Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Ivan Alekseïevitch Bounine

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    tom léo

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    Ivan Alekseïevitch Bounine

    Message par tom léo le Ven 7 Avr - 21:56

    Ivan Alekseïevitch Bounine
    1870- 1953



    Ivan Alekseïevitch Bounine (en russe : Иван Алексеевич Бунин), né près de Voronej en Russie centrale le 10 octobre/22 octobre 1870 et décédé à Paris le 8 novembre 1953, était un écrivain russe, auteur de poèmes, nouvelles et de romans.

    Bounine vient d'une famille de propriétaires terriens appauvris. Parmi ses aïeuls on trouve des poètes du XIXème siècle, Anna Bunina et Vasilii Zhukovsky. Son père était aussi bien un homme du monde qu’un joueur et un homme de passion qui dilapida beaucoup d’argent. Il fut envoyé à l'école publique à Ielets/Oriol en 1881, mais il retourna chez lui après cinq ans d'études. Son frère l'encouragea alors à lire les classiques russes et à écrire. À dix-sept ans, il publia son premier poème dans un magazine littéraire de Saint-Pétersbourg. Et même s’il continua toute sa vie avec des poèmes, il fut plutôt connu plus tard d’abord pour ses nouvelles. La mort de sa sœur pendant son adolescence le marqua pour toujours : il connut une grave crise. Plus tard il intégra l’expérience de la mort, de la perte dans beaucoup de ses œuvres. Il apprit de regarder au delà de l’horizon et de, comme il le disait, voir derrière le miroir. En 1889, il suivit son frère à Kharkov où il travailla dans un journal local.
    Il correspondit avec Tchekhov (à partir de 1895), Gorki et Tolstoï. En 1891, il publia sa première nouvelle dans un journal littéraire et ce sont ses nouvelles qui le firent connaître. Il se maria une première fois en 1899 avec Anna Kakni. Ils auront un enfant qui mourut à 5 ans en 1905. En 1906 Bounine se maria avec Vera Muramtsevoi.

    En 1900, il publie Les pommes Antonov. Son premier recueil de poème parut en 1901 et fut bien accueilli par les critiques. Il reçoit trois fois le prix Pouchkine de l'Académie des Sciences de Russie et en 1909, il est élu à l'Académie. Bounine fut aussi un traducteur connu. Il traduisit Longfellow, Byron, Tennyson, et Musset. En 1909, il publia son premier roman, Le Village. Alors que traditionnellement depuis Tourgueniev on s'était habitué à beaucoup idéaliser le moujik, le portrait réaliste d'un village russe avec sa stupidité, sa cupidité, sa brutalité et sa violence fit scandale à Moscou lors de sa parution. Deux ans plus tard, il publia un deuxième roman où il décrit sa famille.

    Avant la Première Guerre mondiale, il voyagea beaucoup : Ceylan, Palestine, Égypte, Turquie et ces voyages eurent une influence sur ses écrits. De 1912 à 1914, il passa ses hivers à Capri. Il quitta Moscou le 21 mai 1918 après la révolution de 1917 pour s'installer dans le sud du pays tenu par les Russes blancs. Il quitte la Russie pour les Balkans en 1920, puis Paris et enfin pour Grasse où il s'installe en 1923, s’engageant dans différentes organisations politiques de l’émigration. Il publia son journal qui contient une forte critique du système bolchévique. Il reçut le Prix Nobel de littérature en 1933. Il fut un opposant au nazisme. En 1943 il publia « Les allées sombres » (Tyomnye allei), œuvre d’amour lyrique qui fut mis sur un rang avec des œuvres comme Eugène Onégine, Anna Karenine et Lolita. Ecriture étonnamment direct, sensuelle.
    Il mourut d'une crise cardiaque à Paris en 1953. Entre 1929 et 1954 l’œuvre de Bounine ne fut pas publiée en URSS, certaines après seulement avec la « perestroïka ».

    Oeuvres traduites en français :

    Romans
    1910 : «Деревня» : Le village
    1911 : Soukhodol
    1924 : «Митина любовь» : L’amour de Mitia (le sacrement de l'amour)
    1930 : «Жизнь Арсеньева» : La vie d’Arseniev


    Nouvelles
    1892 : Au hameau
    1893 : Nouvelles du pays
    1900 : «Антоновские яблоки» : Les Pommes d'Antonov
    1901 : Meliton
    1904 : Terre noire
    1911 : Conversation nocturne
    1912 : Zakhar Vorobiev
    1907-1912 : Le Temple du soleil
    1915 : «Господин из Сан-Франциско» : Le Monsieur de San Francisco
    1915 : Le Calice de la vie
    1923 : Printemps éternel
    1925 : La Nuit
    1925 : «Дело корнета Елагина» : L’affaire du cornette Elaguine
    1926-1927 : Coup de soleil et autres nouvelles
    1946 : «Тёмные аллеи» : Les Allées sombres

