Poésie

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Re: Poésie

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 25 Nov - 11:57

Tristram : Les anglophones le disaient pourtant aux francophones qui s'exprimaient ainsi dans l'espace public au Québec et j'estime plus particulièrement à Montréal où les Anglophones occupaient des postes de pouvoir pour diriger les ouvriers francophones.
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Re: Poésie

Message par Tristram le Sam 25 Nov - 12:00

Je peux fort bien me tromper, ne connaissant pas le contexte et mal la langue, mais ça me paraît d'un racisme abyssal ; comme quoi il faut faire attention avec les mots...
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Re: Poésie

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 25 Nov - 12:07

Les classes sociales étaient peu perméables avant les années 1930. Les anglophones étaient au sommet de la chaîne et on peut ainsi mieux comprendre pourquoi la langue de l'anglais est identifiée comme la langue de l'oppresseur. Les immigrants ont ensuite remplacé l'instrument de cette oppression pas toujours directe sur les francophones.

Après 1930, les élites financières ont fini peu à peu par admettre une bourgeoisie francophone, mais il y avait toujours l'action d'un syndicat financier anglophone - au Canada anglais. Les René Lévesque et Jacques Parizeau ont eu maille à partir avec ce syndicat financier anglophone quand ce dernier a opté d'aller aux États-Unis pour contracter des emprunts visant à mettre en place le réseau et la nationalisation de l'hydroélectricité à la hauteur du Québec.

Depuis, les Autochtones ont toujours eu maille à partir avec les chicanes entre anglophones et francophones au niveau pancanadien. Le gouvernement fédéral a tendance à prendre prétexte de la différence autochtone pour essayer d'annuler la différence québécoise - et francophone par extension. Pourtant, c'est les Canadiens anglais qui ont été les pires avec les autochtones, même si les politiques québécois ont toujours essayé d'être plus accommodants et de négocier avec les autochtones. Il y a eu notamment l'accord avec les Cris de la Baie James et l'accord de paix des Braves, mais comme nous pouvons l'apprendre de nos jours, les gouvernements blancs négocient souvent avec des «pouvoirs» qui ne sont pas tellement représentatifs de la voix autochtone dans son ensemble d'où des rébellions et des sentiments de révolte qui couvent de plus en plus.


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Sam 25 Nov - 12:50, édité 4 fois
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Re: Poésie

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 25 Nov - 12:15

Dans le contexte québécois, Tristram, le Québécois au fait de la question et des théories de la colonisation-décolonisation des années 1960, avait tendance à s'identifier aux minorités et aux différences. Ainsi, Pierre Vallières a déjà écrit Nègres blancs d'Amérique en voulant assimiler la différence des francophones vis-à-vis des anglophones comme équivalant à la condition des Noirs face aux Blancs. C'est dans ce contexte que nous devons saisir cette réalité qui est le propre d'une certaine partie des Québécois-es indépendantistes. Aussi, il y avait le Black Power aux États-Unis dans ces années-là et les Québécois venaient de vivre le coup d'une loi sur les mesures de guerre pour endiguer une simple prise en otage d'un membre du gouvernement québécois et d'un diplomate. On a ainsi assisté à l'arrestation de plus de 500 poètes, écrivains et intellectuels réputés sympathiques aux mouvements indépendantistes québécois. Vous pouvez imaginer la terreur qui était au coeur de cette époque et la répression coloniale du Canada anglais... dirigé par un premier ministre semi-anglophone, semi-francophone, pire cas de figure dans certains situations politiques explosives comme celles-là...
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Re: Poésie

Message par Bédoulène le Sam 25 Nov - 14:06

merci pour le complément indispensable à la compréhension de la situation

Tristram j'avais mal saisi ta réflexion, je croyais que tu parlais du poème, mais tu ciblais le terme Smile

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Re: Poésie

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 25 Nov - 14:33

Pour complément d'information encore une fois, pour faire suite au racisme abyssal qui est démontré par les orangistes CanadiAn, il y a ce qu'on appelle le Quebec bashing. Il y a un racisme assez virulent, qui est véhiculé par la langue au sein des médias. Les Canadiens anglais aiment casser du sucre sur le dos des Québécois francophones.

Il y a une tolérance qui est préconisée à l'égard des différences au Canada, mais lorsqu'on conteste un tant soit peu la prérogative du pouvoir d'action fédéral - il y a toujours eu une tendance à l'autonomie de la part des provinces - mais quand on parle de province, on parle de ce qui n'est pas un État, qui est vaincu et qui doit être toujours combattu...

