Anonyme : La scierie

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Anonyme : La scierie

Message par animal le Lun 24 Juil - 22:13



La scierie

héros-limite a écrit:A la suite de circonstances parfaitement indépendantes de sa volonté, un jeune bourgeois de dix-neuf ans se trouve dans l’obligation de vivre, pendant deux années pleines, la vie d’un ouvrier de scierie – genre de vie auquel rien, absolument rien ne l’a préparé.
C’est donc un récit réaliste, mais d’une originalité particulière, puisqu’il s’agit d’une plongée en milieu  «prolétarien», et d’une vraie plongée, sans tricherie aucune, effectuée sous la contrainte et en dehors de tout parti-pris idéologique.
Extrait de la préface rédigée par Pierre Gripari en 1975.

Pas simple déjà de "ranger" ce petit fil ouvert pour parler de l'ouvrage. Récit d'une expérience très personnelle et écrit de façon très brute, pourtant il y a la tentation de le ranger "littérature tout court", pourquoi ? Peut-être l'influence de la préface qui parle d'un ton manquant et d'un choc.

Choc qui peut se comprendre, la description du travail en scierie dans les forêts du Loir et Cher (on ne verra plus le département du même œil) est... brutale. Les Grandes gueules à côté ce n'est pas loin de Winnie L'Ourson. Travail exténuant, dangereux, aussi mal payé que désespérément indispensable.

L'à côté du travail,  qualifié dans la préface de "méchanceté" mérite aussi qu'on s'y arrête. Il n'y a pas de lyrisme du travailleur ou du gagneur. Les coups bas et renvois d'ascenseur du même acabit sont de la partie...

Le truc dingue pourtant c'est la force, la rage, la hargne et l'orgueil  qui font que ce jeune homme tient. Pas envie de s'écrouler devant des types à qui ça ferait trop plaisir, classe sociale oblige et un drôle de besoin "d'en chier", de s'éprouver, de faire l'impossible, de vaincre l'usure. Et pas qu'un peut, c'est fascinant et serait malsain si en filtre on ne sentait pas du recul et une conscience de la vanité de la chose, de même qu'un réalisme quant au gain.

Il n'est pas tout seul dans cette galère, on découvre une "élite" de forcenés fous furieux. Plus forts que les autres, sans répits pour un très mince espoir de s'en sortir mieux à terme dans un contre la montre démesuré.

C'est brut mais précis. Le regard sur le travail, ce rapport au travail, excessif certes mais rare dans la balance montrée entre la contrainte matérielle et le besoin quasi indépendant de faire les choses, de s'éprouver, de s'user (pour reprendre les mots déjà utilisés), une manière de se construire dangereuse, déraisonnée en fait. Un effet de jeunesse, ou pire. Ou alors un réflexe pour se mettre à l'abri au sens où pire que soi sera difficile à trouver.

Une lecture pas nette, le genre de machin qu'on ne lit vraiment pas souvent, rageur, sauvage, violent. Fascinant, avec malaise.


mots-clés : #initiatique #social


Dernière édition par animal le Dim 20 Aoû - 12:31, édité 1 fois

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Re: Anonyme : La scierie

Message par Bédoulène le Lun 24 Juil - 23:11

merci Animal ! j'ai eu très vite l'intention de le lire, ce sera bientôt

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Re: Anonyme : La scierie

Message par Baleine le Lun 24 Juil - 23:14

Merci. Très intriguée...
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Re: Anonyme : La scierie

Message par Nadine le Lun 24 Juil - 23:22

Comment as tu rencontré ce livre Animal ?
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Re: Anonyme : La scierie

Message par animal le Mar 25 Juil - 6:22

Par la librairie qui met souvent en évidence des livres de cet éditeur, celui-ci j'ai tourné autour plusieurs fois et fini par franchir le pas. Ils ont de très bonnes choses dans leur catalogue !

