Renée Vivien

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Renée Vivien

Message par Aventin le Ven 9 Juin - 17:37

Renée Vivien
1877-1909


Pauline Mary Tarn, Renée Vivien en poésie, naquit à Londres le 11 juin 1877 et décéda à Paris le 18 novembre 1909.
Elle est née d'une alliance entre une Américaine et un Britannique fortuné (John Tarn), lequel mourut en 1886, la laissant à la tête d'un héritage la mettant à l'abri du besoin, durant presque -mais pas tout à fait- sa courte vie.

Pauline grandit d'abord en France, où son père réalisait l'essentiel de ses affaires (dans la décoration, l'architecture d'intérieur), puis en Grande-Bretagne. A sa majorité en 1899, elle choisit de regagner Paris (23 avenue du Bois de Boulogne, aujourd'hui avenue Foch, un somptueux rez-de-chaussée orné d'un jardin japonais).
Colette, entre autres, laissera quelques descriptions de ces surprenants lieux.

Après la mort de Renée Vivien, les ayant-droits de la famille Tarn firent don de 77 œuvres d'art aux Musées de la Ville de Paris, dont une pagode mesurant 3,50 m. de haut !
Certaines, à ce qu'il paraît, peuvent encore se voir au Musée Cernuschi.

De sa base parisienne, elle entreprend de nombreux périples, tels le Japon, la Turquie, la Grèce (Mytilène...). Elle étudie aussi, solidement, le Grec ancien dans un College renommé, aux Etats-Unis, du côté de Philadelphie.

Une amie de scolarité, Violet, fut sans doute son premier amour durable. S'ensuit une liaison avec Natalie Barney, tempétueuse, Pauline prend l'initiative de la rupture, lassée des trop fréquentes infidélités de Natalie. Sa vie durant, Natalie Barney tentera en vain de reconquérir Pauline, et laissera, outre quelques vers et missives, divers témoignages aujourd'hui précieux sur Renée Vivien.

Pauline vit ensuite une relation beaucoup plus stable et apaisée avec Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar (Hélène de Zuylen, née Hélène de Rothschild), cette dernière est mariée, mère de deux garçons, et très posée.

En outre, Pauline et Hélène évoluent avec aisance, par éducation, étiquette et naissance, dans la haute société, avec tout ce que cela peut comporter de respect, de tact et de distance de la part d'autrui au quotidien.

Elle fréquente, du coup, le haut du panier littéraire et artistique en général, dans un Paris 1900 encore en pointe mondialement.
Sans éléments de preuve, il est en particulier possible que Renée Vivien ait côtoyé Marcel Proust, puisqu'ils fréquentèrent la même société huppée et furent publiés de façon concomitante dans les mêmes périodiques.

C'est la période littérairement parlant la plus féconde pour Renée Vivien. Il semble même que Pauline et Hélène aient collaboré en matière d'écriture, en ce qui concerne les publications effectuées sous le pseudonyme Paule Riversdale, aujourd'hui à peu près unanimement attribuées à Renée Vivien.

Puis, une correspondance suivie naît entre Renée Vivien et Kérimé Turkhan Pacha, épouse d'un haut diplomate Turc (qui deviendra plus tard Ministre des Affaires Etrangères de Turquie), à l'initiative de cette dernière, admirative de ses écrits.
De suivi, cet échange épistolaire devient passionné.
C'est la période orientalisante de Renée Vivien. S'ensuit un amour, au physique, de rendez-vous clandestins ne se signalant pas par leur fréquence, mais virant au brûlant entre encre et papier.

Liaison achevée avant le départ de Kérimé Turkhan Pacha, qui suit son mari, muté en Russie, par une rupture de la part de Kérimé, la laissant tomber pour une autre amante.

De cette rupture de 1907, Pauline ne se relèvera jamais. Elle tente l'oubli dans le voyage (Hawaï, le Japon...) en compagnie de sa mère. Elle se convertit au catholicisme.