Il y a tellement d'exemples où le Fédéral empiète sur les compétences des provinces, et lorsque les provinces se retrouvent, par la force des choses le Québec finit par faire bande à part, à cause de plusieurs procédés de division et d'une différence de mentalités sur le rôle de l'État et la manière que les provinces interviennent sur une telle ou telle autre politique. La question de la langue, la condescendance des anglophones et des différentes régions, tout ça renforce le sentiment de solitude ressenti par les différentes régions et le Québec qui a toujours été le «problème» à régler au Canada...
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Re: Poésie

Message par bix_229 le Mar 5 Déc - 15:33

LA   FOLLE




Elle a les cheveux blancs, très blancs. Elle est jolie
Encore, dans sa robe aux chiffons de couleur.


Elle emporte en passant, des branches qu' elle oublie :
Les jardins sont absents et morte est la douleur.


Elle a des yeux d' enfant qui reflètent les jours.
Eau transparente où passe et repasse une fuite.


Sa sagesse est donnée avec des mots snns suite,
Des mots divins qui vont mourir dans le vent lourd.


Edmond Henri Crisinel

Poète de Suisse romande il a connu la douleur de la maladie mentale et celle de ne
pouvoir exprimer ses plus secrets désirs.
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Re: Poésie

Message par bix_229 le Mer 20 Déc - 20:09

1


Des filets de fatigue qui viennent du dehors
s'ajoutent parfois
aux sauvages échecs du corps
et aux prudentes déroutes de la pensée
et cette complicité inattendue
nous fait chanceler péniblement
au voisinage de l'abîme.


Mais si alors nous ne tombons pas,
le vent qui vient de l'abîme nous sauve :
il déchire les filets,
efface les ténébreuses complicités.


Seule la constante imminence de la chute
aide à coloniser provisoirement la chute.



















1





Redes de cansancios que vienen de afuera
se suman a veces
a los cerriles fracasos del cuerpo
y a las cautas derrotas del pensamiento
y esa inesperada complicidad
no hace trastabillar penosamente
en las vecindades del abismo.


Pero si entonces no caemos,
el viento que viene del abismo nos salva :
desbarata las redes
y borra las tenebrosas complicidades.


Solo la contante imminencia de la caida

permite colonizar provisoriamente la caida.




(Quinzième poésie verticale / traduction Jacques Ancet / Ed. Ibériques/ José Corti)
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Re: Poésie

Message par Bédoulène le Mer 20 Déc - 21:38

c'est beau "la folle" ! merci Bix !

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Re: Poésie

Message par animal le Dim 24 Déc - 10:14

Un détour chez Jean-Pierre Lemaire :

Accrochant à ses épaules
les deux ailes de l'horizon
il devançait le soleil
le coq de fer, sa propre jeunesse
impatient d'atteindre
la taille de la vie
Un jour, pour tous
elle arriva
Lui seul
n'avait pas grandi

_________________
Keep on keeping on...
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Re: Poésie

Message par Bédoulène le Dim 24 Déc - 14:58

très réaliste !

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Re: Poésie

Message par bix_229 le Dim 31 Déc - 20:52


Comment la confiance peut-elle vivre ?

Autour de nous tout s’effondre
et s’effondrera plus encore
jusqu’à ce qu’il ne reste pas pierre
pour soutenir notre pied.
Comment peux-tu croire encore,
toi qui n’as pas d’objet de foi ?
Comment la confiance peut-elle vivre
ainsi, sans aucune racine ?

Est-elle elle-même racine ?
Est-elle elle-même la graine
et l’arbre du monde lui-même croît-il
d’elle ?
En ce cas notre destin réside
chez les cœurs taciturnes.
Pour l’amour de leur silence
le jour peut poindre de nouveau.

Pour l’amour de leur plénitude
le chaos peut fleurir
de la puissance des merveilles – qui se taisent
mais veulent être crues.
Tout peut être brisé.
Il guérira de nouveau
tant que reste vivant
notre germe le plus intime.

Venez, tout ce qui croît intégralement
dans une transparente évidence,
à nous, nous qui comptons
et sommes sur nos gardes,
apprenez-nous que ce jour
où nous cesserons de compter
sera l’accomplissement de notre vie
et notre puissance d’avenir !


