KOBAYASHI Takiji

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KOBAYASHI Takiji

Message par Bédoulène le Jeu 29 Juin - 0:27

Kobayashi Takiji


(1903-1933)


Kobayashi Takiji ( 小林 多喜二  ) est un écrivain japonais (1903-1933) et militant communiste. Il meurt d'un arrêt cardiaque en 1933, à l'âge de 29 ans, à la suite d'un interrogatoire policier, de facto de la torture.

Takiji Kobayashi naît à Ōdate (préfecture d'Akita) et grandit à Otaru (Hokkaidō). Après des études dans ce qui est aujourd'hui l'Université de Commerce d'Otaru, il travaille dans le bureau local d'une banque. Son roman le plus connu est Le Bateau-Usine (Kanikōsen). Ce roman, qui raconte l'histoire de la création d'une organisation de travailleurs, fut adapté en films et en manga et connut un regain d'intérêt à l'occasion de la crise financière de 2008 et de sa conséquence, une vague de licenciements au Japon.

Kobayashi participe à des manifestations et adhère au Parti communiste japonais en 1933, pour cette raison il est torturé par la police politique Tokkō. Il meurt le 20 février 1933, officiellement d'un arrêt du cœur, mais les marques sur son cadavre ne laissent pas de doute à ses proches sur les raisons de sa mort.

Œuvres

Le 15 mars 1928 - 1928 - Roman d'une journée de répression qu'il a vécu, voir l'article Incident du 15 mars
Le Bateau-Usine (Kanikōsen) - 1929 - Roman d'une rébellion sur un bateau-usine3,4
Le Propriétaire absent - 1929 - Sur la politique économique désastreuse pour les paysans à Hokkaidō

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Re: KOBAYASHI Takiji

Message par Bédoulène le Jeu 29 Juin - 0:34


Le bateau usine

Sur ce bateau usine, la vie est indécente, blessante, meurtrière. Ces hommes travaillent dans des conditions inhumaines sous les ordres du cynique et cruel Intendant, Asakawa, qui réduit les prérogatives du capitaine à la conduite du bateau !

Mal nourris, mal équipés, locaux insalubres, travail épuisant, voire dangereux, battus, la colère se nourrit de jour en jour.

"Que valent un ou deux gars de votre espèce ? Mais ne vous avisez pas de perdre ne serait-ce qu'une chaloupe ! Hors de question !"

L'intendant laisse périr plusieurs centaines d'hommes en interdisant au Capitaine d' assister les naufragés d'un autre bateau usine.

En perte de vitesse dans la pêche, l'Intendant instaure une rivalité entre les marins et les pêcheurs (diviser pour mieux régner) en faisant appel à leur patriotisme, puis en annonçant des récompenses ou des punitions selon le poids des prises : la carotte et le bâton ! pour le profit des actionnaires.

Les hommes, pêcheurs, ouvriers, paysans ont déjà exercé d'autres métiers difficiles dans les mines, les usines, les chantiers, la terre et ils en parlent ; aussi lorsque au Kamtchatka certains rencontrent des Russes qui vantent leur idéologie ils sont intrigués et intéressés. Ils propagent l'information à leurs compagnons.

"Les pêcheurs s'étaient vaguement demandé si ce n'étaient pas là ces "effrayants" discours "rouges" contre lesquels on les avait mis en garde. Mais en même temps, ils se disaient que si c'était ça, alors la propagande rouge ressemblait bigrement à du bon sens."

Qui, exploités comme ils le sont ne serait séduit ? Ils ont retenus l'un des principes du syndicalisme : l'union ! Alors quand la situation empire, ils débutent leur lutte par des "débrayages" et c'est la venue d'une grosse tempête malgré laquelle l'Intendant veut des pêcheurs au travail, que la goutte d'eau, si l'on peut dire, fait déborder le vase de la colère. Ca suffit de peiner, de mourir ! Tous se mettent en grève et portent leurs revendications au capitaine et à l'intendant. L'ignoble Asakawa fait intervenir les militaires du destroyer qui les suit et les 9 hommes qui représentent l'ensemble des travailleurs sont arrêtés.

Là ils prennent conscience que s'ils s'étaient TOUS présentés, unis devant les militaires ceux-ci devant leur nombre, leur force aucun d'eux n'aurait été arrêté.
La deuxième tentative fut un succès, ils avaient appris, ils savaient se défendre.

Une illustration de l'exploitation des travailleurs par le capitalisme. J'ai trouvé de belles métaphores, des descriptions et des sentiments puissants dans ce récit. La postface intéressante quant à la situation des travailleurs au Japon, notamment dans la littérature citée, des évènements passés, la vie de l'auteur (on mourrait pour des idées dans ce pays aussi).

Un beau passage illustrant la fraternité lors de la mort de l'un d'entre eux.

extraits :

"Des canots à vapeur semblables à de grosses punaises de lit tissaient des fils entre les navires dans un incessant va-et-vient."

"A Hokkaida, chaque traverse de voie ferrée était taillée dans le cadavre bleui d'un travailleur. Ceci n'est pas une figure de style. Sur les chantiers portuaires, les travailleurs victimes du béribéri étaient ensevelis vivants dans les terres gagnées sur la mer."

"L'autre il est là avec son pistolet, il nous fait croire qu'il pourrait s'en servir à tout moment, mais il n'est pas bête à ce moint. C'est juste un moyen ça - tu piges ? C'est pas dans leur intérêt de nous tuer. Leur but, leur vrai but, c'est de nous faire turbiner, de nous pomper la sueur, de nous pressurer, mais alors jusqu'à la moelle, pour obtenir des profits faramineux. Et c'est ça qui nous arrive en ce moment précis, chaque jour... Alors t'en dit quoi de leurs méthodes ? Notre corps, c'est rien de plus que des feuilles de mûrier pour nourrir les vers à soie, il faut qu'il soit sacrifié !"



(récupéré)


mots-clés :  #social


Dernière édition par Bédoulène le Jeu 29 Juin - 8:10, édité 1 fois

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Re: KOBAYASHI Takiji

Message par animal le Jeu 29 Juin - 6:30



Le bateau-usine

Lecture qui ne s'oublie pas ? (Récupération de souvenirs : )

Un roman à la fois documentaire et quasi-manuel de révolte organisée. Avant de dire stop et de "rester unis" il y a d'abord la prise de conscience. En effet l'évidence des conditions de travail déplorable, des mauvais traitements et de la maladie ne suffit pas, il faut se rendre compte et oser.

Avec sa prose puissante et efficace, cet archétype de littérature prolétarienne (pour le peu que j'en connais) délivre très bien son propos. Il raconte le travail mais aussi le discours du travail et son rapport étroit avec la politique intérieur et extérieur. Pêcheurs et ouvriers pauvres d'une véritable colonie intérieure (Hokkaidô) sont opposés aux Russes du Kamtchatka, à l'opposition au communisme il faut ajouter ou faire passer d'abord l'envie d'assurer le contrôle de la région, la pilule patriotique devant faciliter le sacrifice.

La dualité assumée, et l'engagement politique très fort du discours  (c'est même un appel au passage à l'acte), ne dénature pas ce livre qui n'oublie pas non plus de parler de la mer, de la terre à l'horizon et de l'isolement des hommes qui sont pourtant nombreux sur ce bateau à partager leur misère.

Je l'ai trouvé très fort et très intéressant avec dans cette vision un point de vue historique renforcé par la postface de la traductrice entre biographie et contexte littéraire (beaucoup de noms) et historique.

C'est très typé et sans doute d'une façon occidentalisée mais c'est avec ce type de texte très volontaire et qui semble en rupture avec notre image "propre" du Japon que je me sens le moins de difficulté ou peut-être que je me sens moins abusé par la distance.

L'humanisme fraternel qui motive ce récit est simplement émouvant.

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