Jack London

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Re: Jack London

Message par Arturo le Lun 26 Juin - 19:33

Merci pour vos commentaires très fouillés et enrichissants.

Nadine, London précise dans la préface qu'il a justement voulu un personnage central individualiste, et non socialiste. Il a dû un peu se planter, car à l'époque ils l'ont taxé de faire la promo du socialisme.
Quant à Nietzsche, il est loin d'être socialiste, il prône plutôt des valeurs aristocratiques.

Pour en revenir au roman, et au manichéisme. C'est vrai que d'un côté j'ai été un peu laissé de côté, dans le sens où c'est un roman qui doit certainement marquer quand on est jeune et qu'on a peu lu. Et au fond, il reprend un thème beaucoup développé dans la littérature, celui de l'écrivain/artiste qui veut vivre de son art et se confronte au monde matériel. Le décalage inhérent entre deux visions du monde incompatibles. On peut penser au Werther de Goethe, par exemple.
Néanmoins ce qu'il décrit (habilement tout de même) semble intemporel.

On peut trouver le propos de London éculé, vu et revu, à notre époque. Mais en le replaçant dans le contexte, et en essayant d'imaginer la vie de l'auteur, il en ressort quelque chose de profondément touchant.
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Re: Jack London

Message par Nadine le Lun 26 Juin - 19:36

C'est vrai Bédou, parce qu'il affirme sans cesse la volonté de s'extraire d'une gangue, et jusqu'au bout sa solitude reste entière face aux lois communes, il n'est pas initié, il est en avant garde, c'est très juste ce que tu dis. Il est initié par les auteurs décisifs qu'il rencontre, par quelques personnes aussi, mais l'accent est d'abord mis sur son auto-forgeage de lui-même, son émancipation !

Oui c'est touchant, Arturo, c'est clair, on est tous les trois d'accord là dessus. J'ai bien envie de lire autre chose de lui cette année, parce qu'il a une part de vision bien personnelle, le regard la perception.
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Re: Jack London

Message par bix_229 le Mar 27 Juin - 17:02

J' en suis à peu près à la moitié du livre et mes impressions sont melées.
Je vais essayer de les synthétiser...
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Re: Jack London

Message par Bédoulène le Mar 27 Juin - 17:14

nous t'attendons Bix !

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Re: Jack London

Message par bix_229 le Dim 2 Juil - 21:33



Martin Eden

Si j'avais lu Martin Eden à 18 ans, j'aurais sans doute apprécié ce livre.
Je me serais identifié à Martin. A sa révolte contre le conformisme, l' ordre établi, le pouvoir des riches...
Et j'aurais été ému par ses souffrances, ses luttes, son amour pour Ruth. Et par sa mort évidemment.
Comme lui, j'aspirais à la beauté, à la connaissance, au dépassement de soi.
Comme lui, le conformisme et les injustices m'étouffaient.
Et comme lui, je dévorais les livres.

Mais là, j'ai déjà eu un mal fou dés le début  à entrer dans ce style qui se veut lyrique et bouillonnant.
Mais qui n' est que profus et brouillon à force de descriptions, d'explications, de justifications, celles de Martin Eden.
On peut admettre qu' elles expriment les difficultés d'un autodidacte malmené très tôt par la vie.
Confronté à des spectacles rebutants ou répugnants, à des tâches exténuantes.
Martin est jeune et courageux, mais lorsqu'il rencontre Ruth, une fille de la grande bourgeoisie, c'est un monde totalement différent qu'il découvre.
Et il pense alors que le luxe ostentatoire et raffiné qu'il voit, est la représentation concrète d'une culture qui lui fait défaut.
Il tombe amoureux de Ruth et dès lors il se met en tête de la conquérir et pour cela de concentrer tous ses efforts pour acquérir ce que les membres de cette société semblent posséder.
Tel est le début de ses malentendus et de son aveuglement.
Des efforts inouis qu'il consent à faire, volontairement. Se privant de tout pourvu qu'il atteigne son but.

