Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Poésie

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Message par kashmir le Lun 25 Mar - 18:32

Je ne sais pas trop te conseiller Tristram, j'ai commencé par Le chemin de la montagne de pluie.

Bix te dira certainement.
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Message par bix_229 le Lun 25 Mar - 18:51

Celui que tu as dit, Kashmir, ou La Maison de l'aube.
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Message par bix_229 le Sam 30 Mar - 15:08

Sur les quais de Novi Sad
le train freine en accordéon dans le brouillard
c’est un vieux train yougoslave
venu de Bucarest ou de Sofia, venu d’Istanbul ou de Salonique
un vieux train rouillé qui tortille vers le nord
à travers les ors vieillis de l’arrière-automne
dans l’air cruel et frisquet d’un matin d’octobre
sur la carrosserie de la locomotive on devine encore les symboles du monde d’hier
le J de la Yougoslavie, le Ж des chemins de fer et l’étoile rouge qui a vaincu la croix gammée
mais aujourd’hui sur les vitres du vieux train fourbu
des écriteaux gravent les lettres noires de son
                      ter-
                      minus
                      WIEN
Et dans le compartiment tu apprendras qu’il faut changer de place
car à la frontière le vieux train se scindera en deux
                    tron/çons
une moitié pour l’Autriche
l’autre moitié pour la Hongrie
la Mitteleuropa n’est pas l’Europe du milieu
c’est une Europe encore coupée en deux
vingt-sept ans après la chute
                                                      DU
                                                         MUR
                         qu’on croyait unique et qui n’en finit pas d’enfanter
                         ces fils de fer barbelés
                         ces fossés moyenâgeux
                         derrière les miradors plantés dans les champs des
échassiers.




Extrait de Terminus Shengen : Emmanuel Ruben. - Ed. Le Réalgar
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Message par Bédoulène le Sam 30 Mar - 23:17

merci Bix ! réaliste !

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Message par bix_229 le Ven 5 Avr - 18:11

Je comprends cette nuit, une des dernières en ce pays, que ces deux pommiers remarqués le jour même de mon arrivée. Ces deux pommiers là-bas, ensemble, au fond de la combe, tantôt éclairés, tantôt dans le sombre, soient le sujet principal de ma présence ici. Le sujet principal de mon écriture. Si je les rejoins pour les toucher de ma main, les voir de près, ils disparaîtraient. Non par leur étrangeté ou ce que je pourrais leur faire porter comme fantasques pensées. Si je les rejoignais, disparaîtrait cette distance qui lie nos solitudes. Disparaîtrait notre désir d’être ensemble.


Joel Bastard : Baton Rouge
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Message par kashmir le Mer 10 Avr - 21:08

A mi-carême, en carnaval,
On met un masque de velours,
Où va le masque après le bal ?
Il vole à la tombée du jour.
Oiseau de poils, oiseau sans plumes,
Il sort, quand l'étoile s'allume,
De son repaire de décombres,
Chauve-souris, masque de l'ombre.


Robert Desnos : La chauve-souris
Chantefables.
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Message par bix_229 le Mer 10 Avr - 21:15

Je reconnais là le Desnos de Fantomas.

