Albert Caraco

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Albert Caraco

Message par bix_229 le Dim 16 Juil - 22:16

Albert Caraco
1919-1971


Albert Caraco, né à Constantinople (aujourd'hui Istanbul) le 8 juillet 19191 et mort à Paris le 7 septembre 19712, est un penseur uruguayen, d'expression française et d'origine turque. Caraco a publié une œuvre volumineuse et radicale, souvent jugée comme nihiliste et pessimiste, comparée parfois à celle de Cioran.

Fils de José Caraco et d'Elisa Schwar, il est issu d'une famille juive séfarade installée en Turquie depuis quatre siècles. Après avoir vécu à Prague, Berlin et Vienne, ses parents se fixent un temps à Paris, où Caraco, leur fils unique, complète ses études au lycée Janson-de-Sailly. Par la suite, suivant les traces de son père qui est banquier, il étudie et obtient son diplôme de l'École des hautes études commerciales de Paris en 1939.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, ses parents et lui se réfugient en Amérique du Sud : après Rio de Janeiro et Buenos Aires, c'est finalement à Montevideo qu'ils s'installent pour la durée du conflit européen ; là, ses parents se convertissent au catholicisme et prennent soin d'offrir à leur fils une éducation catholique. Sa famille prend la nationalité uruguayenne, nationalité qu'il gardera jusqu'à la fin de sa vie.
À son retour en France une fois la guerre terminée, sa vision du monde en est profondément bouleversée. En 1963, la disparition de sa mère motive l'écriture de son ouvrage Post Mortem. Le 7 septembre 1971, en son domicile du 34 rue Jean-Giraudoux, il se suicide quelques heures après la mort de son père, conformément à l'esprit de son œuvre.

Il s'exprime couramment en quatre langues – français, allemand, anglais et espagnol –, et bien que ses écrits sont rédigés en français, il n'est pas rare de trouver sous sa plume certaines phrases, des paragraphes, voire des pages entières, dans une autre de ces langues. Légataire spirituel et littéraire du Grand Siècle français et des Lumières, Caraco se réclame d'un classicisme tranchant net avec la stylistique moderne.

Auteur prolifique, Caraco demeure ignoré du grand public en raison peut-être de l'intransigeance de ses écrits, et de ses opinions controversées et propos intempestifs propres à choquer. Hormis quelques manifestations d'intérêt isolées, l'establishment académique se fait fort de négliger un penseur inactuel qui ne s'en préoccupe guère et ne cadre aucunement avec les modèles de réflexion et d'expression en vigueur. Un éditeur suisse, L'Âge d'Homme, entreprendra cependant de publier l'ensemble de son œuvre.
source : Wikipédia

Bibliographie :

Littérature
1941 : Inès de Castro. Les Martyrs de Cordoue
1941 : Le Cycle de Jeanne d'Arc et quelques poèmes et illustrations
1942 : Le Mystère d'Eusèbe, Buenos Aires
1943 : Contes. Retour de Xerxès, Buenos Aires
1949 : Le livre des combats de l'âme
1968 : Post Mortem (également édité sous le titre Madame Mère est morte)

Philosophie
1952 : L'école des intransigeants (Rébellion pour l'Ordre)
1953 : Le désirable et le sublime
1957 : Foi, valeur et besoin
1957 : Apologie d'Israël. Tome 1 : Plaidoyer pour les indéfendables
1957 : Apologie d'Israël. Tome 2 : La marche à travers les ruines
1965 : Huit essais sur le mal
1966 : Le tombeau de l'histoire
1967 : Les races et les classes
1968 : La luxure et la mort
1970 : L'ordre et le sexe
1974 : Obéissance ou servitude
1982 : Essai sur les limites de l'esprit humain
1984 : Écrits sur la religion

Autres
1965 : L'art et les nations
1967 : Le galant homme : Un livre de civilité
1975 : Simples remarques sur la France
1975 : La France baroque
1975 : Ma confession
1976 : L'homme de lettres : Un art d'écrire
1982 : Bréviaire du chaos
1994 : Abécédaire de Martin-Bâton

Journaux (Publications posthumes)
Le semainier de l'agonie : Le semainier de 1963 suivi de Post Mortem
Semainier de l'an 1969 : du 10 mars au 27 juillet
Semainier de l'incertitude
Journal d'une année : Octobre 1957 - Octobre 1958






Né à Constantinople dans une famille séfarade installée en Turquie depuis quatre siècles. Albert Caraco suivit ses parents à travers l'Europe - Vienne, Prague, Paris - et se réfugia en Uruguay à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.
Après la guerre, retour de la famille à Paris.