    Poésie
    Poèmes, 1887-1891 (1891)
    Sous le ciel couvert (1898)
    Automne (1901)
    Poèmes, 1903 (1903)
    Poèmes, 1903-1906 (1906)
    Poèmes, 1907 (1907)
    Selected Poems (1929)
    Mon cœur pris par la tombe, choix de poèmes traduits du russe, avant-propos par Vladimir Nabokov

    Récits autobiographiques et journaux
    1910-1926 : À la source des jours
    1925-1926 : Jours maudits
    1950 : Mémoires. Sous le marteau et l'enclume

    Autres
    La délivrance de Tolstoï
    1953 : Sur Tchékhov : (inachevé)
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    tom léo

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    Re: Ivan Alekseïevitch Bounine

    Message par tom léo le Ven 7 Avr - 22:22



    Soukhodol


    CONTENU:
    Présentation de l'éditeur a écrit:Chronique nostalgique de l'âme russe, ténébreuse et lumineuse à la fois, Soukhodol est la saga des Khrouchtchev, petite noblesse de province derrière laquelle se dissimule la famille de l'auteur. Le regard de Bounine se pose avec un calme impitoyable sur un monde en déclin. Dans une langue précise et mélodieuse, hommes et nature composent un poème qui dégage une sobre magie empreinte de spiritualité, où se croisent Natalia, servante et " mémoire " de cette famille, Piotr Petrovich, son amour secret, ou Tante Tonia, qu'un amour déçu a enfermé dans la folie. Car " à Soukhodol, l'amour était singulier, la haine aussi ". Et leur temps nous semble, à nous comme à Bounine, " soit infiniment lointain, soit tout proche ". La Cerisaie de Tchekhov, dont Ivan Bounine fut disciple et admirateur, résonne dans ce récit avec des accents et des prolongements tragiques.

    REMARQUES :
    Par d’autres classiques russes j’avais déjà reçu une idée des changements immenses dans la Russie, déjà bien avant  la Révolution, aussi alors au milieu du XIXème qu’aussi bien au tournant du siècle. C’est une époque de changements, de la lente disparition d’anciennes structures. Bounine raconte ici bien l’histoire d’un déclin : les petits-enfants entendent juste encore de la gloire d’un passé sur l’ancienne domaine de la famille. Y-a-t-il dans ce regard peut-être une certaine nostalgie, Bounine reste très clair sur tout ce qui n’allait pas dans ses « bons vieux temps » : dans le rapport entre serviteur et maîtres, l’apparence et l’être, les parents et leurs enfants. A l’époque de l’écriture une telle vue critique sur la vie dans les campagnes étaient assez innovatrice et aller à contre-courant de l’étiquette dominante.

    Je suis très heureux de trouver dans cette description alors au même moment un amour profond pour ses racines et ses origines ET un regard limpide sur la misère existante. Dans un certains sens les deux peuvent coexister…

    Justement en cela et en d’autres aspects, comme par exemple cet attachement si fort à la mère-terre, cette insertion dans un flux d’une histoire plus grande, un élément tragique et nostalgique, un certain fatalisme, l’auteur nous donne quelques idées sur cette fameuse « âme russe ». Certains passages et réflexions, surtout au début et à la conclusion du livre était d’une beauté saisissante et encadraient bien les épisodes plus imagées et moins classifiables de l’histoire familiale.
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    tom léo

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    Re: Ivan Alekseïevitch Bounine

    Message par tom léo le Sam 13 Mai - 16:47



    Les allées sombres


    Temnye allei. Razzkazy

    C’est avec le titre d’une de ces 38 nouvelles que cette anthologie est titrée. Dans quasiment toutes il s’agit d’une façon ou d’une autre du sujet de l’amour qui peut aller ici et là jusqu’à la passion totale, presque sauvagerie, oui, même la violence. Ce n’est pas de la littérature érotique, mais pourtant on trouve un langage assez audacieux et ouvert vu l’époque et en comparaison avec d’autres œuvres classiques russes de cette période. Mais derrière ces histoires d’amour Bounine développe toujours aussi comme une histoire intérieure : l’expression d’une passion qui habite le protagoniste, ou d’une perte de soi, d’une blessure, d’une vulnérabilité. En ceci on trouve dans une langue quelquefois très poétique des sujets anciens de l’âme russe. Là, il y a des descriptions de la nature ou d’un retournement, voire conversion, un voyage en train ou des relations entre riches et pauvres, serviteurs et maîtres. Mais toutes ces histoires, écrites entre 1938 et 1944 dans l’exil en France, se jouent dans un passé avant la révolution avec ces signes d’un monde disparu : il y apparaît une espèce de nostalgie vers la terre-mère perdue qui peut faire mal au cœur.

    Pour tous les amoureux de la littérature russe il s’agit d’un petit bijoux dont Bounine parlait comme de sa « meilleure œuvre ».

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    Re: Ivan Alekseïevitch Bounine

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