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Alessandro Manzoni

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Message par ArenSor le Mar 2 Mai - 19:01

Alessandro Manzoni
(1785 - 1873)

Alessandro Manzoni 800px-11

Allesandro Manzoni est un poète, dramaturge et prosateur romantique.
Son roman Les Fiancés (en italien I promessi sposi) est considéré comme l’un des écrits majeurs de la littérature italienne, et comme l'œuvre la plus représentative du Risorgimento et du romantisme italien, qui eut aussi une grande influence sur la définition d'une langue nationale italienne.
C'est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé, en tant que sénateur du royaume de Sardaigne à partir de 1860.

Officiellement fils du comte Pietro Manzoni et de Giulia Beccaria, elle-même fille du philosophe des Lumières Cesare Beccaria, auteur du célèbre Traité des délits et des peines (Dei delitti e delle pene), Alessandro Manzoni est sans doute le fils naturel de Giovanni Verri, frère des écrivains Pietro et Alessandro Verri .  
Après la séparation de ses parents en 1792, Alessandro est confié à son père qui le délaisse. Il fait ses études dans des institutions religieuses. Il est décrit comme un adolescent rebelle, envahi d'idées libérales et anticléricales .

En 1801, âgé de 16 ans, il écrit le poème Le triomphe de la liberté (Del trionfo della libertà) composé pour la paix de Lunéville et la République cisalpine, où il développe des idées libérales et jacobines. Rapidement, Manzoni, en contact avec les exilés napolitains atténue son enthousiasme en raison de la politique napoléonienne qui chasse ses espoirs de liberté, d'égalité et d'indépendance nationale. Progressivement, il va s'installer dans une opposition.

En 1805, il se rend à Paris auprès de sa mère, séjour interrompu par la mort de son père. Quand celle-ci perd son amant Carlo Imbonati, Alessandro lui dédie son poème Pour la mort de Carlo Imbonati (In morte di Carlo Imbonati.)
Il fréquente les salons littéraires parisiens et rencontre les « idéologues », intellectuels anti-napoléoniens d'orientation libérale qui fréquentent le salon de Sophie de Condorcet.  

À Milan, le 6 février 1808, il épouse civilement Henriette (en italien, Enrichetta) Blondel.
En 1810, au cours des fêtes organisées pour la mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche, Alessandro s'étant réfugié dans l'église Saint-Roch lors d'un mouvement de foule occasionné par l'explosion de pétards, et pensant avoir perdu sa femme, la retrouve dans l'édifice. Y voyant un signe divin, il embrasse la foi catholique.  

De retour en Italie, il écrit ses Hymnes (Inni Sacri), entre 1812 et 1815.
Il compose Mars 1821, l'ode à l'unité italienne, et ce qui devient un de ses écrits les plus connus, Le cinq mai (Il Cinque Maggio), ode sur la mort de l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène, méditation religieuse et historique.

En 1821, dans sa demeure de Brusuglio, il commence la rédaction, sous l'influence de Walter Scott, de son roman historique Les fiancés, d'abord sous le titre de Fermo et Lucia, qui est remanié entre 1827 et 1842. Il se retire en Toscane en 1827 afin d'améliorer la langue de son roman, considérant qu'il devait « rincer ses draps dans l'Arno ».  
Après la publication de la dernière édition du roman (1840-1842), Manzoni se consacre à l'étude et à la composition d'essais critiques, historiques et moraux.

La fin de cette longue vie d'écriture est attristée par des deuils successifs. La mort de sa première épouse, Henriette, en 1833 est suivie de celle de plusieurs de ses enfants et de sa mère. En 1837, il épouse en secondes noces Teresa Borri (1799-1861), veuve du comte Stampa, à qui il va également survivre. Le décès de son fils aîné, Pietro Luigi, le 28 avril 1873 est le drame final qui précipite sa fin. Il tombe malade et meurt d'une méningite le 22 mai suivant.

