Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Jim Thompson

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    topocl

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    Jim Thompson

    Message par topocl le Sam 10 Juin - 9:17

    Jim Thompson
    ( 1906 - 1977 )





    Jim Thompson est né en 1906 en Oklahoma, d’un père shérif et d’une mère institutrice. Son père quitte son métier et le domicile familial pour tenter sa chance dans la course à l’or noir. Jim Thompson déménage dans le Nebraska et vit un temps avec son grand-père et sa mère avant de retrouver son père au Texas, où il se met à écrire et à publier des nouvelles. Il suit les cours scolaires la journée et travaille le soir, étant tour à tour grouillot pour les journaux Forth Worth et Western World, employé dans un théâtre burlesque et groom dans un hôtel de Fort Worth pendant la prohibition. Il fournit aux clients de l’hôtel de l’alcool, ainsi que de l’héroïne ou de la marijuana. Son rythme de vie le condamne déjà et il tombe une première fois malade victime d’une dépression nerveuse. Rétabli, il part rejoindre son père dans les champs de pétrole aux alentours de la ville de Big Spring ou il y travaille pendant trois années.

    Il quitte le Texas à l’automne 1929 et s’inscrit à l’université du Nebraska. Il travaille en marge de ses études, étant notamment projectionniste et veilleur de nuit pour une société de pompes funèbres. Il quitte l’université l’année suivante et épouse Alberta Hesse en 1931. Pendant plusieurs années, il écrit pour de nombreux magazines à scandales, racontant les affaires criminelles à la première personne. Il publie également plusieurs nouvelles pour les pulps. Il rejoint le Parti Communiste en 1935 (qu’il quitte dès 1938), et dirige un temps l'Oklaoma Writer’s Project, qu’il quitte finalement à la suite de divergences de point de vue. Après avoir obtenu une bourse de l’université de Caroline du Nord en 1940 pour une étude sur le bâtiment qu’il ne mène pas à bout, il quitte l’Oklahoma pour San Diego ou il devient manœuvre dans l’aéronautique.

    Il publie en 1942 son premier roman intitulé Now and on Earth1 (Ici et maintenant), un travail semi autobiographique inspiré par sa courte période passée dans une usine d’aviation dans les premiers mois de la Seconde Guerre mondiale. Son père meurt dans une maison de retraite, brisant la promesse que Jim Thompson lui avait faite de venir le chercher quand il aurait de l’argent. Il vit cette tragédie comme un nouvel échec et en gardera une trace à vie. Il poursuit l’écriture avec Heed the Thunder (Avant l'orage) et son premier véritable roman noir, Nothing More Than Murder (Cent mètres de silence ou Un meurtre et rien d’autre) relatant la misère des petits exploitants de cinéma de campagne américains.

    Il poursuit son travail et signe plusieurs autres romans avant d’être appelé en 1955 par James B. Harris et Stanley Kubrick pour écrire le scénario de L'Ultime Razzia (The Killing), tiré du roman Clean Break de Lionel White. Kubrick s’attribuera l’écriture du scénario ne laissant à Thompson que les « dialogues additionnels ». Cette polémique autour du « crédit » se règlera à l'amiable avec l'assurance pour Thompson d'être le scénariste pour le prochain film de Kubrick, Paths of Glory (Les Sentiers de la gloire). C'est aussi ce projet qui incitera Thompson à s'installer à Hollywood. Thompson va passer le reste de sa vie en Californie ou il signera quelques épisodes mineures de séries télévisées et plusieurs projets de scénarios non concluants. Il signe également de nouveaux romans, dont le très cinématographique The Grifters (Les Arnaqueurs), le troublant Child of Rage (Rage noire) et le célèbre Pop. 1280 (1275 âmes).

    Il meurt à l’âge de 70 ans après une série d’attaques cardiaques, sa santé fragile étant aggravée par son alcoolisme chronique, son travail dans les puits de pétrole et ses déboires de jeunesse.

