Robert Brasillach

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Robert Brasillach

Message par ArenSor le Lun 10 Juil - 19:06

Robert Brasillach
1909-1945


Robert Brasillach est un écrivain, journaliste et critique de cinéma français.
Ancien élève du lycée de Sens où il a pour professeur Gabriel Marcel, Robert Brasillach est, après trois ans de classe préparatoire littéraire au lycée Louis-le-Grand, admis à l'École normale supérieure en 1928, période qu'il décrira longuement dans les premiers chapitres de Notre avant-guerre, livre de mémoire écrit en 1939-1940.
Il assura une chronique littéraire dans le quotidien L'Action française et dans L'Étudiant français durant la première moitié des années 1930.
Auteur de l'entre-deux guerres et de la Seconde Guerre mondiale, il fut, de 1937 à 1943 rédacteur en chef de l'hebdomadaire Je suis partout, dans lequel il laissa transparaître sa haine des Juifs, du Front populaire, de la République, et, sous l'Occupation, son admiration du IIIe Reich.
La violence de ces attaques conduira à son arrestation à la fin de la guerre et il sera emprisonné à Fresnes ou il attendra son procès et sa condamnation à mort en dépit d'une demande de grâce signé par Mauriac, Malraux, Camus... mais celle-ci sera refusée par le Général De Gaulle.
Il est fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge.
(d'après Wikipédia)

Bibliographie sélective :

Présence de Virgile, 1931
Le Voleur d'étincelles, 1932
Le Procès de Jeanne d'Arc, 1932
L'Enfant de la nuit, roman, 1934
Portraits. Barrès, Proust, Maurras, Colette, Giraudoux, Morand, Cocteau, Malraux, etc., 1935
Histoire du cinéma, 1935 (en collaboration avec son beau-frère Maurice Bardèche)
Le Marchand d'oiseaux, 1936
Animateurs de théâtre, 1936
Les Cadets de l'Alcazar, 1936
Léon Degrelle et l'avenir de « Rex », 1936
Comme le temps passe..., 1937
Pierre Corneille, 1938
Les Sept Couleurs, 1939
Histoire de la guerre d’Espagne (avec Maurice Bardèche), 1939
Le Siège de l'Alcazar (avec Henri Massis), 1939
Notre avant-guerre, 1941
La Conquérante, 1943
Poèmes, 1944
Les Quatre Jeudis, 1944

Publications posthumes
Poèmes de Fresnes, 1945
Lettre à un soldat de la classe 60, 1946
Les Frères ennemis, 1946
Chénier, La Pensée française, 1947
Morceaux choisis, 1949
Anthologie de la poésie grecque, 1950
Lettres écrites en prison, 1952
Six heures à perdre, 1953
Bérénice, théâtre (drame), 1954
Journal d'un homme occupé, 1955
Poètes oubliés, 1961
Domrémy, 1961
Commentaire sur La Varende, 1962
En marge de Daphnis et Chloé, 1963
Nouvelle prière sur l'Acropole, 1963
Écrit à Fresnes, 1967
Une génération dans l'orage, 1968
Vingt lettres de Robert Brasillach, 1970
Abel Bonnard, 1971
Les Captifs, roman inachevé, 1974
Le Paris de Balzac, 1984
Hugo et le snobisme révolutionnaire, 1985
Montherlant entre les hommes et les femmes, 1985
Fulgur, roman collectif, 1992
La Question juive, articles de Brasillach et Cousteau, 1999
Relectures Robert Brasillach, 2002
Son beau-frère Maurice Bardèche assura la direction de publication, au Club de l'Honnête Homme, des Œuvres complètes (expurgées) en 12 tomes, de 1963 à 1966.





Robert Brasillach fait partie de ces écrivains dont la réputation a été entachée par leur comportement pendant la seconde guerre mondiale. Drieu la Rochelle, Rebatet, Céline, dans une moindre mesure quelques autres : Chardonne, Morand, Jouhandeau, ont subi le même sort. Certains de ces auteurs peuvent être considérés comme plus coupables que d’autres dans la mesure où ils ont participé activement par leurs écrits à diffuser des messages de sympathie pour l’occupant nazi, un antisémitisme virulent et des appels aux meurtres. Céline a publié des pamphlets, Drieu-la-Rochelle a dirigé la NRF, Brasillach et Rebatet ont écrit dans « Je suis partout », l’un des journaux les plus antisémite et collaborationniste de ces années là. Deux paieront de leur vie cet engagement, Drieu se suicide, Brasillach est fusillé ; les autres, jugés plus tardivement échappent au peloton d’exécution.
avatar
ArenSor

Messages : 786
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Din ch'nord

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Robert Brasillach

Message par ArenSor le Lun 10 Juil - 19:21

Une génération dans l’orage



Cet ouvrage comporte deux livres : « Notre avant-guerre » écrit en 1939-1940 et publié l’année suivante, « Journal d’un homme occupé » constitué de récits divers et d’extraits d’articles parus dans « Je suis partout », mis en ordre et publié après la mort de Brasillach par son beau-frère Maurice Bardèche.

