Søren Kierkegaard

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Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Ven 4 Aoû - 16:26

Søren Kierkegaard
(1813-1855)


Je laisse à Harald  Höffding autre philosophe danois éminent le soin de présenter Kierkegaard pour deux raisons :

aucune bio n'est intéressante ou valide sur internet.
C'est une belle description du philosophe qu'était Kierkegaard :

Bio par Höffding a écrit:
Comme Pascal, il a été élevé dans un christianisme plein de sérieux, mais durant sa jeunesse il s'occupa de poésie et de philosophie. C'était le temps du Romantisme et l'idée d'une harmonie embrassant l'art, la science, la religion, dominait les esprits. L'idéologie romantique venait d'être mise par Hegel en système et Kierkegaard s'y intéressa quelque temps. Dès lors que les antinomies finissent toutes par se résoudre en harmonie, on pouvait bien d'abord laisser libre essor à sa rêverie sentimentale et à son imagination; ne font-elles point partie, en effet, de ce monde riche et changeant, dont l'énigme, en fin de compte, se laissait résoudre par les vérités essentielles du christianisme? Mais, de bonne heure, Kierkegaard s'est aperçu qu'à ce jeu on n'échappe pas à une dualité irréductible: c'est dans ce sens qu'on le voit relever alors, dans son Journal, comme une devise, le vers de Gœthe parlant de Gretchen: "Halb Kinderspiel, halb Gott im Herzen !" (Les jeux d'enfant et Dieu voisinent dans son cœur). Il a même eu alors une période où il se laissa entraîner dans une vie de dérèglements qui devait, après coup, nourrir de longs remords cette mélancolie inhérente à sa nature et par moments si puissante qu'il se sentait aux bords de la folie.

Il se donna désormais pour mission de fondre en une harmonie personnelle les poussées contradictoires de son être — insouciance et gravité, frivolité et mélancolie. L'expérience personnelle lui fit voir alors qu'il était autrement malaisé en pratique d'atteindre à cette "unité supérieure" que réalise de plano le système de Hegel. Ce travail intérieur fit de lui un solitaire. Il se sentait isolé et mal compris. Sa pente mélancolique lui interdisait, pensait-il, d'entrer dans des liens impliquant un abandon sincère et joyeux. Il rompit ses fiançailles avec une jeune fille d'humeur gaie et enjouée et il se jugeait incapable d'exercer une fonction quelconque. Le contraste était trop criant, à ses yeux, entre l'aisance légère avec laquelle les autres prenaient l'existence et la lutte où il se débattait contre les forces assombrissantes de sa vie. Il se disait qu'au Moyen Âge son entrée au couvent eût été tout indiquée. Cette obscure et patiente élaboration de sa vie personnelle, il l'a décrite sous cette image poétique: "Je suis aux écoutes de mes musiques intérieures, des appels joyeux de leur chant et de leurs basses notes graves d'orgue. Et ce n'est pas petite tâche de les coordonner quand on n'est pas un organiste, mais un homme qui se borne, à défaut d'exigences plus grosses envers la vie, au simple désir de se vouloir connaître". — Qu'on est donc loin du temps où "Dieu" et les «jeux d'enfant» voisinaient en paix dans son cœur. Leur antagonisme constitue un problème dont la solution demande l'énergie tout entière de la vie. Et, en effet, l'effort pour concilier les inconciliables est caractéristique de toute la vie de Kierkegaard. Il ne va pas d'un extrême à l'autre: les contraires sont là, en présence, depuis toujours, seulement leur opposition se fait plus tranchante au fur et à mesure qu'avance le développement de son individualité, et l'effort pour les vaincre s'en augmente à proportion. C'est à l'échelle de sa propre expérience que Kierkegaard a pu mesurer l'intensité d'effort de la vie personnelle.

