Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Michel Rio

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    Hanta

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    Michel Rio

    Message par Hanta le Lun 17 Avr - 11:36

    Michel Rio (né en 1945)



    Biographie a écrit:Michel Rio est un écrivain français né en 1945, en Bretagne et qui a passé son enfance à Madagascar. Il vit à Paris.

    Une bonne vingtaine de romans dont quelques policiers, du théâtre, des essais et des contes. Son œuvre, absolument littéraire, traduite dès le début aux Etats-Unis, est à présent publiée dans plus de vingt langues.

    Michel Rio a obtenu plusieurs prix (prix et grand prix du roman de la Société des Gens de Lettres, prix des Créateurs, premier prix du C.E. Renault, prix Médicis)

    Bibliographie :

    La petite Tomate, conte
    Les petits Œufs, conte
    Mélancolie Nord, roman  Prix du Roman de la Société des gens de lettres
    Le Perchoir du perroquet, roman  Grand Prix du Roman de la Société des gens de lettres
    Alizés, roman  Prix des créateurs
    Les Jungles pensives, roman
    Archipel, roman
    Merlin, roman
    Baleine pied-de-poule, théâtre
    Faux-pas, roman (1991), Premier prix du C.E. Renault
    Rêve de logique, essais critiques
    Tlacuilo, roman , Prix Médicis
    Le Principe d'incertitude, roman
    L'Ouroboros, théâtre
    Les Polymorphes, conte
    Les Aventures des Oiseaux-Fruits, conte
    Manhattan terminus, roman
    La Statue de la liberté (une enquête de Francis Malone)
    La Mort (une enquête de Francis Malone), roman
    Morgane, roman
    Arthur, roman
    La Remise au monde, roman
    Script, théâtre
    Transatlantique, théâtre
    La Terre Gaste, roman
    Leçon d'abîme (une enquête de Francis Malone), roman
    Sans songer à mal (une enquête de Francis Malone), roman
    Merlin, le faiseur de rois, roman
    Malone, tome 1 : Faux Pas, bande dessinée
    Malone, tome 2 : La raison du monde, bande dessinée
    Coupe réglée (une non-enquête de Francis Malone), roman
    Le Vazaha sans terre, roman
    Une comédie américaine, roman
    Ronde de nuit, roman
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    Hanta

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    Re: Michel Rio

    Message par Hanta le Lun 17 Avr - 11:42

    Ronde de nuit


    Essai ingénieusement déguisé en roman , relatant un constat des problématiques du monde actuel sous forme prioritaire du dialogue. En effet la narration est très peu présente et lorsque l'on connait le goût prononcé de l'auteur pour le Théâtre on peut fort bien admettre que ce roman puisse être adapté en pièce. La structure des dialogues cadencés, comportant la majorité d'informations, axant son harmonie sur les relations entre les personnages, dont aucune n'est principal rappelle le théâtre et son exercice.

    Les sujets comme la crise économique de 2008, la crise sociale, l'Europe, la religion sont abordés sous le prisme de personnages fictifs qui élaborent au cours de débats des thèses critiques des systèmes actuels. On pourrait prendre peur face à cela, car l'argumentation prend parfois le pas sur le récit, mais Michel Rio équilibre cela par des personnages riches en personnalités (presque caricaturaux mais cela permet l'équilibre avec le propos critique), truculents, avec une grande culture, et un causticité jubilatoire.
    C'est un propos de gauche si l'on peut dire. un lecteur de droite ou d'extrême droite n'y trouvera aucun plaisir. un lecteur sans orientation politique et concerné par l'état du monde se saisira de cet objet littéraire avec je pense avidité. J'ai beaucoup aimé.
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    Tristram

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    Re: Michel Rio

    Message par Tristram le Lun 17 Avr - 15:08

    Je n'ai malheureusement pas lu Ronde de nuit, mais d'autres ouvrages de Michel Rio ; c'est vrai que ses dialogues sont particuliers, qu'on leur reproche d'être artificiels, loin du "sur le vif" ; ils sont très construits, comme on ne parle plus (si on a jamais parlé comme cela), mais créent une atmosphère cultivée voire lettrée, un peu décalée et pleine de charme à la lecture.