Mais au lieu de tenter un travail bien rémunéré ou même un poste avantageux auprès du père de Ruth, comme tout le monde le lui conseille, il décide de se consacrer à l'étude et à l'écriture.
Dès lors, le voilà condamné.

Ainsi en a décidé Jack London !
Car il s'agit bien d'un roman à thèse.
London a écrit lui-même qu il s'agissait pour lui de décrire le comportement individuel d' un personnage qui échoue dans son évolution.
A cause de son individualisme, de son manque de générosité et d' ouverture sur le monde des gens de rien, aliénés et dépossédés par ceux qui vivent à leurs dépens.

Pauvre Martin, pauvre misère, condamné pour avoir trop aimé une fille idéalisée à l'excès.
A mourir quasiment de faim, de frustrations et de solitude.
Et qui, finalement, après des années de galère, connaît subitement le succès. Ses livres sont publiés.
C'est tout d'un coup la gloire, l'argent. Les riches qui lui font risette.
Ruth elle-même et sa famille...
Alors dans un accès de lucidité il se rend compte qu' il s'est trompé  sur tout.
Et il en tire les conséquences...
Bien vu.
Bien vu ?

Pas certain.
Pour London, il s'agissait de montrer que le monde égoïste et injuste dans lequel il vivait était condamné.
Que la voie désormais passait par la lutte des classes et une révolution comme le préconisaient les socialistes de l' époque.
Une opinion, une espérance que partageaient une partie des intellectuels.
Et qui, bientot, serait partagée par une grande partie du prolétariat mondial.

Il serait difficile de les condamner. Comment auraient-ils pu savoir ce que serait le socialisme Réel ?
Il n'empêche que le lecteur d'aujourd'hui ne peut s'empêcher de voir que London a écrit un roman à thèse.
Qui souffre de sa démonstration, une démonstration presque caricaturale.
Aucun des personnages n'a d' épaisseur. Ils ne sont là que pour les besoins de la cause.
Je pense à Brissenden, ce "Héros positif". Ou pire encore, ces intellos qui discutent à perte de temps de tout et de rien.
Et qui semblent tellement admirables à Martin et qui pourtant, ressemblent déjà tellement à des gens qu' on a connus et qui refaisaient le monde dans un café enfumé.
J'en fus !
Et qui continuent encore via Internet.
Quant à Martin, il fait partie de la thèse, il en est un élément. Sans plus.
J'ai pourtant de la sympathie pour lui et pour eux et pour tous ceux qui ont été déçus et continuent à chercher une issue dans un monde plus désespérant que jamais.
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Re: Jack London

Message par Bédoulène le Lun 3 Juil - 10:48

merci Bix !

la LC ICI

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Re: Jack London

Message par Arturo le Lun 3 Juil - 19:36

Je pensais que tu avais déjà lu Martin Eden, plus jeune, Bix.
Je me retrouve dans ton commentaire, c'est aussi pour ça que j'avais dit qu'il fallait faire l'effort de se replacer dans le contexte de l'époque.
Finalement, tu reproches à London d'avoir écrit un roman à thèse ?
Déjà, peu de gens l'ont perçu ainsi à son époque. Et c'est plutôt louable de sa part de critiquer l'individualisme. Et pour un roman à thèse, c'est tout de même assez subtil. Car sa thèse est plutôt camouflée, derrière ces grands élans romantiques, et cet aspect caricatural du jeune Eden, contre le monde impitoyable.
Si seulement, il y avait plus de gens comme Martin Eden, le monde ne serait-il pas moins déprimant ?
Excessifs certes, mais des coeurs purs.
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Re: Jack London

