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Ralf Rothmann

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Message par topocl le Dim 28 Mai - 18:53

Ralf Rothmann
Né en 1953


Ralf Rothmann Image115

Ralf Rothmann est un auteur allemand né à Schleswig (Schleswig-Holstein) le 10 mai 1953. Il a passé son enfance dans la région de la Ruhr. Il vit depuis 1976 à Berlin.

Œuvres en français

   Lait et Charbon (Milch und Kohle 2000)
   Jeune lumière     (Junges Licht 2004)
   Mourir au printemps (Im frühling sterben 2015),

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Message par topocl le Dim 28 Mai - 19:12

Mourir au printemps

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Jusque là je croyais que le pire, au front, c'était de mourir.

Ce fameux printemps est le printemps 1945, où tout le monde a compris que l'Allemagne avait perdu, mais où l'armée continue à recruter à tour de bras les jeunes garçons et les blessés, à les envoyer au front, et à les fusiller s'ils désertent. C'est un monde d'une cruauté indigne où l'absurdité de la guerre atteint des sommets de cruauté, dont est revenu le père du narrateur, et puis il s'est tu.

Au mérite de décrire un moment historique et des faits rarement décrits dans la fiction, Ralf Rothmann allie celui d'une œuvre romanesque ample et maîtrisée. Son personnage, confronté à des expériences humaines aussi pathétiques qu'insoutenables, à des choix existentiels cruciaux, garde son cap sans forfaiture ni trahison : survivre.

La filiation est l'un des thèmes du livre et curieux sont les personnages des parents dont l'indignité quotidienne perd son tragique, et devient anecdote face à l'ignominie de la guerre.

Je joins la couverture originale qui me parait plus conforme à l'esprit du roman.

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mots-clés : #deuxiemeguerre #famille

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Message par tom léo le Ven 14 Juin - 7:26

Mourir au printemps

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Originale : Im Frühling sterben (Allemand, 2015)

CONTENU :
Hiver 1944/45 : Les Alliés sont déjà très avancés quand le régime fasciste décide de mettre encore les dernières réserves dans la bataille. C'est ainsi que Walter (« Ata »), qui semblait avoir un travail irremplaçable dans une ferme avec des vaches laitières, est encore incorporé avec son ami Friedrich (« Fiete »). Ils s'en vont après une formation rudimentaire ultrarapide en Hongrie. Walter sera conducteur, Fiete au front. Même sans tiré lui-même un coup de fusil, Walter sera témoin des violences inhérentes à une guerre : exécutions, morts inutiles, absurdités… Comment s'en tirer ? Rester un peu inaperçu en faisant son service ? Ou, comme pense Fiete, s'enfuir ?
La situation les met devant une situation terrible…

REMARQUES :
On pourrait mettre l'accent sur ce récit de la guerre qui constitue en fait la majeure partie du roman. Mais avec une attention particulière, on remarquera alors le « cadre » du roman, qui met le tout déjà sur les premiers pages dans une certaine lumière : C'est le fils de Walter, sans doute un Alter Ego de Ralf Rothmann, qui réfléchit sur le caractère de son père : taciturne, portant toute sa vie une sorte de secret. Oui, il rentrera alors en bonne santé de la guerre : il s'en tirera, mais quelque chose sera gravée en lui : une tristesse, une gravité, un silence face au vécu.

Rothmann se montre très réaliste dans les descriptions de la guerre : il ne cache pas des exactions, des atrocities. Son père n'y prend pas part, il pourrait se regarder dans un miroir. Et pourtant… Le sujet, ou voir la quintessence ( « la morale »?) de l'histoire se résume déjà dans le vers du prophète Ezechiel qui précède le roman :  « Les pères mangent du raisin vert, et les dents des fils en sont agacées. » Pas seulement que la génération des participants ont du avaler des pilules très dures, mais encore la génération des enfants (et des enfants des enfants?) portent les stigmates. Si on prend comme donnée que ce roman est en certaine partie autobiographique, Rothmann se déclare lui-même comme étant atteint encore par les tremblements et les conséquences de ce qui a été vécu. Est-ce que, comme Fiete le dit un moment donné, des peurs, des balles tirées, se transmettent pour ainsi dire génétiquement ?

Donc, pour moi un tout grand roman, pas juste du passé, mais encore, à travers la génération des Rothmann (et je me compte là-dedans) de ce que nous portons encore aujourd'hui en nous.


