Pierre Reverdy

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Pierre Reverdy

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 13 Aoû - 9:36

Pierre Reverdy
(1889-1960)


Pierre Reverdy est un poète qu'on apprivoise lentement. Il m'a semblé, en le lisant, qu'il faut avoir lu et atteint un degré de maturité poétique pour comprendre sa démarche. Sa poésie n'est pas si compliquée à lire, mais qu'importe. Nous le connaissons surtout pour Plupart du temps. Il a pris part au mouvement du cubisme et fut reconnu comme un des précurseurs du surréalisme. Il est d'ailleurs considéré comme un poète exemplaire par Louis Aragon. Son cheminement a connu une brusque interruption en 1926, alors qu'il a choisi de se retirer pour se consacrer à Dieu. De nombreux poètes lui ont rendu hommage à son décès survenu en 1960.

Œuvre :

Poèmes en prose, 1915, imprimerie Birault
La Lucarne ovale, 1916, imprimerie Birault
Quelques poèmes, 1916, imprimerie Birault
Le Voleur de Talan, 1917, roman, imprimerie Rullière
Les Ardoises du toit, 1918, avec deux dessins de Georges Braque, imprimerie Birault
Les Jockeys camouflés et période hors-texte, avec cinq dessins d'Henri Matisse, 1918, imprimerie F. Bernouard. Édition désavouée par le poète et par l'illustrateur. La « seule approuvée », avec l'achevé d'imprimer du 30 décembre 1918, fut tirée chez Birault.
La Guitare endormie, 1919, avec quatre dessins de Juan Gris, imprimerie Birault
Self defence, 1919, essai critique, imprimerie Birault
Étoiles peintes, 1921, avec une eau-forte d'André Derain, Sagittaire
Cœur de chêne, avec huit gravures sur bois par Manolo, 1921, Éditions de la Galerie Simon.
Cravates de chanvre, 1922, avec trois eaux-fortes de Pablo Picasso, Éditions Nord-Sud.
Pablo Picasso et son œuvre, 1924, dans Pablo Picasso, avec vingt-six reproductions de peintures et dessins, Gallimard
Les Épaves du ciel, 1924, Gallimard
Écumes de la mer, 1925, avec un portrait de l'auteur par Picasso, Gallimard
Grande nature, 1925, Les Cahiers libres
La Peau de l'homme, 1926, roman, Gallimard
Le Gant de crin, 1927, Plon
La Balle au bond, 1928, avec un portrait de l'auteur par Amedeo Modigliani, Les Cahiers du Sud
En vrac, 1929.
Sources du vent, 1929, avec un portrait de l'auteur par Picasso, Maurice Sachs éditeur.
Flaques de verre, 1929, Gallimard
Pierres blanches, 1930, avec un portrait de l'auteur et un frontispice de Marc Chagall, Éditions d'art Jordy
Risques et périls, 1930, recueil des contes écrits entre 1915 et 1928, Gallimard
Ferraille, 1937, Bruxelles.
Préface à Déluges, de Georges Herment, 1937, Éditions José Corti.
Plein verre, 1940, Nice.
Plupart du temps, 1945, recueil des livres Poèmes en prose, Quelques poèmes, La Lucarne ovale, Les Ardoises du toit, Les Jockeys camouflés, La Guitare endormie, Étoiles peintes, Cœur de chêne et Cravates de chanvre, Gallimard
Préface à Souspente, d'Antoine Tudal, 1945, Éditions R. J. Godet
Visages, 1946, avec quatorze lithographies d'Henri Matisse, Éditions du Chêne
Le Chant des morts, 1948, avec cent vingt-cinq lithographies de Pablo Picasso, Tériade éditeur.
Le Livre de mon bord, 1948, recueils de notes écrites entre 1930 et 1936, Mercure de France
Tombeau vivant et Dulce et decorum est pro patria mori, 1949, dans Tombeau de Jean-Sébastien Galanis, imprimé par Daragnès
Main d'œuvre, 1949, recueil des livres Grande nature, La Balle au bond, Sources du vent, Pierres blanches, Ferraille, Plein verre, Le Chant des morts, plus les inédits Cale sèche et Bois vert, Mercure de France
Une aventure méthodique, 1950, avec douze lithographies en couleurs et vingt-six en noir et blanc de Georges Braque, Mourlot
Cercle doré, 1953, chanson avec une lithographie de Georges Braque, Mourlot
Cette émotion appelée poésie, Mercure de France, no 1044, 1er août 1950
Au soleil du plafond, 1955, avec onze lithographies de Juan Gris, Tériade éditeur.
La Liberté des mers, 1959, illustré par Georges Braque, Éditions Maeght
À René Char, 1962, poème épistolaire tiré à 4 exemplaires avec un dessin de Georges Braque, P. A. Benoît
Sable mouvant, 1966, avec dix aquatintes de Picasso, L. Broder éditeur
La revue Nord-Sud, 16 numéros du 15 mars 1917 au 15 octobre 1918, a été réimprimée en 1980 par l'éditeur Jean-Michel Place.
Anthologie, Éditions de la Différence, 1989.

