Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Alain Robbe-Grillet

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    shanidar

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    Alain Robbe-Grillet

    Message par shanidar le Jeu 6 Avr - 15:00

    Alain Robbe-Grillet
    (1922-2008)


    Alain Robbe-Grillet est né à Brest en 1922 et il est mort le 18 février 2008 à Caen.

    Il fait des études d'ingénieur agronome et profite de son job pour voyager dans le monde entier (chantier en Bulgarie, séjours au Maroc, en Guinée, en Guadeloupe...). Sa formation scientifique fait de lui un écrivain qui s'intéresse plus à la forme du récit, à sa construction, à la théorie qu'à l'histoire en elle-même ou à la psychologie des personnages.

    Considéré comme le Pape du Nouveau Roman, il est peu lu et peu étudié en France et il part donc aux Etats-Unis dans les années 70 pour devenir enseignant de sa propre oeuvre !

    Il écrit en 1972 : "Enseigner ses propres romans et films, cela fait sans aucun doute partie de ce qu'on nomme ici les performings arts, les arts de la scène, de la représentation vivante. Non seulement l'auteur doit alors assumer pleinement ses oeuvres (ce qui est déjà monstrueux) avec à peine la distance critique admise pour des images ou des textes qu'il a produits il y a vingt ans et plus (distance infime, en somme comparable à celle marquée par un bon acteur de théâtre face au drame qu'il interprète), mais encore lui faut-il exhiber aux yeux de tous le physique reconnu de l'emploi, c'est-à-dire une forte présence stéréotypée: une véritable tête d'écrivain. Le même déconcertant problème se pose aujourd'hui, du reste, pour n'importe quel romancier, essayiste ou philosophe. Toute son oeuvre écrite se verra bientôt située dans cette double perspective mondaine, dérisoire : avoir une tête, saisissable par l'objectif, et savoir parler devant un micro. Il y a quelque chose d'irritant pour un homme de plume, de ratures et de solitude, à se voir sans cesse, désormais, placé sous les feux de la rampe, réduit à son image sur la couverture du livre (ou sur une bande) et à son bavardage dans les journaux, à la radio, sur les écrans de télévision. Il a envie de crier aux lecteurs-en-diagonale, à tous les auditeurs-spectateurs distraits : c'est par mes écrits que je m'adresse à vous, évitez donc de vous intéresser trop exclusivement à ma barbe, à mes mimiques, à mes boutades. Quittez le sot espoir de me découvrir plus sincère, plus intéressant, plus personnel, plus vrai dans ces intervious hâtifs (encore plus truqués s'ils sont reproduits dans la presse, puisqu'ils y ont perdu par surcroit l'ouverture et la légèreté de la parole) que dans des pages longuement, patiemment, laborieusement forgées. L'auteur c'est l'être qui n'a pas de visage, dont la voix ne peut passer que par l'écriture et qui "ne trouve pas ses mots ".

    Grand ami de Jérôme Lindon (qui le publiera aux Editions de Minuit et pour qui il sera conseiller littéraire durant trente ans) ; il fréquente beaucoup de ceux qui gravitent autour du Nouveau Roman, de Sarraute à Duras, il est aussi proche de certains acteurs dont Jean-Louis Trintignant et sa réputation sulfureuse (entre érotisme et pornographie) fait de lui un réalisateur à la carrière confidentielle.

    Robbe-Grillet est à la fois romancier et réalisateur de films, sa vie est indissociable de celle de sa femme Catherine (qui écrira sous le pseudonyme de Jeanne de Berg), mais comme il nous invite à le faire pour le connaître il vaut mieux le lire.

