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Juan Marsé

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Message par topocl le Lun 10 Avr - 11:26

Juan Marsé
Né en  1933


Juan Marsé Images34

   
Juan Marsé, né le 8 janvier 1933 à Barcelone, est un écrivain, traducteur et scénariste espagnol.
Né Juan Faneca Roca, orphelin de mère, il est adopté par le couple Marsé. À l'âge de treize ans, il travaille comme apprenti joaillier. Lors de son service militaire à Ceuta en 1955, il projette l'écriture de son premier roman, publié en 1961.

Entre 1960 et 1965, il travaille à Paris comme garçon de laboratoire à l'Institut Pasteur, et donne des cours d'espagnol à la fille du pianiste Robert Casadesus. Últimas Tardes con Teresa reçoit le prix Biblioteca Breve en 1965, et Marsé entre au Parti communiste espagnol.

De retour en Espagne, il écrit des scénarios pour le cinéma. Inspiré de son enfance pauvre dans les bas-fonds de Barcelone, Si te dicen que caí est censuré en Espagne et ne peut sortir qu'au Mexique. Il continue cependant de consacrer ses romans suivants à dépeindre Barcelone après la guerre d'Espagne, ce qui ne l'empêche pas de recevoir le prix Planeta en 1978, pour La Muchacha de las bragas de oro, adapté au cinéma par Vicente Aranda en 1980 (ce dernier tournera également Si te dicen que caí, et El Amante bilingüe en 1992).

En 1997, il reçoit le Prix Juan Rulfo pour l'ensemble de son œuvre. En 2004, Fernando Trueba adapte El Embrujo de Shangai au cinéma.

Ouvrages en français :

   Encerrados con un solo juguete (1960) ; Enfermés avec un seul jouet, Gallimard, 1992.
   Últimas Tardes con Teresa (1966) ; Térésa l'après-midi, Christian Bourgois, 1993.
   La Oscura Historia de la prima Montse (1970); L'Obscure histoire de la cousine Montse, Seuil, 1980.
   Si te dicen que caí (1973) ; Adieu la vie, adieu l'amour, 1992.
   Un día volveré (1982) ; Un jour je reviendrai, 1997.
   Ronda del Guinardó (1984) ; Boulevard du Guinardó molikounes, 2000.
   Teniente Bravo (1987, nouvelles) ; Le Fantôme du cinéma Roxy, Gallimard, 1990 ou Lieutenant Bravo, 2004.
   El Amante bilingüe (1990) ; L'amant bilingue,traduit par Jean-Marie Saint-Lu, 1996.
   El Embrujo de Shangai (1993) ; Les nuits de Shangaï, 1995.
   Rabos de lagartija (2000) ; Des lézards dans le ravin, 2001.
   Canciones de amor en Lolita's club (2005) ; Chansons d'amour au Lolita's Club, 2006.
   Caligrafía de los sueños (2011) ; Calligraphie des rêves, 2012

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Message par topocl le Lun 10 Avr - 11:33

Calligraphie des rêves

Juan Marsé Images33

C'est l'histoire d'un jeune garçon, à l'aube de passer à l'âge adulte, dans l'Espagne de l'après-guerre. Rêveur, solitaire. Raisonnable… qu’ils disent !
Ringo traîne sa mélancolie désabusée dans sa petite rue Torrente de las Floeres et au bar Rosales dans un monde qui fait penser à l'Amarcord de Fellini, croisé avec le Belleville de Malaussène. Ringo, qui a bien compris que ses rêves de pianiste virtuose lui étaient interdits, se construit des mondes, et, grand amateur de romans et de films d'aventure, élabore ses propres fictions, mêlant indiens, lions sauvages, et belles inconnues. Il scrute les adultes d'un oeil finement observateur mais aussi poétique, et ces adultes cachent aussi des secrets.

C'est peut-être la première fois que ce garçon pressent, ne serait-ce que de façon imprécise et fugace, que ce qui est inventé peut avoir plus de poids et de crédit que la réalité, plus de vie propre et plus de sens, et par conséquent plus de possibilités de survie face à l'oubli

L’intrigue qui sous-tend le roman, à la fois tendre et loufoque, parle de Mme Mir, à la fois touchante et vulgaire, qui cherche désespérément ou « un peu de tendresse extra, » court après « cette sucrerie amoureuse qui constitue sa vie » . Le père aussi, ce tueur de « rats  bleus », «un écervelé et un hérétique », « un rouge et un blasphémateur », « crâneur au dehors et doux au-dedans comme le velours… » a ses mystères qu'on ne découvrira pas tous…

L'intérêt du livre ne tient pas tant dans l'histoire, les réponses (et je trouve que Juan  Marsé aurait pu se passer de l'épilogue, le livre en aurait gagné en mystère et en intensité) que dans le regard du jeune Ringo, sa façon de laisser traîner l’oreille, de recouper, de capter le détail observé avec précision : les personnages, les intonations, les attitudes, les petits détails quotidiens qui fixent le décor, les personnages secondaires, comme ce petit garçon qui passe sur son vélo, qui n'ont rien à faire dans l'intrigue mais construisent une ambiance tout à fait réjouissante.

Elle s’enroule sur elle-même très lentement, avec un air d'abandon et de complaisance étudié, et s'attarde tant au balancement de son bras avant que celui-ci n'atteigne le bas, que la couture, sans que la main ne la touche et comme par magie, s'est remise en place toute seule. Et la voir aussitôt après se diriger vers le bar en se dandinant sur ses extravagantes chaussures à hauts talons, et en remuant les fesses, c'est pour lui le comble. C'est précisément parce que le personnage est si réel, si proche et si quotidien, qu'il l’irrite et le trouble ; il le trouve trop lié à la grisaille du quartier, aux petits artifices, aux petites simulations et aux petites misères que la fréquentation d'autrui impose irrémédiablement chaque jour

Il y a là caractère fondamentalement  mélancolique, mais sans être désespérée, la grande solitude de tous ces personnages, qui vivent leur petite vie apparemment sans relief, mais sont profondément bouleversés, en le sachant ou sans le savoir, par la pression permanente du régime franquiste (lequel apparaît très peu de façon vraiment objective, mais est en permanence là en filigrane). Ils sont perdus, ils sont dans le trou du cul du monde, personne ne s'intéresse à eux, tout le monde fait comme si de rien n'était, comme si tout cela était normal, tout le monde regarde avec un certain mépris amusé cette pauvre foldingue hystérique qui se jette sous les roues d'un tramway-fantôme à la première page, mais c'est bien elle pourtant qui exprime le mieux le désespoir, l'appel au secours qui reste muet chez les autres, cette notion d’avenir bouché qui est un maitre-mot de l’adolescence de Ringo. Tout ce que dit avec une douceur, un humour, qui rendent le livre très attachant

Il y a aussi un style particulier, envoûtant, avec une recherche du détail signifiant je pourrais par exemple plus parler en effet de ce petit garçon qui passe sur un vélo, que j'ai évoqué plus haut, qui n'est vraiment qu'un élément du décor, qui n'a rien à voir avec l'histoire, mais qui est décrit sur plusieurs pages, ses petites roulettes qui le stabilisent, son envie de s'en débarrasser, comment il y arrive, le regard qu'il pose à droite et à gauche sur les gens qui l' observent, et on va le voir repasser un peu plus loin dans le récit, on le reconnaît c'est tout à fait drôle qu'il soit encore là. Il y a plusieurs personnages comme ça qui ont droit à une description magnifique sur quelques pages, qui ne sont que de passage, mais créent toute une ambiance pour le roman. Juan Marsé a un talent du portrait, (j'ai particulièrement aimé sa façon de décrire les attitudes des corps), mais aussi des situations, on pourrait tirer certains passages de son récit pour en faire autant de nouvelles, chacune racontant sa petite histoire, et ces petites histoires accolées contribuant à la cohérence de sa description de la vie dans cette petite rue ordinaire de Barcelone.

Enfin j'ai été séduite par le fait que, comme dans la vie, les mystères sont en partie expliqués, mais pas tous et on ne sait pas tout, que des doutes persistent, et ça, c'est très fort car ce n'est pas de la négligence, c'est un choix réel et en même temps on ne sait pas tout, mais on n'a pas l'impression de rester sur sa faim. Cela contribue au côté  totalement poétique du livre.

l ne faut pas être pressé, le livre met un peu de temps à démarrer, la multiplication des détails nous fait promener à droite, à gauche, parfois touchante, parfois drôle, c'est vraiment un livre de sensations, où qui aime observer ne s'ennuie pas une seule minute. (Si vous êtes de ceux qui passez vos trajets en train ou en métro à observer vos voisins, imaginer leur destin, vous serez servi…)

Voilà c’est un livre sur le rêve, sur les constructions de l'enfance, la confrontation de l'imaginaire et de la réalité, un livre du regard porté sur soi-même et sur les autres, qui m’a vraiment offert une excellente surprise, livre tendre et mélancolique, drôle par moments, d'un ton très original.