Bibliographie (en français, reprise de wikipedia.org) :

Poésies
Inni Sacri (1812 – 1822)
Odi civili

Avril 1814 (1814)
Le proclame de Rimini (1815)
Mars 1821 (1821)
Le cinq mai (ou la mort de l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène) (1822)

Tragédies
Le Comte de Carmagnole (1816)

Romans
Les Fiancés : Histoire milanaise du xvie siècle, 1828 (ed. fr)

Essais littéraires
Lettre à monsieur Chauvet sur l'unité de temps et de lieu dans la tragédie (1820)
Lettre sur le romantisme au Marquis Cesare D'Azeglio (1823)
Discours sur le roman historique (1830)
De L'Invention (1850)

Essais historiographique
Histoire de la colonne infâme (Storia della colonna infame) (1840)
La Révolution française de 1789 e la Révolution italienne de 1859 (1889)

Essais philosophiques
Les Observations sur la morale catholique (1819)
Commons:Lettre à Victor Cousin (1828 - 1830)

Essais linguistiques
Sur la langue italienne (1846)
De l'unité de la langue e des moyens pour la diffuser (1868)
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Message par ArenSor le Mar 2 Mai - 19:06

Les Fiancés (I Promessi Sposi)

Alessandro Manzoni 70331010

L’histoire se déroule en Lombardie à la fin des années 1620. Deux jeunes villageois, Renzo et Lucia veulent convoler. Hélas, un seigneur local, Don Rodrigue, à la suite d’un pari avec un parent, a jeté son dévolu sur la belle. Il va tout faire pour empêcher ce mariage, en premier lieu faire pression sur le curé du lieu. Cette situation va entraîner nos deux promis dans une série d’aventures toutes plus périlleuses les unes que les autres entre malfrats repentis, religieuse traîtresse, foule en colère, sans oublier la grande peste de Milan de 1630.  

Quel plaisir de lecture ! Pourtant, j’ai horreur des romans historiques ! Mais justement, le livre de Manzoni est bien plus que cela. Toutefois, sous ce simple aspect, le lecteur ne devrait pas être déçu. En effet, les péripéties s’enchainent les unes aux autres et maintiennent sans difficulté l’attention. Quel spectacle un Visconti, par exemple, aurait pu tirer de ce roman ! Ce qui m’a beaucoup plus intéressé est la psychologie des personnages qui n’a rien de caricaturale. Manzoni nous livre de beaux portraits d’hommes et femmes dont parfois les décisions sont surprenantes, le secours ou la détresse ne viennent pas forcément de ceux que l’on pense. Surtout, l’auteur en fin politique analyse remarquablement les relations sociales de l’époque. Dans un monde où les règlements ne sont pas respectés, ce sont de petits potentats locaux qui font la loi aidés de quelques hommes de main. Par leur parentèle plus élevée en noblesse, par quelques hommes de loi corrompus, ils arrivent toujours, ou presque, à leur fin. Don Rodrigue en est un parfait exemple. Heureusement, parfois un grain de sable déjoue leurs pronostics. Certaines situations sont clairement expliquées par Manzoni ; ainsi les causes de la disette à Milan liée à de mauvaises récoltes, et aggravée par une taxation du blé imposée par quelques « populistes » afin de calmer le peuple mais qui ne mènent qu’à l’émeute. Sur cela vient se greffer la fameuse épidémie de peste qui ravage le Milanais à la suite de la descente des troupes de lansquenets sur Mantoue. Nous retrouvons cette litanie de l’époque « a peste, a fame, a bello, liberere nos domine ». Manzoni montre parfaitement l’enchaînement de ces trois fléaux. « Les Fiancés », c’est aussi comment les appétits de puissance de quelques individus provoquent des ravages parmi le peuple ; heureusement, c’est aussi quelques hommes dévoués qui avec des moyens dérisoires tentent de remédier au pire, tentent de secourir et de soulager dans une ville de Milan ravagée par la peste dont Manzoni donne une description apocalyptique, mais malheureusement véridique. « Les Fiancés » est un très très grand livre.
Rien de mieux pour vous donner envie, je l’espère, que deux passages qui montrent toute la finesse d’analyse de l’auteur et aussi son humour, comme le souligne Quasimodo.
 
