Béatrix Beck

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Béatrix Beck

Message par animal le Dim 21 Mai - 17:17

Béatrix Beck
(1914-2008)



Béatrix Beck est assurément l'une des plumes les plus originales et inattendues qu'il soit donné de lire. Prix Goncourt 1952 pour Léon Morin, prêtre, prix du livre inter 1979 pour La décharge, grand prix de littérature de l'Académie française 1997 pour l'ensemble de son œuvre, est-ce parce qu'elle a toujours refusé toute concession à son époque, aux courants littéraires, à la morale, qu'elle est encore si méconnue aujourd'hui ?

Née en 1914 en Suisse, belge par son père, naturalisée française en 1955, Béatrix Beck va d’abord faire de sa vie le matériau de ses livres, de Barny en 1948 à Le muet en 1963. Avec Cou coupé court toujours, elle amorce, en 1967 une « nouvelle manière » qui caractérise tous les livres qui suivront, où la concision du style, la parole donnée à celles et ceux qui ne l’ont pas habituellement le disputent à l’inventivité jubilatoire de la langue et à une belle et généreuse amoralité.

La vie de Béatrix Beck est tout aussi tumultueuse que ses livres.
Après le décès de son père, le poète belge Christian Beck, en 1916, elle est élevée par sa mère Kathleen Spiers, actrice le soir, bibliothécaire le jour. Béatrix Beck épouse en 1936 Naum Szapiro, juif apatride d'origine biélorusse. Sa mère se suicide un mois après son mariage. En décembre 1936, naît la fille de Béatrix et Naum, Bernadette Szapiro. En 1940 Naum Szapiro est tué à la guerre. Comme sa mère, Béatrix se retrouve veuve, en pleine guerre, avec une petite fille. En 1948, elle publie son premier roman, Barny, soutenu par Albert Camus et Jacques Lemarchand. Après la parution du livre, elle devient la secrétaire d'André Gide qui fut un ami de son père. En 1952, Léon Morin, prêtre obtient le prix Goncourt. En 1955, après dix-huit ans de démarches, Béatrix Beck obtient la nationalité française. Alors que naît sa petite-fille, Béatrice, en 1958 (fille de Bernadette et de Jean-Edern Hallier), Béatrix Beck est élue au jury du prix Femina dont elle démissionne l'année suivante, le prix ayant été attribué a un livre qu'elle juge antisémite. En 1962, le plasticage de l'appartement de Sartre par l'OAS, provoque la destruction de l'immeuble de la rue Bonaparte (où se trouve également l'appartement de Béatrix Beck). En 1963 paraît Le muet et le cycle autobiographique se referme. A partir de 1966, elle enseigne pendant dix ans en Amérique du Nord, d'abord à Berkeley, puis au Québec, où elle fait un cours sur le Nouveau Roman. 1970 est une année de profonde dépression, imputable en partie au refus successifs de Gallimard de publier ses manuscrits après l'échec de Cou coupé court toujours.
La parution de L'épouvante l'émerveillement, en 1977, marque, à 63 ans, le début d'un renouveau. La décharge obtient le prix du livre Inter en 1979. Suivront alors dix-huit livres, le dernier, La petite Italie paraissant en 2000. Sa fille décède la même année. Béatrix Beck choisit définitivement le silence. Elle ne publiera plus.
Béatrix Beck s’est éteinte en 2008, à l’âge de 94 ans.

Source : Les éditions du Chemin de fer

Bibliographie :

Barny,1948
Une mort irrégulière 1950
Léon Morin, prêtre, 1952
Contes à l’enfant né coiffé,1953
Des accommodements avec le ciel, 1954
Le muet 1963.
Cou coupé court toujours, 1967
Mots couverts, poèmes, 1975.
L'épouvante l'émerveillement, 1977 : Page 1
Noli, éditions du Sagittaire, 1978 : Page 1
La décharge , 1979 : Page 1
Devancer la nuit, 1980.
Josée dite Nancy suivi de La mer intérieure, 1981
Don Juan des forêts, 1983.
La grenouille d’encrier, 1983
L’enfant-chat,, 1984
La prunelle des yeux, 1986 : Page 1
Stella Corfou,  1988 : Page 1
Un(e), Grasset, 1989.
Grâce, Maren Sell, 1990
Recensement, 1991.
Vulgaires vies, 1992.
Une lilliputienne,  1993.
Moi ou autres,  1994.
Prénoms, 1996.
L’île dans une bassine d’eau et autres contes choisis, 1996.
Plus loin mais où,  1997.
Guidée par le songe, 1998
Confidences de Gargouille 1998.
La petite Italie, 2000.
Gide, Sartre et quelques autres,  2012.
Entre le marteau et l’écume et autres poèmes, poésies complètes, 2013.
La double réfraction du spath d’Islande, nouvelles et autres textes inédits et retrouvés,  2014.
L’enfant qui cherchait la petite bête et autres textes inédits et retrouvés,  2015.
Bribes,  2016.