Notre avant-guerre est une évocation du Paris des années 20 et 30 vu par Brasillach. Le récit commence avec l’entrée à Louis-le-Grand, l’exposition des arts décoratifs de 25, la découverte de la littérature, du cinéma muet, des théâtres. Il se poursuit par les premières expériences journalistiques et se termine par les voyages dans l’Espagne en guerre et en Allemagne lors du congrès de Nuremberg de 37.

Brasillach excelle dans un univers proustien, décrivant avec émotion et mélancolie un temps qui ne reviendra pas. L’extrait suivant en donne toute l’ambiance :

« Le soir de « Comme ci ou comme ça » ou le soir d’ « Hamlet », moins encore, d’une pièce oubliée, triste et énervée, qui peut dire ce qu’il est devenu dans notre symbolique personnelle ? C’était un soir de l’avant-guerre, un de ces soirs comme il n’y en aura plus, et on aura de la peine à savoir ce que de pareilles minutes pouvaient représenter pour nous, qui avions dix-sept ans, ce printemps parfumé, ces féeries envoûtantes, ces voix blanches et alternées. C’était un soir de l’avant-guerre, où l’on croyait encore à tant de choses, et à la jeunesse éternelle, et au goût de miel des tilleuls sur Paris. »

Le style de Brasillach peut être qualifié de « vieille France », ce qui n’est pas pour moi péjoratif, bien au contraire. Des phrases amples, admirablement construites, sans scories. La plume nous accompagne avec fluidité, sans aucune lassitude, dans un récit de 300 pages. Brasillach est sans conteste un bon écrivain, plaisant à lire.

Que peut-on en déduire de la personnalité de l’auteur ?  A Paris, à Louis-le-Grand et à l’ENS, Brasillach baigne dans un univers culturel marqué bien à droite, celui de l’Action française qui a beaucoup d’audience dans la 1ère moitié du 20e siècle. Ses compagnons se nomment Maurice Bardèche, qui deviendra son gendre, Thierry Maulnier, Georges Blond, et quelques autres,  il y a tout de même quelques exceptions comme Roger Vailland mais qui n’apparait que fugitivement. Brasillach va être amené à fréquenter Bainville, Gaxotte et celui qu’il considère comme le plus grand penseur politique de l’époque, Charles Maurras. Il est intéressant de voir les principes qui unissent tous ces personnages : anti bourgeoisie, culte de la jeunesse, de la nature, de la virilité, mépris sinon haine pour la démocratie. Tout cela s’enchaîne avec des gouvernements jugés corrompus et de compromis, qui amènent aux journées anti parlementaires de 1934, premier point de fracture. C’est à cette date par exemple que Rebatet renie l’Action française qu’il juge trop molle pour promouvoir un «fascisme à la française ». L’attitude de Brasillach semble plus nuancée, il gardera jusque 1940 (et peut-être au-delà) une grande admiration pour Maurras. La seconde rupture a lieu en 1936 avec le Front populaire, vécu comme une victoire du marxisme entraînant la pagaille, puis ce sera Munich et la guerre. Curieusement, Brasillach semble un peu en retrait de ces événements qu’il juge avec un certain détachement et une bonne dose d’ironie.

Le Journal d’un homme occupé
vaut surtout pour la description de la drôle de guerre et des manœuvres absurdes des régiments en mai et juin 1940. Brasillach narre également ses conditions de vie comme prisonnier dans un stalag.En revanche, les extraits de « Je suis partout » ont été choisis pour leur qualité littéraire et leur côté politique acceptable. Vous n’y trouverez pas la phrase terrible : « Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder les petits. »

Comment un individu cultivé, fin, sensible, doté d’une solide culture humanisme, d’humour et d’auto dérision, a-t-il pu en arriver à proférer de pareilles horreurs ? Il y a là une folle course vers l’abîme qui part d’une volonté de régime fort, à la fois social et national, qui passe par les hommages au Maréchal, sauveur de la France, à la collaboration et la situation se raidissant, se range définitivement au côté d’une Allemagne garante d’une grande Europe, ultime rempart contre la menace bolchevique.

