Juan Marsé

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Juan Marsé

Message par topocl le Lun 10 Avr 2017 - 11:26

Juan Marsé
Né en  1933



   
Juan Marsé, né le 8 janvier 1933 à Barcelone, est un écrivain, traducteur et scénariste espagnol.
Né Juan Faneca Roca, orphelin de mère, il est adopté par le couple Marsé. À l'âge de treize ans, il travaille comme apprenti joaillier. Lors de son service militaire à Ceuta en 1955, il projette l'écriture de son premier roman, publié en 1961.

Entre 1960 et 1965, il travaille à Paris comme garçon de laboratoire à l'Institut Pasteur, et donne des cours d'espagnol à la fille du pianiste Robert Casadesus. Últimas Tardes con Teresa reçoit le prix Biblioteca Breve en 1965, et Marsé entre au Parti communiste espagnol.

De retour en Espagne, il écrit des scénarios pour le cinéma. Inspiré de son enfance pauvre dans les bas-fonds de Barcelone, Si te dicen que caí est censuré en Espagne et ne peut sortir qu'au Mexique. Il continue cependant de consacrer ses romans suivants à dépeindre Barcelone après la guerre d'Espagne, ce qui ne l'empêche pas de recevoir le prix Planeta en 1978, pour La Muchacha de las bragas de oro, adapté au cinéma par Vicente Aranda en 1980 (ce dernier tournera également Si te dicen que caí, et El Amante bilingüe en 1992).

En 1997, il reçoit le Prix Juan Rulfo pour l'ensemble de son œuvre. En 2004, Fernando Trueba adapte El Embrujo de Shangai au cinéma.

Ouvrages en français :

   Encerrados con un solo juguete (1960) ; Enfermés avec un seul jouet, Gallimard, 1992.
   Últimas Tardes con Teresa (1966) ; Térésa l'après-midi, Christian Bourgois, 1993.
   La Oscura Historia de la prima Montse (1970); L'Obscure histoire de la cousine Montse, Seuil, 1980.
   Si te dicen que caí (1973) ; Adieu la vie, adieu l'amour, 1992.
   Un día volveré (1982) ; Un jour je reviendrai, 1997.
   Ronda del Guinardó (1984) ; Boulevard du Guinardó molikounes, 2000.
   Teniente Bravo (1987, nouvelles) ; Le Fantôme du cinéma Roxy, Gallimard, 1990 ou Lieutenant Bravo, 2004.
   El Amante bilingüe (1990) ; L'amant bilingue,traduit par Jean-Marie Saint-Lu, 1996.
   El Embrujo de Shangai (1993) ; Les nuits de Shangaï, 1995.
   Rabos de lagartija (2000) ; Des lézards dans le ravin, 2001.
   Canciones de amor en Lolita's club (2005) ; Chansons d'amour au Lolita's Club, 2006.
   Caligrafía de los sueños (2011) ; Calligraphie des rêves, 2012

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Re: Juan Marsé

Message par topocl le Lun 10 Avr 2017 - 11:33

Calligraphie des rêves



C'est l'histoire d'un jeune garçon, à l'aube de passer à l'âge adulte, dans l'Espagne de l'après-guerre. Rêveur, solitaire. Raisonnable… qu’ils disent !
Ringo traîne sa mélancolie désabusée dans sa petite rue Torrente de las Floeres et au bar Rosales dans un monde qui fait penser à l'Amarcord de Fellini, croisé avec le Belleville de Malaussène. Ringo, qui a bien compris que ses rêves de pianiste virtuose lui étaient interdits, se construit des mondes, et, grand amateur de romans et de films d'aventure, élabore ses propres fictions, mêlant indiens, lions sauvages, et belles inconnues. Il scrute les adultes d'un oeil finement observateur mais aussi poétique, et ces adultes cachent aussi des secrets.

C'est peut-être la première fois que ce garçon pressent, ne serait-ce que de façon imprécise et fugace, que ce qui est inventé peut avoir plus de poids et de crédit que la réalité, plus de vie propre et plus de sens, et par conséquent plus de possibilités de survie face à l'oubli

L’intrigue qui sous-tend le roman, à la fois tendre et loufoque, parle de Mme Mir, à la fois touchante et vulgaire, qui cherche désespérément ou « un peu de tendresse extra, » court après « cette sucrerie amoureuse qui constitue sa vie » . Le père aussi, ce tueur de « rats  bleus », «un écervelé et un hérétique », « un rouge et un blasphémateur », « crâneur au dehors et doux au-dedans comme le velours… » a ses mystères qu'on ne découvrira pas tous…

L'intérêt du livre ne tient pas tant dans l'histoire, les réponses (et je trouve que Juan  Marsé aurait pu se passer de l'épilogue, le livre en aurait gagné en mystère et en intensité) que dans le regard du jeune Ringo, sa façon de laisser traîner l’oreille, de recouper, de capter le détail observé avec précision : les personnages, les intonations, les attitudes, les petits détails quotidiens qui fixent le décor, les personnages secondaires, comme ce petit garçon qui passe sur son vélo, qui n'ont rien à faire dans l'intrigue mais construisent une ambiance tout à fait réjouissante.

Elle s’enroule sur elle-même très lentement, avec un air d'abandon et de complaisance étudié, et s'attarde tant au balancement de son bras avant que celui-ci n'atteigne le bas, que la couture, sans que la main ne la touche et comme par magie, s'est remise en place toute seule. Et la voir aussitôt après se diriger vers le bar en se dandinant sur ses extravagantes chaussures à hauts talons, et en remuant les fesses, c'est pour lui le comble. C'est précisément parce que le personnage est si réel, si proche et si quotidien, qu'il l’irrite et le trouble ; il le trouve trop lié à la grisaille du quartier, aux petits artifices, aux petites simulations et aux petites misères que la fréquentation d'autrui impose irrémédiablement chaque jour

Il y a là caractère fondamentalement  mélancolique, mais sans être désespérée, la grande solitude de tous ces personnages, qui vivent leur petite vie apparemment sans relief, mais sont profondément bouleversés, en le sachant ou sans le savoir, par la pression permanente du régime franquiste (lequel apparaît très peu de façon vraiment objective, mais est en permanence là en filigrane). Ils sont perdus, ils sont dans le trou du cul du monde, personne ne s'intéresse à eux, tout le monde fait comme si de rien n'était, comme si tout cela était normal, tout le monde regarde avec un certain mépris amusé cette pauvre foldingue hystérique qui se jette sous les roues d'un tramway-fantôme à la première page, mais c'est bien elle pourtant qui exprime le mieux le désespoir, l'appel au secours qui reste muet chez les autres, cette notion d’avenir bouché qui est un maitre-mot de l’adolescence de Ringo. Tout ce que dit avec une douceur, un humour, qui rendent le livre très attachant

Il y a aussi un style particulier, envoûtant, avec une recherche du détail signifiant je pourrais par exemple plus parler en effet de ce petit garçon qui passe sur un vélo, que j'ai évoqué plus haut, qui n'est vraiment qu'un élément du décor, qui n'a rien à voir avec l'histoire, mais qui est décrit sur plusieurs pages, ses petites roulettes qui le stabilisent, son envie de s'en débarrasser, comment il y arrive, le regard qu'il pose à droite et à gauche sur les gens qui l' observent, et on va le voir repasser un peu plus loin dans le récit, on le reconnaît c'est tout à fait drôle qu'il soit encore là. Il y a plusieurs personnages comme ça qui ont droit à une description magnifique sur quelques pages, qui ne sont que de passage, mais créent toute une ambiance pour le roman. Juan Marsé a un talent du portrait, (j'ai particulièrement aimé sa façon de décrire les attitudes des corps), mais aussi des situations, on pourrait tirer certains passages de son récit pour en faire autant de nouvelles, chacune racontant sa petite histoire, et ces petites histoires accolées contribuant à la cohérence de sa description de la vie dans cette petite rue ordinaire de Barcelone.

Enfin j'ai été séduite par le fait que, comme dans la vie, les mystères sont en partie expliqués, mais pas tous et on ne sait pas tout, que des doutes persistent, et ça, c'est très fort car ce n'est pas de la négligence, c'est un choix réel et en même temps on ne sait pas tout, mais on n'a pas l'impression de rester sur sa faim. Cela contribue au côté  totalement poétique du livre.

l ne faut pas être pressé, le livre met un peu de temps à démarrer, la multiplication des détails nous fait promener à droite, à gauche, parfois touchante, parfois drôle, c'est vraiment un livre de sensations, où qui aime observer ne s'ennuie pas une seule minute. (Si vous êtes de ceux qui passez vos trajets en train ou en métro à observer vos voisins, imaginer leur destin, vous serez servi…)

Voilà c’est un livre sur le rêve, sur les constructions de l'enfance, la confrontation de l'imaginaire et de la réalité, un livre du regard porté sur soi-même et sur les autres, qui m’a vraiment offert une excellente surprise, livre tendre et mélancolique, drôle par moments, d'un ton très original.

(commentaire récupéré et discrètement remanié)


mots-clés : #initiatique

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Re: Juan Marsé

Message par Bédoulène le Lun 10 Avr 2017 - 21:33

merci pour ton commentaire approfondi, je note si un jour il passe à ma portée

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Re: Juan Marsé

Message par bix_229 le Lun 10 Avr 2017 - 22:53

J'ai lu presque toute l'oeuvre de Marsé.
A cause de la guerre d'Espagne et de ses victimes. Dont tous ne moururent pas dans les prisons.
Ou garottés.
Vivre n'était guère plus alléchant.
Certains furent forcés de vivre leur vie, leur jeunesse, leur enfance dans ce pays de merde qu'était l' Espagne franquiste.
Marsé fut de ceux-là. Et il commença à écrire alors que Franco était encore en vie.
D'où cette révolte, cette nostalgie d'une époque où il était enfant. Il n'aimait pas cette époque.
Mais c'était son enfance et il n'en aurait pas d' autre...

A Barcelone.
Cette ville est présente dans tous ses livres. Et elle est peuplée de fantomes et de souvenirs.
Réels ou inventés.
Ecrire était une issue. La seule sans doute. Meme si amère et douloureuse.

L'oeuvre de Marsé est inégale, mais magnifique dans ses meilleurs moments.
Lisez par exemple  Adieu la vie adieu l'amour.
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Re: Juan Marsé

Message par églantine le Mer 12 Avr 2017 - 19:17

Ah je me souviens qu'on l'étudiait en fac .
Il faudrait que je le lise sérieusement aujourd'hui ! Rolling Eyes  
Je le note !

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Et, de nouveau, elle se sentit seule en présence de sa vieille antagoniste, la vie.
La promenade au phare . Virginia Woolf .
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Re: Juan Marsé

Message par topocl le Mer 12 Avr 2017 - 19:34

@bix_229 a écrit:
Lisez par exemple  Adieu la vie adieu l' amour.

Je viens d'en lire 100 pages, c'est très confus je trouve, je n'y comprends pas grand chose (et j'aime comprendre). Je crois que je vais abandonner...

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Re: Juan Marsé

Message par bix_229 le Jeu 13 Avr 2017 - 21:01

Scusi ! Ce sont des lectures anciennes, j'ai peut-être confondu...

Dans ses livres, je retrouvais parfois l'atmospphère de Criacuervos...
Toute une époque !
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