Manuel Puig

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Manuel Puig

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 15 Avr - 10:23

Manuel Puig
(1932-1990)


Manuel Puig est né en Argentine. Il fut contraint de s'exiler au Mexique pour des raisons politiques. Il a suivi une formation en cinéma avant de se diriger en littérature. Nous pouvons penser aux cinéastes Pasolini et Jarmusch qui ont suivi le chemin inverse. Il est surtout connu pour Le baiser de la femme-araignée, roman publié en 1976. Il y a eu une adaptation du livre au cinéma avec William Hurt dans le rôle de Molina. En tant que participant québécois du forum, je tenais à signaler le fait qu'Hubert Aquin a publié Neige noire autour de cette même époque, un roman basé sur l'optique d'un scénario de cinéma. Manuel Puig a en outre écrit La trahison de Rita Hayworth, Le plus beau tango du monde et Tombe la nuit tropicale entre autres romans. Il est mort des suites d'une crise cardiaque à la suite d'une opération.

Bibliographie des œuvres en français

- La trahison de Rita Hayworth
- Le plus beau tango du monde
- Les Mystères de Buenos Aires
- Le baiser de la femme-araignée
- Pubis angelical
- Malédiction éternelle à qui lira ces pages
- Sang de l’amour partagé
- Tombe la nuit tropicale


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Sam 15 Avr - 11:15, édité 1 fois
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Re: Manuel Puig

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 15 Avr - 11:04



Le baiser de la femme-araignée (1976) :

Résumé

Entre le 9 septembre 1975 et le 8 octobre 1975, deux prisonniers, Luis Molina et Valentín Arregui, partagent une cellule dans une prison de Buenos Aires. Molina, un homosexuel efféminé, est incarcéré pour détournement de mineur, alors que Valentín est un prisonnier politique, membre d'un groupe révolutionnaire qui tente de renverser le gouvernement.

Pour aider à oublier leur situation misérable, Molina raconte plusieurs films qu'il a vus à Valentín. Peu à peu, les deux hommes, que pourtant tout oppose, développent une relation amicale qui change notablement leur perception respective du monde.

Vers le milieu du récit, le lecteur apprend toutefois que Molina a accepté un marché avec les autorités : pour que sa peine judiciaire soit commuée, il doit tirer un maximum d'informations de Valentín au sujet de son groupe politique. Or, Molina tombe amoureux de Valentín et, quand ce dernier fait preuve d'affection à son endroit, il tente de tromper les autorités et de venir en aide aux membres du groupe politique. Mais les policiers le soupçonnent de jouer un double-jeu et ils le prennent en filature lorsqu'il est libéré. Molina connaîtra une fin tragique, à l'instar des beaux destins mélodramatiques des héroïnes de cinéma qu'il aimait et auxquelles il s'identifiait.
(tiré de Wikipédia)

Je voulais revenir sur le contexte de cette lecture. Le baiser de la femme-araignée est un livre qu'il faut avoir lu dans sa vie. Ce roman est la preuve que nous pouvons tisser la trame d'un roman en suivant la vie des dialogues retranscrits de façon successive. Il y a bien sûr une certaine forme de scénarisation qui aère un peu le projet, mais les discussions à bâtons rompus entre Valentin et Molina témoignent d'une complicité qui se développe. Nous pouvons garder en mémoire les dialogues de Jacques le fataliste de Diderot. En outre, j'ai connu le plaisir d'avoir analysé un extrait du roman qui faisait référence à l'univers du bruit et de la fureur de Faulkner.

Essentiellement, ce roman est très délicat. Nous prenons plaisir à lire l'immense projet que constitue ce roman. Il y est surtout question de films racontés à travers les yeux et les perceptions de Molina. Nous apprenons à travers ses confidences sur son homosexualité comment il se perçoit «en tant que femme». Il y a une partie que j'ai trouvé un peu plus longue et fastidieuse quand Manuel Puig revient sur des notions freudiennes pour expliciter les liens à faire avec l'homosexualité. J'ai quand même trouvé ça à propos et de facture sociologique... c'est le seul bémol que j'ai sur le roman.

Dans la voie des courants du roman, il y a eu deux courants distincts, soit le Nouveau Roman et la Métafiction. Hubert Aquin a participé à l'esthétique du premier courant en écrivant Prochain épisode pendant qu'un autre auteur de qui il fut souvent rapproché, Jorge Luis Borges, a participé au deuxième courant. Ce sont deux courants littéraires qui se ressemblent. Manuel Puig a pris part au Post-boom dans la contexte de la littérature latino-américaine, courant qui s'opposait au Boom des années 1960. Il prend part au courant du roman dialogique. Il peut être rapproché d'auteurs comme Diderot, Sade, Nicholson Baker et William Gaddis. Nous parlons d'un autre auteur latino-américain pour la Métafiction lorsque nous évoquons Roberto Bolano et 2666.

Le baiser de la femme-araignée est fait d'une matière très onctueuse. Nous plongeons dans le récit et nous devons nous extirper à regret de ces histoires. Le contexte peut parfois être politique, carcéral, mais c'est à peine si on le sent car on a fait le lien avec les personnages principaux et les personnages des films.

Voici un extrait qui induit la matière du lien spécial qui unit les deux protagonistes du roman :

- Bon, écoute... moi aussi, j'ai pensé, et je me suis souvenu de choses que tu m'avais dites, Valentin, et j'ai compris parfaitement... pourquoi tu t'es mis dans cet état.
- Qu'est-ce que je t'avais dit?
- Que vous autres, dans une lutte comme celle-là, vous ne vous attachez à personne. S'attacher, c'est peut-être trop dire; mettons : être amis.
- C'est une interprétation très généreuse de ta part.
- Tu vois que parfois je comprends ce que tu dis...
- Oui, mais ici, nous sommes tous les deux enfermés, il n'y a aucune lutte, aucun combat à remporter sur personne, tu me suis?
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Jack-Hubert Bukowski

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Re: Manuel Puig

Message par shanidar le Sam 15 Avr - 12:16

Je te rejoins complètement dans ton injonction jack : il faut lire ce roman ! Et j'ajoute ma petite pierre à l'édifice :



Le baiser de la femme-araignée


Pour occuper leurs longues soirées, un prisonnier raconte à l'autre les films qui l'ont marqués. Cela commence par La féline de Jacques Tourneur dont la totalité de l'énigme sera contée nuit après nuit tissant un lien de plus en plus dense et intense entre les deux prisonniers.

L'ambiance hypnotique de ce livre est uniquement composé de dialogues (en dehors de textes psychanalytiques placés comme des notes de bas de page). Les seules descriptions sont celles faites par Molina racontant les scènes successives de films dans lesquels le lecteur finit par s'introduire totalement. Le rythme des dialogues, l'hypnose qui en jaillit est à peine perturbée par ces étonnantes incises psychanalytiques : il s'agit de résumés des grandes théories (de Freud à Marcuse) sur les raisons de l'homosexualité : déviance ou normalité ? Libération sexuelle et répression de la libido sont alors proposées au lecteur pour aboutir à cette conclusion : le couple formé par un homme et une femme, cette 'normalité' n'est en réalité qu'une construction artificielle de nos sociétés modernes. La relation entre Molina et Valentin ressemble alors à une mise en application des thèses proposées. Et ce jeu de miroir est totalement fascinant, comme sont fascinants les récits nocturnes de Molina qui mettent tous en scène des femmes fatales dont les amours finissent mal (mâle ?).

La position du lecteur au début du livre est assez inconfortable : on ne sait pas qui parle, on ne sait pas immédiatement que les deux hommes sont incarcérés, on ne comprend pas tout de suite qu'il s'agit de récits cinématographiques enchâssés dans le récit-dialogue… Tout cela crée une ambiance assez étrange mais quand on commence à comprendre que l'araignée est en train de tisser sa toile autour du lecteur lui-même, il est trop tard pour s'en débarrasser et emprisonné (tout comme les deux hommes) on ne peut que désirer poursuivre jusqu'au bout cette lecture totalement atypique et déroutante.

Et puis, une fois le livre refermé, ce qui m'étonne le plus, c'est qu'il s'agit d'un roman qui, au-delà de sa maîtrise formelle, interroge l'idée de couple et introduit la question, toujours renaissante, du 'contre-nature'. Qu'il s'agisse de La féline, femme-panthère qui ne peut être embrassée par un homme ou de celle qui se prostitue pour pouvoir vivre près de son homme, qu'il s'agisse d'une française éprise d'un bourreau nazi, qu'il s'agisse de Molina, dont la féminité s'affirme même dans le genre qu'il se donne (il parle de lui en disant 'elle'), les questions sous-jacentes de la position de l'être dans le couple rejaillissent avec force. Faut-il nécessairement que la 'femme' (je mets des guillemets car il s'agit ici aussi bien de la femme fatale du cinéma que de la 'tapette' incarcérée) se soumette à l'homme pour pouvoir être heureuse ? Faut-il nécessairement que l'homme impose sa virilité, sa force physique, sa jalousie pour pouvoir se vivre homme ? Pour quelles raisons ses schémas fonctionnent encore parfaitement aujourd'hui, après la révolution sexuelle et malgré le mariage homosexuel ? Les notes psychanalytiques donnent certaines réponses à ses questions et le cheminement intérieur, personnel, de Valentin met en application ce qui se joue en sous-main. C'est à un véritable plaidoyer pour les 'femmes' et à une vraie redéfinition du rôle du masculin et du féminin dans le couple que s'attache Puig. Je ne m'attendais pas à un tel brûlot, ni à une telle finesse analytique, je ne m'attendais pas à tant de fascination, ni à tant de questionnements une fois refermé ce long dialogue.


Je suis maintenant terriblement curieuse de voir le film qui a été tiré de ce livre troublant.
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shanidar

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