(commentaire récupéré et discrètement remanié)


mots-clés : #initiatique

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Message par Bédoulène le Lun 10 Avr - 21:33

merci pour ton commentaire approfondi, je note si un jour il passe à ma portée

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Message par bix_229 le Lun 10 Avr - 22:53

J'ai lu presque toute l'oeuvre de Marsé.
A cause de la guerre d'Espagne et de ses victimes. Dont tous ne moururent pas dans les prisons.
Ou garottés.
Vivre n'était guère plus alléchant.
Certains furent forcés de vivre leur vie, leur jeunesse, leur enfance dans ce pays de merde qu'était l' Espagne franquiste.
Marsé fut de ceux-là. Et il commença à écrire alors que Franco était encore en vie.
D'où cette révolte, cette nostalgie d'une époque où il était enfant. Il n'aimait pas cette époque.
Mais c'était son enfance et il n'en aurait pas d' autre...

A Barcelone.
Cette ville est présente dans tous ses livres. Et elle est peuplée de fantomes et de souvenirs.
Réels ou inventés.
Ecrire était une issue. La seule sans doute. Meme si amère et douloureuse.

L'oeuvre de Marsé est inégale, mais magnifique dans ses meilleurs moments.
Lisez par exemple  Adieu la vie adieu l'amour.
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Message par églantine le Mer 12 Avr - 19:17

Ah je me souviens qu'on l'étudiait en fac .
Il faudrait que je le lise sérieusement aujourd'hui ! Rolling Eyes  
Je le note !
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Message par topocl le Mer 12 Avr - 19:34

@bix_229 a écrit:
Lisez par exemple  Adieu la vie adieu l' amour.

Je viens d'en lire 100 pages, c'est très confus je trouve, je n'y comprends pas grand chose (et j'aime comprendre). Je crois que je vais abandonner...

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Message par bix_229 le Jeu 13 Avr - 21:01

Scusi ! Ce sont des lectures anciennes, j'ai peut-être confondu...

Dans ses livres, je retrouvais parfois l'atmospphère de Criacuervos...
Toute une époque !
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Message par Bédoulène le Dim 26 Aoû - 16:24

Des lézards dans le ravin

Juan Marsé 51nw6410

L’histoire se déroule pendant la période franquiste. Le narrateur est l’ enfant que porte « la rouquine » mère de 3 enfants, l’ainé Juan mort dans un bombardement en 1940, David le cadet qui vit actuellement avec elle ; depuis la disparition du père, Victor Bartra. Lequel s’est enfuit précipitamment alors que les policiers venaient l’arrêter, comme c’est le sort, sous ce régime dictatorial, de tous les gens de gauche, les anarchistes… ou soupçonnés de porter ces idéaux.

David est affligé par d’importants acouphènes qu’il contrôle comme il le peut. Mais cet adolescent a aussi une imagination débordante que par contre il ne contrôle pas. Aussi dialogue-t-il avec les vivants et les morts : son père, son frère ainé, le fœtus, le chien Etincelle et même un personnage de pilote sur une affiche.

Ce livre est donc très vivant, par les intéressants et nombreux dialogues.

L’inspecteur de la brigade politico-sociale qui se renseigne, discrètement ou pas, interroge le voisinage et la rouquine sur son mari Victor Bartra déplait à David, aussi ne voit-il pas d’un bon œil tous les petits cadeaux, si difficile à se procurer dans ce temps, que celui-ci fait à sa mère qui les accepte.

C’est souvent un face à face entre l’inspecteur et l’adolescent dont l’insolence n’a de pareille que son imagination.

-----------------

Un très bon livre et une belle écriture, pour moi. La période est bien sur intéressante par ce qu’elle représente ; et la difficulté de vivre à Barcelone et plus précisément dans ce quartier est bien rendue.