    Bibliographie :

    Un Régicide (1949)
    Les Gommes (1953)
    Le Voyeur (1955)
    La Jalousie (1957)
    Dans le labyrinthe (1959)
    L'Année dernière à Marienbad (ciné-roman, 1961)
    Instantanés
    L'Immortelle
    Pour un Nouveau Roman (essai, 1963)
    La Maison de rendez-vous
    Projet pour une révolution à New-York
    Glissements progressifs du plaisir
    Topologie d'une cité fantôme
    Souvenirs du Triangle d'Or
    Djinn (1981)
    La Reprise (2001)

    et dans la série des Romanesques :

    I. Le Miroir qui revient
    II. Angélique, ou l'enchantement
    III. Les Derniers jours de Corinthe
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    shanidar

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par shanidar le Jeu 6 Avr - 15:15

    Les Gommes



    Les Gommes fait partie pour moi de ces livres enchantés et enchanteurs qui m'ont apporté à la fois une émulation intellectuelle et un plaisir de lectrice rarement égalés.

    Voici ce que j'en disais il y a quelques années (mais je pense que je vais le relire, pour poursuivre la dissection de ce 'monument').

    Chaque livre de Robbe-Grillet est un jeu de pistes, chaque ouvrage peut se lire à l'aide d'une grille de lecture différente, chaque livre est une construction à la mécanique parfaite, lisse, quasiment invisible et qui fonctionne ainsi incroyablement bien.

    Les Gommes peut se lire comme un 'simple' roman policier, dans lequel la scène du crime est sans cesse reprise, transformée, vécue, revécue, mâchée, remâchée, déformée, compliquée, une scène polymorphe qui met en mot ce qu'est la littérature : une fiction que l'auteur peut tordre dans tous les sens au gré de ses envies. Mais attention, pour Robbe-Grillet le lecteur ne doit pas se perdre dans les méandres d'une lecture absconse, au contraire, le recours au roman policier lui permet d'encadrer sa narration des codes (en les dépassant parfois) propres au polar (une victime, un crime, un coupable). Il s'agit ensuite pour le romancier de se jouer de ses codes tout en amusant le lecteur. Le côté vertigineux de cette narration en spirale fait que la reprise incessante de la même scène, qui n'est jamais décrite deux fois de la même manière (point de vue de chaque personnage, affabulation de ceux qui n'étaient pas présent, imagination des policiers) révèle à quel point la littérature peut être ludique et sans fond.

    Mais le roman policier fonde son existence autour d'une énigme à résoudre (telle l'énigme bien connue du Sphinx) et s'ouvre alors une nouvelle dimension pour le lecteur attentif car Robbe-Grillet dans son livre, ré-écrit l'histoire d'Œdipe (ce n'est pas pompeux, ce n'est pas tragique, mais plutôt divertissant). Il est absolument passionnant (pour ceux qui connaissent assez bien les différents avatars du mythe, de Sophocle à Cocteau) de découvrir les éléments récurrents que Robbe-Grillet glisse dans sa narration pour aiguiller le lecteur. Ce jeu de piste parfaitement mené est absolument jubilatoire. Sans compter cette histoire de gommes dont je me demande encore s'il s'agit d'une machine à effacer la mémoire pour faire de la place au présent ou plus simplement le fantasme d'un livre palimpseste.

    Voilà, loin des études académiques et universitaires, l'oeuvre de Robbe-Grillet est complètement accessible à tout lecteur 'moyen' qui aime jouer avec l'idée même de fiction. Lire Robbe-Grillet s'est à la fois plongé dans un univers où la maîtrise narrative est absolument époustouflante et dans lequel on ne s'ennuie pas une seule seconde.
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    Bédoulène

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par Bédoulène le Jeu 6 Avr - 17:12

    si je comprends sa bio c'est un artisan en construction littéraire ?


