Albert Londres

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Albert Londres

Message par ArenSor le Ven 30 Juin - 18:40

Albert Londres
1884 - 1932



Né en 1884 à Vichy, Albert Londres, qui se destinait à une carrière de poète, s’est très tôt rendu célèbre par ses articles et ses récits de voyages, publiés au début du siècle dans Le Petit Journal, Le Quotidien ou Le Petit Parisien, et a marqué plusieurs générations de journalistes. Il signe son premier article en 1914, il a couvert la Grande Guerre, la conquête de Fiume par D’Annunzio, la Révolution russe, le Tour de France cycliste, les chaos de la République chinoise, le scandale du bagne de Cayenne, les bataillons disciplinaires d’Afrique du Nord, la condition des aliénés dans les asiles de France, et l’évasion du forçat Dieudonné, la traite des noirs en Afrique et la traite des blanches en Argentine, les pêcheurs de perles de Djibouti et les terroristes dans les Balkans... Il est mort le 16 mai 1932 lors de l’incendie du paquebot George Philippar au retour d'un reportage en Chine dont on ne sait rien.
(source : bibliomonde)

Bibliographie :

1922 : Visions orientales
1917-1918 : Contre le bourrage de crâne
1920 : Dans la Russie des Soviets
1922 : La Chine en folie
1923 : Au bagne
1924 : Dante n'avait rien vu
1924 : Les Forçats de la route ou Tour de France, tour de souffrance
1925 : Chez les fous
1927 : Le Chemin de Buenos Aires
1927 : Marseille, porte du sud
1928 : L'Homme qui s'évada (publié au préalable sous le tire de Adieu Cayenne).
1929 : Terre d'ébène
1930 : Le Juif errant est arrivé
1931 : Pêcheurs de perles
1932 : Les Comitadjis
1932 : La Guerre à Shanghai

Recueils de poèmes
1904 : Suivant les heures
1908 : L'Âme qui vibre
1911 : Le poème effréné contenant Lointaine et La marche à l'étoile"

Publications posthumes (textes regroupés) :
Oeuvres complètes, éditions Arléa
Câbles et reportages à l'étranger
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ArenSor

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Re: Albert Londres

Message par ArenSor le Ven 30 Juin - 18:50

Le Chemin de Buenos-Aires
(La traite des blanches)




Albert Londres fréquente les gens du « milieu » dans les bars du faubourg Saint-Denis


« Ils buvaient du champagne. Ils avaient des mines à manger du rosbif et des habits à croquer des ortolans. »

Parmi eux, certains font de « la remonte », c’est-à-dire qu’ils viennent chercher de jeunes femmes pour les prostituer en Argentine.

Albert Londres, à son habitude, décide d’y aller voir de plus près. Et justement dans le paquebot qui l’emmène en Amérique du Sud, il se lie d’amitié avec un maquereau, un certain Lucien accompagné d’une jeune femme, Blanche qu’il a « péchée » en France (vous admirerez au passage les références halieutiques du Areng !  Very Happy ).  Cette connaissance va lui permettre d’entrer dans l’univers glauque de la prostitution française à Buenos-Aires.

Déjà c’est une ville que Londres n’aime pas trop, ni ses habitants :

« Décidément Buenos-Aires a juste autant de fantaisie qu’une géométrie : parallèles, perpendiculaires, diagonales, carrés. Les habitants eux-mêmes n’ont pas le droit d’être ronds dans les rues. Elle me fera prendre une crise de nerfs cette ville-là ! En revanche, il convient de dire que de tous les architectes qui l’ont conçue, aucun n’est mort d’un transport au cerveau ! »

« Ou bien, ils étaient assis à des terrasses devant un café con lèche. Ce n’est pas un café qu’on lèche, mais un café avec du lait. Et que faisaient-ils à ces terrasses ? La tête d’un Français qui reçoit sa feuille d’impôts. »

Un monde bizarre que ce milieu des souteneurs et de leurs « franchuchas », sorte d’aristocratie dans le genre. Pensez donc, une franchuchas se monnaie 5 pesos la passe, alors qu’une polak, jeune fille vendue par la famille dans les misérables shetls de Pologne et que l’on retrouve dans les bouges de la Boca, ne coûte que 2 pesos !

Les hommes ont leur code d’honneur. Machos ils le sont à plein. Ils ont une « principale », celle que l’on finira par épouser, et une ou plusieurs « doublures ». Il peut leur arriver de malmener une fille pour la « remettre dans le droit chemin », mais souvent il suffit de montrer les muscles, l’essentiel étant que le rapport entre dominant et dominées soit bien établi. Je mettrai d’ailleurs certaines citations en spoil pour ne pas choquer la gent féminine.

Spoiler:
« Avec nos femmes, comprenez-le, il faut que nous arrivions à ce qu’elles répondent toujours, quelle que soit notre demande : oui, mon petit homme. »

Spoiler:
« C’est forcé, me dit Robert le Bleu. Une femme que l’on ne surveille pas de près, bat de l’aile. Depuis un mois je n’ai pu aller à Rosario. Ce fut une faute. J’ai trop compté sur mon influence. Le jouet ne marche plus. Je dois remonter la manivelle. »

Le métier paie-t-il ? Il semblerait.

« A cinq pesos l’allumette et à cinquante-deux semaines par an, Adrien n’eût-il que mademoiselle Opale, gagne donc 1 489 510 francs en douze mois !
- Et après ? firent mes compagnons
« Je le regardais comme un lapin regarde un puissant phare d’automobile !
Ou comme une gazelle regarderait un tigre qui lui apporterait une tasse de lait.
Ou comme une colombe déjà plumée, lardée et salée regarderait de ses yeux vides les membres de la Société des Nations qui continueraient à l’appeler un bel oiseau. »

C’est sans compter tous les frais : location de la maison, habillement, nourriture, et surtout les multiples cadeaux accordés à la police, la justice, toute personne ayant autorité car nous vivons dans un univers totalement corrompu. Il faut également régler les passeurs, mouchards, tout ce personnel naviguant qui cache sur le paquebot les femmes dans les soutes et autres lieux pendant la traversée etc.

Et que pensent les femmes, principales intéressées ?  la réponse de Londres est nuancée

« Il y a les femmes qui ne demandent qu’à venir.
Il y a les femmes qui viennent parce qu’un homme a su le leur demander.
Il y a les femmes qui viennent avec la seule idée de manger tous les jours et de faire manger les leurs, quitte à faire n’importe quoi.
Ce sont celles qui savent.
Il y a les hésitantes, celles qui ne veulent pas « y aller toutes seules » mais qui restent quand même sur le bord, sachant bien qu’elles sont en grand danger d’être poussées. Celles qui n’ignorent pas qu’en mettant le nez à la fenêtre elles risquent de se le faire pincer, mais qui préfèrent mettre ce nez à cette fenêtre.
Il y a celles qui ne savent pas. »

Mais le constat est sans appel lorsque l’une de ces femmes lui réplique :

« Ce n’est pas vous, dit-elle, qui viviez avec ma misère. »

Et l’ouvrage se termine par un plaidoyer à la Hugo qui n’a hélas rien perdu de son actualité :

« Tant qu’il y aura du chômage.
Tant que des jeunes filles auront froid, auront faim.
Tant qu’elles ne sauront où frapper pour aller dormir.
Tant que la femme ne gagnera pas suffisamment pour se permettre d’être malade.
Pour se permettre même, voyez jusqu’où va sa prétention, de s’offrir un manteau chaud l’hiver.
De faire manger, parfois, les siens. Et son enfant.
Tant que nous laisserons le ruffian se substituer à nous et lui tendre l’assiette de soupe.
Brûlez les maisons, excommuniez leurs cendres. Vous n’aurez fait que du feu et de grands gestes.
La responsabilité est sur nous. Ne nous en déchargeons pas. »

En ce qui concerne la forme, le style d’Albert Londres est très journalistique : phrases courtes sans fioritures, sens de la formule, humour omniprésent :

« Je voyais un libraire en fureur. Un libraire ou un éditeur en fureur c’est un beau spectacle pour un misérable auteur. On peut toujours espérer qu’ils en mourront ! »
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