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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Juan José Saer

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Message par Tristram le Dim 13 Aoû - 15:50

Juan José Saer
(1937 - 2005)



Juan José Saer Juan_j10

Juan José Saer, né le 28 juin 1937 à Serodino (province de Santa Fe, Argentine) et mort le 11 juin 2005 à Paris (France), est un écrivain argentin.
Il pratiqua différents genres littéraires mais c'est surtout dans le champ de la narration et du roman qu'il s'est exercé et que son talent a bénéficié d'une large reconnaissance. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains argentins contemporains.
Il s'installa à Paris en 1968 et enseigna notamment à l'université de Rennes. Il obtint le prix Nadal en 1987 pour son roman La ocasión.
(Wikipédia)


Œuvres traduites en français

• Glose, traduction Laure Bataillon, Le Tripode, 2015. (Précédente édition sous le titre L'anniversaire, Points, 1998 et Flammarion, 1988.)
• L'ancêtre, traduction Laure Bataillon, Le Tripode, 2014. (Flammarion, 1987.) :  Pages 1, 2
• Le tour complet, Seuil, 2009.
• Grande fugue, Seuil, 2007. Pages 1
• Lignes du Quichotte, Verdier, 2003.
• Cicatrices, Seuil, 2003.
• L'enquête, Points, 2002. (Première édition, Seuil, 1996.)  Pages 1
• Lieu, Seuil, 2002.
• Les nuages Seuil, 1999.
• Quelque chose approche et autres récits, Flammarion, 1999.
• L'Occasion, Points, 1996. (Première édition, Flammarion, 1989.)
• L'art de raconter. Poèmes 1960-1975, Arcane 17, 1990.
• L’ineffaçable, Flammarion, 1987.
• Une littérature sans qualité, Arcane 17, 1985.
• Unité de lieu, Flammarion, 1984.
• Nadie nada nunca, Flammarion, 1983.
• Les grands paradis, Flammarion, 1980.

(Wikipédia)

màj le 01/10/2018

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Message par Tristram le Dim 13 Aoû - 16:06

L’enquête

Juan José Saer L_enqu10

Une première partie nous présente le commissaire Morvan, qui enquête depuis neuf mois sur l’assassinat de vieilles femmes, comme l’hiver avance à Paris. La seconde partie nous présente Pigeon, temporairement revenu de Paris dans sa province natale de Santa Fe où l’été s’attarde, et qui s’interroge avec ses amis littérateurs sur un dactylogramme de roman anonyme (Sous les tentes grecques devant Troie, la veille de l’entrée du Cheval). Dans la troisième partie, les deux fils se mêlent, l’enquête (recherche de l’identité du tueur) avec la quête (de la vérité), l’histoire du limier et de sa proie avec l’investigation : Pigeon parle de l’affaire policière (qu’il connaît par les journaux et la rumeur), de Morvan, qui semble avoir de la difficulté à faire la part du songe dans un rêve récurrent, proche de la réalité, mais plus gris, plus étrange, et contenant des allusions à la mythologie grecque.
Impossible d’en parler plus sans gâcher le plaisir de lecture de cette intrigue. Le tout est méticuleusement narré par un auteur qui nous livre ses fines observations et commentaires omniscients.

« Il se sentait amer et lucide, troublé et en alerte, fatigué et déterminé. En vingt ans d’une carrière exemplaire dans la police, le commissaire Morvan n’avait jamais eu l’occasion d’affronter une telle situation : l’homme qu’il recherchait lui donnait, surtout depuis les derniers mois, une sensation de proximité et même de familiarité qui par moments l’abattait de façon inexplicable et en même temps l’encourageait à continuer ses recherches. »

« Du galop du monde, nous le savons bien, ce n’est pas le cavalier mais le cheval qui est le maître. »

« …] du simple fait d’exister, tout récit est véridique, et que si on désire en retirer quelque signification il suffit d’admettre que, pour atteindre la forme qui lui est propre, il lui faut parfois se plier, grâce à ses propriétés élastiques, à certaines compressions, quelques déplacements, et pas mal de retouches sur les images. »

« ‒ Le Vieux Soldat [devant Troie] détient la vérité de l’expérience et le Jeune Soldat [qui vient d’arriver mais connaît l’histoire de l’Iliade grâce aux récits largement diffusés] la vérité de la fiction. Elles ne sont jamais identiques mais, bien qu’elles soient de nature différente, parfois elles peuvent n’être pas contradictoires, dit Pigeon. »

« Vingt-neuf vieilles filles innocentes, selon le terme employé par les psychiatres, lesquels, une fois prouvée leur capacité à employer le vocabulaire de leur profession, vocabulaire qu’ils appellent scientifique, se permettent toujours quelques licences oratoires, vingt-neuf vieilles filles innocentes avaient été ses victimes de substitution. »

(J’ai trouvé piquante cette attaque contre la psychiatrie et sa tendance à tout expliquer après-coup, notamment des faits controuvés.)