« Quant à ce qui forme la masse, et comme le matériel du tumulte, c’est une mixture accidentelle d’hommes qui tiennent plus, ou moins, selon une gradation infinie, de l’un ou de l’autre extrême : un peu échauffés, un peu fripons, un peu enclins à une certaine justice, telle qu’eux-mêmes l’entendent, un peu curieux aussi du spectacle d’une grosse affaire, prompts à la férocité et à la miséricorde, à détester ou à adorer, selon que se présente l’occasion de ressentir avec plénitude l’un ou l’autre sentiment ; avides à tout moment d’en apprendre, ou d’en croire de belles, avec le besoin de vociférer, d’applaudir quelqu’un ou de le conspuer. »

«Ayant tout bien pesé, le comte invita un jour à dîner le père provincial, qui trouva là un cercle de convives assortis entre-eux avec une intention raffinée. Quelques parents, des plus titrés, de ceux dont le seul nom patronymique était un titre , et qui par leur seul maintien, une certaine assurance native, une nonchalance hautaine, une manière de parler de grandes choses en termes familiers, réussissaient, sans même le faire exprès, à imprimer ou à rafraîchir, à tout moment, l’idée de la supériorité et de la puissance ; et quelques clients, liés à la maison par une dépendance héréditaire, et aux personnages par une servitude de toute leur vie ; lesquels, commençant, dès le potage, à dire oui, de la bouche, des yeux, des oreilles, de toute la tête, de tout leur corps, de toute leur âme, vous avaient, au dessert, réduit un homme à ne plus savoir comme on peut faire pour dire non. »
(traduction Yves Branca)



mots-clés : #guerre #historique #social
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Message par églantine le Mar 2 Mai - 19:45

@ArenSor a écrit:Les Fiancés (I Promessi Sposi)
Quel plaisir de lecture ! Pourtant, j’ai horreur des romans historiques !

Et moi donc .
En revanche , contrairement à toi , je n'ai pas l'esprit bien affûté historiquement parlant ...Mais j'espère que ça ne sera pas trop un handicap si je me lance dans cette lecture un de ces jours : ton enthousiasme a raison de mes dernières réticences ( le pavé et l'aspect historique pointu ) , je vais l'acheter . Very Happy
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Message par tom léo le Mar 2 Mai - 22:23

Alessandro Manzoni 70331010

Les fiancés

Original: I promessi sposi (Italien)

CONTENU : Ecrit dans différentes versions entre 1821 et 1842, le roman nous transporte deux siècles plus tôt, dans les années 20 du 17ème siècle, dans le carrefour du lac de Côme (Lecco), Milan et Bergame. En arrière-plan historique nous sommes bien environnés par la famine récurrente, la guerre de 30 ans et une épidémie de peste.
Dans ce contexte l’auteur nous présente Renzo et Lucia, des gens d’humble descendance, auxquels est refusés au dernier moment par le prêtre le mariage car un Seigneur de la Terre a jeté ses yeux sur Lucia. Donc, sur le conseil d’un capucin, Don Cristoforo, et pour échapper au mal, les fiancés doivent d’abord envisagé une séparation sans en prévoir la durée. Lucia va se cacher dans un monastère et Renzo va vers Milan. Toutes sortes d’aventures les attendent…

Dans certains commentaires on parle ici du „seul roman italien“ du XIXème siècle (sic?!), mais ce qui est sûr c‘est qu’il s’agit apparemment d’un très grand classique qui est enseigné jusqu’à aujourd’hui comme œuvre de référence. Manzoni a incorporé son histoire dans la grande Histoire (la domination espagnole, la famine, la peste, la hiérarchie sociale…) : il en a fait des études poussées avant de se mettre à écrire. Le livre déborde, des fois, d’explications d’ordre historiques et autres, mais aussi dans la description de certains caractères, l’auteur va utiliser l’insertion de chapitres, de paragraphes longs sur leur devenir, leurs personnes. Ceci casse éventuellement le rythme pour le lecteur « moderne », habitué à une certaine vitesse des actions. Manzoni, lui, semble disposer de tout le temps et il étale cette histoire sur plus que 850 pages. Il m’est donc arrivé de sauter deux, trois passages « trop » détaillés…