Extraits :

« Pendant qu’elle s’efforce de frotter le pelage du chien avec une serviette, il y a dans le regard dont elle enveloppe mon frère cette tendresse dont le destin n’a pas voulu qu’elle arrive jusqu’à moi, mais dans mon rêve je perçois pourtant le petit papillon de lumière qui volette dans sa voix :
- Tu ne pourrais pas réfléchir un peu, mon chéri, avant de faire les choses ?
Je suis de cet avis, mon frère.
Toi, je ne te parle pas, avorton, marmonne David en se tournant vers le mur, tête basse. »


« - Mais non, dit la rouquine. Ton père s’est laissé glisser le long de la pente sur les fesses. La malchance a voulu qu’il chope un bout de verre pointu, probablement un éclat de bouteille, et qu’il lui fende la fesse comme si c’était une pastèque, Voilà ce qui s’est passé, ni plus, ni moins.
- Et bien sur avec sa bouteille intacte et à l’abri, il n’aurait plus manqué que ça. Voilà comment ton cher père a quitté la maison. Un bien triste spectacle, mon fils. »


Impertinence de David vis-à-vis de l’Inspecteur de la brigade politico-sociale, Galvan.
« -Nous ne parlons pas de ça. La rouquine n’aime pas ça.
- Comment oses-tu l’appeler comme ça, ta propre mère ?
- Ca lui est égal. – David ébauche un sourire et arque la hanche. – C’est comme un compliment. Mon petit papa l’appel toujours comme ça. »


« Pour tuer l’attente, la rouquine allume une cigarette et ouvre un vieux livre très chéri à couverture dure, un roman que je garde, couvert avec du papier bleu. Elle a toujours aimé lire et elle profite de toutes les occasions de le faire, combien de fois David l’ a-t-il vue debout, son livre ouvert dans une main et une cuillère dans l’autre remuant le pot-au-feu et marmottant du bout des lèvres, attentive à sa lecture et à son fricot comme s’ils faisaient tous deux partie d’un rite, et elle aime aussi mettre des images de couleurs très vives entre les pages pour savoir où elle en est arrivée, et recouvrir ses livres comme on le lui a appris à l’école quand elle était petite. »


« Juan s’assied à califourchon sur la chaise bras pendant par-dessus le dossier, en face du lit de David. Il a la tête bandée et son pantalon déchiré laisse voir sa jambe coupée net sous le genou, mais il n’y a aucune trace de sans sous l’os éclaté. Son écharpe marron e ses vêtements chauds gardent toute la poussière rougeâtre de l’immeuble qui s’est entièrement effondré sur lui un certain jour de mars à midi et il ne fait pas l’âge qu’il avait alors, mais celui qu’il aurait aujourd’hui, vingt ans à peu près.
Tu serais mon frère ainé, se lamente David. Quel dommage.
Ca n’a pas été possible, petit, n’y pense plus.


Le BB a venir : « Je jurerais que cet-après-midi, si elle l’avait pu, en sortant pour aller chez le docteur, elle m’aurait volontiers laissé à la maison. Mais comment le savoir ? A ce moment-là, je me balançais au bord de la vie et à un pas de la mort, dos tourné au monde et sûrement la tête en bas. »

« Elle sait que je l’aime, malgré tout, ajoute papa tout en lavant son mouchoir dans le souvenir d’autres eaux, dans le flot sombre et violent d’autres temps, d’autres amours. La déchirure de son pantalon laisse entrevoir le mauvais aspect de sa blessure.
Tu saignes beaucoup papa, dit David. Ca va s’infecter.
Bêtises. Le sang versé pour la patrie ne s’infecte jamais, il est immunisé contre tous les microbes, parce qu’il est déjà pourri et bien pourri. »


« David et Etincelle, unis par la laisse sous le soleil implacable, se frayant un chemin au milieu d’un essaim d’abeilles, remontent lentement le lit du torrent en avançant sur tuf et décombres, pierres boueuses et langues de sables semblables à des épées, voix de l’eau, présages et intuitions. »

« L’inspecteur le fait taire en le visant de son doigt tendu, sans le moindre signe d’impatience ni dans le geste ni dans la voix :
- L’autre jour, je t’ai prévenu, garçon. Tu te rappelles ce que je t’ai dit ?
- -Oui Bwana. Vous m’avez dit que j’étais sur une mauvaise pente, sussurre David. Mais vous partiez, non ? Ou est-ce que vous avez un mandat de perquisition ?
Sans lever la tête ou à peine il observe le policier qui allume une cigarette avec son briquet Dupont, cling ! «