Un moyen s'offrait à lui pour tenir la mélancolie en échec et soulager la tension intérieure: il n'avait qu'à se laisser aller à son penchant à la production littéraire. Ce lui était une délivrance de s'adonner à la production littéraire. Comme la Princesse des Mille et une nuits qui contait pour sauver sa vie, il sauva la sienne, dit-il, en écrivant. A la première période de l'écrivain (1843-18.16) remontent quelques-uns de ses écrits les plus connus: Ou l'un ou l'autre et Étapes de la route humaine. Ils roulent sur l'objet même de ses luttes intimes: l'élaboration intérieure de la personnalité, la conquête d'un noyau solide autour duquel graviteront les autres éléments de l'âme. Par là ses premières œuvres purent servir en outre à stimuler la génération énervée du Romantisme et de la philosophie spéculative que les épigones entraînaient à émousser les antagonismes de l'homme et à rabaisser de ce fait sa vie spirituelle. Kierkegaard n'a pu prétendre qu'il ait eu en vue d'exercer une telle influence à l'origine de sa carrière. Honnêtement il se rendait compte qu'il y avait eu, en lui, une tension qui appelait un dérivatif. Au contraire de Pascal qui se proposait délibérément, dans ses Provinciales, de combattre un affaissement de la morale, Kierkegaard en vint peu à peu, et sans l'avoir vraiment voulu, à travailler dans le même sens. Il n'était d'ailleurs pas encore à ce moment aussi avant que Pascal dans son développement religieux.

Une nouvelle période dans la carrière de Kierkegaard (1847-1855) s'ouvrit justement parce que sa vie intérieure prit décidément un caractère de plus en plus religieux. Il écrit dans son Journal (1847): "J'éprouve maintenant le besoin d'une compréhension de plus en plus profonde de moi-même en me rapprochant toujours plus de Dieu. Il s'ébauche en moi je ne sais quoi qui annonce une métamorphose... Il faut donc que je me tienne tranquille." On remarquera le contraste avec l'extase de Pascal: ici, l'éclosion presque inconsciente d'un nouveau mode d'existence, devant laquelle le sujet garde une attitude passive. L'année d'après, il note — "A présent, je possède la foi dans l'intime acception du terme". Le christianisme prenait à ses yeux un caractère de réalité que jusqu'alors il ne lui connaissait pas. Cette première période de sa carrière terminée, il crut quelque temps que son action littéraire aussi avait pris fin; l'idée lui souriait de se retirer dans un coin perdu à la campagne. Mais il ne la mit point à exécution: la force accrue de sa conscience religieuse éveilla une critique plus sévère de la chrétienté existante. Dans sa première période littéraire, Kierkegaard avait flétri, le relâchement où était  ombée la conception personnelle de la vie; le chrétien, maintenant, découvrait dans l'Église une facilité de transaction, un esprit d'accommodement du christianisme aux goûts des mondains, qui reléguaient à l'arrière-plan l'idéal des premiers chrétiens. C'eût été, d'après lui, supprimer virtuellement le christianisme que d'en faire une religion toute de douceur et de consolation. "Et nous voyons vivre, dans la chrétienté actuelle, une génération gâtée, fière, et lâche pourtant, arrogante mais sans ressort, qui se laisse administrer de temps en temps ces bons principes consolatoires, sans même savoir au juste si elle en usera quand la vie lui sourit, et qui s'en scandalise aux heures de détresse quand il appert qu'au fond leur indulgence se dérobe." Nous empruntons cette citation à l'Exercice dans le Christianisme, qui caractérise, avec La Maladie mortelle, cette deuxième période de la production de Kierkegaard.

L'Église officielle ne releva pas la constatation d'un conflit éclatant entre l'obligation âprement imposée par le christianisme primitif de ne poursuivre que notre unique nécessité et, d'autre part, l'idylle organisée par la chrétienté moderne sous le couvert du dogme de la Rédemption. C'est alors que Kierkegaard entama sa guerre passionnée contre l'Église existante, la plus violente de toutes les luttes qu'ait connues notre histoire intellectuelle danoise. Le dernier mot de Kierkegaard y fut: "Le christianisme du Nouveau Testament n'existe pas". En plein combat la maladie l'arrêta et la mort.