Message par bix_229 le Lun 3 Juil - 20:26

@Arturo a écrit:Je pensais que tu avais déjà lu Martin Eden, plus jeune, Bix.
Je me retrouve dans ton commentaire, c'est aussi pour ça que j'avais dit qu'il fallait faire l'effort de se replacer dans le contexte de l'époque.
Finalement, tu reproches à London d'avoir écrit un roman à thèse ?
Déjà, peu de gens l'ont perçu ainsi à son époque. Et c'est plutôt louable de sa part de critiquer l'individualisme. Et pour un roman à thèse, c'est tout de même assez subtil. Car sa thèse est plutôt camouflée, derrière ces grands élans romantiques, et cet aspect caricatural du jeune Eden, contre le monde impitoyable.
Si seulement, il y avait plus de gens comme Martin Eden, le monde ne serait-il pas moins déprimant ?
Excessifs certes, mais des coeurs purs.
Je pensais l' avoir lu en effet...
Mais oui, Martin est d' autant plus sympathique au lecteur qu' il recoupe assez fidèlement la trajectoire de l' auteur.
En fait je vois mal comment il aurait pu évoluer autrement que comme individu, compte tenu du contexte dans lequel
il évoluait...

Mais London, je l' ai écrit, était à ce moment-là inspiré par le socialisme naissant, et donc il a écrit le livre comme
un acte de foi.
Et aussi comme un réquisitoire.
Et à ce compte là, il était pour ainsi dire forcé de condamner son personnage, jugé comme trop égocentrique et
individualiste.
Bref, Martin Eden a été sacrifié en tant que personnage pour des raisons extra romanesques.
Et cela a influencé négativement le déroulement de l' intrigue et sur les personnages.
Et le suicide de Martin.
A mon avis !
Mais London lui-meme était hanté par l' idée du suicide. Et on peut dire qu' il a été plus que suicidaire à certaines
périodes de sa vie.
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Re: Jack London

Message par animal le Dim 6 Aoû - 13:03

Des extraits de L'Appel de la forêt sur F. Inter ce midi qui donnaient bien envie...

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Re: Jack London

Message par topocl le Ven 24 Nov - 20:57



Martin Eden

Je viens de consciencieusement finir Martin Eden bien que je m'y sois assez copieusement ennuyée.
C'est pourtant fort ce sujet, cet homme parti de rien, qui s'offre d'aller au firmament, par les seuls biais de l'amour et de la conquête de la beauté et du savoir. fasciné par la culture et non pas par l'argent, bourreau de travail pour atteindre une perfection de son être, écrivain acharné malgré la faim et l'insuccès, croyant en dépit de tous et de tout en lui-même et son étoile. Puis effondré de saisir enfin la vanité de ses objectifs quand il les atteint, l'inutilité d'une identité marquée au sceau des plus hautes et belles aspirations, dans un monde matérialiste et convenu, dominé par la sécurité de l'argent et de la notoriété bien-pensante.

L'étude psychologique de Martin est fouillée et re-fouillée (au point d'être parfois redondante et répétitive, voire pointilleuse dans la description scrupuleuse des finances de Martin). Elle interroge sur la prédestination et l'identité. Mais à côté tous les autres personnage sont falots, des caricatures de caricatures, à commencer par Ruth, cette vierge bécasse enamourée - à condition qu'on ne fume pas, ne jure pas, et qu'on obéisse à papa. Le seul fait que Martin s'en entiche avec passion l'a déprécié mes yeux. Il y a la folie créatrice de Martin,  qui se construit lui-même avec fièvre dans l'écriture, qui sacrifie tout, et, en face, il n'y a que médiocrité et vulgarité...

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Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
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Re: Jack London

Message par Bédoulène le Sam 25 Nov - 8:54

je n'ai pas aimé non plus "cette vierge bécasse" mais j'ai aimé Martin.

je n'ai pas trouvé les personnages caricaturés, je crois qu'il faut se replacer à l'époque.

dommage pour toi que la lecture fut ennuyeuse ! (tu aurais du lire croc blanc Smile )

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Re: Jack London

Message par bix_229 le Sam 25 Nov - 16:02

Il y a de nombreux autres livres de London qui méritent la lecture ou la
relecture.
Dans le genre autobiographique, Le Cabaret de la dernière chance [John Barleycorn], qui traite en toute franchise du problème qu' avait London avec l' alcool.
Ou encore les nouvelles comme Les Pirates de San Francisco ou Le Bureau des

assassinats, Construire un feu ou La Croisière du Snark pour les amateurs de voyages.
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