Pour en savoir plus, il faut lire ce bref roman, d’une lecture beaucoup plus facile qu’il ne le semble peut-être à lire son commentaire ‒ ce qui dénote encore la maestria de Saer.
À signaler notamment aux amateurs de mises en abîme, de Vila-Matas ou des Gommes de Robbe-Grillet, et plus généralement des interprétations possibles de la réalité en littérature.


mots-clés : #polar

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Message par Bédoulène le Dim 13 Aoû - 16:31

merci Tristram, me semble que c' est bien plus qu'un polar ce livre ; et ta façon de ne pas gâcher notre plaisir de lecture fait que cette lecture m'intrigue !

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Message par Tristram le Dim 13 Aoû - 17:20

"Intrigue" est le mot, Bédoulène ! Je pense qu'il faut le lire pour en parler !

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Message par Baleine le Dim 13 Aoû - 17:29

Merci pour ton commentaire alléchant et les extraits.
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Message par Dreep le Dim 13 Aoû - 18:55

Très bonne idée de parler de Saer !

J'ai adoré Glose, j'ai acheté l'Ancêtre récemment. Il y en a un nouveau qui sort en Octobre : Le Fleuve sans rives, j'ai hâte !
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Message par animal le Dim 13 Aoû - 18:57

Vous êtes des filous...

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Message par Tristram le Ven 18 Aoû - 3:35

Grande fugue

Juan José Saer Grande10

Parti du jour au lendemain de Santa Fé, Gutiérrez revient dans la ville de sa jeunesse après avoir vécu de nombreuses années en Europe. Il s’achète une maison et fait la connaissance de Nula, philosophe amateur et marchand de vin, de trente ans son cadet. Entre eux une amitié se noue. Chacun à sa manière cherche à revisiter le passé : Gutiérrez voudrait retrouver le monde de sa jeunesse, Nula cherche à comprendre un épisode trouble et opaque qui a eu lieu cinq ans auparavant et auquel est mêlée Lucía, la fille de Gutiérrez. À leurs côtés, Gabriela et Soldi, qui font des recherches sur un mouvement littéraire provincial des années cinquante, le précisionnisme, ainsi que les personnages des autres romans de Juan José Saer. Du mardi au dimanche, entre la rencontre de Gutiérrez et de Nula et un grand déjeuner, tous vont pratiquer l’art de la conversation et des non-dits, et compléter des épisodes mentionnés dans les livres précédents – ou en révéler de nouveaux : amours cachées, morts tragiques, mensonges, compromissions, secrets érotiques, vie de bohème, répression militaire. Tout ce qui agite l’univers romanesque saerien revient dans cette Grande Fugue majestueuse, culmination d’une œuvre immense qui marque, après Borges et Onetti, le renouveau de toute la littérature latino-américaine et compte parmi les plus séduisants projets de la création littéraire contemporaine.
(Seuil)

Roman posthume et inachevé (juste une phrase pour le dernier chapitre), cette grande fugue (beethovenienne) reprend les personnages et scenarii de ses œuvres précédentes (et il faudrait sans doute la lire après celles-ci). Sur une semaine (soit sept chapitres), s’entrecroisent donc vie courante (dans l’ombre portée de la dictature encore récente) et évocation du précisionnisme passé jusqu’à l’asado (équivalant du BBQ argentin, ou parrillada) qui réunit tous les protagonistes.

« La spécialité du précisionnisme consistait à combiner les formes poétiques traditionnelles avec le vocabulaire scientifique. »

Longues phrases de descriptions paysagères cinématographiques (notamment le fleuve), météorologiques (l’été s’attarde, comme dans L’enquête) et psychologiques (assez proustiennes : ici aussi, les personnages sont des lieux de passage pour les différents devenirs). Les répétitions, reprises de séquences (avec variations), sont significatives (l'auteur a-t-il lu Kierkegaard ?). Les notations philosophiques de Nula (thèmes du désaccord intérieur-extérieur, de la répétition, du devenir continu) constituent des fragments d’essai(s) qui éclairent sur les propos de la prose de l’auteur :