    C'est une manière de présenter des réflexions assez métaphysiques, notamment sur la littérature :
    « Que reste-t-il à la littérature ? La description des choses en vue d’un usage documentaire ? La fascination devant son propre signifiant, l’écriture ? L’angoisse en face de cette grandissante difficulté d’écrire, prétexte autrefois hors texte qui se met à présent à engendrer des œuvres entières ? Peut-être la fiction est-elle le dernier discours du désordre, devant les conquêtes successives de la méthode. Ses sources vives, le pouvoir, le sexe, et jusqu’à la mort elle-même, ont été scrupuleusement canalisées par les disciplines avec toute la rigueur et l’audace souhaitables. J’irai jusqu’à dire que ce qu’il lui reste du désordre se limite à la pure idiosyncrasie, et, j’y reviens, elle n’invente plus que dans la mesure où elle tourne le dos à l’expérience partagée, à l’exemplaire, et peut-être même au communicable, ce qui est, avouons-le, une sorte de suicide au moins du point de vue du commerce, dans tous les sens du mot. […] Ce voyage imaginaire, répété à l’infini de la fiction, est sans doute la seule forme de protestation durable que l’esprit ait inventée contre le vide et la mort. »
    Michel Rio, « Mélancolie Nord »

    J'apprécie donc son style, comme cette phrase dans un polar, Faux pas :
    « On n'entendait que la monodie continue et générale de l'eau, qui parfois s'enflait dans un encaissement, se disséminait dans un relèvement des fonds où le flot s'élargissait, se localisait à la rencontre d'un obstacle. »

    Son livre que j'ai préféré est sans doute Tlacuilo (le tlacuilo est une sorte d'écrivain-métaphysicien) :
    « Ainsi, tout, le fugace et l'éternel, la suite et la fin, dépend des commencements. Notre travail de tlacuilo est donc l'enquête sur les origines, la recherche de la coïncidence entre la légende et l'histoire. Mais la légende est pleine de ces contraires et donc cette recherche de la coïncidence fait aussi que notre histoire est incertaine et, peut-être, notre savoir mensonger. […]
    Le conquérant et ses voisins ont un grand nombre de tlacuilo qui inventent de petites légendes et de petites histoires toutes différentes, mais toutes tournées vers la mort. […] cependant trois d'entre eux, un tlacuilo-guerrier [Cervantes], un tlacuilo-médecin [Rabelais] au nord du premier, et un tlacuilo écrivant une langue qui n'est plus [Érasme], au nord du deuxième, me paraissent parfois plus sages que les autres, mais ils font tous trois parler leur sagesse par la bouche de la folie. […] J'ai aussi compris que cette conjuration de la mort qui les occupe, et que leurs prêtres ont essayé de nous inculquer par la violence, n'apaise pas leur inquiétude, car ils savent que ce n'est qu'une histoire parmi d'autres, et ils n'ont pas coutume de croire à leurs propres histoires. Aussi sont-ils obligés de les réinventer sans cesse. […] Rechercherai-je l'unique fondation à travers la multiplicité des histoires ? La vérité dans la profusion et le désordre de l'invention ? La connaissance dans l'illusion ? Ne sachant plus clairement d'où je viens, et pas du tout où je vais, donc ignorant au fond qui je suis, quels repères donnerai-je à ma sagesse ? Le seul qui me reste est qu'il faut mourir. Je parlerai donc de la mort et du désir de vivre. Et je mourrai, tandis que ce désir me survivra et gardera de moi, peut-être, quelque trace. »

    Dans Le principe d'incertitude, il a une approche très originale de la science en présentant ainsi Poincarré, précurseur de la notion de chaos, appliquée ici au comportement humain, par opposition au déterminisme (son étude modifie l'humanité observée, comme Marx évoqué plus loin) :
    « Il entendait par systèmes non intégrables des systèmes à l'évolution imprévisible, parce qu'ils comportent des résonances en présence desquelles toute perturbation engendre une instabilité telle qu'elle multiplie ses effets, autrement dit, pour reprendre vos termes, un processus d'interactions qui s'emballe et qu'on ne peut plus suivre, encore moins prévoir. C'est le phénomène bien connu des "petites causes - grands effets", ou des trajectoires apparemment folles. […]
    La création artistique est une espèce de trajectoire folle, un système non intégrable par excellence. »