Si on ne se fie qu'aux apparences, Caraco est un homme peu recommandable. Il se veut mysogine, misanthrope. Il n'aime pas la vie et il hait le monde.
Seule la mort lui parait logique et plus conséquent que Cioran, il se pendra sur le cadavre de son père. Comme il l'avait promis.

"Je n'aime point la vie et le mépris qu'elle m'inspire s'étend aux créatures, je ne plains jamais ceux qui meurent et je conseille à ceux qui souffrent de mourir au lieu de chercher ma compassion, la mort est à mes yeux le remède omnibus et la solution de la plupart de nos problèmes."

Il détestait le monde et le monde et le monde le lui a bien rendu. Sa vie fut solitaire et il ne la partagea pour ainsi dire qu'avec sa mère et son père.
Son oeuvre, essentiellement philosophique était abondante, mais ne fut guère lue. Il faut bien dire qu'il ne fit pas la moindre concession. Le ton même est péremptoire, hautement pessimiste, quasiment nihiliste.
Et pourtant, malgré tout, son style est saisissant. On le croirait directement issu du 17e siècle. Sobre et pénétrant. Lapidaire.

"L'Histoire est une passion et ses victimes légion, le monde que nous habitons est l'enfer tempéré par le néant, où l'homme refusant de se connaître, préfère s'immoler, s'immoler comme les espèces animales trop nombreuses... en s'imaginant qu'il est plus sublime de périr, de périr innombrable que de le repenser enfin, le monde qu'il habite."

A le lire attentivement, on remarque ses dons d'observation et son éruditon. Il connaissait parfaitement quatre langues, mais c'est le français qu'il a choisi.
Et s'il a une chance d'être lu sans être rebuté, il faudra penser qu'il y avait un certain courage de vivre en conformité avec sa pensée.
Peut-être aura t-il une chance parmi les lecteurs de Bernanos, celui des Grands cimetières sous la lune.
Et de Cioran, évidemment.

"Nous deviendrons atroces, nous manquerons de sol et d' eau, peut-êetre manquerons-nous d'air et nous nous exterminerons pour subsister, nous finirons par nous manger les uns les autres et nos spirituels nous accompagneront dans cette barbarie, nous fumes théophages et nous serons anthropophages, ce ne sera qu'un accomplissement de plus.
Alors on verra, mais à découvert, ce que nos religions renfermaient de barbare, ce sera l'incarnation de nos impératifs catégoriques et la présence devenue réelle de nos dogmes, la révélation de nos mystères effroyables et l'application de nos légendes les plus inhumaines sept fois que nos lois pénales."


Et puis, je l'ai dit, Caraco appréciait la France et admirait son histoire et ses traditions. Même si cepays refusa d'écouter Bernanos.
Et la France refusa aussi de l'entendre. Déjà les éditeurs et les critiques. Et je pense qu'il en fut chagriné.

"Un écrivain sans renommée est un pauvre homme, j'ose à peine déclarer la profession que j'exerce et nul ne m'ayant lu, les feuilles ne parleront jamais de moi, je reste dans ma chambre autant qu'il est possible, écrivant, attendant, attendant, écrivant, en l'espérance qu'on me juge enfin au vu de mes écrits."

Enfin, il a beau détester l'humanité, il aima son père et bien plus encore sa mère. Même si ses propos sur le sujet semblent parfois ambigus.
C'est tout le propos de Post Mortem. (L'Age d' homme, 2012)

Les titres de l'oeuvre de Caraco sont significatifs de leur contenu et de leur portée.