« Durant quelques secondes, la surface plombée et légèrement ondulée absorbe les pensées de Nula, et dans chacune des vaguelettes hérissées, identiques, en mouvement continu, qui se dressent en formant un relief qui, plutôt qu’une courbe, représenterait plus précisément un angle obtus, il lui semble assister à la représentation visible du devenir qui, de s’exhiber parfois dans ce qui advient au travers de la répétition ou de l’immobilité trompeuse, donne à nos sens grossiers l’illusion de la stabilité. Pour Nula, qui de nombreuses fois chaque jour se surprend lui-même en train d’observer des exemples qui un jour lui serviront pour ses Notes [Notes pour une ontologie du devenir], l’île d’en face, formation alluviale, est une bonne preuve du changement continu des choses : le même mouvement constant qui l’a formée l’érode peu à peu, la faisant changer de dimension, de forme, de lieu, et l’aller et retour de la matière et des mondes qu’elle fait et défait n’est rien de plus, selon lui, que l’écoulement, sans direction ni objectif ni explication connue, du temps invisible qui, silencieux, les traverse. »

« Chacun des éléments de l’histoire [contes pour enfants], heureux ou dramatique, moral ou immoral, amusant ou cruel, possède la même valeur, en fait partie, est l’histoire tout entière et pas seulement une de ses parties, et les passages les plus intenses n’auraient aucun sens, et pas non plus la capacité de nous émouvoir, si les transitions, qui parfois peuvent paraître superflues, ne les soutenaient pas. »

« …] c’est quoi un roman ? […] Le mouvement perpétuel décomposé. […] Bien sûr, dans le sens d’exposer sous forme analytique et statique ce qui en vérité est synthétique et dynamique. »

« …] Nula pense que, bien que tout se ressemble, rien ne se répète jamais et que depuis le début des temps, quand le grand délire a commencé son expansion, chacune des pousses dans lesquelles il reverdit, se renouvelant pour se flétrir à nouveau sans délai, quand elle survient, est unique, flamboyante, inédite et éphémère : l’individu n’incarne pas l’espèce, et la partie n’est pas une partie du tout, mais une partie seule, et le tout à son tour est toujours partie. Il n’y a pas de tout, le merle qui chante avant l’aube chante pour son propre compte. Personne ne l’a entendu avant cette aube, et son chant de la veille, qu’il ne se rappellera pas lui-même avoir chanté et qui ressemble tellement à celui du jour précédent, si on l’écoute bien, montrera clairement ses différences. »

Gutiérrez, devenu scénariste en Europe lors de son long exil volontaire de plus de trente ans, en a ramené une critique amère, notamment de la publicité (il est réservé une grande place au supermarché local dans le livre, et les annonces de l’agence immobilière MORO sont récurrentes) :

Juan José Saer Grande12


Au long cours de ce livre, outre une petite énigme (mystérieuse configuration aux quatre côtés d’un pâté de maisons), des scènes érotiques, de l’amitié, des vins fins, des couleurs contrastées comme en couverture, on trouvera aussi nombre de sensibles observations et réflexions :

« "Le passé, pense Nula, la plus inaccessible et lointaine des galaxies éteintes qui s’obstine à nous envoyer encore, trompeur, son éclat fossilisé." »

« Sur le moment Gabriela comprend que la mère et la fille représentent, non seulement un ordre qui se manifeste dans la succession, mais aussi une continuité vers l’intérieur et l’extérieur. La répétition, pense Gabriela, n’existe pas, bien sûr, parce que la fille, même si elle paraît identique à sa mère, en grandissant vers l’extérieur, ajoute quelque chose de nouveau au monde, quelque chose qui auparavant n’a jamais existé, parce qu’il n’y a pas deux fractions de temps qui soient semblables et, à cause de cela, la simple accumulation change tout, le présent, le passé et le futur ; dans l’extérieur, la fille intériorise la mère dont elle s’est séparée. Et un jour, grâce à cette intériorisation, elle la projettera de nouveau dans le monde. »


mots-clés : #amitié #creationartistique

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Message par églantine le Ven 9 Fév - 13:06

L'enquête


Juan José Saer Cvt_le11



Bon , avec un titre pareil , on s'attend à une soirée détente .

Tous les ingrédients d'un vrai polar classique , avec un commissaire , un vrai , un" Maigret" chargé d'une enquête portant sur une série de meurtres dans le XI arrondissement Parisien , et des décors et descriptions à la Simenon : chouette on va se laisser balader , une petite gourmandise facile d'un dimanche soir on se dit .

Mais il suffit de quelques , non pages , mais lignes pour se retrouver enserrer , prisonnier d'un texte arachnéen auquel il sera difficile d'échapper .

