Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Béatrix Beck

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    Béatrix Beck

    Message par animal le Dim 21 Mai - 17:17

    Béatrix Beck
    (1914-2008)



    Béatrix Beck est assurément l'une des plumes les plus originales et inattendues qu'il soit donné de lire. Prix Goncourt 1952 pour Léon Morin, prêtre, prix du livre inter 1979 pour La décharge, grand prix de littérature de l'Académie française 1997 pour l'ensemble de son œuvre, est-ce parce qu'elle a toujours refusé toute concession à son époque, aux courants littéraires, à la morale, qu'elle est encore si méconnue aujourd'hui ?

    Née en 1914 en Suisse, belge par son père, naturalisée française en 1955, Béatrix Beck va d’abord faire de sa vie le matériau de ses livres, de Barny en 1948 à Le muet en 1963. Avec Cou coupé court toujours, elle amorce, en 1967 une « nouvelle manière » qui caractérise tous les livres qui suivront, où la concision du style, la parole donnée à celles et ceux qui ne l’ont pas habituellement le disputent à l’inventivité jubilatoire de la langue et à une belle et généreuse amoralité.

    La vie de Béatrix Beck est tout aussi tumultueuse que ses livres.
    Après le décès de son père, le poète belge Christian Beck, en 1916, elle est élevée par sa mère Kathleen Spiers, actrice le soir, bibliothécaire le jour. Béatrix Beck épouse en 1936 Naum Szapiro, juif apatride d'origine biélorusse. Sa mère se suicide un mois après son mariage. En décembre 1936, naît la fille de Béatrix et Naum, Bernadette Szapiro. En 1940 Naum Szapiro est tué à la guerre. Comme sa mère, Béatrix se retrouve veuve, en pleine guerre, avec une petite fille. En 1948, elle publie son premier roman, Barny, soutenu par Albert Camus et Jacques Lemarchand. Après la parution du livre, elle devient la secrétaire d'André Gide qui fut un ami de son père. En 1952, Léon Morin, prêtre obtient le prix Goncourt. En 1955, après dix-huit ans de démarches, Béatrix Beck obtient la nationalité française. Alors que naît sa petite-fille, Béatrice, en 1958 (fille de Bernadette et de Jean-Edern Hallier), Béatrix Beck est élue au jury du prix Femina dont elle démissionne l'année suivante, le prix ayant été attribué a un livre qu'elle juge antisémite. En 1962, le plasticage de l'appartement de Sartre par l'OAS, provoque la destruction de l'immeuble de la rue Bonaparte (où se trouve également l'appartement de Béatrix Beck). En 1963 paraît Le muet et le cycle autobiographique se referme. A partir de 1966, elle enseigne pendant dix ans en Amérique du Nord, d'abord à Berkeley, puis au Québec, où elle fait un cours sur le Nouveau Roman. 1970 est une année de profonde dépression, imputable en partie au refus successifs de Gallimard de publier ses manuscrits après l'échec de Cou coupé court toujours.
    La parution de L'épouvante l'émerveillement, en 1977, marque, à 63 ans, le début d'un renouveau. La décharge obtient le prix du livre Inter en 1979. Suivront alors dix-huit livres, le dernier, La petite Italie paraissant en 2000. Sa fille décède la même année. Béatrix Beck choisit définitivement le silence. Elle ne publiera plus.
    Béatrix Beck s’est éteinte en 2008, à l’âge de 94 ans.

    Source : Les éditions du Chemin de fer

    Bibliographie :