 Complainte de Fantomas
Robert DESNOS
Recueil : "Fortunes"
1
Écoutez,… Faites silence…
La triste énumération
De tous les forfaits sans nom,
Des tortures, des violences
Toujours impunis, hélas !
Du criminel Fantômas.
2
Lady Beltham, sa maîtresse,
Le vit tuer son mari
Car il les avait surpris
Au milieu de leurs caresses.
Il coula le paquebot
Lancaster au fond des flots.
3
Cent personnes il assassine.
Mais Juve aidé de Fandor
Va lui faire subir son sort
Enfin sur la guillotine…
Mais un acteur, très bien grimé,
À sa place est exécuté.
4
Un phare dans la tempête
Croule, et les pauvres bateaux
font naufrage au fond de l’eau.
Mais surgissent quatre têtes :
Lady Beltham aux yeux d’or,
Fantômas, Juve et Fandor.
5
Le monstre avait une fille
Aussi Jolie qu’une fleur.
La douce Hélène au grand cœur
Ne tenait pas de sa famille,
Car elle sauva Fandor
Qu’était condamné à mort.
6
En consigne d’une gare
Un colis ensanglanté !
Un escroc est arrêté !
Qu’est devenu le cadavre ?
Le cadavre est bien vivant
C’est Fantômas, mes enfants !
7
Prisonnier dans une cloche
Sonnant un enterrement
Ainsi mourut son lieutenant.
Le sang de sa pauv’ caboche
Avec saphirs et diamants
Pleuvait sur les assistants.
8
Un beau jour des fontaines
Soudain chantèr’nt à Paris.
Le monde était surpris,
Ignorant que ces sirènes
De la Concorde enfermaient
Un roi captif qui pleurait.
9
Certain secret d’importance
Allait être dit au tzar.
Fantômas, lui, le reçut car
Ayant pris sa ressemblance
Il remplaçait l’empereur
Quand Juv’ l’arrêta sans peur.
10
Il fit tuer par la Toulouche,
Vieillarde aux yeux dégoûtants,
Un Anglais à grands coups de dents
Et le sang remplit sa bouche.
Puis il cacha un trésor
Dans les entrailles du mort.
11
Cette grande catastrophe
De l’autobus qui rentra
Dans la banque qu’on pilla
Dont on éventra les coffres…
Vous vous souvenez de ça?…
Ce fut lui qui l’agença.
12
La peste en épidémie
Ravage un grand paquebot
Tout seul au milieu des flots.
Quel spectacle de folie !
Agonies et morts hélas !
Qui a fait ca ? Fantômas.
13
Il tua un cocher de fiacre
Au siège il le ficela
Et roulant cahin-caha,
Malgré les clients qui sacrent,
Il ne s’arrêtait jamais
L’fiacre qu’un mort conduisait.
14
Méfiez-vous des roses noires,
Il en sort une langueur
Épuisante et l’on en meurt.
C’est une bien sombre histoire
Encore un triste forfait
De Fantômas en effet !
15
Il assassina la mère
De l’héroïque Fandor.
Quelle injustice du sort,
Douleur poignante et amère…
Il n’avait donc pas de cœur,
Cet infâme malfaiteur !
16
Du Dôme des Invalides
On volait l’or chaque nuit.
Qui c’était ? mais c’était lui,
L’auteur de ce plan cupide.
User aussi mal son temps
Quand on est intelligent !
17
À la Reine de Hollande
Même, il osa s’attaquer.
Juve le fit prisonnier
Ainsi que toute sa bande.
Mais il échappa pourtant
À un juste châtiment.
18
Pour effacer sa trace
Il se fit tailler des gants
Dans la peau d’un trophée sanglant,
Dans d’la peau de mains d’cadavre
Et c’était ce mort qu’accusaient
Les empreintes qu’on trouvait.
19
À Valmondois un fantôme
Sur la rivière marchait.
En vain Juve le cherchait.
Effrayant vieillards et mômes,
C’était Fantômas qui fuyait
Après l’coup qu’il avait fait.
20
La police d’Angleterre
Par lui fut mystifiée.
Mais, à la fin, arrêté,
Fut pendu et mis en terre.
Devinez qui arriva :
Le bandit en réchappa.
21
Dans la nuit sinistre et sombre,
À travers la Tour Eiffel,
Juv’ poursuit le criminel.
En vain guette-t-il son ombre.
Faisant un suprême effort
Fantômas échappe encor.
22
D’vant le casino d’Monte-Carlo
Un cuirassé évoluait.
Son commandant qui perdait
Voulait bombarder la rade.
Fantômas, c’est évident,
Était donc ce commandant.
23
Dans la mer un bateau sombre
Avec Fantômas à bord,
Hélène Juve et Fandor
Et des passagers sans nombre.
On ne sait s’ils sont tous morts,
Nul n’a retrouvé leurs corps.
24
Ceux de sa bande, Beaumôme,
Bec de Gaz et le Bedeau,
Le rempart du Montparno,
Ont fait trembler Paris, Rome
Et Londres par leurs exploits.
Se sont-ils soumis aux lois ?
25
Pour ceux du peuple et du monde,
J’ai écrit cette chanson
Sur Fantômas, dont le nom
Fait tout trembler à la ronde.
Maintenant, vivez longtemps,
Je le souhaite en partant.
FINAL
Allongeant son ombre immense
Sur le monde et sur Paris,
Quel est ce spectre aux yeux gris
Qui surgit dans le silence ?
Fantômas, serait-ce toi
Qui te dresses sur les toits ?
1933
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Message par Fancioulle le Jeu 11 Avr - 8:21

@bix_229 a écrit:Je reconnais là le Desnos de Fantomas.