Mais au même moment la langue (que j’ai goûté en traduction nouvelle, allemande, faite en 2000 ; il y a plusieurs grandes traductions françaises !) me paraissait splendide, souvent d’une fluidité et d’une beauté classique ! Et derrière les drames et historique et personnelle de nos protagonistes, on ressent une note d’humour qui fait sourire. Comme si derrière et après tous les malheurs possibles il y a encore une lueur d’espoir et de la « bonne morale » ( ?). Pour moi ce n’était donc pas seulement une vue dans un contexte historique autre, et une histoire d’amour, mais aussi la description d’une époque avec ses ressorts pour aborder la vie et les difficultés. L’auteur – suite à une espèce de promesse – rend avec beaucoup de délicatesse et respect certains aspects d’une foi active, simple et courageuse, aussi bien dans les figures des épouses promises que dans des figures assez lumineuses autour d’eux…

Donc, une lecture sympathique (pour certains d’entre nous).

Lien intéressant:
http://www.italialibri.net/international/francais/promessisposi.html
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Message par églantine le Mar 2 Mai - 22:45

Merci Tom pour ce commentaire tout aussi alléchant que celui d Arensor. Very Happy
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Message par Tristram le Mer 3 Mai - 13:01

@ArenSor a écrit:Pourtant, j’ai horreur des romans historiques !
Cette horreur m'interpelle : est-elle due à la confusion entre les "certitudes" historiques et la fiction romanesque ? Le flou entre réel et romancé, un peu comme dans l'autofiction ? Ou le goût pour un contexte ancien affiché par ce genre littéraire ?

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Message par ArenSor le Mer 3 Mai - 19:53

@Tristram a écrit:
@ArenSor a écrit:Pourtant, j’ai horreur des romans historiques !
Cette horreur m'interpelle : est-elle due à la confusion entre les "certitudes" historiques et la fiction romanesque ? Le flou entre réel et romancé, un peu comme dans l'autofiction ? Ou le goût pour un contexte ancien affiché par ce genre littéraire ?

Alessandro Manzoni 575154626 Alessandro Manzoni 2042282828 Alessandro Manzoni 575154626 Alessandro Manzoni 2042282828 (reflexion intense Very Happy )
Déjà le terme "horreur" est inapproprié. Disons que les romans dits historiques me tombent généralement des mains au bout de quelques pages par ennui soporifique (A. Dumas y compris Alessandro Manzoni 2441072346 ). Il s'agit souvent de romans d'aventure pour lesquels compte avant tout le rythme et les "actions ", le tout saupoudré de couleurs historiques pour faire authentique, ce qui m'est insupportable ; soit de romans dans lesquels l'auteur fait preuve d'une érudition poussée pour montrer qu'il connait son sujet sur le bout des ongles, ce qui est tout aussi insupportable ; soit enfin de romans qui combinent les deux, ce qui est encore plus insupportable.
Je crois qu'il en est du roman historique comme des autres genres littéraires : il faut que je sente de l'épaisseur derrière. C'est incontestablement le cas de Manzoni, c'est également le cas pour Yourcenar (L'Oeuvre au noir, Les Mémoires d'Hadrien). Sinon, je ne pense pas être gêné par le mélange de fiction et de réalité. Par exemple, le plus beau souvenir de lecture de cette année reste pour moi "Les Larmes" de Quignard qui n'ont rien de réaliste, mais l'auteur est un fin connaisseur de la période carolingienne,et à sa manière il en restitue bien l'esprit.
Etant plongé dans le "Don Quichotte" de Cervantès, je me dis que Chrétien de Troyes est génial, mais que ses ultimes suiveurs et imitateurs sont un peu pitoyables.
Conclusion : seule compte la Littérature (mais nous mettons tous des choses différentes sous ce terme générique) Smile
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Message par Dreep le Mer 3 Mai - 22:05

Cervantès serait un suiveur de Chrétien ?
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Message par Tristram le Jeu 4 Mai - 5:12

Et un peu pitoyable ?

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Message par ArenSor le Jeu 4 Mai - 11:46

@Dreep a écrit:Cervantès serait un suiveur de Chrétien ?