    Barny, Gallimard, 1948.
    Une mort irrégulière, Gallimard, 1950 ; Folio, 1981.
    Léon Morin, prêtre, Gallimard, 1952 ; prix Goncourt ; Folio, 1972.
    Contes à l’enfant né coiffé, Gallimard, 1953.
    Des accommodements avec le ciel, Gallimard, 1954 ; Folio, 1996.
    Le muet, Gallimard, 1963.
    Cou coupé court toujours, Gallimard, 1967. Editions du Chemin de fer, 2011.
    Mots couverts, poèmes, Temps mêlés, 1975.
    L'épouvante l'émerveillement, Le Sagittaire, 1977 ; éditions du Chemin de fer, 2010.
    Noli, éditions du Sagittaire, 1978.
    La décharge , éditions du Sagittaire, 1979 ; prix du livre Inter ; Cahiers rouges, 1988.
    Devancer la nuit, Grasset, 1980.
    Josée dite Nancy suivi de La mer intérieure, Grasset, 1981 ; Cahiers rouges, 1988.
    Don Juan des forêts, Grasset, 1983.
    La grenouille d’encrier, Gallimard, 1983 ; Ecole des loisirs, 2004.
    L’enfant-chat, Grasset, 1984 ; prix Trente millions d’amis ; Arlea, 2007.
    La prunelle des yeux, Grasset, 1986.
    Stella Corfou, Grasset, 1988, éditions du Chemin de fer, 2016.
    Un(e), Grasset, 1989.
    Grâce, Maren Sell, 1990 ; Babel, 1995.
    Recensement, Grasset, 1991.
    Vulgaires vies, Grasset, 1992.
    Une lilliputienne, Grasset, 1993.
    Moi ou autres, Grasset, 1994.
    Prénoms, Grasset, 1996.
    L’île dans une bassine d’eau et autres contes choisis, L’école des loisirs, 1996.
    Plus loin mais où, Grasset, 1997.
    Guidée par le songe, Grasset, 1998 ; Livre de poche, 2001.
    Confidences de Gargouille (recueillies par Valérie Marin La Meslée), Grasset, 1998.
    La petite Italie, Grasset, 2000.
    Gide, Sartre et quelques autres, éditions du Chemin de fer, 2012.
    Entre le marteau et l’écume et autres poèmes, poésies complètes, éditions du Chemin de fer, 2013.
    La double réfraction du spath d’Islande, nouvelles et autres textes inédits et retrouvés, éditions du Chemin de fer, 2014.
    L’enfant qui cherchait la petite bête et autres textes inédits et retrouvés, éditions du Chemin de fer, 2015.
    Bribes, éditions du Chemin de fer, 2016.


    Dernière édition par animal le Dim 21 Mai - 17:49, édité 1 fois


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    Re: Béatrix Beck

    Message par animal le Dim 21 Mai - 17:28

    Un petit message d'introduction au fil, parce que. Béatrix Beck a d'abord été pour moi le film de Léon Morin par Jean-Pierre Melville donc la voix (merveilleuse) d'Emmanuelle Riva pour les mots de Béatrix Beck. C'est un beau film. Plus tard j'ai lu le livre. C'est un beau livre, différent du film, roman autobiographique a l'écriture classique et au contenu singulier.

    Plus tard j'ai découvert et je découvre les autres, les nouvelles, les poèmes, son cycle autobiographique, l'évolution de la forme employée, les échos, l'humour, la force et toujours une forte singularité et une presque violente humanité. Un peu sorcière avec ses gargouilles et ses désaxés ou ses vivants de chemins parallèles, elle s'est de toute façon imposée naturellement à moi comme essentielle à mon petit paysage littéraire. Plus même, elle fait certainement partie des auteurs qui m'auront rendu moins bête et je l'espère un peu meilleur. Béatrix Beck elle ne baisse pas les bras, c'est tout en même temps et c'est comme ça.

    Elle est aussi une observatrice attentive des mots et de la forme, aussi je profite encore des éditions du Chemin de fer qui font un beau travail de réédition notamment de Béatrix Beck qui tient une place importante dans leur catalogue, pour reprendre la citation de Nathalie Sarraute qu'ils proposent :

    Nathalie Sarraute a écrit:"Cette liberté que revendiquait le Nouveau Roman", dieu sait qu'elle l'applique et avec quelle grâce, avec quelle désinvolture. Chez elle ce ne sont pas les personnages que je vois. C'est l'écriture même, comme dans un poème, qui me touche, m'intéresse. Une véritable poésie se dégage de ses livres, une fantaisie toujours inattendue, une liberté dans l'imagination. Elle a une espèce de modestie qui est aussi de l'orgueil, légitime, et qui fait qu'elle se met peu en avant mais, de plus en plus, je crois qu'elle sera reconnue à la place qu'elle mérite.


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    Re: Béatrix Beck

    Message par animal le Dim 21 Mai - 17:48



    Stella Corfou

    Une drôle d'histoire d'amour hors normes. Ca déménage cette passion entre le chef de rayon Antoine Leroy et la brocanteuse ensorcelante Stella Corfou de son vrai nom Gilberte Sanpart. Dévoué corps et âmes l'un à l'autre pour la vie cet inséparable couple mal assorti vie des aventures somme toute "normales" sauf que c'est extraordinaire.

    Aux frontières de la folie douce ou furieuse, charnelle, sauvage, terre à terre, sublime. Peut-être des impasses sur une réalité (encore) plus dure, peut-être une vie à contre courant riche en incompréhensions, peut-être. Le texte est aussi fulgurant, parfois féroce, que l'image magnétique de ce couple.

    La Stella du titre est une incarnation de la libération à laquelle rien ne résiste et conserve une part de mystère. Néanmoins Béatrix Beck n'élude pas les difficultés et la vieillesse est aussi son terrain et ce n'est pas moins fort avec son sens du dysfonctionnel salvateur.

    On peut relever aussi la place de la littérature car Stella écrit, puis lit, et on profite de belles variations sur la même page. On pourrait aussi parler des animaux, des enfants, des vacheries, des noms et prénoms bien choisis (autre spécialité).

    C'est un peu effrayant aussi, avec ou sans maladie, mais vivifiant. Une sorte de rêve aux frontières brisées... Un condensé de l'auteur toujours égale à elle-même. C'est à dire que ça pourra n'avoir l'air de rien mais il est probable que ça ne vous lâchera pas.

    A noter que les illustrations un peu zarbi de Florence Reymond accompagne pas mal le texte en mettant en avant un trouble et des associations composites intimes.


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    Re: Béatrix Beck

    Message par Nadine le Dim 21 Mai - 18:00

    Merci Animal, ça a l'air chouette. C'est quoi le titre du film dont tu parles ?
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    Re: Béatrix Beck

    Message par animal le Dim 21 Mai - 18:17

    Léon Morin, prêtre (la bande-annonce racole peut-être un peu) :




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    Re: Béatrix Beck

    Message par Bédoulène le Dim 21 Mai - 18:31

    c'est comme Animal le dit "Léon Morin prêtre" de Melville avec Belmondo et Emanuelle Riva

    j'ai lu plus loin mais où  : j'ai été agréablement surprise par l'écriture de cette première lecture,

    j'ai poursuivi avec "un (e)"

    et j'ai dans ma PAL la décharge


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    Re: Béatrix Beck

    Message par Hanta le Dim 21 Mai - 22:15

    L'épouvante l'émerveillement



    Une lecture qui surprend au premier abord, et qui s'ancre petit à petit en notre esprit pour ne plus nous laisser tranquille, nous occuper, nous préoccuper, nous obnubiler.
    Les pensées fécondes, métaphoriques et pleines d'un bon sens paradoxalement absurde à d'autres moments nous ramène à une condition d'humilité sur ce qui nous semble évident et qui ne l'est clairement pas.
    Très philosophique dans le bon sens du terme, sans pédanterie, sans chichi ni fioriture, la langue de Beck est ciselée, cadencée, poétique. Nous avons plein d'images qui se présentent à nous ainsi que bon nombre d'interrogations qui ne trouvent pas de réponses.
    Un grand pourquoi, souvent prononcé à haute voix, sans écho.
    Les dialogues sont parfaits, ils sont rythmés, riches, sans théâtralité, intimes, mais pas narcissiques, ou alors un narcissisme enfantin qui fait sourire gravement.
    C'est une lecture qui fait comme un déclic mais on ne sait pas quel sujet personnel se répercute à cette lecture.
    Un moment très intense.
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    Re: Béatrix Beck

    Message par topocl le Lun 22 Mai - 9:08

    La prunelle des yeux



    Alors là, je suis carrément surprise.
    J'attendais quoi de Béatrix Beck, quelle idée j'en avais ? Une grande dame de la littérature quand même, restée en retrait de par son austérité, une poésie bien-pensante, une certaine rudesse, un côté atone et réfléchi. Cette idée était peut-être bonne ou fausse, mais en tout cas, Béatrix Beck, je peux le dire maintenant, on y trouve autre chose.
    Je ne sais si La prunelle des yeux est représentative de l'ensemble de son œuvre, mais en tout cas, Beatrix Beck sait y faire preuve d'une joyeuse dérision, d'un humour léger et sincère, pour créer un petit monde cruel mais enchanté, comme l'a dit animal. On se promène entre fantaisie et cocasserie.
    Un petit monde qui m'a pas fait penser à celui de Malaussène de Daniel Pennac, mais là, je m'avance, je dis peut-être une énormité.
    En tout cas, une lecture légère et pleine de finesse.

    (commentaire récupéré)


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    Re: Béatrix Beck

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