Frederick Exley

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Frederick Exley

Message par Exini le Dim 4 Déc 2016 - 12:46

Frederick Exley (1929-1992)


Frederick Exley, dit « Fred » Exley (28 mars 1929 – 17 juin 1992) est un auteur américain qui est devenu célèbre grâce à son premier roman, Le Dernier stade de la soif (en version originale : A Fan's Notes).

Frederick Exley est en 1929 à Watertown dans l'État de New York. Son père, mort en 1945, était un athlète local adulé, et l’entraineur de l’équipe de basket de la région ; il exerça une influence prépondérante sur le jeune Exley. À la suite d'un accident de voiture, l'année suivante, ce dernier fut contraint de redoubler. Il reçut 14 000 $ de dédommagement pour l'accident.
Exley entra à la faculté de Hobbart, en 1949. Un an plus tard, il partit pour l’université de Californie du Sud. Du fait des séquelles de son accident, Exley ne put être recruté en NBA, ni même faire son service militaire.

L’année suivante, il laissa tomber l’Université de Californie et déménagea à New York pour trouver du travail, avant de finalement se raviser et revenir pour terminer son diplôme d’anglais. Il retourna par la suite à New York, où il travailla aux relations publiques de la compagnie de chemins de fer de la ville. Il fut ensuite muté au bureau de Chicago, avant d’exercer les mêmes fonctions pour la compagnie de chemins de fer de Rock Island. Exley dirigea rapidement la publication du magazine des employés de la compagnie, le Rocket, où parurent ses premiers textes.

Après avoir perdu son travail en 1956, Exley mena une vie itinérante, marquée par un alcoolisme aigu, par l’obsession du sport et par une instabilité mentale qui formeront le matériau essentiel de son premier livre : Le Dernier Stade de la soif. Durant les quinze années qui suivirent, il exerça différents métiers, sans véritable résultat.

En 1958, Exley fit le premier de 3 longs séjours à l'hôpital psychiatrique. C'est à cette occasion qu'il rencontra sa première femme, et qu'il commença à écrire sérieusement.
Le Dernier Stade de la soif fut publié à l’automne 1968 et bien qu’il ne se soit pas excellemment vendu, il reçut aussitôt un accueil critique unanime, et fut sélectionné pour le National Book award. Le roman reçut également le prix William Faulkner, dans la catégorie meilleur roman et le prix Rosenthal du Centre National des Arts et des Lettres. Enfin, il valut à Exley un prix de 10 000 $ de la fondation Rockfeller.

Exley se maria à deux reprises. Deux filles naquirent de ces unions, et un fils, né avec de graves malformations, qui décéda à l'âge de 3 ans.

Exley mourut à Alexandra Bay le 17 Juin 1992 à la suite d’une attaque cardiaque.

Oeuvres traduites en français

1968 : Le dernier stade de la soif
1975 : A l'épreuve de la faim





Je voulais VRAIMENT faire cette critique moi-même ! Et puis à cause du temps passé depuis la lecture, par peur de ne pas savoir retranscrire ce que j'avais ressenti, ou peut-être par flemme, je ne me suis pas lancé.



LE DERNIER STADE DE LA SOIF


« A ce livre colle la puanteur d'une vie réelle qui a pris le chemin d'un véritable désastre ; c'est pour cette raison qu'il s'agit d'un chef d'œuvre. » Auteur de la préface du Dernier Stade de la soif (éditions Monsieur Toussaint Louverture), Nick Hornby vous aura prévenu. Et on ne pouvait rêver d'une meilleure introduction à la vie et à l'œuvre de Frederick Exley, inconnu en France, mais que ces "mémoires fictives" ont rendu (relativement) culte aux Etats-Unis.

Exley a une singularité, nous dit Hornby, grande figure du "roman confession à la première personne" : ayant renoncé à s'attirer la sympathie du lecteur (à l'inverse de la plupart des écrivains), lui s'aventure sur le « terrain de la vérité ».
Quelle vérité ? Allons, des échecs cuisants, des cuites mémorables. La vie d'un type marginal qui n'a qu'une seule vraie passion : les New York Giants, équipe de football dont il ne manque aucun match (et qui dit match dit : boire). Seule constante dans ce récit qui déjoue toute forme de chronologie, cette obsession pour les Giants - et plus particulièrement pour un joueur dénommé Frank Gifford - en dit long sur le malaise de Fred Exley : « C'est mon sort, mon destin, ma fin que d'être un supporter ». Être supporter, comme être groupie : vivre dans l'ombre d'un autre, se repaître des victoires (de la gloire) qu'on a soi-même renoncé à remporter.
Au fil des souvenirs qu'il voudra bien nous livrer, on apprendra du fan qu'il est lui-même le fils d'un athlète de bon niveau, une célébrité locale dans sa jeunesse. Il ne s'agit pas de mettre du Freud là où il n'y en a pas, mais les passages dans lesquels Exley - « Ex » - évoque son père sont parmi les plus forts du roman, peut-être même des images-clés pour comprendre sa propre maladie - désespoir chronique, défaistisme incurable. Evoquant la mort de son père, Exley a chassé bien loin toute forme de pathos, avouant ne pas être capable de savoir s'il l'a aimé vraiment.

Ce n'est pas parce qu'il ne larmoie pas que Fred Exley ne nous brise pas le cœur de ses histoires d'amour, vomi, ami, lose, et psy. Racontés avec une lucidité terrifiante, ses multiples séjours à l'asile (un endroit sordide appelé Avalon Valley) le font définitivement basculer du côté de ceux qui ne s'en sortiront jamais. « Ces récidivistes incarnaient la laideur, la décrépitude et la putréfaction », écrit-il à propos des autres pensionnaires. « A présent, j'étais persuadée de comprendre : ils n'avaient pas leur place dans l'Amérique d'aujourd'hui. Cette Amérique était ivre de beauté physique. L'Amérique était au régime. L'Amérique faisait du sport. » Pas de place donc dans ce pays au sourire éclatant pour les freaks, les solitaires, les ratés qu'Exley se retrouve naturellement à fréquenter. Il y a l'Avocat, radié de sa profession pour une moindre erreur ; Paddy The Duke, mystérieux sage rencontré chez les fous ; Mister Blue, petit homme spectaculaire obsédé par le cunnilingus. Il y a les potes ; et Ex ne l'oublie pas, il y a les femmes aussi, Lottie, Bunny, et puis Patience qui porte si bien son nom. Ex se marie avec cette dernière, a deux enfants avec elle. Il se donne le rôle du salaud dans l'affaire conjugale, imperméable à tout sentiment de paternité, promettant un roman auquel il ne travaille pas, pendant que son épouse s'occupe « de toute la dimension matérielle de (leur) relation ». Avant de tailler la route pour de bon, Ex composera le pastiche suivant pour la douce Patience (il ne le lui donnera jamais) :

« Tu m'as donné le pain, tu m'as donné le lait,
Tu m'as donné plein de bons trucs à manger ;
Seul problème, tu en conviendras
C'est que la poule au pot, très peu pour moi ».

Plus explicitement, il écrira encore plus tard dans une lettre qu'il n'enverra jamais : « mon cœur penchera toujours du côté de l'ivrogne, du poète, du prophète, du criminel, du peintre, du fou, de tous ceux qui aspirent à s'isoler de la banalité du quotidien (...) je ne me sentirais jamais plus à l'aise dans autre chose que des nippes de bas étage, qui rappellent les odeurs, les goûts, les rires et les larmes d'Avalon Valley. »
Exley s'exprime comme un écrivain maudit. Problème : à ce moment-là, il n'a encore rien écrit. Paradoxe : c'est ce genre d'imposture qui fera son grand roman. Les échecs et les mensonges ont fait de bons écrivains. Exley en est un. Malgré les comparaisons évidentes dont il a fait l'objet (Bukowski et la clique des soifards de génie), son Dernier Stade de la soif est tout sauf un simple livre sur la vie dans le caniveau. C'est la confession magnifique d'un triste salaud. La somme désordonnée d'une existence toute cabossée. Un récit sans début ni fin, qui fait débander les hommes trop sûrs, pleurer les filles naïves.

Frederick Exley, Le Dernier Stade de la soif, Monsieur Toussaint Louverture, 2011.

Céline Ngi

Cette critique a été prise sur le site fluctuat.