màj le 2/11/2017


Dernière édition par animal le Dim 21 Mai - 17:49, édité 1 fois

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Dim 21 Mai - 17:28

Un petit message d'introduction au fil, parce que. Béatrix Beck a d'abord été pour moi le film de Léon Morin par Jean-Pierre Melville donc la voix (merveilleuse) d'Emmanuelle Riva pour les mots de Béatrix Beck. C'est un beau film. Plus tard j'ai lu le livre. C'est un beau livre, différent du film, roman autobiographique a l'écriture classique et au contenu singulier.

Plus tard j'ai découvert et je découvre les autres, les nouvelles, les poèmes, son cycle autobiographique, l'évolution de la forme employée, les échos, l'humour, la force et toujours une forte singularité et une presque violente humanité. Un peu sorcière avec ses gargouilles et ses désaxés ou ses vivants de chemins parallèles, elle s'est de toute façon imposée naturellement à moi comme essentielle à mon petit paysage littéraire. Plus même, elle fait certainement partie des auteurs qui m'auront rendu moins bête et je l'espère un peu meilleur. Béatrix Beck elle ne baisse pas les bras, c'est tout en même temps et c'est comme ça.

Elle est aussi une observatrice attentive des mots et de la forme, aussi je profite encore des éditions du Chemin de fer qui font un beau travail de réédition notamment de Béatrix Beck qui tient une place importante dans leur catalogue, pour reprendre la citation de Nathalie Sarraute qu'ils proposent :

Nathalie Sarraute a écrit:"Cette liberté que revendiquait le Nouveau Roman", dieu sait qu'elle l'applique et avec quelle grâce, avec quelle désinvolture. Chez elle ce ne sont pas les personnages que je vois. C'est l'écriture même, comme dans un poème, qui me touche, m'intéresse. Une véritable poésie se dégage de ses livres, une fantaisie toujours inattendue, une liberté dans l'imagination. Elle a une espèce de modestie qui est aussi de l'orgueil, légitime, et qui fait qu'elle se met peu en avant mais, de plus en plus, je crois qu'elle sera reconnue à la place qu'elle mérite.

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Dim 21 Mai - 17:48



Stella Corfou

Une drôle d'histoire d'amour hors normes. Ca déménage cette passion entre le chef de rayon Antoine Leroy et la brocanteuse ensorcelante Stella Corfou de son vrai nom Gilberte Sanpart. Dévoué corps et âmes l'un à l'autre pour la vie cet inséparable couple mal assorti vie des aventures somme toute "normales" sauf que c'est extraordinaire.

Aux frontières de la folie douce ou furieuse, charnelle, sauvage, terre à terre, sublime. Peut-être des impasses sur une réalité (encore) plus dure, peut-être une vie à contre courant riche en incompréhensions, peut-être. Le texte est aussi fulgurant, parfois féroce, que l'image magnétique de ce couple.

La Stella du titre est une incarnation de la libération à laquelle rien ne résiste et conserve une part de mystère. Néanmoins Béatrix Beck n'élude pas les difficultés et la vieillesse est aussi son terrain et ce n'est pas moins fort avec son sens du dysfonctionnel salvateur.

On peut relever aussi la place de la littérature car Stella écrit, puis lit, et on profite de belles variations sur la même page. On pourrait aussi parler des animaux, des enfants, des vacheries, des noms et prénoms bien choisis (autre spécialité).

C'est un peu effrayant aussi, avec ou sans maladie, mais vivifiant. Une sorte de rêve aux frontières brisées... Un condensé de l'auteur toujours égale à elle-même. C'est à dire que ça pourra n'avoir l'air de rien mais il est probable que ça ne vous lâchera pas.