Bibliographie en français :

Œuvres Complètes
Le concept de l'angoisse
Étapes sur le chemin de la vie
Ou bien... ou bien...
Miettes philosophiques / Le concept de l'angoisse / Traité du désespoir
Le Journal du séducteur
Œuvres
Les miettes philosophiques
Johannes Climacus ou Il faut douter de tout
Crainte et tremblement
Post-scriptum aux Miettes philosophiques
La Répétition
Exercice en christianisme
La maladie à la mort
La Reprise
In vino veritas
La Crise ou une crise dans la vie d'une actrice
Correspondance
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Ven 4 Aoû - 16:43

Les miettes philosophiques



Kierkegaard reprend une thématique que l'on retrouve dans bon nombre de dialogues platoniciens en une unique problématique : la vérité peut elle s'apprendre ?

En effet que ce soit dans le Théétète, le Ménon ou même le Gorgias, Platon se demandait si la vérité était une connaissance dont on devait se ressouvenir ou que l'on apprenait par acquisition. On le note précisément grâce à la théorie de la réminiscence si cher au fondateur de l'Académie.
Kierkegaard se base précisément sur la pensée platonicienne pour s'y opposer.

Pour Platon et Socrate dans le dialogue, le maître est celui qui va servir à révéler une vérité déjà sue mais inconsciente au disciple. Il passe de maître à accident déclencheur du savoir.
Pour Kierkegaard, il faut voir le maître comme celui qui transmet un savoir que le disciple ignore réellement car il ne peut chercher ce qu'il sait déjà, et ne peut savoir qu'il faut chercher quelque chose s'il ignore qu'il ne le sait pas.
A l'image du Christ, le maître est celui qui montre au disciple ce qu'il ignore et l'expérience qu'il faut vivre pour apprendre et comprendre.

Dans la conception socratique, la vérité est figée, éternelle, tandis que celle de Kierkegaard est évolutive, se transmet.

C'est un pas important pour la philosophie car davantage que la vérité était holistique chez les Grecs elle est individualiste et constitue l'existence même de l'individu, son rapport au monde, sa place, son essence.

A vous de lire pour en savoir plus Smile .

Le style est sublime, il existe une portée artistique en plus d'une importance philosophique. Simple et accessible Kierkegaard n'en demeure pas moins érudit et le montre par l'utilisation du grec antique dans le texte et quelques références savamment choisies.
Il demeure une fluidité incontestable et on ressent que le philosophe est aussi un homme de lettres.
Une oeuvre importante pour une philosophie indispensable.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Arturo le Ven 4 Aoû - 17:31

Merci.
Je n'ai pas encore trouvé véritablement la clef d'entrée dans son Oeuvre. J'ai essayé le Traité du désespoir et Le journal du séducteur, en ramant à chaque fois.
Pourtant, il a l'air d'avoir tout pour me plaire ce garçon.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Ven 4 Aoû - 17:33

Je pense que le mieux est de commencer par La Reprise.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Arturo le Ven 4 Aoû - 17:37

Ok, j'essaierai ça. Toutes façons, j'ai récupéré ses oeuvres complètes.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Ven 4 Aoû - 17:45

Cool Smile le débat entre l'utilisation du terme reprise ou celui de répétition est passionnant. J'en parlerai dans mon prochain commentaire.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Arturo le Ven 4 Aoû - 18:01

J'ai hâte de lire tes éclaircissements alors.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Mer 16 Aoû - 11:42

La reprise (ou La répétition)




Livre qui avec Craintes et tremblements analyse un événement important de la vie de Kierkegaard : la rupture de ses fiançailles avec sa compagne Régine Olsen. En effet, Kierkegaard entretenant une relation suivie avec Madame Olsen, préparant le mariage, étant en fiançailles depuis quelques temps déjà, décide d'un coup subitement de rompre les fiançailles et du coup de rompre tout court.
Episode mièvre dirons-nous bien loin de la philosophie.

