Louis Guilloux

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Louis Guilloux

Message par Bédoulène le Dim 4 Déc - 18:24

Louis Guilloux (1899-1980)


Louis Guilloux, né à Saint-Brieuc le 15 janvier 1899 et mort le 14 octobre 1980 dans la même ville, est un écrivain français.
Depuis 1983, un prix littéraire porte son nom. ainsi qu’un Prix  Louis Guilloux des Jeunes créé en 1994 par la Société des Amis de Louis Guilloux.
Louis Guilloux naît à Saint-Brieuc en 1899, d'un père cordonnier et militant socialiste, comme Guilloux le raconte dans La Maison du peuple. Malgré quelques séjours à Paris et Angers, toute sa vie durant il reste attaché à sa ville natale, dans laquelle il situe l'action de plusieurs de ses romans.

Grâce à une bourse il entre au lycée de Saint-Brieuc actuellement collège Anatole Le Braz. Il s'y lie d'amitié avec le professeur de philosophie Georges Palante, dont il s'inspire pour composer le personnage de Cripure, pathétique héros du Sang Noir. Il découvre Romain Rolland, alors très lu par les jeunes, et Jules Valles dont il partagera la révolte. Durant la Première Guerre mondiale, en 1916, il est surveillant d'internat.
Il rencontre en 1917 Jean Grenier, futur professeur d'Albert Camus et philosophe. Après l'armistice, on lui confie un poste de répétiteur au Lycée Gerson1.

En 1920, sa vocation d'écrivain prend naissance ; il commence à écrire des récits et des contes qui sont ensuite publiés dans des journaux (Le Peuple, Ce soir...). En 1922, il devient « lecteur d'anglais » et traducteur pour le journal L'Intransigeant. Plus tard, il devient le traducteur de l'écrivain Margaret Kennedy, mais également de l'auteur noir américain Claude McKay (Home to Harlem), de John Steinbeck pour Les Pâturages du ciel (1948), et avec Didier Robert, d'une partie de la série des Hornblower, romans de marine de C. S. Forester2.

Il épouse Renée Tricoire en 1924. Par l'intermédiaire d'André Chamson, il rencontre Daniel Halévy, directeur de la collection Les Cahiers verts chez Grasset, et d'autres écrivains dont Max Jacob, avec lequel il se lie d'amitié.

Son premier roman La Maison du peuple paraît chez Grasset en 1927.
Auteur engagé, il signe la pétition parue le 15 avril 1927 dans la revue Europe contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Son nom côtoie ceux d'Alain, Raymond Aron, Lucien Descaves, Henry Poulaille, Jules Romains, Séverine… En 1935, il participe au 1er congrès mondial des écrivains antifascistes et en devient le secrétaire, puis devient responsable pour les Côtes-du-Nord du Secours rouge, ancêtre du Secours populaire, qui vient en aide aux chômeurs et aux réfugiés espagnols.

Son œuvre la plus célèbre Le Sang noir
manque de peu le Prix Goncourt en 1935. Dans ce roman qui se déroule sur une journée, en 1917, certainement à Saint-Brieuc même si la ville n'est pas nommée, Guilloux à travers un singulier professeur de philosophie, Cripure, souvent moqué par ses élèves et par les habitants de la ville dénonce la situation tragique d'une jeunesse sacrifiée à la guerre. Même si le cadre est à l'écart du front, Le Sang noir se déroule dans le climat pesant de la Première Guerre mondiale, et Guilloux évoque une émeute de conscrits ainsi que les exécutions des mutins, notamment du Chemin des Dames.

Le roman est remarqué par André Malraux qui lui consacre dans Marianne un important article intitulé "Le sens de la mort", puis par André Gide, qui en 1936 invite Guilloux à l'accompagner dans son célèbre voyage en URSS.
Durant la Seconde Guerre mondiale, sa maison de Saint-Brieuc au 13 rue Lavoisier est un lieu de rencontre de résistants, les miliciens viennent y arrêter une résistante qu'il héberge. En 1942, il écrit Le Pain des rêves. À la Libération il est interprète pour les tribunaux militaires américains. 1945 marque la naissance de son amitié avec Albert Camus;
Le complexe et foisonnant roman Le Jeu de patience remporte le prix Renaudot en 1949.Suivent Parpagnacco en 1954, Les Batailles Perdues en 1960, La Confrontation en 1967.
En 1972, il signe pour la télévision l'adaptation des Thibault de Roger Martin du Gard, et en 1973 celle de trois récits de Joseph Conrad, La Ligne d'ombre, La Folie Almayer et Freya des sept îles.
En 1976 est publié Salido suivi de OK Joe, puis en 1978 Coco perdu, et les Carnets 1921-1944 (1978).
Il meurt le 14 octobre 1980 à Saint-Brieuc.

Bibliographie :

La Maison du peuple
Dossier confidentiel
Compagnons
Souvenirs sur Georges Palante
Hyménée
Le Lecteur écrit, compilation de courriers de lecteurs du journal
Angélina
Le Sang noir
Histoire de brigands, récits
Le Pain des rêves
Le Jeu de patience
Absent de Paris
Parpagnacco ou la Conjuration
Les Batailles perdues
Cripure, pièce tirée du Sang noir
La Confrontation
La Bretagne que j'aime
Salido, suivi de OK Joe
Coco perdu
Carnets 1921-1944
Œuvres posthumes
Grand Bêta, conte
Carnets 1944-1974
L'Herbe d'oubli, mémoires

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Re: Louis Guilloux

Message par Bédoulène le Dim 4 Déc - 18:27

L'Herbe d'oubli



légende : L'herbe d'oubli qui égare et trouble l'intelligence (Louis élève au Collège a commis une erreur de jeunesse et c'est vers la quarantaine seulement qu'il a pu l'avouer)

Un récit que je n'oublierai pas. Guilloux raconte son enfance, son adolescence, sa vie de jeune homme et de temps en temps s' y glisse une parenthèse  qui concerne un fait d'actualité par lequel il se sent concerné.

Même s'il a fréquenté beaucoup d'intellectuels j'ai le sentiment que Guilloux aime la solitude, les promenades esseulées.

C'est une belle peinture qu'il nous offre de la ville de Saint-Brieuc, des personnages qui peuplent les rues de son enfance. Une enfance dans une famille pauvre (leur logement était toujours précaire, chassés tantôt par "les Chouans" parce que son père est membre de la S.F.I.O., ou parce qu'étant cordonnier son marteau dérange etc...) mais honnête.

Le jeune Louis ne pouvant pas devenir un ouvrier (comme son père voyait en lui son successeur) à cause d'une maladie qui a abîmé sa main, c'est donc dans les études qu' est envisagé son avenir. Il aura beaucoup de soutien soit pour les études, soit pour ses premiers emplois et ce n'est qu'à la trentaine qu'il considèrera que son travail d'écriture exige aucune digression.

L' engagement de son père à la Maison du Peuple, les personnes misérables qu'il rencontrera dans sa ville, puis la période de guerre (même si personnellement il n'en a pas souffert) sensibiliseront Louis à la condition des ouvriers et des humbles.

Les annexes et les notes du livre sont très intéressantes car elles explicitent les évènements, lieux et personnes dont l'auteur fait allusion, sa responsabilité départementale : pour le Secours Rouge, avec un membre du PC employé de la SNCF dans la création des Comités de chômeurs.
Ses amitiés avec Palante, Lambert, Jean Grenier, Jean Etienne, Malraux, Camus, Gide.....

J' apprécie les ressentis de l'auteur par rapport aux oeuvres de ses confrères, je piocherai d'ailleurs dans quelqu'uns des livres cités.

L'écriture est fluide, il sait choisir le mot qui donne tout l' intérêt à la phrase sans besoin d'artifice. La lecture est donc très agréable et je n'ai qu'une hâte, la prochaine !


Extraits :

[...]que Mme Gallais était tcomme Joséphine Holtz) originaire de l'Alsace, que nous reprendrions aux Prussiens quand nous serions grands. Que d'injustioces à réparer ! Et cette révolution dont mon père et ses camarades parlaient tant, ce grand bonheur promis de la réconciliation universelle autour des armes brisées ?

Les souvenirs ont leur vie propre, ils changent, vieillissent comme nous-mêmes, mais pas en même temps, ils se fanent, certains meurent avant nous, parfois ils dorment. On sait tout cela et qu'il ne faut pas les brusquer.

La jeunesse est un temps merveilleux qui aboutit presque toujours à une trahison de soi- même dont on ignore comment elle s'est faite, et dont le reste de la vie se passe à contempler les conséquences dans un consentement dont on ne s'étonne même plus.

Nous nous ferions laboureurs, nous apprendrions à tisser la toile, nous nous ferions potiers. Nous redeviendrions des artisans. Quelle exaltation à la pensée que , par une décision si facile - il n'était que de la prendre - nous rentrerions dans un ordre qui, depuis des siècles, avait été celui de nos pères e que nous avions été les premiers à rompre : l'ordre qu'exige le travail quotidien. Cet ordre même, où l'homme est lié à la semence et à l'outil, le plus fécond pour l'esprit. Là était la grande question. C'était en cela principalement que le retour à une vie modeste, modelée sur le rythme des saisons, nous paraissait nécessaire.

"message rapatrié"


mots-clés : #autobiographie


Dernière édition par Bédoulène le Ven 18 Aoû - 9:50, édité 2 fois

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Re: Louis Guilloux

Message par Nadine le Dim 4 Déc - 18:42

Ah le sang Noir ! j'ai beaucoup aimé !
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Re: Louis Guilloux

Message par Bédoulène le Lun 5 Déc - 18:59

Nous avons fait une LC Nadine

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Re: Louis Guilloux

Message par Nadine le Mar 6 Déc - 19:44

bravo ! je ne connais aucun autre titre de lui mais ç'avait été une lecture pleine d'humanisme comme j'aime.
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