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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par Tristram le Jeu 6 Avr - 19:33

    Très séduisante présentation, Shanidar !
    Ce que tu dis (et écrit Robbe-Grillet) me semble renvoyer au postulat de la déconstruction : « il y a plusieurs vérités » (autant que de regards, peut-être).
    Le mythe en filigrane (ou à un autre niveau de lecture) fait penser à l’Ulysse de Joyce (entr’autres, comme Malpertuis, de Jean Ray).
    Les codes propres au genre encadrant la narration, c’est la contrainte formelle (du sonnet à l’OULIPO) avec laquelle l’écrivain doit composer (un peu comme on doit "faire" avec le réel).
    Le Nouveau Roman reste vraiment un berceau actif (et une source d'enchantement) en matière de création littéraire : recherche de sens (au pluriel), plusieurs niveaux de "réalité", enchâssements et autres mises en abyme, etc…

    Pour les amateurs éventuels, on trouve sur Abebooks une édition 10 18 de 1962 de Les Gommes, suivi de Clefs pour les Gommes par Bruce Morrissette
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    shanidar

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par shanidar le Ven 7 Avr - 10:43

    @Bédoulène a écrit:si je comprends sa bio c'est un artisan en construction littéraire ?

    peut-être plus un 'ingénieur' qu'un artisan de la construction littéraire, car pour le lecteur curieux il y a vraiment un dédale de chemins à emprunter en compagnie de Robbe-Grillet mais il peut aussi très bien lire Les Gommes comme un pur roman de ficton...

    Et merci Tristram pour ton intervention, je ne suis pas fan de tous les écrivains affiliés au Nouveau Roman mais l'ayant découvert vers 18-19 ans à une époque où mon cerveau était encore bien malléable et réceptif, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à voir la manière dont les auteurs décortiquaient leur travail narratif, qui ressemble en effet à une sorte de déconstruction à la Derrida (je crois...). C'est-à-dire, prendre une situation, un mot, une fonction et chercher à en extraire un maximum de forme et jouer avec toutes les possibilités offertes.
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    Tristram

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par Tristram le Ven 7 Avr - 12:09

    Oui, il y a quelque chose de fascinant là-dedans, un fil qui court depuis Les mille et une nuits jusque Perec en passant par Nabokov et d'autres (un champ des possibles sans doute toujours exploré de nos jours) _ malheureusement tout ça reste aussi confus qu’envoûtant pour moi...
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    ArenSor

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par ArenSor le Ven 7 Avr - 12:40

    Les commentaires de Shanidar sont souvent redoutables Smile . Redoutables, parce qu'ils m'obligent à regarder toute affaire cessante dans mes PAL où doivent traîner, ma foi, quelques Robbe-Grillet ; gagné, mes souvenirs étaient bons, il y a parmi eux "Les Gommes" (la page de garde m'indique que je l'ai acheté 40c en 2004). Bien sûr, J'ouvre le livre, lit quelques phrases et me voilà immédiatement tombé sous le charme, au détriment d'autres lectures :

    "Un gros homme est là debout, le patron, cherchant à se reconnaître au milieu des tables et des chaises. Au-dessus du bar, la longue glace où flotte une image malade, le patron verdâtre et les traits brouillés, hépatique et gras dans son aquarium.
    De l'autre côté, derrière la vitre, le patron encore qui se dissout lentement dans le petit jour de la rue. ....
    Péniblement le patron émerge. Il repêche au hasard quelques bribes qui surnagent autour de lui. Pas besoin de se presser, il n'y a pas beaucoup de courant à cette heure-ci."

    Une anecdote sur Robbe-Grillet qui m'avait amusé : interviewé au moment où il refusait le rituel de l'Académie, il avait déclaré : "Déjà à notre âge avancé c'est toute une aventure pour aller pisser, alors vous imaginez avec une épée qui se balade entre les jambes !" Very Happy
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    Bédoulène

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par Bédoulène le Ven 7 Avr - 18:53

    je lirai aussi Les gommes !