Mot-clé : #poésie


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Dim 13 Aoû - 10:14, édité 1 fois
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Re: Pierre Reverdy

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 13 Aoû - 9:57

Plupart du temps :



Je dois le dire d'emblée ici, j'ai lu le recueil de manière plutôt désordonnée et même à l'envers pour ainsi dire. C'est le cas pour la plupart des relectures en poésie. J'ai profité de l'occasion pour revenir sur le fil du forum défunt. Constance avait mis sa pierre à l'édifice. Pour ma part, je propose une autre lecture de Reverdy, qui colle davantage à sa prose poétique.

Débutons tout d'abord par un bloc de prose poétique :

«Plus tard»

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j'apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n'en avaient pas, et contempler un enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s'éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend.

Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.

Pierre Reverdy est un poète dont on découvre la force :

«Étoile filante»

À la pointe où se balance un mouchoir blanc
Au fond noir qui finit le monde
Devant nos yeux un petit espace

Tout ce qu'on ne voit pas
Et qui passe

Le soleil donne un peu de feu

Une étoile filante brille
Et tout tombe

Le ciel se ride
Les bras s'ouvrent

Et rien ne vient
Un cœur bat encore dans le vide

Un soupir douloureux s'achève
Dans les plis du rideau le jour se lève


Dans ce poème, il est possible de reconnaître une certaine musicalité d'âme :

«Pour le moment»

La vie est simple et gaie
Le soleil clair tinte avec un bruit doux
Le son des cloches s’est calmé
Ce matin la lumière traverse tout
Ma tête est une lampe rallumée
Et la chambre où j’habite est enfin éclairée

Un seul rayon suffit
Un seul éclat de rire
Ma joie qui secoue la maison
Retient ceux qui voudraient mourir
Par les notes de sa chanson

Je chante faux
Ah que c’est drôle
Ma bouche ouverte à tous les vents
Lance partout des notes folles
Qui sortent je ne sais comment
Pour voler vers d’autres oreilles
Entendez je ne suis pas fou
Je ris au bas de l’escalier
Devant la porte grande ouverte
Dans le soleil éparpillé
Au mur parmi la vigne verte
Et mes bras sont tendus vers vous

C’est aujourd’hui que je vous aime

Par rapport au poème introduisant le fil, je vous invite à la lecture de ce dernier poème, tel qu'il se versifie :

«Vue d’autrefois»

La cloche qui sonnait au loin
                                        Dès le réveil
Battement d'aile
                    Sur ma tête où joue le soleil
Un souvenir remue à peine
                 Mon cœur s'arrête d'écouter
            Les voix qui parlent
Depuis longtemps tout ce qui s'est passé
Est-ce le même
                 En passant qui m'a regardé

Ce sont les mêmes yeux qui tournent
                       Mais le portrait s'est effacé

Les traits de ton visage s'écartent
                       Un autre vient
Le front vieilli qu'avait caché ta main
Enfin la voix qui parle
           Un enfant qui courait ne te rappelle rien
Et celui qui s'en va là-bas
                      Tes lèvres tremblent
Dans un pays lointain et noir
                   Tu lui ressembles

Ici, il convient de rappeler l'importante dette contractée pour la retranscription informatisée de tous les poèmes. Avoir su, je me serais abstenu d'acheter Plupart du temps, même si je le dis par esprit de contradiction et avec un sens de la dérision. La poésie de Pierre Reverdy est quelque chose qui mûrit lentement à mesure que nos regards s'affinent à travers le temps.


mots-clés : #poésie
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Re: Pierre Reverdy

Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 14 Aoû - 8:59

Je continue sur cette partition de Pierre Reverdy. J'ai attendu de revenir avec deux autres poèmes.

«Filet d’astres»

La seule clef du ciel entre ces rochers blancs
C'est l'aigle
Quand la lame de fer coupe la vague en deux
Ma main écrit ton nom sur la glace déserte
Un navire indécis navigue vers mes yeux
Les rayons du soleil tombent en lourdes tresses
Au bord du matin blanc
Et sur le sable fin les pistes en détresse
Tournent à tous les vents
L'ombre silencieuse est humide
Autour de l'horizon et sous les rochers noirs
Où le poisson mourant joue sa dernière carte
Le côté blanc de notre espoir
Dans l'émouvant et doux sillage de la barque
Suit le trait d'union entre les continents
Dans le grelot d'azur immense perle vide
Midi sonne au vibrant métal
Toutes les bouches plus avides se taisent au même
signal
Quand le chemin s'ouvre et s'anime
Aux reflets dansants du falot
Le chemin qui rampe et qui brille
Le chemin secret plein d'échos
d'éclairs de lanterne et d'étoiles
de formes dans la vapeur d'eau
Sur les têtes noyées sans rêve et sans mystère
Les têtes détachées des astres sans halo

Pour terminer, un poème en prose que j'ai bien apprécié dans la condition qui est la mienne :

«Les musiciens»

L'ombre et la rue dans le coin où il se passe quelque chose. Les têtes attroupées écoutent ou regardent. L'œil passe du trottoir à l'instrument qui joue, qui roule, à la voiture qui traverse la nuit. Les lames du bec de gaz tranchent la foule et séparent les mains qui se tendent, tous les regards qui pendent et les bruits au hasard. Le peuple est là et tous à la même heure, au carrefour. Les voix qui se dispersent mènent le mouvement sur la corde qui grince et meurt à tous moments. Puis le signe du ciel, le geste qui ramasse et tout disparaît dans le pan de l'habit, du mur qui se dérobe. Tout glisse et le brouillard enroule les passants, disperse les échos, cache l'homme, le groupe et l'instrument.

Je vous convie maintenant à nourrir ce fil. Pierre Reverdy est un poète très mésestimé, mais j'ai l'impression qu'avec les canons de la poésie, il est un surréaliste qui survivra mieux aux affres du temps, même s'il y a parfois un temps de pénitence historique avant de parvenir à une forme de reconnaissance littéraire. Il faut quand même dire que le surréalisme est très connu en tant que mouvement et que les œuvres des poètes des diverses influences successives du surréalisme y ont apporté chacun-e leur marque.
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Jack-Hubert Bukowski

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Re: Pierre Reverdy

Message par Bédoulène le Lun 14 Aoû - 13:18

je me souviens bien que Constance nous l'avait présenté.

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Re: Pierre Reverdy

Message par Arturo le Lun 14 Aoû - 16:04

Merci Jack. Reverdy n'a pas encore croisé ma route de lecteur. Mais nul doute qu'il va finir par s'amener dans mes pérégrinations. Very Happy
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Re: Pierre Reverdy

Message par Aventin le Lun 14 Aoû - 21:11

Sur le sujet Reverdy / Surréalisme, il faut bien garder en tête que Reverdy s'est vite tenu à l'écart du mouvement, et de façon définitive (il se retire à Solesmes, dans la Sarthe, à deux pas de l'abbaye dès 1926).

Je me demande même s'il convient, décemment, de l'y inclure:
Il refuse l'adoubement par Breton, l'idée d'être embrigadé dans un quelconque "mouvement" le révulse.
Il est, à mon sens, souhaitable d'appliquer aussi au surréalisme le "divorce" de la célèbre sentence de Reverdy:
 
Quand on divorce avec le monde, il faut prendre tous les torts pour soi.

Quand on dit "le monde", et qu'on est un viveur en vue du tout-Paris d'après la 1ère guerre mondiale (il arrive à Paris en 1910 en provenance de sa Montagne Noire et de Narbonne), qu'on fut un des amants de Coco Chanel, qu'on est pote avec des Georges Braque, des Fernand Léger, des Amadeo Modigliani ou des Pablo Picasso, 'etc...), ce n'est pas rien.

Surprise d'ailleurs, cherchant à poster le tableau de Modigliani représentant Reverdy...je constate qu'il orne aussi la note wikipedia de Reverdy !

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Aventin

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Re: Pierre Reverdy

Message par Aventin le Lun 14 Aoû - 21:49

Du recueil Flaques de verre (1929) bien sûr à recommander sans réserve, ce Rocher Blanc:

LE ROCHER BLANC

La pluie — la plus grosse fleur gonflée d’orgueil, de pierreries. Goutte à goutte l’or jaune des prairies, le rouge vif des revers soulevés par le vent et le long des chemins, des bordures des champs.
On se demande où finit ce creux entre les souches d’arbres et les couches du temps. Avec patience, les cris qui traversent les branches se font entendre loin. Les appels désolés cachés dans l’air et tout ce mouvement dans les soupentes.
Le mélange et les écarts de pas sur ce terrain sec et résonnant.
Sous la pierre c’est l’ombre molle et peut-être un animal vivant. Car dans cet espace tout est comme la main et l’œil — tout se comprend.



Reverdy post-1926, c'est souvent ces petits pavés disposés (voir aussi "Les musiciens", poème posté par J-H B. un peu plus haut dans cette page), une tentative -réussie, à mon humble avis- d'introduire le cubisme en écriture (Reverdy est bien plus cubiste que surréaliste); le lyrisme aussi y concourt, en effet il point dans la scansion, plus hachée que coulante.
Reverdy puise volontiers aux quatre éléments, aux paysages; ici en l'occurence la campagne, des détails et puis, et puis...- l'envoi puis la touche - voir cette fulgurance, à peine décorée par la phrase qui précède, au reste la première phrase introductive du poème (car c'en est un):
On se demande où finit ce creux entre les souches d’arbres et les couches du temps

Pierre Reverdy venait d'une famille de sculpteurs, de tailleurs de pierre d'église. Même s'il ne l'a su que fort tard.
Le minéral (comme ce Rocher Blanc) a une présence plus particulièrement signifiante dans l'œuvre du solitaire de Solesmes.


Maurice Utrillo Les rochers d'Ouessant 1912.
(NB: Toile où l'on ne voit pas de rochers, entièrement suggérés par le décrochement première ligne d'horizon -terrestre- et seconde ligne -l'horizon marin -)  
Utrillo était aussi un ami de Reverdy, de surcroît son voisin d'immeuble (étage du dessus) à Montmartre.


(Enfant adultérin, déclaré "né de père et de mère inconnus" à l'état-civil de Narbonne, Reverdy n'est reconnu par sa mère qu'à l'âge de 22 ans. Son père, découvert tard, était viticulteur dans la Montagne Noire.
La culture de la solitude de Reverdy ne vient pas du hasard. )
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Aventin

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Re: Pierre Reverdy

Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 15 Aoû - 6:09

Pour te répondre, Aventin, j'étais bien au fait de la nuance fine à faire dans le cas de Reverdy. Il est bien évidemment plus cubiste que surréaliste et il est un devancier dans la génération qui précéda l'avènement du surréalisme et qui finit par embrigader les poètes dans des écoles bien précises. Je le mets sur un même plan qu'Apollinaire et Tzara dans la mesure où il a devancé Breton et compagnie. Des poètes comme Artaud et Ponge auront également à éprouver des réticences envers les étiquettes des surréalistes. Imaginez, si Jack Kerouac rejetait l'étiquette de père des Beatniks, imaginez ce que c'est d'être surréaliste quand le mouvement est traversé par une grande diversité de perspectives tout aussi contradictoires les unes que les autres...

À la genèse du fil, j'ai pris plaisir à lire la notice des Esprits nomades. Je retiens un extrait en particulier :

«Oui chez Reverdy tout est dans les replis.

Mais ils semblent tissés de rosée et d'inquiétude, alors on n'ose les dérouler. Il procède par replis, lentes énumérations, lisières des choses. Mais contrairement aux surréalistes il refuse le hasard non contrôlé des images :

« L'image est une création pure de l'esprit. Elle ne peut naître d'une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées.

Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l'image sera forte - plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique ».

Et il refuse d'être un simple médium passif du monde. Lui l'ascétique, le converti au catholicisme en 1926, et très vite désillusionné, refuse le jeu. Il met toujours son existence en balance dans ses mots. Ses poèmes « ne sont qu'entre les lignes ». Il faut les deviner, passer par leur ambiguïté, leurs flaques de silence et de verre, leurs tourbillons d'ombre, leur musique d'ombre. L'univers de Reverdy est un univers mouvant, incertain. Il faut savoir s'y perdre, se chercher dans ses déchirures, ses signes énigmatiques. Il met les mots à la suite « comme un tas de pierres ». Ils continuent à tenir debout malgré tous les vents du temps.»

Lien URL : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/reverdy/reverdy.html

Pour toutes ces raisons évoquées, je me sens plus proche de la perspective tracée par Pierre Reverdy, notamment en ce qui concerne «le refus du hasard non contrôlé des images». Il me semble qu'il y a là une piste plus porteuse, qui «embrigade» moins la floraison diverse des mouvements surréalistes qui tirent leur origine du cubisme et de la 1ère guerre mondiale.
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Jack-Hubert Bukowski

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