Puis Pauline sombre dans l'alcoolisme, les drogues dures aussi, et, affaiblie, commence à cumuler les maladies et les pépins de santé, tout en se sous-alimentant, histoire de ne rien arranger. Elle se découvre aussi criblée de dettes.
La suite de la descente passe par deux tentatives de suicide, une dépression en règle et prolongée, et s'achève au trépas, à 32 ans seulement, diagnostic du médecin légiste: congestion pulmonaire.
(Diverses sources, dont les éditions ErosOnyx)

Bibliographie:

Études et préludes (1901), recueil de poèmes.
Cendres et poussières (1902), recueil de poèmes.
Brumes de Fjords (1902), prose poétique.
Évocations (1903), recueil de poèmes.
Sapho (1903), recueil de traductions et d’adaptations des textes de la poétesse grecque antique Sappho.
Du vert au violet (1903), prose poétique, première signature Renée Vivien.
Une femme m’apparut (1904), roman autobiographique.
La Dame à la louve (1904), nouvelles, réédité aux éditions Gallimard en 2007.
Les Kitharèdes (1904), traductions modernes de huit poétesses grecques.
La Vénus des aveugles (1904), recueil de poèmes.
Une femme m’apparut (1905), nouvelle version de son roman autobiographique.
À l’heure des mains jointes (1906), recueil de poèmes.
Flambeaux éteints (1907), recueil de poèmes.
Chansons pour mon ombre (1907), anthologie poétique publiée sous le nom de Pauline M. Tarn.
Plusieurs proses ironiques et satiriques (1907).
L’Album de Sylvestre (1908), volume d’aphorismes.
Sillages (1908), recueil de poèmes et de prose poétique.
Anne Boleyn (1909), biographie.
Anthologie de ses poèmes en prose après remaniement (1909).
Œuvres intimes inédites: Le papillon de l'âme, publication posthume en 2011.
Dans un coin de violettes recueil posthume de poèmes.
Le Vent des vaisseaux recueil posthume de poèmes.
Haillons recueil posthume de poèmes.

Renée Vivien aurait également entrepris plus de dix ouvrages sous le pseudonyme de Paule Riversdale, sans doute en collaboration, mais dans quelle mesure (?) avec Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar (voir biographie). Quatre, suffisamment achevés, donnèrent lieu à des publications, en 1903 et 1904:
Deux recueils de poèmes:
Vers l'amour (1903)
Echos et reflets (1903)
Et deux ouvrages en prose:
L'être double (Roman ? Poésie en prose ?) (1904)
Netsuké (contes) (1904)

L'œuvre poétique de Renée Vivien a été republiée dans sa quasi intégralité chez ErosOnyx en 4 volumes :
Études et Préludes, Cendres et Poussières, Sapho (2007).
Les Kitharèdes avec le texte grec (2008).
Sapho avec le texte grec (2009).
Poèmes 1901-1910 (2009).

Autres rééditions :
Œuvres poétiques, 1901-1903 (2007) aux éditions Paléo (contient, en fait Études et préludes, Cendres et poussières).

Du vert au violet (2009),
Brumes de Fjords (2010),
Chansons pour mon ombre (2010), aux éditions du Livre unique.

(Diverses sources, dont les éditions ErosOnyx)





Qu'en dire ?

Mais beaucoup de bien, enfin !

Inventivité, vers ciselés, métrique ajustée, rythme, facilité à jouer de l'évocation des quatre sens, raffinement, érudition solide, habileté à rayonner aussi en prose poétique voire en art romanesque, et émérite en traduction:
Renée Vivien, voilà.

Sans doute le XXème siècle (trop de violences, trop de factions, trop de dogmes, trop de camps...) n'avait que faire de Renée Vivien, inclassable et rétive à tout enrôlement ? Peut-être...

Sans compter que le corpus féministe traditionnel a tenu sa postérité à l'écart, bien qu'elle ait publié très tôt dans des revues féministes, alors de première avant-garde, peut-être à cause de sa situation de mondaine fortunée, jugée rédhibitoire (?): je m'abstiens, en tous cas, de reproduire ici une sentence bien revêche de Simone de Beauvoir à l'encontre de Renée.
A moins que ce ne soit sa conversion au catholicisme à l'approche du soir de sa vie, incompatible avec la doxa du XXème, à la suite d'un élan mystique (comme Paul Verlaine, Germain Nouveau, Francis Jammes, etc., pour faire court et pas trop éloigné de son temps), qui lui valut cette absence de relais en notoriété (re-?).