D'abord parce que les plongées abyssales de l'auteur dans une forme de déconstruction, dans des réflexions digressives , vous feraient presque douter de votre entendement , ensuite parce que très rapidement apparaît une deuxième énigme en parallèle sans que quelques liens puissent s'établir entre les deux .

La deuxième intrigue se passe en Argentine : trois intellectuels face à un mystérieux manuscrit cherchant à découvrir l'identité de l'auteur s'immergeant dans la dimension mythologique de ce roman ( et nous avec) , mythe et réalité s'embrassant , fiction et vérité se superposant .
Et quand les trois histoires se retricotent , le jacquard apparait peu à peu mais il vous faudra tenir les bons fils pour admirer la belle création .
Alors oui voilà un polar du polar , une mise en abyme , où le lecteur devra déplacer ses motivations au fil de son avancée , parce qu'il ne s'agira plus uniquement de retrouver le meurtrier ou l'auteur d'un ouvrage , mais aussi de franchir les limites habituelles d'une narration classique , en dehors d'une approche uniquement rationnelle , pour reconstruire ce texte vertigineux ,dont les contours n'apparaissent que fugitivement et par interaction avec la pensée tendue du lecteur .
Feignant s'abstenir , Juan José Saer propose une dynamique exceptionnelle au lecteur , sans laquelle celui-ci risque de rester sur le quai , déconfit .
Ludique .
J'adore .
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Message par Tristram le Ven 9 Fév - 13:25

Je ne regrette pas de t'avoir (un peu) poussée : tes commentaires sont si pertinents et "vécus" qu'il serait dommage que tu ne fasses ce (petit) effort !

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Message par églantine le Ven 9 Fév - 14:07

Hum .

Extraits drunken :

Acquittées du délit d’opinion, les vieilles dames sont guettées par d’autres dangers. Dans la jungle des villes, comme dans la jungle tout court, le désir et la peur, la contingence et la nécessité déterminent le développement des espèces, et les bourrades aveugles que distribue l’expansion tortueuse ou rectiligne, lente ou précipitée, des choses atteignent aussi les petites vieilles : bagarres de drogués, affolement nocturne de cambrioleurs débutants surpris en plein travail, argumentations enveloppantes des escrocs, et même adolescents en patins sur les trottoirs gris de la ville privée d’horizon, abandonnent leur moisson de petites vieilles dévalisées, ensanglantées et en larmes. Du galop du monde, nous le savons bien, ce n’est pas le cavalier mais le cheval qui est le maître. Mais ce n’était pas cela qui préoccupait Morvan tandis qu’il scrutait, en cet après-midi de décembre, presque immédiatement après être rentré de déjeuner, à travers les branches nues des platanes, la tombée rapide de la nuit.

Dans le remous lent de la journée , la dimension du temps semble ne pas exister : le monde est comme une masse visqueuse qui se déploie , imperceptible ,et l'être englué dans cette gélatine incolore non seulement ne se débat pas mais semble accepter , seul choix possible , progressif , l'enfoncement .

Pigeon , de façon volontaire , ou plutôt volontariste , lançait des regards autour de lui ,essayant de capter dans le paysage , par ailleurs assez triste après tant de semaines de sécheresse , quelque chose , une force propre à la disposition de l'herbe grisâtre , de la végétation poussiéreuse , du sol sablonneux, de l'air suffocant et du ciel illimité et déjà un peu pâli du jour qui déclinait , un souffle particulier qui aurait été le propre de ce lieu-là et d'aucun autre, mais ses regards rebondissaient sur cet espace neutre , méconnaissable , atone , qui ne lui procurait comme on dit aucune sensation de réciprocité , aucune émotion .
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Message par Bédoulène le Ven 9 Fév - 14:53

merci églantine ! tu conseillerais ? et à moi-même ?

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Message par églantine le Ven 9 Fév - 18:25

Ah Bédou je ne m'aventurerai pas à conseiller là .
Mais allez-y les curieux et vous verrez bien hé hé . Cool
J'ai été vivement encouragée par Dreep pour découvrir cet écrivain , les commentaires de Tristam m'ont intriguée et puis dernièrement un ancien du forum Parf que je croise sur Fac.... était dithyrambique.
Je partais donc , curieuse puissance 10 et confiante .
Je vais continuer avec ce écrivain exceptionnel , qui se mérite quand même , d'une certaine façon .
Voilà .
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Message par églantine le Jeu 15 Fév - 20:33

Extraits de Glose . (J'adore cet écrivain décidément  Juan José Saer 421465245 )

