Doris Lessing

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Doris Lessing

Message par Tristram le Mer 5 Avr - 16:59

Doris Lessing
(1919 - 2013)




Doris May Lessing est une écrivaine britannique née le 22 octobre 1919 à Kermanshah (Iran) et morte le 17 novembre 2013 (à 94 ans) à Londres. Elle n’a que 6 ans lorsque sa famille s’installe, en 1925, en Rhodésie du Sud (alors colonie britannique) dans l'espoir de faire fortune grâce à la culture du maïs, du tabac et des céréales puis en cherchant de l'or. Les Tayler supportent mal la dureté du climat et la jeune Doris est tour à tour atteinte de malaria et de dysenterie en raison des attaques de moustiques.
Pensionnaire d'un institut catholique tenu par des religieuses qu'elle supporte mal, elle est en opposition constante avec sa mère, protestante. Elle quitte définitivement l'école à 15 ans, travaillant en tant que jeune fille au pair puis plus tard, à 18 ans, comme standardiste à Salisbury (l'ancienne capitale de la Rhodésie du Sud). Revenue un temps à la ferme parentale, elle se passionne pour la littérature et se plonge dans la lecture de plusieurs grands classiques du XIXe siècle qui influenceront sa création littéraire : Léon Tolstoï, Stendhal, Fedor Dostoïevski ou encore Honoré de Balzac. Elle lit également avec intérêt Marcel Proust et Virginia Woolf.

Dans Le Carnet d'or (The Golden Notebook, 1962), reconnu aujourd'hui comme son chef-d'œuvre, elle revient sur les différentes phases de son espoir révolutionnaire déçu. Par l'évocation qu'il fait de la condition de la femme, de sa psychologie, de ses engagements, de ses états affectifs, de ses désirs et de ses élans intimes, Le Carnet d'or fait de l'écrivain une icône du féminisme mondial comparable à Simone de Beauvoir sans qu'elle « l’ait jamais voulu ».

Le prix Nobel de littérature en 2007 a couronné « la conteuse épique de l'expérience féminine qui, avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire, scrute une civilisation divisée. ».
Célèbre dès son premier livre, Vaincue par la brousse (1950), auteur d'une vingtaine de romans dont le best-seller international Le Carnet d'or (1962), elle est très vite apparue comme une femme de lettres engagée et militante, notamment pour les causes marxiste, anticolonialiste et anti-apartheid. Elle a aussi été associée au combat des féministes sans l'avoir revendiqué ou désiré.
L'œuvre de Doris Lessing est polymorphe. Profondément autobiographique, elle s'inspire notamment de son expérience africaine, de ses années de jeunesse et de ses engagements sociaux ou politiques. Son style romanesque, épique, réaliste et lyrique lui a permis d'aborder différents thèmes tels que les conflits de cultures, les injustices raciales et ethniques, la contradiction entre la conscience individuelle et le bien commun, la violence entre les êtres et les classes, le déracinement ou encore l'enfance.
source : Wikipédia

Œuvres traduites en français

Série Canopus dans Argo :
1. Shikasta, Seuil, 1981 ((en) Shikasta, 1979)
2. Mariages entre les zones trois, quatre et cinq, Seuil, 1983 ((en) The Marriages Between Zones Three, Four and Five, 1980)

Série Les Enfants de la violence
Les Enfants de la violence, Plon, 1957 ((en) Martha Quest, 1952)
1. Les Enfants de la violence, Albin Michel, 1978 ((en) Martha Quest/ A Proper marriage, 1952/ 1954)
2. L’Écho lointain de l'orage, Albin Michel, 1979 ((en) A Ripple from theStorm/ Landlocked, 1958/ 1965),
3. La Cité promise, Albin Michel, 1981 ((en) The Four-Gated City, 1969)

Série Les Carnets de Jane Somers
1. Journal d'une voisine, Albin Michel, 1984 ((en) The Diary of a Good Neighbour, 1983)
2. Si vieillesse pouvait, Albin Michel, 1985 ((en) If the Old Could..., 1984)

Série Le cycle de l'eau
1. Mara et Dann, Flammarion, 2001 ((en) Mara and Dann, 1999)
2. L’Histoire du général Dann, Flammarion, 2013 ((en) The Story of General Dann and Mara's Daughter, Griot and the Snow Dog, 2005)

Romans indépendants
• Vaincue par la brousse, Plon, 1958 ((en) The Grass is Singing, 1950)
• Le Carnet d'or, Albin Michel, 1976 ((en) The Golden Notebook, 1962)
• Descente aux enfers, Albin Michel, 1988 ((en) Briefing for a Descent into Hell, 1971)
• L’Été avant la nuit, Albin Michel, 1981 ((en) The Summer Before the Dark, 1973)
• Mémoires d'une survivante, Albin Michel, 1982 ((en) Memoirs of a Survivor, 1974)
• La Terroriste, Albin Michel, 1986 ((en) The Good Terrorist, 1985)
• Le Cinquième Enfant, Albin Michel, 1990 ((en) The Fifth Child, 1988)
• L’Amour encore, Albin Michel, 1996 ((en) Love, Again, 1996)
• Le Monde de Ben, Flammarion, 2000 ((en) Ben, in the World, 2000)
• Le Rêve le plus doux, Flammarion, 2004 ((en) The Sweetest Dream, 2001)
• Alfred et Emily, Flammarion, 2008 ((en) Alfred and Emily, 2008)

Recueils de nouvelles
• Un homme et deux femmes, Plon, 1967 ((en) A Man and Two Women, 1963)
• Les Chats en particulier, Albin Michel, 1984 ((en) Particularly Cats, 1967)
• Nouvelles africaines, Albin Michel, 1980 ((en) This Was the Old Chief's Country: Collected African Stories, Vol. 1, 1973)
• La Madone noire, Albin Michel, 1988 ((en) The Sun Between Their Feet: Collected African Stories, Vol. 2, 1973)
• L’Habitude d'aimer, Albin Michel, 1992 ((en) To Room Nineteen: Collected Stories, Vol. 1, 1978)
• Notre amie Judith, Albin Michel, 1993 ((en) The Temptation of Jack Orkney: Collected Stories, Vol. 2, 1978)
• Nouvelles de Londres, Albin Michel, 1997 ((en) London Observed: Stories and Sketches, 1992)(
• Les Grand-mères, Flammarion, 2005 ((en) The Grandmothers, 2003)
• Victoria et les Staveney, Flammarion, 2010 ((en) Victoria and the Staveneys, 2003)
• Un enfant de l'amour, Flammarion, 2007 ((en) A Love Child, 2003)

Mémoires
• Rire d'Afrique, Albin Michel, 1993 ((en) African Laughter: Four Visits to Zimbabwe, 1992)
• Dans ma peau, Albin Michel, 1995 ((en) Under My Skin: Volume One of My Autobiography, to 1949, 1994)
• La Marche dans l'ombre, Albin Michel, 1998 ((en) Walking in the Shade: Volume Two of My Autobiography, 1949 to 1962, 1997)

Autres ouvrages
• Le vent emporte nos paroles, Albin Michel, 1987 ((en) The Wind Blows Away Our Words, 1987)
• Le temps mord, Flammarion, 2011 ((en) Time Bites, 2004)
• C’est ainsi qu'un jeune noir du Zimbabwe a volé un manuel de physique supérieure, L'Escampette, 2010
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Tristram

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Re: Doris Lessing

Message par Tristram le Mer 5 Avr - 17:06

Mara et Dann



Ce roman de science-fiction (voire d’héroïc fantasy) post-apocalyptique n’est pas un chef-d’œuvre, comme Le carnet d’or, mais il permet d’introduire l’auteure aux Choses à lire. C’est l’histoire d’une petite fille et de son cadet qui fuient la sécheresse pour traverser une grande partie de ce qui fut l’Afrique.
« Qu’as-tu vu » est une forme de jeu destiné à développer chez l’enfant observation et réflexion, qui revient comme un leitmotiv, et est sans doute inspirée d’une coutume africaine.
L’auteure, revenant régulièrement sur le cycle menstruel et les vêtements, est à la fois très personnelle et femme, sans aucun tabou concernant la prostitution, l’avortement, la prostitution, l’inceste et autres tribulations de son héroïne.
Un certain manque de cohérence (de relecture), une proximité limite avec le pathos desservent cet ouvrage qui illustre notamment la constante dans les sociétés humaines à détruire et disparaître d’une époque à une autre.
Le personnage de la sœur qui protège son jeune frère/ de la femme bâtissant l'homme, semble être une idée récurrente pour Doris Lessing, par ailleurs sensible et perspicace témoin des conditions sociales :

« Je suis toujours effarée de voir, chez moi comme chez les autres femmes, avec quelle force nous éprouvons le besoin de rassurer les hommes. […] La vérité, c’est que les femmes éprouvent un profond besoin instinctif de faire d’un homme un homme. Molly par exemple. Ce doit être parce qu’il existe de moins en moins d’hommes véritables, et que nous avons peur. Alors nous tentons de créer des hommes. »
Doris Lessing, « Le Carnet d’or », « Femmes libres 3 (le carnet bleu) »

« − Comme je le disais, c’est le sombre secret de notre époque ; personne n’en parle, mais chaque fois qu’on ouvre une porte on est accueilli par un hurlement perçant d’inaudible désespoir. »
Doris Lessing, « Le Carnet d’or », « Femmes libres 5 »



mots-clés : #sciencefiction
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Tristram

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Re: Doris Lessing

Message par Tristram le Dim 15 Oct - 16:14

Nouvelles africaines



J’ai lu ces nouvelles dans une édition de 1980, c'est-à-dire qu’elles ne représentent pas toute la production de Doris Lessing, mais treize nouvelles (les premières sans doute), dont Le vieux chef Mshlanga et Le soleil se lève sur le veld. (Avec évidemment les doutes usuels sur la traduction, et la mise en page ‒ sauts à la ligne escamotés ?) Ces textes offrent une description approfondie de l’intérieur de l’ex-Rhodésie, où l’auteure a vécu. Le veld, mais aussi les fermiers anglais ou afrikaners (plus ou moins en confrontation, plus ou moins aisés), en rapport distant avec les indigènes, entre paternalisme et incompréhension, ou plutôt non-questionnement :

Le vieux chef Mshlanga : une jeune fille blanche, élevée dans l’évidence de faire partie des maîtres, commence à s’interroger, partagée entre la fascination et la crainte, mais l’incommunicabilité est profondément installée.

« …] c'est mon héritage aussi ; j'ai été élevée ici ; c'est mon pays aussi bien que celui de l'homme noir ; et il y a suffisamment d'espace pour nous tous, sans que nous ayons à nous bousculer les uns les autres pour nous contraindre à céder le passage. »

« …] j’avais appris que, si l’on ne peut pas siffler son pays comme un chien, on ne peut pas non plus rejeter le passé avec un sourire en se disant paisiblement : je n’y pouvais rien, je suis victime aussi. »

Le petit Tembi est un bébé cafre sauvé par une infirmière blanche, épouse du patron de ses parents ; choyé lors de sa petite enfance, mais bouleversé par le fossé qui les sépare, il devient voleur dans la plus complète incompréhension mutuelle.

Pas de sorcellerie à vendre : de part et d’autre, il est impossible d’échanger : le cuisinier qui chérit son petit maître sauve sa vue lorsqu’il est aveuglé par un serpent cracheur, mais ne peut se résoudre à transmettre son savoir ancestral de guérisseur aux Blancs.

Rien de tranché dans ces aperçus d’un monde complexe : les petits Blancs paupérisés sont à mi-chemin des deux pôles sociaux, les colons et leurs domestiques, comme invisibles pour les premiers :
La seconde hutte : un Anglais s’acharne à faire subsister sa ferme tandis que sa nostalgique épouse languit, malade des conditions pénibles de leur existence ; il embauche comme assistant un Afrikaner qui fait des enfants à sa femme dans une volonté aveugle de survie dans la misère, et rudoie les employés cafres : ce sera un désastre pour tous.

La ferme du Vieux John : nouvelle assez longue pour déployer toute la finesse d’observation psychosociale de l’auteure, via une jeune fille entre deux générations, lors des soirées entre voisins fermiers dans le veld.  

« "Ce que je ne supporte pas, c’est cette monotonie inexorable. On presse un bouton ‒ il suffit de les abreuver suffisamment ‒ et la machine se met en route. Les mêmes choses se répètent, avec les mêmes gens, et pas un seul mot qui… C’est atroce." »

George le léopard : ou les rapports dramatiques hommes blancs - femmes noires dans un milieu britannique (i.e. puritain).

« Mais non seulement l’homme blanc prend à l’Afrique ce qu’il y trouve, mais il lui impose sa propre vision rapportée d’autres pays. »

L’hiver en juillet : un ménage à trois ‒ qui ne suffit pas même à combler la déréliction d’une femme à la ferme dans le veld.

Un toit pour le bétail des Hautes Terres : la femme d'un couple d’émigrés anglais déchante en arrivant en Rhodésie du Sud ; déçue et irritée par une existence étriquée, celle-ci découvre la condition des Africains avec un sentiment d’injustice, une empathie maladroite, toutes les facettes de cette confrontation vécue par tous les expatriés occidentaux dans des (anciennes) colonies (typiquement dans le rapport à l’argent).

L’Eldorado : un fermier s’est consacré aux cultures vivrières, faisant fi des de plus rentables ‒ mais la fièvre de l’or l’enflamme, au grand dam de son épouse : appât de l’aventure, de la chance, de la fortune "facile", passion qui le fait déchoir.

La fourmilière : le fils de l’ingénieur d’une mine d’or découvre en jouant avec son ami de la « réserve » (le village cafre) ‒ lui-même fils méconnu du propriétaire de la fourmilière humaine ‒, leur injuste différence de condition ; il partage avec lui son éducation scolaire, ils enragent dans une révolte confuse (magnifiquement transcrite), et enfin un avenir est devant eux.

Un autre beau texte, à part dans cette permanente thématique de l’impossibilité à se comprendre et partager dans les rapports Noirs - Blancs : Le soleil se lève sur le veld. Un garçon blanc de quinze ans jouit de sa liberté de chasseur dans le veld magnifique, mais est bouleversé par l’agonie d’une antilope (chevreuil » dans mon édition…) dévorée par les fourmis parce qu’elle avait une patte cassée : c’est la loi de la nature, mais peut-être a-t-il lui-même blessé cet animal ?

Dans ces nouvelles constituant un ensemble d’approches du même questionnement, j’ai particulièrement apprécié la manière approfondie d’étudier le confrontement de mondes qui ne peuvent se comprendre, séparés entre riches et pauvres, employeurs et employés, hommes et femmes, étrangers et indigènes ‒ univers mesquins, soigneusement cloisonnés, qui cohabitent à grand peine de façon artificielle. L’expérience vécue de Doris Lessing est évidente. Son œuvre a sa place parmi celles de Blixen et Coetzee notamment, pour essayer d’appréhender cette problématique complexe, où l’usage du terme "racisme", commode mais en définitive vide de sens, empêcherait toute analyse fouillée.

mots-clés : #nouvelle #racisme #segregation
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Tristram

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Re: Doris Lessing

Message par kashmir le Dim 15 Oct - 18:31

J'aime beaucoup cet écrivain : je reviendrai...
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Re: Doris Lessing

Message par Bédoulène le Dim 15 Oct - 20:32

j'ai plusieurs livres de l'auteure à lire, merci du rappel Tristram.


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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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