C'est la meilleure que j'ai pu trouver pour retranscrire ce qu'on vit en lisant ce livre. Toutefois, il est utile d'ajouter quelques précisions. Même si c'est une bonne critique, elle ne traduit pas tout l'humour qu'on peut y trouver. D'autre part, ce "salaud" qui "s'autoflagelle", je m'y suis attaché, et même parfois reconnu. Sa vision de la société est peut-être (sûrement) noire et glauque, mais si vraie la plupart du temps, et son dégoût pour cette société et pour lui-même (parfois) est toujours contrebalancée par son amour pour les hommes qui l'entourent (son père, son beau-père, Paddy the Duke, l'Avocat, Patience, etc...) même si au départ, ça n'est pas forcément gagné. Attention, certains en prennent aussi plein la tronche (il sait alors se faire passer pour un véritable con sans pour autant que l'on éprouve la moindre sympathie ou compassion pour les gens visés). Certains personnages qu'il rencontre lors de ses séjours à Avalon Hill ( Les alcooliques à l'époque en Amérique étaient soignés en hôpital psychiatrique, d'après ce que m'a dit mon libraire) sont parfois proches de ceux qu'on a pu voir dans "Vol au dessus d'un nid de coucou" (Blanche-Neige dans son langage peu châtié et son attitude peut passer pour celui qui était joué par Christopher Lloyd)

Un livre que j'ai adoré. J'espère vous avoir mis l'eau à la bouche.

Un petit passage pour finir ?

Au bout d'un moment, je trouvai un nouvel exutoire pour ma colère grandissante, et c'est grâce à lui que j'évitais de sombrer dans un état auquel on colle volontiers l'étiquette de psychotique. Tous les matins, je cherchais dans le Times l'offre d'emploi la plus absurde, et j'y répondais. Je répondais également à d'autres annonces, mais il fallait que je m'occupe de la première avant de pouvoir me consacrer à celles qui pouvaient raisonnablement constituer un réel espoir d'embauche. Ces offres, les plus idiotes, étaient généralement encadrées, et se trouvaient indifféremment dans la rubrique Emploi, Sports ou Economie :
"Officine cherche jeune homme intelligent et ambitieux voulant devenir rédacteur publicitaire - quelqu'un qui ne s'écroulera pas comme une fleur fanée à la moindre objection, ou à une attaque plus violente, quelqu'un qui ne craint pas les camouflets, bref, quelqu'un capable d'encaisser et de rendre les coups. Adressez votre candidature à ________."
Il m'arrivait parfois de consacrer une ou deux heures à la rédaction de mes réponses, afin qu'elles soient parfaites. Avant de pouvoir postuler aux annonces plus raisonnables, je devais apposer un point final à mon premier courrier, le mettre dans une enveloppe et le cacheter.
"Des coups ? J'ai eu un patron qui me tapait sur la tête par simple plaisir. Cela dit, c'était un sombre crétin. Il ne m'a rien appris, sinon que travailler pour un sombre crétin ne présente aucun avantage - c'est humiliant, détestable et profondément démoralisant. Mais avec vous - il est évident à la lecture de votre annonce que vous êtes un type d'une toute autre envergure -, ce sera différent. Lorsque vous m'enverrez dans les cordes assurez-vous juste que je sache pourquoi. D'accord ? Puis, le temps aidant, je serai aussi omniscient et cynique que vous, et il va sans dire que nous vivrons ensuite dans votre - officine, c'est ça ? - comme deux pauvres cons unis pour la vie.

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Re: Frederick Exley

Message par topocl le Dim 8 Jan 2017 - 10:02



Le dernier stade de la soif

Frederick Exley écrit  brillamment son autobiographie, celle d’un homme peu brillant qui ne sait se dépêtrer de son questionnement existentiel autrement que dans la fuite, dans l’alcoolisme et l’apathie . De ces hommes invivables pour leur entourage, mais qui donnent de bons bouquins.

Si la lucidité de Exley lui permet de nous fournir des portraits caustiques de ses contemporains américains, elle ne lui permet malheureusement pas de tirer son épingle du jeu, car à part débiner les  autres ou en abuser,  et lui-même s’autodétruire, Exley n’a d’autre talent que sa plume. Cela donne un récit alerte et séduisant d’un homme qu’on a en même temps envie de plaindre et d’envoyer promener, un homme qui reconnaît lui-même son ambiguïté par rapport à un système qui le fascine mais qu’il exècre.

L’écrivain manipule son lecteur, mais pas plus que l’homme ne manipule son entourage : il ne sait transformer ses révoltes - mais aussi les mains tendues, finalement assez nombreuses, même si elles sont parfois maladroites -  qu’en effondrement.

C’est triste, triste. Que reprocher à cet homme mené par la fatalité de sa fragilité ? Mais qu’accepter de sa démission, qui n’est pas qu’autodestructrice ? Cette équivoque, où il ne manque pas de toucher  à la malhonnêteté, m'a assez souvent mise mal à l'aise mal à l’aise. Mais peut-être était-ce le but réel de ce livre?

(commentaire récupéré)


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