Un point m’a frappé tout de même dans ces récits : la notion d’un « génie français » qui parcourt toute l’histoire de France à travers un certain nombre de réalisations et de figures tutélaires qu’elles soient politiques, littéraires ou artistiques. Il y a là une construction intellectuelle et morale qui se sent menacée par certaines catégories de la population : les Juifs, les Bolcheviques, pire les Juifs bolcheviques ! Tout cela protégé par un régime parlementaire corrompu, expert en alliances de partis et en compromis.

Alors pourquoi lire Brasillach aujourd’hui ? D’abord pour le plaisir du style, ce qui n’est pas rien ; ensuite pour une évocation sensible de certains milieux culturels de l’entre deux-guerres, de cette génération quelque peu sacrifiée ; enfin pour tenter de comprendre, encore et toujours ; même si c’est impossible ; en tout cas, « Une génération dans l’orage » offre quelques clefs.

Pour conclusion, on a souvent cité le général de Gaulle qui a refusé la grâce à Brasillach et qui a écrit : « Dans les Lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilité ». Je suis assez en accord avec cette opinion.


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #journal
avatar
ArenSor

Messages : 786
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Din ch'nord

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Robert Brasillach

Message par Tristram le Lun 10 Juil - 21:37

L'audience, en tout cas, engendre des obligations...

« La guerre, disait de Sur, cela ressemble un peu à un édit qui livrerait un condamné à mort à des médecins. On fera sur lui des expériences utiles. S’il en réchappe il aura la vie sauve. »
Robert Brasillach, « Comme le temps passe », Cinquième épisode, « Le grand voyage »

avatar
Tristram

Messages : 1951
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Robert Brasillach

Message par Bédoulène le Lun 10 Juil - 22:16

Arensor je viens de croiser ces idées, Maurras et d'autres dans ma lecture de Bernanos (les cimetières sous la lune) ; les réflexions faites à propos des Juifs m'ont fait pensé qu'il était lui aussi antisémite. Les mêmes propos sur les démocraties, la jeunesse ........ même journal !

Michel Laval a écrit une biographie sur Brasillach (ayant lu avec Shanidar, celle de Koestler, je pense qu' elle doit être intéressante)

merci pour ton commentaire !

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 4008
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Robert Brasillach

Message par ArenSor le Mer 12 Juil - 19:16

Bédoulène a écrit:Arensor je viens de croiser ces idées, Maurras et d'autres dans ma lecture de Bernanos (les cimetières sous la lune) ; les réflexions faites à propos des Juifs m'ont fait pensé qu'il était lui aussi antisémite. Les mêmes propos sur les démocraties, la jeunesse ........ même journal !

Michel Laval a écrit une biographie sur Brasillach (ayant lu avec Shanidar, celle de Koestler, je pense qu' elle doit être intéressante)

merci pour ton commentaire !

Brasillach parle justement de Bernanos, un peu comme un traite et une personne qui a perdu la tête ! Preuve que dans une même communauté d'esprit les choix peuvent être différents, voire opposés. J'ignore si Bernanos était antisémite mais le personnage me plait, farouchement antifasciste durant la guerre, protestant contre les excès de l'épuration, refusant un poste au gouvernement, une place à l'Académie... C'est un auteur que je connais mal, lacune qu'il va me falloir combler Smile
avatar
ArenSor

Messages : 786
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Din ch'nord

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Robert Brasillach

Message par Nadine le Mer 12 Juil - 20:07

J ai entendu ce dont tu parles en presentation, Arensor, lors de mes cours en lettres modernes, magistraux, les seuls en amphithéâtre, ce contexte me les rend encore plus vifs, j ai d'ailleurs encore toute la fresque historique des mouvements littéraires en leur contemporanéité que notre professeur nous transmettait, dans un cahier .
J ai toujours eue le projet d'un jour y revenir.

Les 40 ans et leurs fétus sont une bien belle période, ils nous forcent à entendre les choses encore à faire pour se rester fidèle en sa curiosité et ses lacunes.
avatar
Nadine

Messages : 2098
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Robert Brasillach

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Documents et essais :: Histoire et témoignages

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum