Yves Boisvert

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Yves Boisvert

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 12 Aoû 2017 - 11:40

Yves Boisvert
(1950-2012)


Yves Boisvert est un poète québécois. Il est indépendantiste en plus d’être près des couches populaires et des gens de la campagne. Il a principalement publié «en province». Je l’ai découvert un jour un peu par hasard alors que j’ai lu Oui égale non. Je l’avais pour ainsi dire confondu avec le chroniqueur de La Presse du même nom, alors que je m’intéressais davantage à la politique ces jours-là. Il n’en était pas moins politique, mais plutôt d’une manière inattendue… Depuis, j’ai pris le temps de revenir à son œuvre à l’invitation de David Goudreault et de Patrice Desbiens qui avait également mentionné Oui égale Non...

Voici un résumé-hommage à Yves Boisvert :

« Le poète n’a que faire d’un statut social. »
Yves Boisvert (1950 – 2012)

[…]

Il n’était pas professeur, ni astronaute, ni premier ministre, ni assisté social, ni rockeur. Il écrivait. Il était l’écriture. L’état d’écrire. L’intégrité de l’écriture. L’incarnation de l’écriture jusque dans le souffle, le ton, et la manière.

[…]

Boisvert Yves, écrivain amériquois résistant atteint de souffle, d’amour fou de la vie, poète radical du pays aliéné, ne faisait jamais comme personne, jusque dans la mort, parti beaucoup trop vite un peu avant Noël de l’an 2012, laissant dans le deuil une partie de la famille de la parole libre, en avait toujours eu contre les pourfendeurs de rêves et les administrateurs du réel.

C’est la lecture de Gardez tout (1987) qui m’a d’abord révélé Boisvert et ses questionnements implacables, ses hallucinantes descriptions de la pure menace des accableurs tracassiers, quand le deux de pique tord la langue pour en extirper un monde qui dérange, révélateur inquiet anxieux, drôle, intelligent, lucide presque jusqu’à la paranoïa, des abus de la réalité.

[…]

J’ai été atteint au plexus par cette parole franche, sans compromis, que j’ai retrouvée dans tous ses livres.

Dieu diesel, Tony Tremblay, extraits d’un texte également paru dans la revue de poésie Estuaire #152

Lien : http://www.dieudiesel.com/2013/04/10/le-poete-na-que-faire-dun-statut-social-yves-boisvert-1950-2012/

Bibliographie

Pour Miloiseau, Éditions Écrits des Forges, 1974
Mourir épuise, Éditions Écrits des Forges, 1974
• (Avec Béatrice Morin-Guimond et Carolle Richard), Contes populaires de la Mauricie, Fides, 1978
Simulacre dictatoriel, Éditions Écrits des Forges, 1979
Vitraux d'éclipse, Éditions Écrits des Forges, 1981
Formules, Éditions Sextant, 1981
Lis : écris!? , Éditions Sextant, 1981
Poèmes sauvés du monde, Éditions Écrits des Forges, 1985
Gardez tout, Éditions Écrits des Forges, 1987
Peaux aliénées, Éditions Rebelles, 1987
Les Amateurs de sentiments, Le Dé bleu, 1989
Oui = non, Outremont (Québec), Éditions VLB, 1990
• (Avec Béatrice Morin-Guimond, Clément Légaré et Carolle Richard), Beau Sauvage et autres contes de la Mauricie, Presses de l'Université du Québec, 1990
La balance du vent, Le Dé bleu, 1992
Voleurs de cause, Éditions Écrits des Forges, 1992
La copine, Éditions XYZ, 1994
Aimez-moi, Éditions XYZ, 1994
Poèmes de l'avenir, Éditions Écrits des Forges, 1994
Le gros Brodeur, Éditions XYZ, 1995
Chiffrage des offenses,  Éditions L'Hexagone, 1997
• Triptyque Cultures périphériques, conception et réalisation graphiques de Dyane Gagnon, 1997-2004.
o Les chaouins, Éditions d'art Le sabord, Éditions XYZ, 1997
o La pensée niaiseuse, Éditions d'art Le sabord, 2001
o Mélanie Saint-Laurent, Éditions d'art Le sabord, 2004
L'autre, Éditions Cobalt, 2001
Bang!, Éditions Écrits des Forges, 2002
Écritures des territoires de l'écriture, Éditions XYZ, 2003
Romans de la poésie, Éditions XYZ, 2005
Quelques sujets de Sa Majesté, Éditions XYZ, 2008
Classe moyenne, Éditions Écrits des Forges
Une saison au cœur de la reine, Éditions Écrits des Forges, 2011
Une saison en paroisses mauriciennes, Éditions Écrits des Forges, 2013


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Mar 22 Aoû 2017 - 8:42, édité 2 fois
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Re: Yves Boisvert

Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 12 Aoû 2017 - 11:43

Classe moyenne :

J’ai particulièrement aimé ma lecture de ce recueil. Il s’agit d’un des derniers de Yves Boisvert qui est décédé en 2012. J’avais mieux apprécié mon expérience de lecture puisque j’étais immergé dans les bonnes conditions pour mieux saisir la matière dure de l’ouvrage. Yves Boisvert est un poète qui ne nous ménage pas, et est sans concessions. Nous l’adoptons d’emblée quand nous avons conscience de la vulnérabilité de la condition québécoise. Il a un regard très critique et acéré quant à la situation «coloniale» qui entoure les masses québécoises.

Pour l’instant, je vous livre quelques extraits. J’y reviendrai en temps utile pour en poster d’autres.

«Adresse au bonasse»

Il semble facile de laver la vaisselle
que ton entourage a salie.
Contrairement à certains éléments de la population
Salie s’accord en genre et en nombre
avec vaisselle
Un mot féminin singulier.
C’est un genre.
Chacun son genre.
Pour l’instant.

Pendant que tu laves les assiettes
les pots les utensiles les plats
les autres regardent la télévision
ils ont adopté une façon d’être
ils ont choisi une manière de se conduire
qui leur confère une apparence relativement sociétale
dans une maison privée
d’où s’échappe une lueur de magasin
artificielle et blafarde.

Chacun trouvera sa clarté dans l’espace
qu’on voudra bien concéder, prévient le monstre.

Les autres, ils ont le sens du loisir
de l’évachement sur le divan
du mangeage de chips nature et buvage de Pepsi diète
en regardant des films incluant Roy Dupuis.

Toi, t’as le sens des responsabilités
c’est pourquoi tu laves la vaisselle
que tu frottes que t’essuies que tu ranges
plutôt que de juger les comportements des amateurs de
télé
et de leur crier par la tête
qu’ils sont des restants de fainéantise
qui te coûtent ce que t’aurais pu donner
aux enfants de l’insuline en Afrique orientale.

T’es vraiment quelqu’un de concret
Discret, sympathique, serviable.

Espérons souhaitons envisageons pour les autres
que que que demain
ne tombera pas dans un de ces jours de suicide
comme c’est souvent le cas
dans des régions où les rues sont numériques
au lieu de porter des noms de végétaux.

Bonne fin de semaine, bonasse de mes deux.

Cette thématique est récurrente et Hubert Aquin n’est jamais loin des références qui reviennent…

«Les fatigués fourrables»

Revendiquer une double identité
c’est se prendre pour un autre.
Faites-moi ricaner de n’avoir jamais ri d’être si drôle
ou, si l’on préfère, si tant performant dans le comique.

Vu que le monde refuse de s’engager
de peur de se fatiguer ou de se faire fourrer
Ce court poème devrait «plaire»
à une majorité de «fatigués fourrables»
Non parce qu’il paraîtrait «plaisant»
mais parce qu’il est court
et moins c’est long
moins longtemps ça fait suer.
N’est-ce pas?!
N’est-ce pas!?

Bonsouair, car surgissent les vrais problèmes.

Que dire de plus...

«Tu parles trop»

Quand tu parles trop
c’est que t’as rien à faire
c’est avec tes mots
qu’tu fais l’tour d’la terre
ni vrai ni faux
mais tu parles trop

si tu parles trop
près de la rivière
entre la rue Minto
et le bord de la mer
ça prendrait un bateau
mais tu parles trop

si tu parles trop
comme toutes les commères
t’as la face dans le dos
sens devant derrière
ni bas ni haut
pa’ce tu parles trop

quand tu parles trop
on pense à l’envers
équations d’oiseaux
l’aut’bord du miroir
ça pourrait être beau
mais tu parles trop

si tu parles trop
en r’gardant dans ‘es airs
comme des intellos
dans les séminaires
c’est pas un défaut
mais ça parle trop

quand on parle trop
de c’qui va d’travers
quand on dit tout haut
c’qui nous désespère
i’ est trop tard trop tôt
pa’ce qu’on parle trop

si tu parles trop
quand il faudrait se taire
allergique à l’eau
tu jases à ta bière
quand t’es b’in chaud
là tu parles trop

quand tu parles trop
seul dans l’univers
t’es un numéro
dans l’imaginaire
t’approcherais zéro
mais tu parles trop.

- Tu trouves vraiment vraiment que je parle trop?
Peut-être devrais-je m’exercer au raffinage de la
conjugaison.


mots-clés : #poésie #québec
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Re: Yves Boisvert

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 13 Aoû 2017 - 7:03

Comme promis, je reviens à un autre poème du recueil Classe moyenne. Nous pouvons y voir l'humour aiguisé et l'ironie mordante de Yves Boisvert :

«Les faux problèmes»

Doublons-les tous et serrons du côté des faux problèmes
dont  se plaît à geindre ce petit début de petit siècle
et conservons le changement (sic).

Nouveau cas de grippe aviaire en Asie du sud-est.
La petite Cédricka est disparue depuis des semaines.
Et quelqu’un quelque part sait quelque chose.
Platon a perdu la vie il y a trois mille ans, à cinq siècles
près.
Véga de la Lyre ne s’est pas améliorée pour la peine
depuis dix milliards d’années
ce qui en fait un cas problème.
La fille de l’acteur John Voight a de la baboune
de quoi déjanter au moins quinze Irlandais
l’espace d’un mardi avant-midi.
L’armée israélienne sans plus de précisions
aurait liquidé quelques palestiniens insurgés
«toutt des terroristes.»
Mais les opérations en Irak semblent sous contrôle à
fragmentation.
Un camion piégé vient de faire exploser 200 âmes.
On a testé des canards positifs à Roxton Pond.
Périmètre d’observation : 40 000 kilomètres.
Le vélo fait des émules à Montréal.
La peinture au plomb est toxique.
L’Afrique a faim de souveraineté alimentaire.
Le prochain chef du Québec sera ce qu’ils sont, moyen,
col roulé.

L’eau est une marchandise en autant qu’on soit éduqué.
Les peuples ont le droit de gérer leurs vacances.
Le verbe être vaut le verbe avoir :
telle est la différence qu’on a
entre eux et nous.

Le message passe-tu?
Cinq sur cinq.
Tant mieux. C’est un plusss dans le vécu quotidien.

Nous rêvons de nos chances
de la cour au balcon
Ainsi de l’ignorance
et de ses rémissions.
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