Récupéré. pour satisfaire la curiosité de Quasimodo.
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Re: Albert Caraco

Message par bix_229 le Dim 16 Juil - 22:25



POST  MORTEM. - Revizor/ éditions L'Age d'homme

"Fin 1963, la mère d’Albert Caraco s’éteint d’une hémoptysie. Ce mot barbare signifie qu’elle crachait du sang au stade terminal de son cancer du poumon. Un entremets mortel, dernier acte de son agonie que son nihiliste de fils décrit froidement dans Post Mortem, un cours récit réédité par L’Âge d’homme. L’écrivain Caraco a attendu la quarantaine pour devenir adulte, en perdant sa mère juive, avec qui il avait quitté sa Constantinople natale puis la France de 1939 pour l’Amérique Latine. Après avoir conjuré cette première épreuve existentielle, il ne lui faudra plus que la mort de son père pour s’accomplir pleinement et rencontrer la vacuité de l’existence dans un ultime hara-kiri.

Tel un funambule jonglant avec des torches au-dessus d’une ville incendiée, l’auteur-narrateur cultive son sens du tragique en anachorète cioranien: « Je me sens loin des hommes et des femmes, leur union me paraît assez ridicule et j’aime mieux la solitude que le mariage, et le néant que la paternité ».
Albert devenu grand s’acharne à appeler « Madame Mère » celle qu’il n’a jamais cessé de vouvoyer, moins en signe de déférence que par souci de distanciation, Caraco ne transigeant pas avec les vues médiocres d’une mère décidément humaine, trop humaine : « Madame Mère aimait la vie, non pas outre mesure, mais un peu plus que de raison, elle improuvait le suicide et l’idée de la mort elle la repoussait, elle osait même dire qu’il fallait vivre tout comme si l’on ne mourait jamais, aussi parait-elle assez désarmée et manqua-t-elle de grandeur, elle crut à ses médecins qui lui mentaient avec impertinence et les approches du néant ne l’avertirent point. Mon estime pour elle a baissé de moitié, ce ne fut qu’une pauvre femme, ses belles qualités se démentirent et j’en souffre, sa volonté de vivre et son espoir de guérison lui firent manquer son trépas ».

On atteint là le summum de la cruauté filiale, un sentiment dont les fils entremêlés confinent au sublime, tant son radical dégoût de l’humanité ignore les facilités de la misanthropie de salon. Soit dit en passant, son mépris des conventions rencontre l’anti-maternalisme de bien des féministes contemporaines lasses d’entendre le tic-tac de leur horloge biologique les ramener à leur nature de pondeuses : « quoi de plus atroce que notre idéal de la fécondité ?  Nous abaissons la femme au rang d’un instrument impersonnel et nous la forçons à produire ceux que l’on immole et de nécessité ».
Faire usage de sentiments sans sentimentalisme, voilà le tour de force auquel parvient le moraliste Caraco, atteint dans sa chair par une agonie maternelle de près d’un an, durant laquelle il observe le cancer ronger l’esprit de son père en même temps que les poumons de sa mère. À la différence du futur veuf inconsolable, le fils prodigue épouse ce qu’il ne peut empêcher, se résigne à demeurer minuscule devant l’ineffable fin. Agité des spasmes de la maladie maternelle, il exècre le désolant spectacle de Madame mère s’éteignant à petit feu : « L’aimable femme méritait de mourir doucement et non de se défaire au milieu de ses médecins impuissants et glacés ».

Survient l’inévitable. La faucheuse, dans sa grande indécence, entraîne le lâche soulagement du père et du fils. Arrive le jour de la crémation, prétexte à l’une des plus belles pages de Post Mortem, où le voile blond du soleil libère les esprits endeuillés des Caraco à l’entrée de l’incinérateur. Pour Albert et son père, le deuil devient le moment du recouvrement, hermétique à toute morale, condamnant nos deux compères esseulés à opter pour l’abattement ou à la sagesse. Albert suit la seconde voie, convaincu que « nous devons enterrer nos morts ou devons les suivre, nous immoler sur leurs tombeaux ou nous en détourner sans verser une larme ».
Rester ad vitam, « le fils inconsolable d’une morte », tel est le stérile dessein que Caraco déjoue somptueusement. Pendant ses moments d’égarement, il cède à quelque lyrisme revenu du monde des morts : « Je suis la résurrection de celle qui n’est plus, mon œuvre l’arrache au néant, la voilà devenue ma fille, il ne subsiste en moi nulle tristesse » clame-t-il dans un accès de mysticisme impromptu.