Mots-clés : #deuxiemeguerre
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Message par Bédoulène le Ven 14 Juin - 18:58

après vos deux commentaires, je me déciderai un de ces jours (toujours la faute au temps, qui court, plus vite que moi)

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Message par Armor le Ven 14 Juin - 19:17

Ca m'intéresse aussi !

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Message par tom léo le Sam 30 Nov - 7:53

Ralf Rothmann 97808510

Feuer brennt nicht

(existe en anglais sous le titre « Fire doesn’t burn »)

Originale : Allemand, 2009

CONTENU :
Wolf est le personnage principale de ce roman : Il a grandi dans les années 50/60 dans une atmosphère ouvrière et avec un décalage entre message et vie concrète. Il ne va pas continuer à l'école, mais très tôt trouver divers emplois : comme maçon, cuisinier, aide-soignant... Depusi toujours il aime lire et commence timidement à écrire d'abord des vers. Il déménage à Berlin où Richard Sander, un écrivain déjà plus âgé, en fait son protégé. Donc, premières publications.
Pendant une séance de lecture il va faire connaissance d'Alina avec laquelle il se lie pour longtemps. Et même s'ils ne se marient pas, ils vivent leur relation comme évidente et vouée à la durée. Cela – en ce qui concerne Wolf – même s'il vit des petits aventures ou visite le bordel de temps en temps. Il n'y semble pas voir une contradiction. Puis il va rencontrer une ancienne amante, Charlotte, et la relation s'installe, perdure. Après un bon bout de temps il va l'avouer à Alina, comme si cela aiderait à vivre sans mensonges. Alina en est blessée, mais ne veut pas couper le pont : elle sait qu'elle ne va  pas tenir son amant avec des menaces. Ils vont rester ensemble et lui, il va vivre ces deux relations au même moment.
Combien de temps ? Comment les deux femmes vivront ce triangle ? Comment Rothmann va terminer son histoire ?

REMARQUES :
En de nombreux détails se révèle la proximité entre cet alger ego  Wolf et Ralf Rothmann : Il y a des parallèles dans la biographie du héros et de l'auteur, et finalement aussi les prénoms similaires. Si on voit la radicalité de la présentation de ce Wolf, en incluant ses faiblesses, ses égoïsmes, il s'agit donc d'un roman très ouvert, honnête et existentiel. Oui, c'était déjà le propre de certains autres romans de l'auteur, mais ici il va encore plus loin, me semble-t-il. Lui même il parle de la fiction autobiographique.

Le fil principal, raconté plus ou moins chronologiquement – si on veut y voir l'histoire d'amour – est élargi par des retours en arrière, des petites exposés « idées » que je trouve souvent très beaux.

Parmi ces sujets aussi importants se trouve tout ce qui a affaire avec les relations entre Est et Ouest. Même si Wolf vivait déjà un bon bout à Berlin-Ouest avant la réunification, c'est seulement en déménageant avec Alina dans un quartier à l'Est, que des rencontres et des réflexions naissent. Ce n'est pas toujours, à première vue, politiquement correct, mais cela vient droit du vécu et du ressentie.

Quoi dire de ces deux relations amoureuses ? L'une beaucoup plus « existentielle », avec Alina, est comme le coussin, qui donne à l'auteur en doute les circonstances nécessaires pour travailler. L'autre, centrée encore plus sur l'érotisme (décrit sans retenu et pudeur), semble lui donner juste un lieu où vivre des fantasmes.
Dans les deux cas on peut se demander quel image de la femme est derrière cela. Et à quel point Wolf est (aussi) un égocentrique.

Au même moment il a un fil très intéressant sur la création : la lente introduction dans les milieux, les premières œuvres (et on réconnait des livres de Rothmann), le lien avec le mècene ou ami âgé qui l'accompagne un bout, pour être lâché, pour s'en affranchir.

Rothmann parle des choses les plus simples et aussi essentielles souvent dans une langue étonnante : on s'arrête et on goûte.  Quelle poèsie dans certaines lignes !
Et puis le même poète se découvre quelques fois – comme il le dit – comme vrai prolétarien décrivant sans ménagement p.ex. les scènes érotiques (nombreuses).
J'espère que cet attitude ne fait pas dévier certains lecteurs du cœur de ce livre, car je tire mon chapeau : C'est un bonheur de lire Rothmann !


Mots-clés : #amour #creationartistique
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Message par Bédoulène le Sam 30 Nov - 10:27

faut attendre la traduction française, pour ma part.

merci Léo !

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