelé afin que soit dégagé ce qui, lettre après lettre, est là, visible ; rarement univoque, souvent dans une écriture à lire dans le miroir ou crypté d’une quelconque manière. »

« Après, c’est toujours avant. Ce que nous appelons présent, de fugace maintenant-maintenant-maintenant, est toujours dans l’ombre d’un Maintenant passé, de sorte que même la fuite en avant que l’on appelle avenir ne peut se courir qu’avec des semelles de plomb. »

L’enfance de l’auteur à Dantzig/ Gdańsk, d’abord collectionneur de vignettes iconographiques (récupérée dans les paquets de cigarettes) dans le misérable deux pièces pour quatre familial, puis admirateur de l’armée du Reich au début de la seconde Guerre Mondiale (avec un goût marqué pour les chiffres factuels, à la fois enfantin et inhumain – tonnage des navires coulés, etc.), qui se reproche maintenant de ne pas s’être posé de question (camp de concentration à proximité, Juifs ostracisés, l’objecteur de conscience qui refuse de porter un fusil) – sorte de remords d’une soumission conformiste mais culpabilisatrice, enfin engagé « volontaire » à 16 ans dans la Waffen-SS (où il apprend la peur, notamment celle d’être pendu comme déserteur) ; après l’effondrement, misère vagabonde, ahurissants cours de « cuisine abstraite » pour dompter la faim qui ronge le prisonnier de guerre, puis la seconde faim (sexuelle), enfin la troisième : l’art – dessin, sculpture (d’abord sur pierres tombales), « sécrétion » de poèmes, danse, et même joueur de planche à laver dans une formation jazz à laquelle Armstrong se joint lors d’une session, enfin la prose... C’est l’après-guerre, où le consensus dit « Il faut laisser le passé en repos. »

Dans son style d’une lecture difficultueuse, phrase renversée (verbe et sujet n’apparaissant que tard), aller-retour systématique, – et toujours avec sa verve humoristique, parodique, provocante, grivoise et blasphématoire, critique sans pathos, teintée du réalisme magique dont il fut précurseur, Grass retrace une histoire personnelle écrasée par le poids de l’Histoire, et devant beaucoup au hasard, comme celle de ses personnages romanesques. Ce texte renvoie beaucoup à son œuvre (qu’il éclaire) : on apprend par exemple que ses « enfants de la tête » doivent leur origine à des personnes, des évènements qu’il a connus.

« Du reste, j’ai peu à dire sur la façon dont quelque chose naissait et naît ; à moins que je ne mente… »

Il ne témoigne finalement que de bribes hypothétiques, n’ayant guère de vrai souvenir de l’époque de la guerre, et plus aucune trace écrite. Il souligne l’importance du drill (méthode d'entraînement mécanique et répétitive pour assurer une exécution sans hésitation de certaines manœuvres dans un contexte stressant), renvoie Orages d’acier à A l’Ouest rien de nouveau. Il dit n’avoir réalisé la vraie mesure des horreurs perpétrées par le nazisme qu’en 1946 (procès de Nuremberg) ; sans parti pris, cet ouvrage laisse le lecteur dans le malaise. Peu de commentaire sur « les camps » :

« Il me fallut du temps pour apprendre par à-coups et m’avouer en hésitant que par ignorance, ou plutôt par ignorance volontaire, j’avais pris part à un crime que le temps n’a pas amoindri, qui ne veut pas se prescrire, dont je suis malade aujourd’hui encore. »

« Comme la faim, on peut dire de la culpabilité et de la honte qui suit qu’elles rongent, rongent inlassablement ; mais je n’ai eu faim que quelque temps, tandis que la honte… »

Je dois préciser avoir lu cet ouvrage avec en tête le fil littérature des camps, sujet auquel il apporte peu.
Sans être inintéressant, ce n’est bien sûr pas un de ses superbes romans (qu’il faudrait sans doute avoir lus au préalable), mais cet auteur mérite qu’on se penche un peu plus sur son œuvre littéraire, assez époustouflante dans son imaginaire rabelaisien.  

Bémol concernant l’édition au Seuil ; objet de bonne qualité, de lecture agréable, avec même une table des matières (attention devenant malheureusement trop rare), mais les notes de fin (du traducteur, suite à entretien avec l'auteur), avec la pagination, ne sont pas renvoyées dans le texte ! C’est d’autant plus dommage que Grass fait souvent allusion à un contexte culturel, géographique et historique allemand, pas forcément familier pour le lecteur français.


mots-clés : #biographie
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Re: Günter Grass

Message par topocl le Lun 20 Mar - 15:21

Et qu'as-tu lu de Günter Grass en roman?

_________________
Comme d'autres soulèvent des haltères pour se garder en forme physiquement,certains soulèvent des idées et des émotions pour que leur esprit ne s'étiole pas.
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Re: Günter Grass

Message par Tristram le Lun 20 Mar - 15:52

Le Tambour, Le Turbot, La Ratte ; très bon souvenir en particulier du turbot, une sorte de mythe matriarcal (et culinaire) dans la vase de l'embouchure de la Vistule, jusqu'aux racines préhistoriques.
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Re: Günter Grass

Message par ArenSor le Lun 20 Mar - 16:04

Merci Tristram d'avoir ouvert un fil sur ce très grand auteur allemand de la seconde moitié du XXe siècle. Je garde un souvenir ébloui du Tambour et plus encore du Turbot. J'en ai d'autres dans une de mes PAL, notamment "En crabe" Smile
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