    Dans Manhattan terminus, c’est (entr’autres) la complexité cérébrale qui est abordée, ainsi que, comme toujours, la mort :  
    « L'univers est et a une histoire. Sa raison d'être, c'est sa conscience d'être, et sa dynamique historique, c'est l'acquisition de cette conscience. Cette acquisition nécessaire est tâtonnante, ou expérimentale, c'est-à-dire hasardeuse. En quinze milliards d'année ou peut-être beaucoup moins, à partir de quelques particules élémentaires, l'univers a inventé cette forme de conscience d'être, biologique, qu'on appelle le cerveau humain. Ce cerveau a de lui-même l'image d'un sommet de complexité. […]
    Mais il me semble que cette généralisation de l'intelligence dans une matière adaptée, quelle qu'elle soit, a pour corollaire la généralisation de la conscience de la mort. J'imagine l'univers entier, conscient d'être, forcé à la conscience de devoir ne plus être, qu'il s'agisse d'une mort chaude et violente par effondrement, ou d'une mort froide, d'une agonie presque éternelle par dilution de la matière et de l'énergie, sorte d'alternative entre la terreur aiguë et l'angoisse sourde. »

    Dans La Terre Gaste on en vient à la conscience environnementale :
    « Cet égoïsme déséquilibré, c'est-à-dire non régulé par l’interaction [avec d’autres espèces], ou anthropocentrisme, a été appelé par certains moralistes anciens "humanisme", dans une vision métaphysique de l’homme directement héritée des conceptions créationnistes des âges obscurs. »

    L’œuvre de Michel Rio constitue un ensemble de conversations érudites mais d’un abord aisé, et même jouissif, sur les grandes questions qui tourmentent l’être humain.
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    shanidar

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    Re: Michel Rio

    Message par shanidar le Lun 17 Avr - 15:24

    Oh la la mais tout cela donne grandement envie !! Merci bien !!
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    Hanta

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    Re: Michel Rio

    Message par Hanta le Lun 17 Avr - 16:26

    Je te rejoins Tristram. ceci dit, il m'a semblé délivrer beaucoup de fond et rarement de l'artifice. Ce ne sont pas des dialogues conformes à des discussions réelles et c'est cela que j'aime, car je n'ai pas toujours envie (loin de là) de lire des livres qui ne sont que des comptes rendus du réel. Et tes extraits me donnent envie de lire tout Rio.


    Dernière édition par Hanta le Lun 17 Avr - 18:10, édité 1 fois
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    Tristram

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    Re: Michel Rio

    Message par Tristram le Lun 17 Avr - 16:58

    But atteint ! Merci pour lui de le lire ! Je crois que ça en vaut la peine (qui n'est pas grande, au contraire).
    J'ai parlé du "style" au sens de manière de s'exprimer, présenter les "choses", et je trouve personnellement un grand plaisir à écouter ces "dialogues socratiques" (rapprochement, peut-être capillotracté, avec l'approche littéraire de Platon)...
    J'ai rapidement insisté sur la palette du fond de son oeuvre, et je ne peux que vous encourager à y plonger (pour en sortir des commentaires). J'en ferai plus moi-même si j'avais ses bouquins sous la main (mais j'ai encore plein de citations...)
    Peu d'artifice en effet, juste un certain parti pris (des choses) comme méthode pour aborder les thèmes et écrire ses romans _ un vrai régal de lecture. C'est un peu comme de savourer une bonne bière en compagnie de Darwin, Baudelaire et Lao Tseu (et là j'arrête de bavasser des approximations outrancières).
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    Re: Michel Rio

    Message par Bédoulène le Lun 17 Avr - 18:07

    tu as l'air de bien connaître l'auteur et ses écrits Tristram, merci !


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    Tristram

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    Re: Michel Rio

    Message par Tristram le Lun 17 Avr - 19:05

    Oui, Bédoulène, j'en ai lu plusieurs livres, il y a quelques années, mais il m'a laissé un bon souvenir _ ce qui est bon signe !

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    Re: Michel Rio

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