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Re: Anonyme : La scierie

Message par Nadine le Dim 20 Aoû - 11:01

La scierie

Lu hier d'une traite ce récit,
un récit oui, avec un style maitrisé, rien qui dépasse et en même temps le talent de traduire exactement.
Je m'attendais à un intello qui frotte ses repères à une antithèse de monde. C'est plus subtil que ça.
On sent l'unité humaine en fait. Dans la souplesse de sa jeunesse, celui qui raconte épouse immédiatement le parlé et le rythme qui l'entoure. On sent qu'il a grandit dans ce secteur, et s'il a été éduqué, il n'a jamais été je crois hors des réalités du monde.
C'est l'histoire de trois embauches successives, de trois ambiances de travail, il traduit bien les émotions humaines, la bassesse, le travail.
Une lecture qui m'a beaucoup plu.
On comprend bien le travail de la scierie, c'est une des parts passionnantes du récit, on a vraiment le sentiment qu'il nous raconte.
Et son regard entier, juvénile mais authentique, aplanit les différences, c'est très parlant, on sent les épousailles d'avec l'effort.
J'ai rencontré parfois des ambiances de travail comme celles qu'il décrit, la surenchère intestine des compétitivités, le calcul, la méchanceté, le dépassement de soi qui fait disparaitre toute cohérence hors du présent, absurde tellement on en chie.
Et puis, enfin, il traduit bien les réseaux d'attitude que le travail très physique produit. les sons, les gestes, les perceptions sont très justement décrits.

Il parle beaucoup au présent.
Les gens de Saint-Dyé que je rencontre me disent :
-Ah benh, quoi que vous foutez donc, là-dedans ? Mais le sang pisse de partout, dans votre bordel ! Ah fi d'putain d'bon dié...
J'essaie de leur expliquer  rapidement que c'est un peu plus dangereux que de planter  des choux, et aussi un peu mieux payé. Ils me suivent des yeux quand je les quitte.
Cette dernière phrase hors contexte parait intello,"j'essaie de leur expliquer" induit une distance intellectuelle, croit-on; or, pris dans la lecture, plus justement, on devine qu'en fait s'il essaie d'expliquer, c'est plus physiologiquement que l'essai se joue , qu'il aboie presque, le "j'essaie de leur expliquer" ne traduit pas une volonté didactique auprès des pauvres ignorants, non, cela traduit que la boule à la gorge il crache "c'est plus dangereux que de planter des choux, ça, mais mieux payé". Voilà. Il fait une phrase construite où le style indirect ne traduit que ce qu'il dit, pas de position narrative qui n'en penserait pas moins. Si vous me suivez.

Il traduit très bien ce que les gens se disent, ce"qui se dit", en quelques mots. Les gens le suivent des yeux quand il les quitte, ainsi : on se dit rien en somme, on sait juste qu'il se tue à la tâche, comme ses collègues, il traduit bien comme on peut lire dans les allures, le teint, la marche, les mains abimées, l'orgueil qu'on met à porter son bagne.

Le secteur géographique, sans crier gare, est dépeind avec justesse, et force. par chance j'ai vécu à Blois dans le passé, un hiver, je pouvais donc sentir ce dont il parle, ces forêts serrées, ce brouillard, jusqu'aux lapins dans le parc de Chambord à l'aube.

On sent les mastodontes , tout ça pour produire des cageots, ces arbres énormes, etc etc
Merci Animal !
Une réalité du travail physique collecif est totalement transmise par ce récit.
Il n'y a pas de développement psychologique conceptuel, c'est juste comme une grosse fatigue.
C'est même pas un intello qui fraye avec l'ouvrier, c'est mieux, c'est la jeunesse qui cogne et choisit ses épreuves.
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Re: Anonyme : La scierie

Message par animal le Dim 20 Aoû - 11:13

Il n'y a pas de quoi, c'est la librairie qu'il faut remercier, et tu racontes bien ce qu'il y a dans ce petit livre.

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Re: Anonyme : La scierie

Message par Nadine le Dim 20 Aoû - 11:43

Toi aussi tu racontes bien, non, vraiment, chouette lecture.
C'est beau quand il se met à respecter certains de ses collegues, en plus. C'est un peu initiatique tout ça.
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Re: Anonyme : La scierie

Message par animal le Dim 20 Aoû - 12:31

c'est pas faux, j'ai ajouter le hashtag du coup.

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Re: Anonyme : La scierie

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