Mais gare au contresens. Albert Caraco n’est pas Albert Cohen. Malgré leur commune condition d’orphelin, l’inapprivoisé  Post Mortem brise le cristallin Livre de ma mère comme un fauve enragé surgi au milieu d’un service Baccarat. Ecrit sous forme de petits fragments d’humeur assassine, ce petit volume ne s’embarrasse pas de longueurs inutiles. Jusque dans son esthétique spartiate, Post Mortem reflète la fulgurance d’une pensée en apnée.
En refermant ce petit livre bleu si avare en épanchements superflus, nous viennent deux épitaphes en écho. Celui qu’Albert adresse à sa mère recluse outre-tombe : « Paix à la pauvre tourmentée ! Elle a beaucoup souffert et maintenant qu’elle est dissoute, elle repose enfin et d’un sommeil pour la première fois sans rêves ». Lui répond l’aphorisme de Post Mortem par lequel Caraco décrit sa vie inachevée mais déjà consumée : « Qui fait profession de se haïr rompt les attachements sensibles ». Sentence fatale et définitive, comme la corde tendue qui l’emporta un jour de septembre 1971…
L'extrait est de Causeur.fr

Peronnellement, j'ai resenti dans tous les courts textes qui composent le livre une mise à distance de l'auteur par rapport à sa mère et à ses propres conceptions sur la vie, la mort et sa philosophie.
Mais de page en page,  Caraco ne peut que se laisser aller à une tendresse et une émotion d'autant plus fortes qu'il essaie de les cacher. Au risque de passer pour insensible et cruel, il s'en défend, mais on voit peu à peu l'évolution se dessiner clairement.

"Madame Mère aimait la vie, non pas outre mesure, mais un peu plus que de raison... Et l'idée de la mort elle la repoussait, elle osait meême dire qu'il fallait vivre comme si l'on ne mourrait jamais...
Mon estime pour elle a baissé de moitié, ce ne fut qu'une pauvre femme, ses belles qualités se démentirent et j'en souffre, sa volonté de vivre et son espoir de guérison lui firent manquer son trépas."

P. 19

"Nous nous trouvames l'été 60 à Vichy; Madame Mère y soignait la gorge...nul ne se doutait de la mort qui planait au dessus de cette noble femme...
L'année suivante elle eut un dernier moment de beauté dans cette belle cathédrale d' Aix, on eut dit la couleur des lieux ou le reflet de ses décors. Je venais d'assister à son couchant, c'était le rayon vert."

P. 22

"Voilà, me semble-t-il, un amoureux langage de la part d' un homme qui s' avise dene pas aimer sa mère, ces contradictions sont naturelles,je suis plein de méandres, enfin j' écris et c' est tout dire, je m' égare à ma propre suite"…
P. 23

"Une semaine a donc passé depuis le décès de Madame Mère et ce fut la semaine la plus longue de ma vie, elle m'aura duré je ne sais plus combien de mois, je me retrouve non pas seul, mais véritablement multiplié, je me retrouve les mains pleines, une présence à mes cotés et dans mon être une lumière.
La morte a répandu sur moi les dons que je n'osais attendre de personne, le vide qu'elle avait laissé s'emplit de grâces débordantes et de faveurs incessantes. Bonne madame Mère, je vous remercie, vous m'avez révélé ce que je croyais impossible et votre mission se continue au travers de la mienne."

P. 97

Il y a plusieurs façons de faire le travail de deuil, et celui de Caraco, quil le veuille ou non, il l'a sublimé dans l' écriture.

Récupéré

Ce livre est plein de bile et de fiel. Et son encre terriblement corrosive.
Il avait fait le bonheur de Coli, mais je doute qu'il trouve d' autres fans. B
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Re: Albert Caraco

Message par Chamaco le Dim 16 Juil - 23:00

Surprenant cet auteur, je n'en ai jamais entendu parler, sa presentation, honnête et non en cause, pourrait le faire paraître repoussant, son parcours de vie peut être effrayant, mais cette noirceur a quelque chose d'attirant, pourquoi..?
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Re: Albert Caraco

Message par ArenSor le Lun 17 Juil - 12:48

Ecrivain dont j'ignorais l'existence et qui ne semble pas inintéressant. Merci Bix Smile
(Il devrait toutefois être classé parmi les écrivains d'Amérique du sud car il avait gardé la nationalité uruguayenne, un peu comme Cossery avait conservé la nationalité égyptienne)
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