    Œuvres en français

    Romans
    Now and on Earth (1942)  :   Ici et maintenant, 1995
    Heed the Thunder ou Sins of the Fathers (1946) : Avant l'orage, 1998
    Nothing More Than Murder (1949) : Cent mètres de silence, 1950 (nouvelle traduction sous le titre Un meurtre et rien d’autre, 2013)
    The Killer Inside Me (1952) : Le Démon dans ma peau, 1966 (nouvelle traduction sous le titre L'Assassin qui est en moi, 2012)
    Cropper's Cabin (1952) : Deuil dans le coton, 1970
    Recoil (1953) : Liberté sous condition, 1986
    The Alcoholics (1953) : Les Alcooliques, 1984
    Savage Night (1953) : Nuit de fureur, 1983
    The Criminal (1953)  :  Le Criminel
    The Golden Gizmo (ou The Golden Sinner) (1954) : Une combine en or, 1989
    A Swell-Looking Babe (1954) : Un chouette petit lot, 1968 (nouvelle traduction  sous le titre Une jolie poupée,  2017)
    A Hell of a Woman (1954) : Des cliques et des cloaques, 1967 (nouvelle traduction sous le titre Une femme d’enfer, 2013)
    The Nothing Man (1954) :  M. Zéro, Paris,  1966
    After Dark, My Sweet (1955) : La mort viendra, petite, 1985
    The Kill-Off (1957) : Hallali,  1981
    Wild Town (1957) : Éliminatoires,  1965  
    The Getaway (1958) : Le Lien conjugal, 1959 (nouvelle traduction  sous le titre L'Échappée, 2012)
    The Transgressors (1961) : Un nid de crotales,  1986
    The Grifters (1963) : Les Arnaqueurs, 1988
    Pop. 1280 (1964) : 1275 âmes,  1966 (nouvelle traduction sous le titre Pottsville, 1280 habitants, 2016)
    Texas By the Tail (1965) : Le Texas par la queue,  1990
    South of Heaven (1967) : À deux pas du ciel, 1987
    Child of Rage (1972) : Rage noire,  1988
    King Blood (1973) : Sang mêlé,  1987
    Fireworks: The Lost Writings of Jim Thompson (1988) : Écrits perdus 1929-1967 ;  et Après nous le grabuge: Écrits perdus 1968-1977
       
    Nouvelles
    Case of the Catalogue Clue (1948) : L'Indice publicitaire « in » Meurtres pour de vrai,  Série noire , 1994
    The Flaw in the System (1956) : Le Défaut du système « in » Polar no 2, Paris, Polar, 1979
    By Means Unlovely (1985) :  C'est du joli « in » Histoires à mourir debout,  Série noire , 1989

    Série Mitch Allison
    The Cellini Chalice    / De la coupe aux lèvres « in » Alfred Hitchcock magazine no 18, Paris, Opta, 1962
    The Frightening Frammis (1957)     Une belle salade « in » Alfred Hitchcock magazine no 54, Paris, Opta, 1965

    Autobiographie
    Bad Boy (1953) et Roughneck (1954) Publiés ensemble en français sous le titre Vaurien, Paris, L'Atalante, 1986

    Novélisations
    Ironside (1967), novélisation d'un épisode de la série télévisée américaine L'Homme de fer : Publié en français sous le titre L'Homme de fer,  Rivages/Noir  1994

    Source wikipedia


    Dernière édition par topocl le Sam 10 Juin - 16:04, édité 2 fois


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    Re: Jim Thompson

    Message par topocl le Sam 10 Juin - 9:33

    Pottsville, 1280 habitants



    Nouvelle traduction encensée par les adeptes car enfin complète, Pottsville, 1280 habitants est un roman noir, cynique et drôle, où certains verront une fable politique.
    A Pottsville, les personnages qui retiennent l'attention de l'auteur sont les perdants, des êtres chacun à sa manière veules, lâches, machiavéliques. Malheureux sans doute aussi, mais leur paresse est telle qu'ils ne veulent même pas s'en apercevoir.

    Mais n'imaginez pas pour autant un roman sombre et plombant: l'humour et  l'ironie règnent en maître dans la description de ce shérif benêt (?) et sans scrupules.

    Drôle dans sa noirceur, tentant quelques échappées philosophiques, Pottsville 1280 habitants décrit un Sud calamiteux , grippé dans ses propres engrenages, incapable d'avancer, et fier de tout cela.


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    Re: Jim Thompson

    Message par animal le Sam 10 Juin - 10:02

    Je savais bien que j'en avais lu un !




    Deuil dans le coton (1952)


    Essayons de ne pas trop en dire. Petite bourgade de l'Oklahoma entre coton et puits de pétrole. Tom vit plutôt bon gré que mal gré sa misère rurale et pas trop bête il a même quelques espoirs en plus de sa petite amie à la Cadillac.

    Forcément tout n'ira pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, en plus de ne pas manger à sa faim tous les jours. La faute à une humanité souvent et largement copieusement décevante.  

    C'est assez simple et direct dans le style, ça va à l'essentiel sans fioriture, même pas beaucoup d'ironie, qu'un reste de volonté. Le petit reste qui s'entretient sous le soleil dans les coups durs. Le petit reste qui aide à traverser les gros malentendus et les réactions inappropriées aux emmerdements.

    Et entre les riches, les pauvres, les blancs et les indiens ça fait déjà beaucoup de possibilités pour se comprendre de travers, si en plus on ajoute un reste de famille qui n'est pas exactement ce qu'il est... on peut même se retrouver avec un racisme automatique et ses conséquences.

    Malgré tout on va de l'avant, et si vers le milieu du bouquin on sait qui a fait le coup (page 147 au plus tard ? avant je ne me posais pas trop la question), ça n'empêche pas à la mécanique d'assurer son minimum, et un peu plus. Parce que ce qu'il reste pour faire avec les erreurs, et faire un peu plus, n'a pas l'air vain. Ça appelle même une réelle sympathie.

    Et l'humour résigné ne manque pas de charme.

    On pourrait pour conclure presque reprendre une citation de Erri de Luca relevée un jour par Monilet (Monsieur Renard !!!) :

    "Il peut l'oublier, mais s'il se retrouve devant une femme, il le sait de nouveau."


    Ce qui est assez amusant, un peu comme pour Chandler les repères matériels temporels sont presque inexistants et il doit falloir connaître assez bien la vie américaine pour situer l'histoire au début des années 50.

    A ranger avec les lectures détente, même si c'est affreux cette histoire, qui ne font pas de mal. Ça met de bon poil, chaleureusement pugnace !

    merci (encore) le volatile qui avait motivé cette lecture.  


    (récup')


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    Re: Jim Thompson

    Message par topocl le Sam 10 Juin - 10:09

    Pottsville 1280 habitants
    Je la suis dans la chambre et elle commence à ôter ses chaussures et ses bas - en fait, elle ne porte rien d'autre. Je lui dis :
    -Ecoute, ma jolie. Ce n'est peut-être pas le moment, tu sais ?
    -Hein? (Elle me regarde en fronçant les sourcils) Et pourquoi pas, d'ailleurs ?
    -Eh bien, vois-tu, je lui réponds, officiellement, et c'est tout récent, te voilà veuve. Ça semble tout bonnement inconvenant de se mettre au lit avec une femme qui est veuve depuis même pas une heure.
    -Et qu'est-ce que ça change, bon sang ? Tu couchais bien avec moi avant que je sois veuve, non ?
    -Ma foi, oui, mais tout le monde fait ça. On pourrait dire que c'est une sorte de d'hommage qu'on rend à une dame. Et ce qui tu me proposes, quand une femme est veuve depuis si peu qu'elle a pas eu le temps d'étrenner sa robe de deuil, c'est carrément un manque de respect. Je veux dire, après tout, y'a certaines convenances à respecter, et un type correct, il saute pas sur une veuve de fraîche date, pas plus qu'elle n'est disposée à le laisser faire.


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    Re: Jim Thompson

    Message par bix_229 le Sam 10 Juin - 15:57

    Par quelle opération cabalistique 1200 ames se sont-elles transformées en 1280 habitants ? Shocked
    Le premier titre du livre était gogolien et je crois bien que je le préferais.
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    topocl

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    Re: Jim Thompson

    Message par topocl le Sam 10 Juin - 16:05

    Par contre cette traduction permet de découvrir certains morceaux qui n'avaient pas été conservés la première fois.


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    Re: Jim Thompson

    Message par bix_229 le Sam 10 Juin - 18:21

    Une phrase très significative de Thompson :


    Ouais, ça s' arrete là, m' est avis à moins qu' on ne laisse aux gens comme nous
    une dernière chance dans l' Autre Monde.
    Au gens comme nous. Nous autres.
    Nous tous qui sommes entrés dans la partie
    avec une mauvaise donne,
    nous qui espérions tant
    et avons obtenu si peu,
    nous qui voulions si bien faire
    et avons tout gaché.

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    Re: Jim Thompson

    Message par Tristram le Sam 10 Juin - 20:11

    « Mais là, j’ai appris que le nom qu’on attribue à une chose dépend de l’endroit où on est placé et de celui où la chose elle-même se trouve… D’ailleurs, voici la définition, puisée dans un manuel d’agronomie : "Une mauvaise herbe est une herbe qui n’est pas à sa place."
    Jim Thompson, « Le démon dans ma peau »

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    Re: Jim Thompson

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