Pourtant cet événement sera fertile pour le philosophe danois. Dans craintes et tremblements Kierkegaard interroge la notion de choix, et celle de dilemme lors de situations qu'on ne contrôle pas et s'appuie sur l'épisode d'Abraham et du bûcher pour l'illustrer. C'est une manière d'expliquer à Régine les raisons de son choix et de son tourment.

Dans la Reprise, qui cette fois-ci se sert d'une trame fictive, Kierkegaard veut exposer d'une autre manière la notion de décision et ainsi exprimer ses regrets à Régine. Malheureusement cela ne suffira pas, elle se mariera avec un autre tout en continuant à aimer le "philosophe maudit".

La fiction relate l'histoire d'un homme éperdument amoureux d'une femme, un poète qui s'en va trouver conseil auprès d'un philosophe qui va devenir son mentor pour la conduite de ses problèmes.
Le dilemme se résume à la problématique suivante : le poète n'est inspiré que lorsqu'il est seul, doit il sacrifier sa bien aimée pour exercer son art ou sacrifier son art pour sa bien aimée" ?

On retrouve là le dilemme de Kierkegaard pour la rupture de ses fiançailles. Tout le propos philosophique consistera à se demander quelle décision prendre et si décision il y a comment être sur qu'elle est bonne.

Reprise ou Répétition

éternel débat de la philosophie française. Le titre original est Gjentagelsen. Au sens littéral il peut se traduire exactement des deux manières et donc il conviendra d'utiliser le sens que la philosophie de Kierkegaard lui apporte.
Actuellement le terme de répétition est préféré grâce au lobbying sérieux de Hélène Politis. Cependant les traductions les plus fidèles ou les plus reconnues celle de Nelly Viallaneix chez GF-Flammarion ainsi que celle plus ancienne de Tisseau conservent et mettent en avant ce terme de Reprise.

La répétition est par définition une action ou un événement qui sans cesse existe ou agit de la même manière en renouvelant son action ou son existence. C'est la réitération d'une même action ou le retour d'un même fait, de façon constante et sans évolution.

La reprise est le fait de recommencer une action ou un événement en se succédant à une même action ou à un même événement mais en ayant l'expérience de ceux qui précèdent. Par exemple, j'ai travaillé tout le lundi, le mardi je ferai la même chose mais en ayant conscience du lundi.

Dans le second concept il y a deux notions qui sont essentielles :
- la temporalité
- la conscience de la succession.

Or quand Kierkegaard utilise le terme de Gjentagelsen, il l'utilise dans des exemples où l'homme fait consciemment la même expérience afin de savoir s'il décide la même chose à chaque fois. Mais également s'il ressent les mêmes émotions, s'il considère et perçoit la situation de la même façon etc.

Ce n'est donc pas une répétition qui se rapprocherait d'une conception plus platonicienne. Il y a bien une volonté de savoir, et de prendre conscience des choses en répétant une situation en effet mais plutôt en la reprenant avec le savoir acquis par la précédente tentative.

c'est pour cette raison que le terme de reprise me semble à moi aussi plus adéquate.

Du reste, c'est à mon sens la meilleure oeuvre de Kierkegaard. C'est la plus instructive sur soi car il y a une part de psychologie assez intéressante mais c'est également une excellente introduction à la façon de démontrer du philosophe.
Elle a l'avantage d'être assez courte, d'être bien écrite car narrée au travers d'une fiction et de demeurer très actuelle.

Un livre qui m'a énormément été utile dans ma vie. Et un chef d'oeuvre de la philosophie.