        Depuis le réveil, la réalité le menace la réalité n"est-ce pas? qui est un autre nom possible, et pas des plus heureux , pour tout cela, et qui risque d être, à cause de son opacité, adversité et danger. De temps en temps, ces montées de menace le visitent et recouvrent, en les obscurcissant sans exception, les choses. La veille, il s'était senti on ne peut mieux, en accord avec lui-même et avec le monde, et bien que la journée se soit passée sans exaltation particulière, lui, Tomatis, l'avait traversée également sans divergence, épousant au plus près son enveloppe, contemporain rigoureux de ses actes et s'identifiant à chacun d'eux, le réveil, le travail, le repas, souvenirs neutres et projets tranquilles, les conversations, une promenade sur la corniche à la tombée du jour pour profiter du beau temps, et un peu de lecture à la lumière de la lampe, dans sa chambre de la terrasse, après le dîner-un jour entier, homogène, de printemps, sans accidents, avec sa coloration paisible de permanence, de continuité, d'existence unie et sans équivoque, une de ces journées qui, par leur caractère lisse et répétitif, doivent être à l'origine de la notion d'éternité.
 

   Il est minuit passé ;après un dîner léger, Washington s'est installé,avec un pot d'eau fraîche et une assiette de prunes, dans son bureau pour lire, en prenant des notes de temps en temps, une édition facsimilée du "Récit d'un abandonné "du père Quesada que Marcos Rosemberg lui a apporté de Madrid.
L ardeur du jour s est peu à peu atténuée et le bourdonnement interne qui, monotone, traverse la partie éclairée de l'esprit, s'est vu morcelé grâce à la pointe claire de l'attention, laquelle , comme la pointe d'un diamant, s'est progressivement frayé passage pour reléguer, à coups d'ajustements successifs, les plis de l'obscur. À un moment donné, après plusieurs essais laborieux, les plis s'écartent et les facettes du diamant, émergeant de l'ombre, se concentrent sur la pointe transparente qui se stabilise et se fixe pour atteindre la perfection et disparaît à son tour, disséminée en sa propre transparence, de sorte que ce n'est pas uniquement le bourdonnement-lequel est temps, chair et barbarie 'qui disparaît avec elle, mais aussi le livre et le lecteur, libérant un espace où l'intemporel et l'immatériel, non moins réels que la putréfaction et les heures, se déploient, victorieux.      
drunken
Dreep merci pour me l'avoir conseillé ! Juan José Saer 1183390247
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Message par Tristram le Jeu 15 Fév - 21:21

Je te comprends ! "Les lecteurs parlent aux lecteurs ! " Depuis que je l'ai rencontré, je guette ses autres livres.

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Message par Arturo le Sam 10 Mar - 11:39

Et personne n'a parlé de L'ancêtre ? Il me semblait que vous étiez dithyrambiques, ou au moins églantine ? scratch

Juan José Saer Cvt_la10


Première lecture pour moi de l'auteur.
Je reconnais le talent de conteur, et une belle traduction (aux éditions Tripode), MAIS ...
Je dois avouer avoir grincé des dents dès le début avec son postulat littéraire. Son parti pris de faire de ces Indiens des sauvages sanguinaires, tous justes humains. Des cannibales, des personnages sadiens aussi ! Il redore un peu le blason dans la seconde partie, mais bonjour la vision et les clichés.
Bref, j'ai eu du mal à passer outre.

Autrement, j'ai été moyennement convaincu par son style. Très conteur, fluide, ça se lit bien, mais j'ai lu ça un peu froidement, sans que jamais ça ne m'embarque plus que ça. (bon à sa décharge, je venais de lire Dostoïevski, et c'est dur de passer après).
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Message par Tristram le Sam 10 Mar - 11:50

@Arturo a écrit:Et personne n'a parlé de L'ancêtre ?
C'est qu'il est encore dans ma LAL...

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Message par églantine le Sam 10 Mar - 15:10

Je ne l'ai pas.
Faut que je l'achète.
Dithyrambique. Je ne sais pas. Voilà un mot que je n'aime pas. C'est toujours un peu ironique quand on l'utilise.
Bref.

Mais oui pour moi c'est de la grande littérature. Et ça fait du bien.
Mais ça n engage que moi.
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Message par Arturo le Sam 10 Mar - 16:26

Je dois confondre alors, peut-être Marko qui avait parlé de ce titre.
Pas d'ironie pour ma part, j'aime bien ce mot.
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Message par Bédoulène le Sam 10 Mar - 17:57

me semble qu'églantine tu as lu Glose ?

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