«- Cette fiche et ce dossier sont une insulte à l’intelligence de mon mari, dit-elle sereinement. A son intégrité morale et à ses idéaux. C’est une farce.
- Bon, à en juger par certains points de sa déclaration, dit l’inspecteur, il faudrait voir qui se moque de qui. Mais laissons cela, Madame Bartra. Je comprends que vous défendiez vos idées…
- Ne vous trompez pas sur mon compte, inspecteur. Je défends mon mari et je respecte son idéal, mais je ne suis pas son porte-voix idéologique, ni le sien, ni celui de personne ; je suis la femme qui élève ses enfants, la couturière, la cuisinière, la souillon. Ca vous semble peu ? »


« -Vous voyez, dit-elle, comme si elle devinait ses pensées. En ce moment même mon mari pourrait être ici avec moi, et pourtant il n’ est pas là, et je ne sais même pas où il se trouve. Mais vous savez quoi ? La nuit, en rêve, quand je tâte son bras pour m’appuyer dessus, je le trouve toujours. »




mots-clés : #famille #fantastique #pathologie #regimeautoritaire #viequotidienne

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Message par Tristram le Dim 26 Aoû - 18:34

Merci Bédoulène : je découvre le fil comme l'auteur, c'est très attirant (que de Catalans en littérature !), et ton commentaire me fait hésiter entre Calligraphie et Lézards... J'apprécie bien :
ce qui est inventé peut avoir plus de poids et de crédit que la réalité, plus de vie propre et plus de sens, et par conséquent plus de possibilités de survie face à l'oubli

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Message par bix_229 le Dim 26 Aoû - 20:13

Je vous conseille plutot un ordre chronologique.
J' ai un bon souvenir de Teresa l' après midi, L' Obscure histoire de la cousine
Monse, Boulevard du Guinardo.
Un reflet émouvant de la ville de Barcelone, des pauvres et des perdants.
Sa ville.
Mais faites comme vous préférez.
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Message par Tristram le Dim 26 Aoû - 20:22

Pas surprenant _ ai aussi mis Térésa dans la LAL...

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Message par Bédoulène le Dim 26 Aoû - 20:32

j'en ai 3 ou 4 dans ma pal, ce ne sera peut-être pas par ordre chonologique mais bon, j'ai beaucoup apprécié celui lu et le commentaire de topocl rend aussi tentant la Calligraphie des rêves.

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Message par Tristram le Mer 3 Avr - 0:35