Cervantès est un ultime avatar, parodique certes, du roman de chevalerie dont Chrétien de Troyes a été un des grands représentants.

@Tristram : oui, autant que je puisse en juger au début du roman, Don Quichotte me semble quelque peu pitoyable (mais attendons la suite Smile )
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Message par Tristram le Jeu 4 Mai - 15:12

J'avais compris que Cervantes était pitoyable ; ne pas faire de confusion entre Don Quichote et son auteur ! Je connais mieux le premier, effectivement assez pitoyable (digne de pitié), et l'écrivain me paraît pitoyable (enclin à la pitié), dans une oeuvre qui reste un remue-méninges d'actualité (sans être autobiographique) et ne se résume pas au thème du roman de chevalerie. C'est un peu l'auberge espagnole de l'idéalisme, et la quantité de choses qu'on y trouve (ou y apporte) est fabuleuse : pratiquement tout le roman occidental qui va suivre.
Et pour revenir aux romans historiques, il y a les bons et les mauvais, comme pour tout genre : l'auteur fait la différence. 100% d'accord pour Yourcenar ; effectivement les livres que tu cites appartiennent au genre en question, mais vont beaucoup plus loin, c'est une sorte de "prétexte" (l'auteure avait d'ailleurs hésité entre différents personnages, hors Xénon et Hadrien, dit-elle dans un de ses livres de souvenirs, comme Bouddha, me semble-t-il).
Dommage qu'on doive sérier en genres (roman d’initiation, policier, etc.) pour s'y retrouver (ou s'y perdre dans les a priori)...
Bonne lecture ! Moi je vais me pencher sur Les fiancés...

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Message par topocl le Jeu 25 Mai - 9:21

J'ai fait une petite recherche sur ce bouquin, mais ai-je bien vu? il y a quatre tomes?? Cela fait un peu peur...

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Message par Quasimodo le Ven 26 Mai - 13:12

800 pages en un tome, chez folio. Pas grand chose comparé aux Thibault Wink

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Message par topocl le Ven 26 Mai - 13:52

Alessandro Manzoni 1390083676
Tu es fourbe, quasimodo !

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Message par Dreep le Ven 26 Mai - 15:10

Avec un Le Caravage en première... Rolling Eyes Alessandro Manzoni 3656795967
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Message par bix_229 le Ven 26 Mai - 16:26

... "Pour [Manzoni],  l'injustice existe par la liberté des hommes, et il interpelle violemment les juges responsables dans l'Histoire de la colonne infâme (Storia della colonna infame, 1842) : l'ignorance, les institutions, la pression des foules, sont à considérer, mais la torture ne s'applique pas toute seule, les « actions iniques » sont fruit des « passions perverses », et seule devrait peser sur les juges la crainte de commettre une injustice."

Extrait d' un article de L' Encyclopaedia sur Manzoni, Passion de la justice."

Alessandro Manzoni Manzon10


Meme si vous avez lu Les Fiancés, lisez ce petit livre, il est superbe !
Publié par Ombres à Toulouse.

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Message par Quasimodo le Sam 27 Mai - 1:50

@Dreep a écrit:Avec un Le Caravage en première... Rolling Eyes Alessandro Manzoni 3656795967
Du meilleur effet drunken

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Message par Tristram le Dim 4 Fév - 16:06

Les Fiancés

Dûment motivé par ce fil, j'ai donc comblé cette lacune dans mon éducation.
Notez que c'est un livre libre de droits, donc consultable gratuitement sur Internet, par exemple dans Wikisource. Lu (et cité) dans la traduction de Jean-Baptiste de Montgrand.