 Complainte de Fantomas
(...)
Fantômas joué par Artaud, j'avoue que je brûle de voir ça. Il y en a une captation dans le DVD documentaire Desnos, je crois.
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Message par bix_229 le Sam 13 Avr - 16:27

Poésie - Page 15 41pQMQyZ5OL._SX95_

Le cycle du pays natal de Armand Robin

L'illettré

Devant les bois, les blés, j'étais béat benêt :
Je lisais ce qui ne se lit pas :
Les nuages, les vents, les rochers, les ébats
De la lune dans les bois.

Et le ciel avec son grand étang courbé
Où le soleil tout le jour accroît son caillou,
Onde par onde, et le déferlement changeant
Des nuages disposaient de moi.

Les arbres tournaient lentement en moi
Leurs pages tantôt bruyantes, tantôt muettes
Tantôt épaisses et jaunies, les saisons
Me donnaient des leçons.
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Message par bix_229 le Jeu 25 Avr - 15:59

Poésie - Page 15 Concei10
Conceiçao Evaristo (Brésil)


Quand je mordrai
les mots,
de grace,
ne me bousculez pas
je veux mastiquer,
rompre entre mes dents,
la peau, les os, la moelle
du verbe,
afin de versifier ainsi
le coeur des choses.


Quand mon regard
se perdra dans le néant,
de grace,
ne m'éveillez pas,
je veux retenir,
au coeur de l'iris,
l'ombre moindre du
mouvement infime.





Extrait du poème A propos du calme et du silence
In Poèmes de la mémoire et autres mouvements,
Ed des femmes
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 6 Mai - 10:57

William Butler Yeats a écrit de la grande poésie, du moins il est reconnu à travers ses prouesses dans le monde anglo-saxon. Il destinait plusieurs de ses poésies à la République de l'Irlande. Il y a un poème qui revient aux lendemains des exécutions suite à la proclamation de la République Irlandaise en 1916. Il s'agit du poème «Pâques 1916» :

Pâques (1916)

Par William Butler Yeats

Je les ai rencontrés à la tombée du jour
Hommes de comptoir, hommes de bureau
Qui marchaient le visage enflammé
Entre nos maisons grises du dix-huitième siècle.
Je les ai salués en passant de la tête
Parfois de quelques mots anodins et polis,
Et je me suis aussi attardé pour leur dire
Quelques mots anodins et polis,
Et je pensais déjà avant de leur parler
A mes sarcasmes, à mes plaisanteries
Aux rires de mes amis
Le soir au club devant le feu,
Car je savais bien que leur monde et le mien
N’étaient qu’un monde de bouffons:
Tout est changé, changé absolument:
Une beauté terrible vient de naître.

Parmi eux cette femme
Le jour candide et douce,
Et qui passait ses nuits en folles discussions
Où sa voix s’est cassée.
Quelle voix cependant plus douce que la sienne
Quand, jeune et belle encore,
Elle chassait à courre;
Cet homme aussi, ancien maître d’école
Qui enfourcha notre cheval ailé;
Cet autre encore, son ami et soutien,
Dont la valeur peu à peu s’affirmait;
Il aurait pu un jour devenir célèbre,
Il avait pour cela une âme assez sensible,
Un esprit assez fin et assez audacieux.

Cet autre enfin que j’avais pris
Pour un ivrogne, un vaniteux et un sot.
Il avait en son temps cruellement frappé
Des êtres qui me sont chers
Et pourtant aujourd’hui je chanterai son nom;
Lui aussi vient de quitter son rôle
Dans cette pauvre comédie;
Lui aussi à son tour est changé,
Changé absolument;
Une beauté terrible vient de naître.

Les cœurs qui gardent à travers les saisons
Le même unique amour
Semblent mués en pierre
Au milieu du courant de la vie.
Le cheval qui là-bas s’avance sur la route,
Le cavalier, les oiseaux qui traversent
Le déferlement des nuages,
Tous changent de minute en minute;
L’ombre d’un nuage sur le courant
De minute en minute change;
Le sabot d’un cheval a glissé sur la rive,
Le cheval éclabousse l’eau
Les poules d’eau aux longues pattes plongent,
Les poules d’eau appellent leurs mâles;
De minute en minute ils sont en vie:
La pierre demeure en leur milieu.