A noter que les illustrations un peu zarbi de Florence Reymond accompagne pas mal le texte en mettant en avant un trouble et des associations composites intimes.

mots-clés : #humour #initiatique


Dernière édition par animal le Dim 13 Aoû - 16:19, édité 1 fois

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par Nadine le Dim 21 Mai - 18:00

Merci Animal, ça a l'air chouette. C'est quoi le titre du film dont tu parles ?
avatar
Nadine

Messages : 2210
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Dim 21 Mai - 18:17

Léon Morin, prêtre (la bande-annonce racole peut-être un peu) :



_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par Bédoulène le Dim 21 Mai - 18:31

c'est comme Animal le dit "Léon Morin prêtre" de Melville avec Belmondo et Emanuelle Riva

j'ai lu plus loin mais où  : j'ai été agréablement surprise par l'écriture de cette première lecture,

j'ai poursuivi avec "un (e)"

et j'ai dans ma PAL la décharge

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4729
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par Hanta le Dim 21 Mai - 22:15

L'épouvante l'émerveillement



Une lecture qui surprend au premier abord, et qui s'ancre petit à petit en notre esprit pour ne plus nous laisser tranquille, nous occuper, nous préoccuper, nous obnubiler.
Les pensées fécondes, métaphoriques et pleines d'un bon sens paradoxalement absurde à d'autres moments nous ramène à une condition d'humilité sur ce qui nous semble évident et qui ne l'est clairement pas.
Très philosophique dans le bon sens du terme, sans pédanterie, sans chichi ni fioriture, la langue de Beck est ciselée, cadencée, poétique. Nous avons plein d'images qui se présentent à nous ainsi que bon nombre d'interrogations qui ne trouvent pas de réponses.
Un grand pourquoi, souvent prononcé à haute voix, sans écho.
Les dialogues sont parfaits, ils sont rythmés, riches, sans théâtralité, intimes, mais pas narcissiques, ou alors un narcissisme enfantin qui fait sourire gravement.
C'est une lecture qui fait comme un déclic mais on ne sait pas quel sujet personnel se répercute à cette lecture.
Un moment très intense.
avatar
Hanta

Messages : 812
Date d'inscription : 03/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par topocl le Lun 22 Mai - 9:08

La prunelle des yeux



Alors là, je suis carrément surprise.
J'attendais quoi de Béatrix Beck, quelle idée j'en avais ? Une grande dame de la littérature quand même, restée en retrait de par son austérité, une poésie bien-pensante, une certaine rudesse, un côté atone et réfléchi. Cette idée était peut-être bonne ou fausse, mais en tout cas, Béatrix Beck, je peux le dire maintenant, on y trouve autre chose.
Je ne sais si La prunelle des yeux est représentative de l'ensemble de son œuvre, mais en tout cas, Beatrix Beck sait y faire preuve d'une joyeuse dérision, d'un humour léger et sincère, pour créer un petit monde cruel mais enchanté, comme l'a dit animal. On se promène entre fantaisie et cocasserie.
Un petit monde qui m'a pas fait penser à celui de Malaussène de Daniel Pennac, mais là, je m'avance, je dis peut-être une énormité.
En tout cas, une lecture légère et pleine de finesse.

(commentaire récupéré)

_________________
Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
Héctor Abad
avatar
topocl

Messages : 3093
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 57
Localisation : Roanne

Voir le profil de l'utilisateur https://topocleries.wordpress.com/
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par Tristram le Dim 2 Juil - 9:11

J'ai donc lu Stella Corfou, plaisante pochade sur un destin un peu fou ; c'est une manière heureuse de voir la vie. Équivoques et calembours, le jeu avec les mots est bien dans la veine de Prévert à l'OULIPO.
J'ai déjà mis un extrait (assez inattendu) dans le fil Salomé.
avatar
Tristram

Messages : 2427
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Dim 2 Juil - 12:44

Ton goût de l'inattendu et des mots (et pas seulement des jeux de mots) te réservent (je l'espère !) encore de bonnes surprises avec cette auteure parfois étrange :

Je reprends l'extrait et ajoute le lien vers le Salomé :
@Tristram a écrit:« ‒ Drôle de bouffe, une tête d’homme. Les deux filles qui tiennent le plat, c’est celles qui lui ont fait son affaire ?
‒ Ça serait étonnant.
‒ Pas étonnant du tout, ma chérie. Ça arrive que les jeunes filles coupent les têtes, c’était dans ma Bible en pleine peau, dommage que je l’ai vendue.
‒ Je t’en achèterai une autre.
‒ La tête, c’est qui ?
‒ Le flic qui les a violées.
‒ Eh bien moi, personne pourrait me violer. Je dirais oui tout de suite. Suis inviolable. »
Béatrix Beck, « Stella Corfou », III