J’ai particulièrement apprécié certains passages, comme le tableau du destin de Gertrude, d’extraction princière, et vouée au cloître avant même sa naissance. Le processus par lequel cette "fiancée" passe pour se résigner à prendre le voile contre sa volonté, malgré les nombreux contrôles de l’ordre pour s’assurer de son libre choix sacerdotal, est édifiant et peut-être transposable à d’autres formes de renoncement "consenti".
Aussi une étude très fouillée de l’émeute en tant que mouvement de foule, comme d’ailleurs de la rumeur et de la désinformation, avec une grande finesse psychologique des caractères :

« Là où deux ou trois personnes étaient arrêtées, trois, quatre, vingt autres s’arrêtaient de même ; ici quelques-uns se détachaient ; là tout un groupe se mettait en mouvement : c’était comme ces nuages qui, quelquefois, restent épars et tournoient sur l’azur du ciel après un orage, ce qui fait dire, à qui regarde en l’air : "Ce temps-là n’est pas encore bien sûr." »

Bel épisode aussi des tourments de l’innomé (grand criminel puis repenti exemplaire, soit un conte fort édifiant et pieux ‒ dans la lignée d’il Leggendario de’ Santi) :

« Et, retombant dans le vide pénible de l’avenir, il cherchait en vain un emploi du temps, une manière de passer les jours, les nuits. »

Un certain humour bonhomme m’a remis Cervantès en tête (ainsi les personnages du "savant" don Ferrante, ou de don Abbondio, type du curé couard) :

« Il avait aussi diverses œuvres des disciples de ce maître les plus savants et les plus subtils : quant à celles de ses adversaires, il n’avait jamais voulu les lire, pour ne pas perdre son temps, disait-il, ni les acheter, pour ne pas perdre son argent. »

Les adresses au lecteur m’ont ramentu Sterne et Fielding, et d’autres auteurs viennent à l’esprit, tels Stendhal, Diderot, Dumas ‒ soit, grosso modo, l’univers lettré européen d’une époque "classique".
Précise exposition (« selon les relations du temps ») des mécanismes à la fois économiques et politiques (notamment état de guerre et incurie) conduisant à la disette, puis à la famine, aggravée par l’exode rural, dans un cercle vicieux :

« Ces voyageurs en sens divers se rencontraient dans leur marche, spectacle d’effroi pour les uns et pour les autres, indice fâcheux et présage sinistre de ce qui les attendait au terme du voyage que les uns et les autres avaient entrepris. Ils le continuaient cependant, sinon désormais par l’espérance de changer leur sort, du moins pour ne pas retourner vers un séjour qui leur était devenu odieux, pour ne plus revoir des lieux où ils avaient connu le désespoir. Ils le continuaient, si ce n’est ceux qui, abandonnés de leurs dernières forces, tombaient sur la route et y demeuraient sans vie ; spectacle plus saisissant encore dans sa tristesse pour leurs compagnons d’infortune, objet d’horreur et peut-être de reproches pour les autres passants. »

« …] cette défiance avec laquelle les pauvres accueillent tout ce qui leur est proposé par la classe qui possède les richesses et le pouvoir (défiance toujours proportionnée à l’ignorance de celui qui l’éprouve comme de celui qui l’inspire, au nombre des pauvres et aux défectuosités des lois) [… »

« La milice, à cette époque, était encore composée en grande partie d’aventuriers enrôlés par des condottieri de profession qui formaient cette troupe, sur la commission qu’ils en recevaient de tel ou tel prince, quelquefois même pour leur propre compte et pour se vendre ensuite eux et leur troupe tout ensemble. C’était moins par la solde que les hommes étaient attirés à ce métier que par l’espérance du pillage et tous les attraits de la licence. »

Après les ravages de l’armée en maraude, qui vit sur le pays et le dévaste, vient la chronique raisonnée des enchaînements de cause à effet dans la propagation de la grande peste (l’auteur explicite d’ailleurs sa rigoureuse méthode… en fait cartésienne !) : réactions irrationnelles et dilatoires de la foule, comme la peur du mot :

« Il n’est pas besoin, je pense, d’être bien versé dans l’histoire des idées et des mots, pour voir que grand nombre des uns et des autres ont suivi la même marche. Heureusement il n’en est pas beaucoup de la même espèce et de la même importance, qui achètent leur évidence au même prix, et auxquels se puissent rattacher des accessoires de même nature. On pourrait néanmoins, dans les grandes comme dans les petites choses, éviter en grande partie cette marche si longue et si tortueuse, en adoptant la méthode proposée depuis si longtemps, celle qui consiste à observer, écouter, comparer, penser, avant de parler.
Mais parler, l’action isolée de parler l’emporte tellement en facilité sur toutes les autres ensemble, que nous avons bien aussi quelques titres, je dis nous autres hommes en général, à ce qu’on nous excuse s’il nous arrive si souvent de la préférer. »

Ou encore la rumeur efficiente des untori, « gens qui oignent », de mystérieux apporteurs de peste (et là, je pense au truculent personnage de Rabelais dans le cinquième livre, Ouy-dire, aux multiples langues et yeux) :

« On avait vu de nouveau, ou cette fois on avait cru voir, de la drogue mise sur des murs, sur les portes d’édifices publics et des maisons particulières, sur les marteaux de ces portes. Le bruit de semblables découvertes n’avait pas plutôt pris naissance qu’il courait de bouche en bouche, et comme il arrive toujours lorsque l’âme est fortement préoccupée de certaines idées, ouïr dire devenait pour chacun la même chose que voir. Les esprits, toujours plus alarmés par la présence du mal, toujours plus irrités par la persistance du danger, étaient par là de plus en plus disposés à embrasser cette croyance, car le souhait de la colère est d’avoir à punir, et, comme l’a observé fort justement un esprit distingué à l’occasion du fait même qui nous occupe, elle aime mieux attribuer les maux à un acte de perversité humaine dont elle puisse tirer vengeance que de leur reconnaître une cause avec laquelle il n’y aurait autre chose à faire que de se résigner. […]
Dans cette conviction où l’on était qu’il y avait des untori, on devait comme infailliblement en découvrir : tous les yeux étaient ouverts ; l’action la plus simple pouvait inspirer suspicion, et la suspicion devenait facilement certitude, la certitude fureur. »

Après la tortueuse conjuration par négation ou euphémisme, on voit de nouveau poindre le récurrent biais du rejet sur l’Autre (mais cette fois ce n’est pas le Juif).
Suit une fresque de Milano empestée, qui elle remet en mémoire les chefs-d’œuvre de Camus et Giono :

« Mais la première, la seule personne qu’il vit fut une autre femme, éloignée d’une vingtaine de pas, qui, avec une figure où se peignaient l’effroi, la haine, l’impatience et la malice, avec certains yeux hagards qui se portaient à la fois sur lui et loin derrière lui, ouvrant la bouche comme pour crier de toutes ses forces, mais retenant en même temps sa respiration, levant deux bras décharnés, allongeant et retirant deux mains ridées et pliées en façon de griffes, comme si elle cherchait à attraper quelque chose, montrait clairement qu’elle voulait appeler du monde, mais de manière que quelqu’un ne s’en aperçût pas. Lorsque leurs yeux se rencontrèrent, cette femme, devenue encore plus laide, tressaillit comme une personne prise sur le fait. »

Encore une scène étonnante, dans le lazaret bondé, celle des chèvres allaitant les bébés orphelins (mais je ne cite plus, allez voir par vous-mêmes).

En dépit de longueurs sans grand intérêt, et d’un certain parti-pris chrétien (sans parler de la propension complaisante de la jeune héroïne à se limiter à coudre en baissant les yeux, rougir et vouloir aller au couvent), c’est une belle représentation de cette époque où le peuple était pris entre bravi et sbires, et les auteurs susceptibles d’une formulation heureuse.

« Certainement, le cœur, pour qui l’écoute, a toujours quelque chose à dire sur ce qui sera. Mais que sait-il, le cœur ? À peine quelque peu de ce qui fut. »

« Ce sont gens comme perdus sur la terre ; ils n’ont pas même un maître ; ils ne sont à personne. »

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Bédoulène le Dim 4 Fév - 16:14

très incitatif ton commentaire Tristram ! merci

"d’autres formes de renoncement "consenti" évocateur !

est-ce que tu l'as lu sur livre papier ? parce que wikisource réserve parfois des surprises

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Message par Tristram le Dim 4 Fév - 16:42

Sur liseuse, mais le wikisource a moins d'erreurs, m'a-t-il semblé...

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