Maja Haderlap

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Maja Haderlap

Message par topocl le Sam 25 Mar - 13:56

Maja Haderlap
Née en  1961




Maja Haderlap, née le 8 mars 1961 (56 ans) à Bad Eisenkappel/Železna Kapla, Carinthie, est une écrivaine et poète autrichienne, bilingue allemand-slovène.

Après son diplôme d’études secondaires, Maria Haderlap a suivi les cours de théâtre et de civilisation allemande de l’Université de Vienne. Elle a ensuite travaillé comme assistante de programmation théâtrale, directrice de programme et chargée de cours à l’Institut de littérature comparée de l’Université de Klagenfurt, en Autriche. De 1992 à 2007, elle travailla au Théâtre municipal de Klagenfurt avec l’intendant Dietmar Pflegerl et contribua à la mise en scène de nombreuses pièces de théâtre, de musique et de danse, au nombre desquelles les créations de pièces des dramaturges Peter Turrini et Gert Jonke.

Écrivaine, elle contribua pendant plusieurs années à titre de coéditrice et rédactrice à la revue littéraire slovène de Carinthie, Mladje. En 2011, elle s’est vue attribuer le prestigieux prix Ingeborg-Bachmann dans le cadre des trente-cinquièmes Journées littéraires de Klagenfurt pour son recueil de poésie Im Kessel, racontant l’histoire d’un village et d’une famille slovène de Carinthie et illustrant la résistance de la communauté slovène de Carinthie à la Wehrmacht allemande.

Haderlap écrit prose, poésie et essais tant en allemand qu’en slovène; elle traduit également du slovène vers l’allemand. Ses textes ont été traduits en de nombreuses langues et ont été publiés tant dans des revues littéraires allemandes qu’étrangères, ainsi que dans diverses anthologies.

Maja Haderlap est membre de l’Association des auteur(e)s de Graz (Grazer Autorinnen Autorenversammlung) et vit avec son époux, Klaus Amann, à Klagenfurt.

Wikipedia

Oeuvre en français

   Engel des Vergessens, roman, 2011 - traduit en français sous le titre L'Ange de l'oubli, 2015

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Re: Maja Haderlap

Message par topocl le Sam 25 Mar - 13:59

L'Ange de l'oubli



   Les noms des camps sont accrochés à ceux qui ont été assassinés et aux survivants comme de petites étiquettes et ils s'estompent avec ceux qui sont décédés entre-temps. Ils disparaissent avec les fermes et domaines, l'herbe et les buissons les envahissent, les recouvrent, à peine s'il en reste une trace, un tas de débris, à peine un appentis vermoulu, un sentier broussailleux.


Maja Haderlap a grandi en Carinthie, la province  autrichienne la plus au sud, au sein de la minorité slovène. Pendant la guerre, les persécutions, les enrôlements dans la Wehrmacht font que toute cette population est plus ou moins directement liée avec les partisans. Ses grands-parents, ses parents alors adolescents, subissent et partagent la violence, la torture ou les camps.

Sur ces familles, au sein de paysages à la sauvagerie protectrice, pèse "le secret de la menace". La mort et le désespoir n'ont pas fini de réclamer leur dû : Maja Haderlap décrit son enfance, façonnée par le personnage tutélaire de sa grand-mère,  bercée par les récits des différentes générations "assailli[e]s et empoisonné[e]s par leurs propres souvenirs", tragiquement malmenée par un père à jamais dévasté.

Puis son départ vers les études, au moment où justement son corps se fait entendre, l'amène à la découverte d'une autre culture, allemande, celle-là, et ainsi de la notion d'appartenance.

   
Durant des mois, je me sens comme un animal figé pendant la mue, auquel la peau qu'il faut ôter est restée coincée au-dessus de la tête, impossible à enlever. Si quelqu'un s'approchait de moi, je pourrais le cogner, sauf que je ne me doute de rien.

Les mots lui feront  saisir les dimensions sociologiques, politiques et historiques de l'histoire de sa famille, et par ce premier roman qu'elle nous offre,  à chasser l'Ange de l'oubli, dans la tradition des écrits peu à peu exhumés des femmes de sa famille.

 
La décision de m'inscrire en études théâtrales vient de mon idée, résultat de nombreuses soirées au théâtre comme spectatrice, que la scène pourrait devenir pour moi un espace où affronter sans danger tous les désespoirs et les complications. Sur scène, les catastrophes sont limitées, on a beau tuer les protagonistes, ils survivent toujours. Ils manifestent leurs déceptions, leurs travers, leurs rêves, leur amour et leur haine, ils peuvent se laisser aller à leurs sentiments et à leurs craintes les plus cruelles. Une représentation a forcément un début et ne finit pas toujours bien. Mais dans tous les cas elle se finit. Le théâtre ne peut nous attaquer par derrière comme la vie, même quand il se débat dans tous les sens. Tout est jeu, tout est en suspens.