Un trop long sacrifice
Peut bien d’un cœur faire une pierre.
Quand sera-ce donc assez?
Dieu seul le dira; notre rôle à nous
Est de redire sans fin tout doucement leurs noms,
Comme une mère redit celui de son enfant
Qui de fatigue enfin vient de s’endormir.
Mais n’est-ce pas seulement la tombée de la nuit?
Non ce n’est pas la nuit, c’est la mort;
Etait-ce après tout une mort inutile?
L’Angleterre tiendra peut-être sa parole
Malgré tout ce qu’on dit.

Nous connaissons leur rêve; assez
Pour savoir qu’ils en sont morts;
Et s’ils avaient perdu leur vie
Sous l’illusion d’un trop puissant amour?
Je l’écris aujourd’hui dans ce poème:
MacDonagh et MacBride
Et Connolly et Pearse
Aujourd’hui et pour l’éternité,
Partout où se porte le vert,
Sont changés, changés absolument;
Une beauté terrible vient de naître.

Je sais bien que je viens de vous citer coup sur coup deux poésies qui sont quand même assez intenses (si je me réfère au fil de Robert Desnos que j'ai finalement introduit après y avoir songé quelques mois). La poésie ne peut fulgurer que des «grands» événements qui ponctuent l'existence du poète lui-même qui se les réapproprie. William Butler Yeats touche à plusieurs registres et il rend le tout très humain.
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Message par Bédoulène le Lun 6 Mai - 14:33

merci Jack ! intense est bien le mot !

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Message par Bédoulène le Mar 14 Mai - 14:32

de la suite dans les idées : où on reparle de Proust ! Smile

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Message par bix_229 le Mar 14 Mai - 19:36

Dominique Fourcade publie deuil aux éditions P.O.L. A la toute fin du livre, ces mots : non sans une pensée, non sans la pensée la plus respectueuse et la plus affectueuse pour les siens, deuil est dédié à tous ceux qui ont connu Paul Otchakovsky-Laurens et en garderont à jamais le souvenir. 3 janvier – 23 mars 2018
Extraits

Dickinson pour toi maintenant :

There's a certain Slant of light
Winter Afternoons
That oppresses, like the Heft
Of Cathedral Tunes —

Heavenly Hurt, it gives us —
We can find no scar,
But internal difference —
Where the Meanings are —

None may teach it — Any —
`Tis the Seal Despair —
An imperial affliction
Sent us of the Air —

When it comes, the Landscape listens —
Shadows — hold their breath —
When it goes, 'tis like the Distance
on the look of Death

ainsi se parle-t-elle ainsi te parle-t-elle du plus profond du neutre
elle n'a pas à crier tu es si proche
essentiellement, elle te déclare sa profession :
je suis écrivain, je participe du même neutre que le neutre d'éditeur dont vous êtes l'incarnation, je me rallie à l'honnêteté impérieuse de ce mot, nous sommes très peu nombreuses, nous les femmes, à nous y rallier, et les hommes guère plus, Rilke mis à part. mais Rilke est une femme, et le grand poète, français je crois, qui s'appelle Baudelaire-Mallarmé-Rimbaud est également une femme. le neutre est plus ou moins strident à l'approche de la mort, qui ne sait pas qu'il sait qu'elle approche

Paul where the meanings are we do find a scar

maintenant c'est à moi qu'elle parle : pourquoi diffères-tu ? en quoi diffères-tu ? je ne diffère en rien

je travaille instamment le neutre de toutes choses. tout frein de langue ôté (tu te trompes- dit-elle, c'est le neutre qui te travaille. toi tu ne fais rien)
le neutre et autre chose. cet autre chose est le mortel. au double sens de ce qui tue et de ce qui doit mourir
le neutre est un besoin éperdu et central
pas trop de toutes mes forces ma tendresse pour comprendre et faire mien l'être pour la mort, ayant pour guides Cézanne, Rilke, Heidegger
mais l'une des conditions du moderne est que j’annule toute métrique en moi, même la métrique de la mort

toi qui m'as donné mes livres, et en échange moi jamais rien. aujourd'hui voici quelque chose, le plus beau qui se puisse donner : a certain slant of light. il est bien temps, je le lis dans tes yeux, ce n'est pas de moi, et c'est justement ce qui rend possible de te l'offrir. cependant, j'ai tellement intégré ce poème dans l'élaboration du mien improvisée sur tant d'années ou arrangée dans l'instant même que c'est comme s'il était de moi. si tu veux je te donne aussi de mon chocolat amer, du Puerto Cabello. pardon de m'être permis ce dialogue que rien dans la mort n'autorise. je dois revenir au il par quoi tout a commencé, ce il qui seul convient à l'évocation de toi qui est mon angoisse