Karin Boye


(Pour l' amour de l' arbre Trad; du Suédois parRégis Boyer)
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Re: Poésie

Message par Aventin le Mer 3 Jan - 17:00

Jean-Pierre Sonnet est un poète belge, contemporain, vivant à Rome (avec un nom prédestiné pour la poésie ?).
Ce poème est extrait de "Petite suite romaine" (2011) (délectable savoir-faire -beaucoup- en peu de mots -simples-):

Fontana delle tartarughe.

Les tortues les plus lentes sont celles, d’eau douce, de la Piazza Mattei : elles n’ont bougé d’un pouce en trois cent cinquante ans. Elles en sourient sous leur carapace de bronze, comme sourient les éphèbes qui les hissent à bout de bras dans leur vasque de marbre. Ainsi en est-il à Rome, où les eaux de la grâce éclaboussent la carapace des uns, la nudité des autres.



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Re: Poésie

Message par Aventin le Jeu 4 Jan - 14:50

Pierre-Alain Tâche est un poète suisse, juriste de formation, né en 1940 à Lausanne où il réside.
Une trentaine de recueils à son actif tout de même, du poids et du volume donc.

Le poème ci-dessous n'est pas reproduit intégralement (pour cause de longueur - coupes aux ***).

Je n'atteins pas forcément au ravissement avec ses prosodies, je suis sûr que certains Chosiers s'en doutent (ils connaissent par échantillonnage et recoupements vers où vont mes goûts, mes élans et mes transports en matière de poésie), ceci dit il me reste des volumes entiers à découvrir, ce n'est qu'une piètre, furtive impression de passage, je m'en voudrais que Pierre-Alain Tâche ne soit nulle part mentionné sur ce forum.



Tout n'est pas divisé


pour Joël Bastard

Il se pourrait que tout ne soit pas divisé.
Le sorbier, ainsi, qui m’échappe,
avec la complicité bleue d’un ramier,
aurait son origine dans ma bouche :
sa pousse entrait dans le poème,
à l’instant même où je l’ai mis en terre.

Ai-je assez de souffle pour tout lier ?
La lumière y parvient, vers midi,
puis elle passe, en suggérant
qu’il n’y a pas d’espace mesurable
entre un bois nu, son feuillage et la page,
et que vivre, écrire, et se souvenir, est tout un.
***

L’opacité déroute ; elle assourdit
la voix vivante, sous le bistre et la fange.

Je ne suis pas seul à dissoudre :
un geai saccage un automne précoce
où l’épilobe rose explose en répandant
ses chromosomes lumineux
sur la jachère insatiable du regard.
La sève attend que le feu la délivre.

Aucun mot d’encre ne peut naître
(aucune louve, aucun chevreuil)
avant que j’aie brisé la langue osseuse.
Écrire est à la merci d’un pollen.
***

Si je renonce à l’alliance du silence,
alors l’épine d’églantier recoud,
dans le cahier, le monde aux mots.
Le sang bout sous le crin des fourrés,
remettant un peu d’ordre au-dedans.
J’en viens à pactiser avec l’éclair
et les colonnes de lait des torrents.

L’oreille perçoit, sous le futile assourdissant,
un filet d’eau, à peine un bruit,
le tremblement de la vapeur,
dans l’aube où ma lèvre trempe,
et qui annule une montagne, en un instant.
Le cahier n’a pas avancé d’un pouce,
à cause d’une main sans fermeté.
***

Tu dis que les vieillards tombent du ciel
dans la transparence des fontaines.
Mais nul ne sait quand vient son tour !

En attendant, l’œil court après la bise
sur la laine et les blés, sur le lac, et bientôt,
la sève manquera sous la paupière,
avant que le chant ne chute à côté
de soi (sujet perdu dans les éboulis du poème,
et qui n’entend plus qu’un long feulement,
quand la bête a tiré, ramené dans l’obscur,
la dépouille d’un sens apprivoisé).

Tout ce gâchis à trier – sans faiblir !
Très tôt, les bras m’en sont tombés.
***

Parfois, la membrane qui me sépare
d’un monde bourdonnant de musique
a la tension grossière d’un tambour
et l’épaisseur d’un papillon.
Le plus souvent, c’est la tache des yeux,
que la prière (si elle est blanche qu’elle se déblanche
si elle est rouge qu’elle se dérouge
si elle est noire qu’elle se dénoire) efface
– et tout est à recommencer.

Brandir un livre ainsi ne sert à rien !
L’escargot bave en remontant la syntaxe du jour,
et se ferme ou se retire avec des brins
qui manqueront dans l’herbe des images.
***

Peut-être bien qu’il faut d’abord
oser un pas vers soi, pour rejaillir
avec ce qui ne passe plus la trame
et reste dans la gorge du regard,
au bord d’un bois, au milieu d’un pacage,
où colloquent de jeunes veaux
fatigués de brouter dans le sens d’un vent
qui couche la mémoire et la relève,
sur la neige insolente d’éclat.

La phrase verdira par osmose – et c’est
perdre son temps qu’espérer autre chose,
alors qu’il s’agit, tu le sais, de ne faire qu’un.

Pierre-Alain Tâche

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Re: Poésie

Message par bix_229 le Jeu 4 Jan - 16:32

Tache a écrit aussi des textes en prose comme L' Air des Hautbois ou L' Ombre
d' Hélène.
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Re: Poésie

Message par bix_229 le Lun 8 Jan - 15:40


Henri Michaux

Emportez-moi



Emportez-moi dans une caravelle,

Dans une vieille et douce caravelle.

Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,

Et perdez-moi, au loin, au loin.



Dans l'attelage d'un autre âge.

Dans le velours trompeur de la neige.

Dans l'haleine de quelques chiens réunis.

Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.



Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,

Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,

Sur les tapis des paumes et leur sourire,

Dans les corridors des os longs, et des articulations.



Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.
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Re: Poésie

Message par Bédoulène le Dim 21 Jan - 8:24



Bella Akhmadoulina

"Comment imaginer maintenant des lectures poétiques avec des foules de 30 000 personnes en transe !. Certes « En Russie le poète est plus qu’un poète » dira Evtouchenko, mais encore faut-il qu’une immense soif de poésie soit présente chez tout un peuple."

Dans ma rue depuis des années

Dans ma rue depuis des années
j’entends des pas : mes amis s’en vont.
Le lent départ de mes amis convient
à l’obscurité derrière la vitre.

Mes amis ne s’occupent plus de rien,
chez eux plus de musique ni de chants,
et seules les fillettes de Degas
lissent encore leur plumage bleu.

Mais pourvu que la peur ne vous réveille pas
désarmés au milieu de cette nuit.
Une passion étrange pour la trahison,
mes amis, vous embrume les yeux.

Solitude, ton caractère est rude !
Faisant luire l’éclat de ton compas de fer,
si froidement tu refermes le cercle,
sans écouter les promesses vaines.

Appelle-moi et récompense-moi !
Cajole-moi, ainsi choyée
je me consolerai, pressée contre ton sein,
ton froid d’azur me lavera.

Laisse-moi me dresser sur la pointe des pieds
dans ta forêt, au bout d’un geste ralenti
trouver des feuilles qui toucheront mon visage
pour sentir le délice de mon abandon.

Offre-moi le silence de tes bibliothèques,
les thèmes rigoureux de tes concerts :
devenue sage, j’oublierai les morts
et ceux qui sont toujours en vie.

Je connaîtrai la sagesse et la peine,
chaque chose me confiera son sens caché.
Prenant appui sur mes épaules, la nature
m’apprendra ses secrets d’enfant.

Alors, du fond des larmes, de la nuit
et de la pauvre ignorance du passé,
les merveilleux visages de mes amis
m’apparaîtront avant de s’effacer encore.



à la mémoire d’Ossip Mandelstam

À l’époque où le scélérat
est un banal habitant des rues,
si dangereusement fragile, un Juif
en qui Russie et musique s’éveillent.

Introduction : une silhouette cassante,
coupable d’esbroufe gracieuse.
L’orée du siècle. Jeunes années.
Été humide à Helsingfors.

Est-elle Dieu ou demoiselle ? Prière
à des centaines de verstes d’un amour confus.
Il l’admire ! Le génie de son front
est voilé d’une mèche timide.

Mais le siècle veut festoyer !
Torturé, il cherche un prétexte :
et Petrograd à Pétersbourg
ne laisse que l’agonie de Blok.

Il le savait, il a parlé d’un signe,
du siècle bondissant sur ses épaules.
Que pouvait-il ? Pauvre et nu,
face au miracle de ses mots accomplis.

Son gosier, entamant une parole
inouïe, s’ouvrait si grand
qu’il suffisait pour le couper
d’un moindre effort du quotidien.

Pour lui : un honneur tout particulier,
à la double joie mauvaise des cieux :
un poète à la bouche bâillonnée,
et un gourmand privé de pain.

Les mémoires le disent : « Mandelstam
aimait les gâteaux. » Quel bonheur
de l’apprendre. Mais je n’ai plus envie
de respirer. C’est d’ailleurs inutile.

Ainsi donc, être un créateur
aux mains tordues derrière le dos
et un cadavre dépourvu de nom
semblait insuffisant pour son martyre ?

Jusque dans la mort, connaître
le malheur des appétits d’enfant
toujours inassouvis, frivoles
au point de survivre à l’enfer ?

Dans mon cauchemar, au paradis
où il habite, où je le cache,
il est rassasié ! Je le nourris
d’immenses pâtisseries. Et je pleure.



DORMIR
(Poème écrit à Tbilissi durant une insomnie.)

Moi qui danse sous la lune de Mtskheta,
qui pleure par tous les muscles de mon corps,
devenue une ombre rétrécie,
qui n’entre pas dans l’église de Sveti-Tskhoveli,
moi, fil d’argent nu qui s’enfile
dans ton aiguille, Tbilissi,
moi qui vis sous les astres dans l’attente de l’aube,
gelée jusqu’au sang dans ta serre,
qui ne sais pas m’endormir dans tes nuits,
dont la folie pervertit mes amis,
qui possède une prunelle de cheval dans les yeux,
et rue aux brancards des rêves,
moi qui chante à l’aube sur le pont :
«Pardonne-nous tous nos péchés, matin,
et dore la misère de nos ventres brûlés
de ton présent, soupe aux tripes khachi»,
moi qui galope de travers et recule
dans l'insomnie, dans son méchant canular,
Seigneur, comme je voudrais dormir
au sein du lit profond tel un berceau.
Dormir en m’endormant. Dormir en m’éveillant.
D’un sommeil lent, comme on goûte une boisson.
Dormir et sucer le bonbon du sommeil,
versant l’excès de douceur en salive.
Et me réveiller tard sans ouvrir les yeux,
prolonger la tentation du secret de la météo qui illumine le lit
d’un salut pour l’heure ajourné.
Le cerveau non voyant comme une étoile morte.
Le pouls doux comme la sève d’un arbre endormi.
O dormir à nouveau ! Longtemps. Dormir toujours.
D’un sommeil aussi clos qu’au ventre maternel.


(I960)

Bella Akhmadoulina, Histoire de pluie et autres poèmes

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Re: Poésie

Message par bix_229 le Dim 21 Jan - 15:17

Merci pour Bella, Bédou. Elle mérite un hommage, elle qui synthétise une
poésie libre et douloureuse, qu' on retrouve souvent en Russie.

 
INCANTATION
 
Ne me pleurez pas, je saurai vivre
en mendiante heureuse, en gentille bagnarde,
en méridionale glacée par le climat nordique,
en Pétersbourgeoise poitrinaire et méchante
dans la malaria du sud je vivrai.

 
Ne me pleurez pas, je saurai vivre
en cette boiteuse aux portes de l’église,
en cet ivrogne la tête contre la table,
en ce pauvre barbouilleur de madones,
en peintre malchanceux je vivrai.

 
Ne me pleurez pas, je saurai vivre
en cette fillette apprenant à lire
qui, dans un avenir brumeux,
sous ma frange rousse saura mes vers
par cœur comme une sotte. Je vivrai.

Ne me pleurez pas, je saurai vivre
en sœur plus charitable que de charité,
dans l'insouciance mortelle de la guerre,
sous la clarté de mon étoile,
quoi qu’il advienne, malgré tout je vivrai.

(I960)

Bella Akhmadoulina, Histoire de pluie et autres poèmes


Si vous voulez en savoir plus, rendez vous sur le site Esprits Nomades.
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Re: Poésie

Message par Bédoulène le Dim 21 Jan - 21:49

de bien belles poésies !

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Re: Poésie

Message par bix_229 le Mar 13 Fév - 15:35

La mer secrète

Quand nul ne la regarde
La mer n' est plus la mer.
Elle est ce que nous sommes
Lorsque nul ne nous voit.
Elle a d' autres poissons.
D' autres vagues aussi.
C' est la mer pour la mer.
Et pour ceux qui en revent
Comme je fais ici.

Jules Supervielle
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Re: Poésie

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