_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Sam 30 Sep - 13:53



Noli

Après les Barny et en parallèle ? de la phase transitoire dans la manière (et du changement d'éditeur après deux refus de Gallimard), une autre espèce d'exorcisme autobiographique par l'écriture. La postface revient sur les noms utilisés et sur la forme autobiographique justement qui n'est pas complètement déconnecté de tendances avec des références à Gide et Daniel Defoe.

Toujours est-il que le texte en lui même ne joue pas trop à cache cache, une histoire d'amour (platonique) à sens unique et une thérapie interrompue. La période est-celle des voyages et des courts donnés au Canada et des rencontre avec celle qui est appelée Camille Laumière en France ou là-bas.

Evidemment il y a de l'humour et des maximes recombinées à la sauce BB mais le fond est bien celui d'un épisode pas simple à encaisser pris avec ce qu'il faut de distance et de très premier degré.

On en apprend plus sur notre auteure (toujours à part pour moi) et on voyage au Canada dans une autre époque, on s'interroge aussi sur beaucoup de choses et comme souvent on ne s'aperçoit pas tout de suite, tellement il est facile de se laisser faire, de la liberté de ton et de propos qui laisse au lecteur de l'espace. Et puis pas grand chose de tranché.

Il y a de la peine à l'accompagner refaire ce chemin mais point de misérabilisme. Il y a cette énergie des Barny, et des autres, mise à mal et il y a plus, dans la réflexion sur soi et la manière de la partager. Il y a toujours cette fragile mais persistante indépendance (ou devoir d'indépendance ?).

A la suite dans cette nouvelle édition (Chemin de fer) sont présent les fragments retrouvés de Tout le monde s'appelle Aronovitch qui s'inscrit dans la veine de la poésie en prose assez radicale et qui a l'air de jouer les ruptures et simultanéités de temps et de personnes.

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par églantine le Sam 30 Sep - 14:06

Il faut que je revienne à BB , ça réveille ce que tu écris ....

_________________
"Un jour je te décevrai et ce jour-là j'aurai besoin de toi." Robert Desnos
avatar
églantine

Messages : 2333
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 52
Localisation : Savoie

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Sam 30 Sep - 22:30

Ce n'est pas le plus évident mais il y a de la justesse dans cette manière de témoignage. Ce qui doit tenir entre autres choses à son absence d'après-coup à la baguette magique. Pas de réécriture, pas de reniement, pas d'apitoiement et pourtant il n'y a pas l'apparente dureté d'un constat trop clinique, trop brutal.

(Mais dans l'ensemble revenir à une lecture de BB... )

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par kashmir le Lun 16 Oct - 21:11



Les Duchemin s'entassent dans une misérable baraque située entre le cimetière d'un village et la décharge publique, un amoncellement d'ordures en perpétuelle combustion que le père a mission de surveiller.
Noémi Duchemin rédige ses souvenirs à la demande de son institutrice. C'est une adolescente sensible et surdouée qui use d'un style neuf et savoureux, capable de transformer en féerie une réalité sordide. Rien de plus difficile que de faire parler l'enfance et la misère.



@topocl a écrit:

Alors là, je suis carrément surprise.
J'attendais quoi de Béatrix Beck, quelle idée j'en avais ? Une grande dame de la littérature quand même, restée en  retrait de par son austérité, une poésie bien-pensante, une certaine rudesse, un côté atone et réfléchi. Cette idée était peut-être bonne  ou fausse, mais en tout cas, Béatrix Beck, je peux le dire maintenant, on y trouve autre chose.

Je ne pourrais mieux décrire mon sentiment quand j'ai eu tourné la dernière page de ce livre. Merci, Topocl d'avoir formulé exactement ma pensée - un peu "secouée", je dois dire , après la découverte de cet écrivain.

Quatre parties dans ce livre avec trois narrateurs ou plutôt rédacteurs - car il s'agit de notes ou de lettres - composent ce roman. Beaucoup de surprise quand on avance dans la lecture : une écriture atypique, des raisonnements qui surprennent quand même un peu , d'autres récits très drôles, la misère vécue de façon différente pour Noémi qui n'a connu que cela et qui trouve sa vie plutôt belle, et pour son institutrice qui voit dans le récit de son élève matière à rédiger un "article" qui se veut un jugement bien pensant, la description des années d'après-guerre et des ressentiments qui y sont liés.

Récit de trahison, de jalousies, de médisance :  de la nature humaine, en bref, mais on referme le livre un peu mal à l'aise , avec un goût amer dans la bouche mais une envie de lire un autre livre de Béatrix Beck...pour voir si le ton sera toujours le même.

Une belle découverte !
avatar
kashmir

Messages : 326
Date d'inscription : 10/09/2017

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Lun 16 Oct - 21:39

Aaaaah BB. Ca me fait toujours tellement plaisir de la voir toucher d'autres yeux lecteurs.

Un extrait pour la peine ?

Je fais un geste évasif. J'ai de nouveau rêvé de M. Son épitaphe c'était Tarte en bois et miséréré. Ca lui va comme des guêtres à un lapin, à moins de chanter miséréré sur ses amours avortées et de s'apercevoir que sa farine n'était que de la sciure.
Une envie de bonheur qui ressemble déjà à un commencement de bonheur commence à me pousser. Je me suis cueilli un bouquet en champs, coquelicots, bleuets, campanules, gueules-de-loup nain, pas pour nihil, bien sûr. Je l'ai mis dans ma chambre, dans un joli pot de grès à anchois. C'est la première fois que je cueille des fleurs pour moi, je le mérite bien, je suis digne d'être aimée et je m'aime dur comme fer. A tel point que je partirai. Un jeudi matin je prendrai le car pour la ville à 7 heures 25 devant l'épicerie, avec tous mes vêtements bien empaquetés dans un grand carton, je viderai celui où Mme Moutte tient les affaires à son mari. J'expédierai par le camion au grossiste le petit Chose, le grand Meaulnes, la cousine Bette, le cousin Pons, les deux Nigauds, l'Adolphe, le Michel Strogoff, la Clara d'Ellébeuse, la Marie-Claire, toute ma troupe en caisses clouées, six planches comme la Minnier, mais ...

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par Quasimodo le Lun 16 Oct - 23:14

Voilà un extrait qui me parle ! Et un auteur que je note, soigneusement. Smile

_________________
Entre les deux coups de feu qui décidèrent de son destin, il eut le temps d'appeler une mouche : "Madame".
avatar
Quasimodo

Messages : 1186
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 22

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par kashmir le Mar 17 Oct - 7:16

animal a choisi un extrait "sage" du livre : il y a, dans le récit de Noémi, dans la première partie, une écriture qui demande à être un peu apprivoisée et surtout des moments dérangeants dans le récit !

Mais il faut découvrir, Quasimodo !
avatar
kashmir

Messages : 326
Date d'inscription : 10/09/2017

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Mar 17 Oct - 7:18

Une paire d'autres :

Nous avions même une citrouille maousse, vous écrivez des mots dessus, ils grandissent. Robert écrivit Cloporte et Margouille pour Clotilde et Marguerite, j'écrivis Rodomont pour Robert, Clotilde dessina un cœur percé d'une flèche, dedans Papa Maman. Guitou ne voulait rien écrire, elle est très cachottière, on l'a forcée, alors elle a marqué Demain, c'est le commencement d'une récitation que leur apprenait Mlle Mininer.
Le conseil municipal a refusé à Papa de cultiver le cime, pourtant désaffecté. Fleurs oui, légumes non. Pour être convenable il faut que ce soit inutile. Ce n'est pas la question beauté, les légumes sont aussi beaux que les fleurs. Une laitue est une rose verte et il faut être tordu pour avoir moins de plaisir à regarder un chou violet ou une tomate qu'un dahlia ou un lys rouge.
Dans notre chez nous on était bien, ça faisait caisse géante à nos mesures. Les gens disaient qu'on vivait comme des bêtes. Je trouve qu'on avait pas tort, j'aime les bêtes. Ils disaient aussi qu'on était des bohémiens. Ce n'est pas vrai. A cause des yeux noirs de Maman et Clotilde mais ça ne prouve rien. Est-ce qu'on leur a volé seulement un sou, une pomme ? On a bien trop peur des gendarmes. Maman n'était pas du village, elle venait de l'autre côté de la forêt, ici on aime pas les étrangers mais tant qu'on habitait Grande-Rue et que Papa avait ses deux bras, ils nous acceptaient.

- Justement il faut éviter de se perdre. Tu as l'air d'en dire trop peu parce que tu en dis trop. Par exemple, on se demande pourquoi l'assistante sociale vous avait envoyé les gendarmes.
- A moins d'être demeuré, on comprend bien que c'est Pa...
- Tais-toi, Noémie.
Je veux bien, mais pourquoi est-ce qu'il ne faut pas parler de ça dans un cahier de brouillons que je brûlerai quand j'aurai tout mis au propre ? Le mal est dans l’œil de celui qui le voit.
Elle revient à la charge pour que je décrive la forêt, mais ça ferait deux forêts, une de trop. Il ne faut pas parler pour ne rien dire. La Décharge c'est différent, puisqu'elle n'existe plus, c'est un souvenir.

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par ArenSor le Jeu 2 Nov - 18:22

L'Enfant chat



Une veuve, professeur en retraite vivant à la campagne, recueille une petite chatte qu'elle considère bientôt comme sa fille. Or voici que cette chatte se met à parler : elle prononce quelques mots, puis des petites phrases. Un jour, elle veut aller à l'école. L'institutrice consent à la recevoir, mais… » mais bien sûr tout ne va pas se dérouler comme prévu….
Ce court roman publié en 1984 a reçu le prix littéraire de Trente millions d’amis. Il m’est tombé par hasard sous la main à Emmaüs, comme je l’ai dit par ailleurs. Et justement, je cherchais un ouvrage « léger » pour me reposer quelque peu des divagations philosophiques d’Ulrich (L’Homme sans qualités). De B. Beck, je ne connaissais que « Léon Morin, prêtre », lu il y a bien trop longtemps pour en avoir un souvenir clair. Et, je n’ai pas été déçu par cet enfant chat, loin s’en faut !  C’est effectivement un livre léger par son sujet mais aussi son style primesautier, aérien, poétique, plein d’humour et d’humanisme. Je me suis rendu compte que Beck était une grande styliste, amoureuse des mots, de la construction des phrases, des images… Il y a presque parfois un côté surréaliste ou Oulipo, ainsi lorsque la narratrice est contrainte de ne lire que le début et la fin des lignes d’une page parce que la queue du chat masque le reste ou lorsque la chatte n’arrivant pas à prononcer certaines consonnes, cela entraîne des séries de quiproquos. J’ai pensé aussi à N. Sarraute. Et puis, il y a cet amour des animaux, des plantes, du rythme des saisons qui passent et qui évoquent Colette ou Jules Renard ou encore Marcel Aymé.
Quelques exemples :

Le car traverse la forêt comme s’il voulait perdre ses pasagers. Les camionnettes des fournisseurs suivent le même trajet, on a l’impression qu’ils proposent là-bas leurs marchandises, onguents pour les gélivures des écorces, cousettes pour les ronces, romans d’amour pour les éphémères, sel pour la source, pommes de terre pour les sangliers, verroteries pour les oiseaux, chronos pour les champignons, sac de voyage pour le tronc abattu, couvert de chiffres, de lettres et qui ressemble à un train, amulettes pour les arbres morts.
On paie en espèces : terreau, copeaux, drageons, scions, surgeons.

Au sujet du car de ramassage scolaire :

Parfois le car est vide, plein d’enfantômes.

… l’absurdité de notre orthographe, qu’on devrait qualifier d’hétérographe

Entendant à la radio un poème (de Breton ? Eluard ?), j’avais compris « que neige entre mes bras ma bien-aimée » et fut déçue à la lecture par « n’ai-je »
.

Ce n’est pas facile de parler de Béatrix Beck et je suis un peu déçu de mon commentaire. Vous avez tout de même compris que je recommande fortement ce livre à tous les amoureux de la nature et des qualités d’écriture. Je comprends mieux maintenant les éloges d’Animal. Béatrix Beck est sans doute un bel auteur du XXe siècle, passé quelque peu inaperçu de son vivant.
Et puis vous savez, j’ai lu des passages de ce livre à Minette qui a adoré. C’est pour dire  Very Happy .
avatar
ArenSor

Messages : 861
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Din ch'nord

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par animal le Jeu 2 Nov - 21:00

ah. cheers

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 5091
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Béatrix Beck

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains européens francophones

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum