George Orwell

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Re: George Orwell

Message par Marie le Jeu 6 Juil - 21:12



Une histoire birmane

traduit de l'anglais par Claude Noël
Editions Ivrea

C'est le premier roman, publié en 1934, d'un inconnu nommé Eric Blair. Qui ne signera plus que sous le nom de George Orwell.
La première édition de Burmese Days , traduite sous le titre La tragédie Birmane , avait été publiée en France en 1946.
C'est une histoire tragique qui se déroule dans une petite ville du nord de la Birmanie. Quelques individus y tournent en rond , les réunissent l'ennui , l'alcool, et le dégoût de la race inférieure indigène.
Le personnage central, Fleury, est sans doute le seul que je sauverais de ce gâchis. Ce n'est pas un mauvais bougre, mais il a une très mauvaise image de lui, et est, forcément, très soucieux du regard posé sur lui. Il aime la Birmanie, il a des amis indiens, mais les soutenir publiquement est au dessus de ses forces.
Mais il ne faut pas croire que ce soit plus sain de l'autre côté où la corruption règne.

C'est un livre tout à fait autobiographique. Né au Bengale, Eric Blair est rentré à l'âge d'1 an en Angleterre. Son père est employé des services de lutte contre l'opium; la famille de sa mère fait du commerce en Birmanie.
Et à 19 ans, il s'engage dans la police impériale indienne...Il sera policier en Birmanie pendant ces 5 ans, et c'est bien là, en Birmanie, que sa lucidité devant les injustices en a fait l'écrivain qu'il est devenu.
C'est un livre que j'ai mis longtemps à lire, non pas parce qu'il est difficile, pas du tout, bien au contraire, les descriptions si justes de cette bêtise humaine n'ont pas pris une ride, et pourraient être transposées à notre époque dans n'importe quel petit cercle fermé. Rien n'a beaucoup changé, hélas.
Mais parce que baigner dans cet univers est assez pesant ( se rajoute le poids de la nature, la jungle, très étouffante..) que le pauvre Fleury me faisait pitié, et que je craignais la fin. Je l'ai fini, pas de surprise...
Très bon et réaliste document, beau et triste roman, merci Animal, je ne l'aurais jamais lu sans toi!


Un extrait :

" Ah, docteur, soupira Fleury, étendu sur sa chaise longue, quelle joie de me retrouver ici après ce fichu Club! Quand je viens vous voir, j'ai le sentiment d'être un pasteur non conformiste en goguette qui ramène une putain de la ville. C'est si bon de se sentir en vacances, loin de ces gens là- il pointa un talon en direction du Club- de mes bien-aimés collègues bâtisseurs d'Empire.
Le prestige britannique ,le fardeau de l'homme blanc, le pukka sahib sans peur et sans reproche et tout le bazar! Ca soulage, une petite parenthèse comme ça.


- Allons, allons, cher ami, voyons, je vous en prie!Ce n'est pas bien! Il ne faut pas dire des choses pareilles de ces honorables gentlemen anglais.

... - Ecoutez, monsieur Flory, vraiment, il ne faut pas parler comme cela! Pourquoi dites vous toujours du mal des pukkha sahibs, comme vous les appelez? Ils sont le sel de la terre. N'oubliez pas les grandes choses qu'ils ont réalisées , n'oubliez pas les grands administrateurs qui ont fait de l'Inde britannique ce qu'elle est.....Voyez la noblesse de sentiments des gentlemen anglais! Leur admirable loyauté les uns envers les autres! Même ceux d'entre eux dont le comportement n'est pas des plus louables- car certains Anglais sont effectivement arrogants, je vous l'accorde- ont les grandes, les solides qualités qui nous manquent, à nous autres Orientaux. Sous leur écorce rugueuse, ils ont des coeurs en or.


- Disons de plaqué or. Il y a entre les Anglais installés dans ce pays une sorte de camaraderie complètement bidon. C'est pour nous une tradition que de nous saouler la gueule de conserve , d'échanger des invitations à dîner et de faire semblant d'être amis, alors que nous nous haïssons cordialement.Nous appelons ça nous serrer les coudes. Il y a là une nécessité politique. C'est la boisson, bien sûr, qui fait tourner la machine; sans elle ,nous deviendrions tous fous furieux et nous nous mettrions à nous entretuer au bout d'une semaine. Tenez, docteur, voilà un beau sujet pour un de vos essayistes distingués: De la boisson en tant que ciment de l'Empire!

Le docteur secoua la tête.
" Je ne sais vraiment pas, monsieur Flory, ce qui vous rend cynique à ce point. C'est horriblement gênant. Un gentleman anglais si doué, si comme il faut, tenant des propos séditieux dignes du Patriote birman!


- Séditieux? dit Flory. Je ne suis pas séditieux le moins du monde. Je ne veux absolument pas que les Birmans nous éjectent de ce pays. Le ciel nous en préserve! Si je suis ici, c'est pour faire de l'argent, comme tout le monde. Je suis contre ce vieux canular de fardeau de l'homme blanc, voilà tout. Je refuse de poser au pukka sahib. C'est assommant. Ces pauvres connards du Club eux- mêmes pourraient se révéler un peu plus vivables si, tous autant que nous sommes, nous ne vivions pas dans un perpétuel mensonge.

- Quel mensonge, cher ami?
- Mais, voyons, celui qui consiste à prétendre que nous sommes ici pour le plus grand bien de nos pauvres frères de couleur, alors que nous sommes ici pour les dépouiller, un point c'est tout. Je suppose que ce mensonge est on ne peut plus naturel. Mais il nous corrompt de diverses manières que nous n'imaginons même pas. Nous avons constamment le sentiment d'être des spoliateurs, des menteurs; ce qui nous rend coupables et nous amène à nous justifier sans trêve ni répit. C'est là le fondement d'une bonne partie de notre conduite infecte à l'égard des indigènes. Nous pourrions être à peu près supportables, pour peu que nous voulions bien admettre que nous sommes des voleurs et que nous continuions à voler sans complexes...




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Re: George Orwell

Message par animal le Jeu 6 Juil - 21:41

Avec le temps c'est un livre qui compte beaucoup dans l'image et la compréhension que j'ai de l'auteur. Un de ses textes qui laissent une idée précise en mémoire (dans celui-ci l'idée que la beauté ne vaut que si elle peut être partagée ?). Et ça me rappelle l'émission de l'autre midi qui parlait de la Ferme des animaux (Orwell serait-il plus "L'Humanité ou Le Figaro" ? je résume le passage) et cette presque surprise encore d'entendre surtout la critique du régime communiste et pas la possibilité d'un partage cynique des gens du monde entre les deux puissances émergentes, ou émergées devrait-on dire de la seconde guerre mondiale.

Ma relecture remonte bientôt à dix ans, cette idée et le souvenir vague du désemparement des animaux restent clairs.

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Re: George Orwell

Message par Baleine le Lun 10 Juil - 23:51

1984 m’avait déprimée à l’époque où je l’ai lu, au sens de ‘rendue totalement apathique’. Je me rappelle avoir eu beaucoup de mal à quitter mon lit pendant un moment après l’avoir terminé. Pourtant, je ne garde pas énormément de souvenirs du roman, et je pense être restée assez indifférente au style… mettons qu’il m’a marquée à sa façon. Ce fil me donne envie, peut-être, de lire un autre de ses livres… voire de relire 1984

A ce qu'il paraît, depuis l'élection de Donald Trump, 1984 se vend comme des petits pains ... Et tant mieux !
J’ai entendu la même chose pour La servante écarlate. C’est intéressant comme phénomène.
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Re: George Orwell

Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 11 Juil - 8:17

J'ai acheté de date récente Hommage à la Catalogne. Je n'ai pas lu un seul Orwell et ça manque à ma culture. M'enfin, j'imagine que j'aurais de l'appétence à le lire après avoir lu London, non...?
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