Dernière édition par Hanta le Jeu 17 Aoû - 10:10, édité 1 fois
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Arturo le Mer 16 Aoû - 13:23

Merci !
Quelque part, ça rejoint un peu l'idée de l'éternel retour, de Nietzsche, non ?
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Mer 16 Aoû - 13:29

Hum pas vraiment, enfin si un peu. D'ailleurs Nietzsche tenait en haute estime Kierkegaard. Ceci étant dit chez Nietzsche il y a quelque chose d'universel dans l'éternel retour, cela touchait à la substance de chaque chose, chez Kierkegaard la reprise c'est plutôt la mise à l'épreuve du choix et de la liberté de l'individu face à ce qui l'entoure ou à ses limites propres. il n'y a pas de circularité chez Kierkegaard juste une évolution.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Arturo le Mer 16 Aoû - 16:03

Mmh ok. C'est juste que j'ai l'intuition que tout ceci semble assez voisin. D'ailleurs, les philosophes me paraissent être souvent dans la reformulation d'idées et concepts. Nietzsche ne se serait pas inspiré de Kierkegaard là-dessus ?
L'éternel retour, de ce que j'en ai retenu - et je suis peut-être dans l'erreur -, je le vois comme un garde-fou quant à la prise de décisions. Suis-je à même d'accepter de vivre éternellement les conséquences que vont engendrer ma décision ?

Synchronicité de thème, un passage de Malicroix, de Bosco :

Il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, mais se forment d'elles-mêmes. Le débat du pour et du contre pèse peu en regard de cet obscur cheminement. L'acte de la volonté dure ne se détache pas de nos hésitations, pour les trancher. On ne s'aperçoit pas qu'on a pris un parti, mais on fait tous les gestes qu'il comporte, insensiblement. On s'engage ainsi, par l'action la plus modeste, dans un mouvement d'actes simples et naturels qui se précisent peu à peu. Quand cette précision nous est devenue claire, tout est décidé.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Mer 16 Aoû - 16:14

Les philosophes reformulent mais souvent pour émettre une nouvelle idée ou un nouveau système.
Chez Nietzsche l'éternel retour c'est une conception inspirée des stoïciens surtout. Il y a bien une notion de cycle où finalement il faut agir de telle sorte que l'on puisse être toujours heureux ou du moins prêt à se battre pour l'être et ce de façon perpétuelle. Il s'agit donc là d'une répétition, car finalement il n'y a pas d'évolution d'où le terme de retour.
D'un point de vue métaphysique c'est une façon pour l'essence au sens cosmique du terme d'exprimer sa puissance d'agir.
On peut la résumer de la façon suivante : Vivre chaque instant comme si on était condamné à le revivre éternellement.

Chez Kierkegaard il n'y a pas de cycle, la reprise est un moyen de savoir non un moyen d'être ou d'avoir. C'est évolutif.

Alors en effet, il y a de commun la place centrale de la décision ou du choix, mais ce n'est pas vu de la même manière.

dans le passage que tu cites, il y davantage de déterminisme que de libre arbitre.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Arturo le Mer 16 Aoû - 18:42

Je te remercie pour tes éclaircissements !
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Re: Søren Kierkegaard

Message par églantine le Mer 16 Aoû - 22:38

Passionnant ce fil  !
Merci Hanta !  
Et voilà longtemps que je voulais creuser ce Kierkegaard attirant que j'ai rencontré assez souvent dans diverses lectures/émissions radio etc ...

_________________
Et, de nouveau, elle se sentit seule en présence de sa vieille antagoniste, la vie.
La promenade au phare . Virginia Woolf .
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Tristram le Jeu 17 Aoû - 0:29

Mission accomplie, Hanta, La reprise traduite par Viallaneix a rejoint la foultitude de ma LAL !...
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Tristram le Jeu 17 Aoû - 1:13

J'ai beaucoup apprécié la citation de Malicroix _ c'est comme ça que je fonctionne généralement, sans sortir la batterie des critères pondérés et autres aides à la décision de qualité pour faire un choix : juste en laissant faire le travail souterrain de l'esprit (et j'aime beaucoup me coucher avec un problème pour me réveiller avec quelque élément de solution). Je ne suis pas certain qu'il y ait là "davantage de déterminisme que de libre arbitre" ; il m'arrive même de m'observer avec goguenardise pour deviner où je vais atterrir, voire faire de petits paris intimes. Il est vrai que la plupart des décisions vont sagement vers le moins pire _ mais avec parfois une certaine audace salutaire, allègre et pour tout dire revigorante (surtout si une quelconque éthique s'en mêle) !
Quant au passionnant topos de la répétition et de la reprise, j'y ai beaucoup réfléchi (va-et-vient, redite et réitération, cycle ou spirale, etc. Que penses-tu, Hanta, du clinamen induisant des variations ?)
En ce qui concerne le mythe de l'éternel retour, j'ai été fortement marqué par la lecture de Mircea Eliade.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Jeu 17 Aoû - 8:47

Dans l'extrait de Malicroix il y a un déterminisme c'est à dire l'explication que la décision dépend d'une causalité qui ne se limite pas à notre seule essence mais aussi à un environnement extérieur : "les décisions se forment d'elles-mêmes", ou "Quand cette précision nous est devenue claire, tout est décidé." rejoint l'idée que même notre volonté seule ne dépend pas e notre jugement ou de notre discernement mais nous détermine. On rejoint presque du Spinoza ou pour reprendre une citation d'un exemple trivial (Matrix) : : "Le choix au moment où il se présente, tu l'as déjà fait".

En un sens penser même que les décisions ne sont pas conscientes c'est déjà un déterminisme. (Cf Ethique de Spinoza). On est loin de l'expression rationnelle d'un libre arbitre comme Descartes, ou pas nécessairement rationnel mais conscient chez Kierkegaard, ou pragmatiste chez Dewey.

Il en est d'ailleurs de même dans le Clinamen et qui est une thèse matérialiste et qui donne une échelle cosmologique à la décision. C'est intéressant comme théorie hélas scientifiquement cela ne fonctionne plus, c'est le souci avec une certaine métaphysique, c'est qu'elle doit s'adapter. Mais la poésie de l'idée est belle.
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Hanta le Jeu 17 Aoû - 10:06

@églantine a écrit:Passionnant ce fil  !
Merci Hanta !  
Et voilà longtemps que je voulais creuser ce Kierkegaard attirant que j'ai rencontré assez souvent dans diverses lectures/émissions radio etc ...

N'hésite pas Wink
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Re: Søren Kierkegaard

Message par Arturo le Jeu 17 Aoû - 16:00

@églantine a écrit:Passionnant ce fil  !
Merci Hanta !  
Et voilà longtemps que je voulais creuser ce Kierkegaard attirant que j'ai rencontré assez souvent dans diverses lectures/émissions radio etc ...

Je t'encourage églantine à nous ouvrir des fis philo Smile et nourrir ceux existants de tes interrogations (je suis sûr que tu as plein de choses à dire).
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Re: Søren Kierkegaard

Message par églantine le Jeu 17 Aoû - 20:31

@Arturo a écrit:
@églantine a écrit:Passionnant ce fil  !
Merci Hanta !  
Et voilà longtemps que je voulais creuser ce Kierkegaard attirant que j'ai rencontré assez souvent dans diverses lectures/émissions radio etc ...

Je t'encourage églantine à nous ouvrir des fis philo Smile  et nourrir ceux existants de tes interrogations (je suis sûr que tu as plein de choses à dire).
Certainement pas .
La philo , à moins d'avoir une formation comme Hanta , c'est guère possible de faire des commentaires solides . Ouvrir des fils et écrire des platitudes , non .
Mais je suis friande des fils d'Hanta , ça m'aidera à avancer , surtout que je n'ai plus mon cercle philo et que ça me manque beaucoup.

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Et, de nouveau, elle se sentit seule en présence de sa vieille antagoniste, la vie.
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