Quoi qu'il en soit:
J'ai trouvé délectable sa traduction de l'Aède de Lesbos, "Sapho" (sic) sans être en mesure de vous assurer si c'est là une référence en la matière, atteignant très vite si ce n'est d'emblée mon seuil d'incompétence.

A propos, son surnom Sapho 1900 lui aurait sans aucun doute déplu, elle qui traduisait ce nom-là Psappha "conformément à quelque orthographe primitive, on rencontre aussi Psapphô chez les Anciens, le a long étant la particularité du dialecte éolien là où d'autres dialectes employaient le ô" nous dit-on dans la préface presque anonyme (signée: l'éditeur) de Sapho.
Ce dernier, tout en indiquant cela, a tout de même préféré titrer la traduction Sapho, dans un pur souci commercial à ce que j'interprète, du coup (?).

Je suis sans mot devant sa production littéraire, énorme à l'aune de la brièveté de son passage terrestre, et de grande qualité, pas vraiment inégale. Il faut briser le mythe de la mondaine aisée, s'adonnant à l'écriture par dérivatif.
Plus je lis Renée Vivien, plus je suis convaincu qu'il y a un bourreau de travail acharné derrière tout cela.

Mettons en exergue le charme légèrement ensorcelant de ses écrits, j'insiste sur l'extrême intérêt de ceux-ci hors tout contexte, Renée Vivien mérite mieux qu'une vague position iconique aujourd'hui.

Pour personnage que soit Renée Vivien, et sans faire du Contre Sainte-Beuve à l'académie distinguée du bon Marcel, est-il possible de formuler le souhait que le lecteur reçoive ces lectures brutes, les lise pour elles-mêmes, sans aller regarder si l'auteur est listée dans les anthologies, les manuels, les critiques, si elle suscite beaucoup de travaux universitaires, ou encore si elle est citée fréquemment par ses pairs, ou enfin quel est son tirage ?
Souhaitons, certes sans trop y croire je vous l'avoue, qu'aujourd'hui soit enfin le temps de sa pleine habilitation parmi les plus grands de la poésie francophone du XXème siècle.



Un site web dédié:
Académie Renée Vivien


(Transporté allégé depuis un message du 22 octobre 2015 sur Parfum)


Dernière édition par Aventin le Sam 10 Juin - 7:35, édité 1 fois
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Re: Renée Vivien

Message par Aventin le Ven 9 Juin - 17:44

Poème d’amour


O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres.


Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femmes.


Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.



(Du recueil "Les Kitharèdes" - 1904)


La façon dont la première strophe se mire dans la dernière "arrondit" l'ensemble, et c'est un exercice difficile si l'on souhaite éviter la trop simple figure de style -et la vacuité qui s'y attache souvent. Mais là, les quelques mots, petites variantes de rien en apparence, procurent une effluve de subtilité qui se laisse volontiers flairer.

En fait, pour tout vous dire, c'est presque la double césure du troisième vers de la seconde strophe qui me gêne, il "casse" un peu la diction, laquelle perd en fluidité (ou alors je n'ai pas trouvé le ton juste), comme en harmonie.

Pourtant, sur cette strophe-là, peut-être pour atténuer ce vers dont elle ne souhaitait se défaire (? Simple hypothèse de ma part), Renée Vivien a souhaité "blinder" avec ces trois "T" durs en tête de vers (Tes, Tu, Ton).

Mon vers préféré ?    
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres
"Bleu" longue syllabe lourde sourde, contraste avec le scintillant et léger minuits au niveau duquel tombe la césure, le côté translatif de "à travers" sur l'objet par excellence de l'au-delà (du regard), les fenêtres.
Les "è" de travers et fenêtres sonnent avec le "tr" allitératif des mêmes travers et fenêtres pour suggérer le passage:
Limpide, sobre, efficace.


(Rajeuni d'un message du 23 octobre 2015 sur Parfum)


mots-clés : #poésie
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