................................................................................................
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Message par kashmir le Sam 25 Mai - 17:54

Avant d'entrer dans les bois,
La pluie frappe aux feuilles
Qui sont pour elles le seuil
D'une solitude sans poids.


Elle a parcouru tout l'espace
Pour venir sans hâte couler
Dans d'obscurs sentiers
Où rien ne doit marquer son passage.


Il suffit pourtant d'un rayon de soleil
Pour qu'éclate sa présence ,
Pour qu'un instant la forêt pense
Aux vitres dont elle l'émerveille.


Un couchant doit surgir
De cet incendie d'eau
Où là terre s'éclaire de ce qu'elle a de plus beau
Parce qu'elle aime les forêts à en mourir.



Lucien Becker Rien que l'amour

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Message par Tristram le Sam 25 Mai - 19:07

En réponse à Kashmir/ Becker ?
« Pâle
… Lumière matinale, ombre mourante
Amoureuse de la terre
Et des rayons-fenêtres,
Lançant le bleu,
Lançant des traînées de poudre sur les balcons,
Ronds rayons midi enciellé

Pâle
… Pendue au soir, sur les épaules du temps, vieillissant lentement
Avalant les événements de mille nuits de mort et d’amour
Toutes bleues… blue
Vers ce tombeau,
Pâle, embusquée dans l’air cubique, aspirant le bruitage du chagrin. »
Bob Kaufman, « Blue theme »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
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Message par Tristram le Dim 2 Juin - 17:04

« Le vent du monde emporte des planètes
et les enroule autour des flammes.
Fête multicolore des premières bombes
qui construisent un village dans le néant
à grands coups de fusions contagieuses,
de rayonnements furtifs, d’expansions géantes.
Tous les desseins de l’existence
se glissent au fond de la matière
pour la grande parade des conséquences,
l’alignement des faits,
la foire des sous-produits.
Le hasard se ruine en circonstances.
Rupture d’espace. Voltige du temps.
L’avenir se fripe dès qu’il s’assoit
comme l’étoffe dont il s’habille. »
Maurice Couquiaud, « Un profil de buée », II

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par bix_229 le Sam 22 Juin - 17:17


O miens si obscurs, pour me garder près de vous il me faudrait pendant toute ma vie le moins de mots possible et chaque jour, malgré ma nouvelle existence, une retraite près des plantes, une main passée dans la crinière des chevaux. Pour rester près de vous malgré moi, malgré ma vie, j'ai vécu toutes mes nuits dans les songes et, le jour, je me suis à peine réveillé pour subir une vie où je n'étais plus.
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Message par bix_229 le Mar 25 Juin - 18:44


la poésie
ne prend pas toujours
la forme d' un poème

après cinquante années
passées à écrire
la poésie
peut se révéler
au poète

sous forme d' un arbre
d' un oiseau
prenant son vol de lumière

elle peut prendre la forme

de lèvres
la couleur de l' oeil
la tonalité de la voix
elle peut se terrer dans le silence

ou encore peut-elle vivre au dedans du poète
privée de forme et de conte



13 octobre 1988 - 10 mars 1989

Anthologie personnelle. - Actes Sud


Rosewicz (1921-2014) est un grand poète polonais qui a connu les horreurs de la guerre.
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Message par bix_229 le Mer 26 Juin - 16:39

Je ne me sens homme qu'au
contact des choses
Avec les hommes c'est le
contraire
Vous savez bien c'est difficile
Ou trop facile
Je ne me sens à l'aise avec eux
Que de profil, quand à deux
On regarde la meme chose,
Cette chose qui n'existe pas.


Georges Perros : Poèmes bleus. - Gallimard
bix_229
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