Teresa l’après-midi

Juan Marsé Teresa10

Région suburbaine de Barcelone, 1956 ; Manolo Reyes, alias Bande-à-part, « le Murcien », jeune émigrant andalou en Catalogne, beau voyou, voleur de motos, séduit Maruja, une Catalane aisée qui se révèle n’être que la bonne des Serrat, dont Teresa est la fille. Celle-ci, étudiante progressiste, est aussi attirée par le pauvre peuple que lui par les riches oisifs dans leurs fêtes estivales ; intellectuelle blonde aux yeux bleus, elle semble être l’opposé du brun macho du Sud (elle se ment, il ment aux autres autant qu’à lui-même). Il faudrait qu’un jour je m’explique la prégnance du poncif du beau voyou, ou « jeune délinquant »…
Mais c’est aussi une railleuse mise en scène de la « conscience de classe ». À ce propos, des extraits de Simone de Beauvoir sont savoureusement insérés dans un dialogue de Teresa et Maruja, admirable démonstration d’interprétation existentielle fort distanciée de la réalité, car pour la première, la seconde est d’évidence fiancée à un ouvrier engagé dans le combat prolétaire… Donc une certaine dérision de l’engagement communiste estudiantin :
« Crucifiés entre un merveilleux avenir historique et l’abominable usine de papa, pleins d’abnégation, sans défense et résignés, ils portent leur mauvaise conscience de riches comme les cardinaux leur pourpre, paupière humblement baissée, ils irradient un héroïque esprit de résistance familiale, une amère aversion pour des parents fortunés, un mépris pour des beaux-frères et des cousins entreprenants et pour des tantes dévotes, en même temps qu’ils baignent, paradoxalement, dans un parfum salésien de câlineries de maman riche et de petits déjeuners de luxe : ils en souffrent beaucoup, surtout quand ils boivent du vin rouge en compagnie de certains boiteux et autres bossus du Barrio Chino. »
Un long coma létal de Maruja fait se rencontrer à son chevet la bourgeoise beauté et le petit bandit. La dialectique de Teresa est en perpétuel malentendu avec les ambitions du beau ténébreux.
Le style est assez lyrique, avec de longues phrases châtiées qui servent adéquatement les très fines notations psychologiques de Marsé, auteur dont la présence malicieuse transparaît avec un humour léger.
« Il était très amateur de blagues courtes (la sécheresse était si grande, si grande, que les arbres couraient derrière les chiens, hé, hé, hé), mais, paradoxalement, il était très prolixe et scrupuleux dans le détail quand il racontait autre chose, avec de nombreuses digressions sentencieuses injustement ignorées, et dans le bar on le fuyait. Précisément pour cette raison, parce qu’on le laissait souvent avec les mots sur les lèvres, il avait une curieuse façon fractionnée de raconter les choses : il avait toujours l’air d’avoir commencé à le faire ailleurs, à quelqu’un d’autre (qui lui avait tourné le dos sans attendre la fin), et il était là à nouveau, cherchant une compagnie des yeux, disposé à continuer son histoire. Comme le fait se répétait très fréquemment, le résultat était une espèce de feuilleton qui n’en finissait jamais, et dont les chapitres étaient équitablement répartis entre diverses connaissances, aucune, semblait-il, ne s’intéressant ni au début ni à la fin. »
Dommage que je me sois un peu enlisé, à mi-ouvrage, dans la longuette et complaisante montée des amours interdites…
« …] elle pressentit quelque chose de la raison pour laquelle l’activité érotique peut quelquefois n’être pas simplement ce frottement pervers et animal de deux épidermes, mais une tentative torturée de donner une forme palpable à certains rêves, à certaines promesses de la vie. »


Mots-clés : #immigration #jeunesse

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Message par Bédoulène le Mer 3 Avr - 8:04

ce livre va me plaire certainement, merci Tristram pour ton ressenti.

mais "Il faudrait qu’un jour je m’explique la prégnance du poncif du beau voyou, ou « jeune délinquant »… "

tu connais peut-être cette chanson : "c'est un mauvais garçon"

Spoiler:
C'est un mauvais garçon
Il a des façons
Pas très catholiques
On a peur de lui
Quand on le rencontre la nuit
[C'est un méchant p'tit gars
Qui fait du dégât
Sitôt qu'il s'explique
Mais y'a pas mieux
Pour donner l'grand frisson
Qu'un mauvais garçon.

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Message par Quasimodo le Mer 3 Avr - 11:10

J'avais hésité à l'acheter, et je crains que ton commentaire ne m'en dissuade… surtout si on s'y enlise.

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Message par Tristram le Mer 3 Avr - 12:50

Je connais la chanson, et la fascination du "mauvais garçon", Bédoulène ! Mais ça m'agace toujours un peu les bios qui jouent là-dessus, genre Villon était voleur et assassin, etc.
Peut-être pas la bonne porte d'entrée, Quasimodo ? Bix dit beaucoup de bien de cet auteur, et il n'est pas le seul.

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Message par Quasimodo le Mer 3 Avr - 13:00

@Tristram a écrit:genre Villon était voleur et assassin, etc.
Genre "Castaner était un délinquant". C'est un argument commercial très prisé !

@Tristram a écrit:Peut-être pas la bonne porte d'entrée, Quasimodo ? Bix dit beaucoup de bien de cet auteur, et il n'est pas le seul.  
Je prends toute suggestion Very Happy

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Message par Tristram le Mer 3 Avr - 13:14

@Quasimodo a écrit:Je prends toute suggestion Very Happy
Moi aussi : Teresa est mon "premier Marsé", et je n'en resterai pas là si possible.

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Message par Bédoulène le Mer 3 Avr - 14:36

il faut tenter "des lézards dans le ravin" vous trouverez certainement de quoi vous plaire. mes commentaires sont toujours en dessous des qualités du livre.

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Message par Quasimodo le Mer 3 Avr - 14:59

Ah oui ! Je choisirais plutôt celui-là pour commencer !

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