J'ai adoré ce livre qui m'a appris un nouveau pan d'histoire. Je suis entrée avec émotion dans l'intimité de cette famille avec toutes ses complexités et ses souffrances,  puis m'en suis éloignée pour y trouver un point de vue plus général, transgénérationnel et politique, dans une langue à la fois mélancolique et poétique. C'est aussi la révélation d'un paysage, d'un mode de vie paysan qui ne demandait qu'à s'impliquer gaiement et humblement dans le labeur traditionnel(j'ai  pensé à MH Lafon dans la description du quotidien paysan), et à qui la tyrannie a imposé le choix du courage et des actes. C'est aussi un roman d'émancipation, laquelle passe par la découverte du monde, de l'autre et de l'usage des mots.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #famille

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Re: Maja Haderlap

Message par Avadoro le Sam 25 Mar - 14:12



L'ange de l'oubli

L'oubli évoqué par Maja Haderlap est d'abord le fruit d'une mémoire brouillée, qui s'efface face aux tourments d'une histoire échouant à faire sens. La minorité slovène de Carinthie, dont le rattachement au territoire autrichien a été décidé par plébiscite en 1920, a subi la déportation pendant la seconde guerre mondiale et a contribué à la résistance auprès des partisans yougoslaves, mais ce passé est déformé et marginalisé dès la consolidation d'une frontière avec la Yougoslavie communiste de Tito. L'enfance de l'auteur est alors marquée par la perception d'une identité absente et refoulée, qui hante chaque membre de sa famille.

Maja Haderlap dévoile avec beaucoup de clarté la sensation d'un danger omniprésent, vestiges d'une guerre dont les blessures restent visibles car un traumatisme se noie dans le silence. Entre le vécu d'une grand-mère au corps bouleversé par l'épreuve des camps de concentration et l'instabilité affective d'un père muré dans sa solitude, elle retrace un vécu bousculé par le doute et l'incompréhension.

L'écriture est sèche, rude et les éléments de contexte n'apparaissent que progressivement. Haderlap privilégie de brèves descriptions du quotidien, révélant des émotions contrastées et contradictoires avec une remarquable intensité poétique.

(Ancien commentaire remanié)
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Re: Maja Haderlap

Message par Bédoulène le Sam 25 Mar - 15:30

à plus tard

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Re: Maja Haderlap

Message par tom léo le Jeu 11 Oct - 7:48



L’ange de l’oubli

Ce livre était depuis longtemps sur ma Pal, et finalement que j’ai pu le lire (en allemand). Comme on en a déjà parlé je n’ai pas besoin de dire « tout ».

On pourrait trop rapidemment penser qu’il s’agit d’un sujet spécifique, voir : un peu à la périphérie de la deuxième guerre comme cela se passe dans un « coin un peu négligé ou perdu », en Carinthie, marquée par la minorité slovène. Et oui, ce livre décrit d’abord une histoire personnelle (cela me semble assez évident que Haderlap écrit aussi en partant de sa biographie et des histoires de sa famille?!). Et puis une réalité spécifique, oui.

Mais les sujets traités devraient, en s’élargissant, toucher les Autrichien en général. Cela dans l’Anschluss », mais aussi leur tendance de négation de toute implication aux horreurs nazies, si fustigée par des nombreux écrivains et intellectuels autrichiens de l’après-guerre. Puis cela touche évidemment des Allemands en général, et les conséquences d’une dictature aux « périphéries » du Reich. Car des femmes et des hommes ont souffert…

En plus ce roman comporte une dimension fortement universelle car il y est question fortement de la transmission de blessures à travers les générations. La narratrice, enfant au début, puis autour de la quarantaine (?) vers la fin du livre, est porteuse d’une façon ou d’une autre d’une histoire qu’elle n’a pas choisie. On peut partiellement essayer de la fuir, mais on reste en se définissant par rapport à elle. Elle reste de la génération des « enfants des enfants de la guerre », sujet qui a trouvé plusieurs livres non-fictionnels, au moins dans le paysage du livre allemand. Et bien sûr : en décrivant surtout son père, sa grand-mère, sa mère, nous voyons l’influence destructrice de la guerre sur des vies… Cela pourrait s’appeler « traumatisme ». Et traumatismes transmis.

La narration commence dans les jours d’enfance, et sur les premiers pages on trouve des pans d’histoire un peu « roses », d’un monde rural. Mais le ton de la narration, le style change à fur et à mesure que la narratrice grandit (bien réussi par l’auteure!). Des souvenirs enfantins jusqu’aux réflexions d’une adulte, très poussées. J’ai rarement lu des descriptions aussi poignantes sur les dégats aussi intérieures, sur la psyché, de la guerre. Bien sûr il y a aussi des horreurs palpables, vécues. En tout cela je me retrouvais bien comme enfant de réfugiés de la guerre ayant vécu des traumata. Donc, ce livre revêt une dimension universelle par là.

La transmission est une pas juste d’un danger imminent, mais d’un constant sentiment d’être menacé, de ne pas connaître la sécurité existentielle intérieure néccessaire.

Donc, ce coin de l’Autriche ne se trouve pas à la périphérie, mais devient un point de cristallisation.

Un livre qui convainc, aussi par sa langue, poètique, poignant souvent, ayant aussi (en allemand) certaines trouvailles de mots assez originales !
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