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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par ArenSor le Ven 7 Avr - 21:20

    « Les sirènes des cargos leur arrivent du port, par-dessus l’alignement des entrepôts et des docks, et leur apportent à l’heure de la marée l’espace, la tentation, la consolation du possible.
    Comme on a la tête solide, la tentation suffit : le possible reste simplement possible, les sirènes depuis longtemps appellent sans espoir. »
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    Gnocchi

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par Gnocchi le Sam 8 Avr - 0:15

    Merci Shanidar pour l’ouverture du fil et ton commentaire sur Les Gommes.
    Je me rappelle. J’ai fait un exposé sur lui quand j’avais 19 ans au Japon. J’ai beaucoup aimé Les Gommes et Le Voyeur. J’ai été impressionnée car c’était très original et expérimental. Oui, la même scène qui revient plusieurs reprises à la façon différente était très nouvelle, très Robbe-Grillet. J’ai bien aimé aussi son essai célèbre Pour un nouveau roman. Par contre je n’ai pas vraiment aimé La Jalousie, peut-être parce que l’histoire est devenue trop artificielle ??? Je ne sais plus. C'est déjà trop loin.
    Et je ne me souviens rien sur Dans le labyrinthe et Projet pour une révolution à New York. Soit c’était ennuyeux, soit je les ai lu trop vite pour mon exposé ? Pourtant je suis sûre d’avoir lu tous les deux.
    Le film Marienbad m’a presque choquée par sa fraîcheur et sa liberté. Et j’aimais bien Glissement progressif du plaisir que j’ai vu un peu plus tard.
    Mais après mon exposé, je ne suis plus vraiment revenue chez Robbe-Grillet. A cause de La Jalousie ? Sinon par la réputation de son penchant pour le corps de jeunes filles ?
    Il y a aussi des gens qui le détestent.
    J’ai tout de même encore Djinn et La Reprise sur mon étagère. Smile
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    shanidar

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par shanidar le Sam 8 Avr - 12:44

    Ah je suis contente de lire vos réactions et de vous imaginer reluquant l'air dubitatif les couvertures sobres des Editions de Minuit ! Very Happy

    Et pour rebondir sur le dernier post d'Ariane parlant de La Jalousie, en voici un commentaire :

    La jalousie

    ne perdez pas de temps à lire ce livre à moins d'être :

    a) un accroc au Nouveau Roman ou à Robbe-Grillet

    b) un élève dans un école de cinéma ou d'architecture

    c) un amoureux psychotique des bananiers au point de les compter pour vous endormir à la place des fameux moutons...

    La Jalousie vue par Robbe-Grillet, ce n'est évidemment pas du vaudeville. Pourtant nous avons bien la femme : A., belle, brune, énigmatique et tolérante; l'amant : Franck dont on retient les problèmes mécaniques et les chemises, mais du mari... vraiment pas grand chose : un verre, un couvert, une présence fantomatique, un regard peut-être, une moquerie sans doute mais c'est à peu près tout. Je crois que c'est à peu près la seule réussite du roman, ce personnage diffus, qui est là sans être là. Et il faut peut-être alors rappeler que la jalousie est aussi une sorte de store à lamelles grâce auquel on peut voir sans être vu.

    Nous avons un décor : une maison, une bananeraie. Nous avons des indigènes, des boys, des cuisiniers...

    Robbe-Grillet utilise les mêmes moyens qui font d'ordinaire son charme : répétitions, technicité, description méticuleuse des gestes, des objets, des emplacements, mais cette sécheresse trop théoricienne enlève tout plaisir à la lecture. Les descriptions du soleil et de la maison, de la maison et de la bananeraie, de la terrasse et de la rambarde sont à se pendre...

    Ah si, la deuxième réussite : comme toujours Robbe-Grillet travaille méticuleusement les enchaînements. Son écriture a un aspect cinématographique (genre fondu enchaîné) très impressionnant. Les images du présent, du passé se superposent les unes aux autres formant un très intéressant décentrage, décalage qui loin de gêner la lecture apporte un côté exotique. Il fallait bien ça.

    mais attention que cela ne vous dispense pas de lire Les Gommes ou Djinn qui sont eux deux grandes réussites.
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    Bédoulène

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    Re: Alain Robbe-Grillet

    Message par Bédoulène le Sam 8 Avr - 13:48

    merci pour ton commentaire et les conseils ! Smile

    Je prends "les gommes" pour effacer la Jalousie !


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    Re: Alain Robbe-Grillet

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