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Gustave Flaubert

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Message par Tristram le Lun 14 Aoû - 19:54

« Il tournait dans son désir, comme un prisonnier dans son cachot. »
Gustave Flaubert, « L’Éducation sentimentale »

« …] ; comme si la plénitude de l'âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l'exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles. »
Gustave Flaubert, « Madame Bovary », II, 12


C'est tout de même curieux comme l'oeuvre publiée par Flaubert, qu'il a tant travaillée, semble dorénavant intéresser moins (hors études universitaires) que ses correspondance et journal. C'est sans doute ce qui l'étonnerait le plus, s'il revenait !
On s'intéresse peut-être maintenant plus à la "recette"...

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Message par Arturo le Lun 14 Aoû - 20:31

J'ose espérer qu'il y a encore des gens qui s'intéressent à son oeuvre !
Hors universitaires. C'est d'ailleurs une réflexion que je me suis faite, celle que certains auteurs pâtissent qu'on les impose pendant le parcours scolaire, et que du coup on les associe ensuite à du rébarbatif, car c'est imposé, et en même temps on est souvent peu réceptif à l'école.
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Message par Baleine le Lun 14 Aoû - 23:35

J'ai de la chance, Madame Bovary ne m'a pas été imposé. Je ne l'ai lu que très tard et y ai pris beaucoup de plaisir. Cela étant dit, ça ne m'a pas donné non plus envie de lire plus de Flaubert, parce que c'était tellement "plein" que ça ne m'a pas frappée de ce besoin d'en découvrir davantage. Je n'ai probablement pas énormément d'affinités avec l'auteur non plus, même si l'immense qualité du roman a su me faire voir au-delà. Dans quelques années, peut-être.
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Message par Armor le Lun 14 Aoû - 23:58

Ah Flaubert.

Encore un auteur à multiples facettes.

Il y a quelques années, j'ai tenté de participer à une LC consacrée à Salammbô. Je n'avais déjà pas accroché adolescente, mais j'étais allée jusqu'au bout. Lors de la LC, je n'ai pas pu dépasser la quarantaine de pages. Tout cela dégouline littéralement de porphyre, d'ébène, de dorures, dans une vision fantasmée de l'Orient très XIXème siècle, d'ailleurs. Mais j'ai trouvé ça aussi lourd que les tentures brodées et rebrodées complaisamment décrites.

Et puis, Flaubert, c'est aussi l'auteur de Trois contes. Un style tellement plus épuré, une analyse des sentiments au scalpel, si juste et humaniste… Un coeur simple est un petit chef d'oeuvre, un bijou de justesse et d'émotion.

Franchement, il n'y a pas grand chose à voir entre le Flaubert d'un coeur simple et celui de Salammbô. C'est pour cela qu'à mon avis, on ne peut pas se forger une opinion de l'auteur à la lecture d'un seul de ces livres.

Madame Bovary, il faudrait que je le relise. Plus jeune, Emma m'avait prodigieusement agacée… xixesiecle - Gustave Flaubert - Page 2 1390083676

(Et sinon, son soyage en Bretagne, Par les champs et par les grèves, bien que beaucoup plus anecdotique, comporte quelques bien chouettes passages.)
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Message par Tristram le Lun 9 Oct - 0:42

Madame Bovary sur France Culture 18 mn ; publication de la correspondance, 1992, ou comment se guérir du cancer du lyrisme et du romantisme, comment restituer la sensation, canaliser l'élan vital, comment écrire juste (à froid, après décantation, dans le deuxième temps).

@Arturo, on y trouve des éléments de réponse à "écrire sur rien" :
« Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière [… »
Lettre de Flaubert à Louise Colet, 16 janvier 1852
Finalement, l’expression bien connue de Flaubert, “Je fais un livre sur rien”, raconte à elle-seule toute cette quête stylistique de l'écrivain : "On a écrit des dizaines de pages là-dessus. Le livre sur rien, c’est le livre dans lequel au fond, les choses sont là. Et il n’est pas nécessaire de raconter quelque chose. Dans "Madame Bovary", il ne se passe pratiquement rien", résume Yvan Leclerc.
Cela annonce déjà Ponge, le Nouveau Roman, etc...

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Message par gudule le Lun 9 Oct - 12:20

"Franchement, il n'y a pas grand chose à voir entre le Flaubert d'un cœur simple et celui de Salammbô. C'est pour cela qu'à mon avis, on ne peut pas se forger une opinion de l'auteur à la lecture d'un seul de ces livres."

Comme le dit si bien Armor, pour apprécier un auteur, il faut tenter le pari de lire toute son oeuvre. Je n'ai pas apprécié Salammbô. Après cinq ans à s'occuper du bourgeois, comme il le disait, il s'est évadé de Normandie pour des  contrées plus exotiques et nous a offert Salammbô.
Un cœur simple est  une petite merveille.
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Message par Tristram le Lun 9 Oct - 15:47

Oui, c'est le propre d'un grand écrivain, que de changer de style selon son propos : Salammbô baroque, Un cœur simple pur et... simple ! Quant à la correspondance, c'est le délire lyrique, la jubilation rabelaisienne, le cri d’enthousiasme vital, le lâcher-tout, tout ça sans aucune limite ou contrôle.

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Message par Arturo le Mar 10 Oct - 18:35

Merci Tristram pour les précisions.
Bon, il va falloir que je m'y mette alors à la correspondance !
Flaubert a plusieurs facettes en effet, et j'ai une admiration sans bornes pour son oeuvre. Nul doute que je vais tout relire.
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Message par ArenSor le Mar 10 Oct - 18:50

Cela fait des éternités que je dois relire "Madame Bovary", lecture scolaire dont je n'ai aucun souvenir : après Musil, autre oeuvre "illisible" Very Happy
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Message par ArenSor le Mar 10 Oct - 18:51

@Tristram a écrit:Oui, c'est le propre d'un grand écrivain, que de changer de style selon son propos : Salammbô baroque, Un cœur simple pur et... simple ! Quant à la correspondance, c'est le délire lyrique, la jubilation rabelaisienne, le cri d’enthousiasme vital, le lâcher-tout, tout ça sans aucune limite ou contrôle.

Sans oublier le Flaubert salace et potache du Voyage en Orient Very Happy
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Message par Arturo le Mar 10 Oct - 19:29

Oui le Flaubert qui narre ses aventures chez les dames de petite vertu.

Tu m'étonnes Arensor ! Madame Bovary, c'est le plus grand roman de notre littérature ! N'attends plus ! malheureux ! Twisted Evil
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Message par Tristram le Mar 10 Oct - 19:48

Pour moi, les carnets de voyage (dans les Pyrénées et en Corse, en Orient) font partie des œuvres non destinées à la publication, hors d'un cercle restreint, comme la correspondance. Mais c'est vrai que c'est pittoresque et vivant !

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Message par Tristram le Ven 27 Oct - 23:08

« Flaubert écrit Bouvard et Pécuchet. Il avance jusqu’à la scène de l’éboulement de la falaise. Le 29 octobre 1877, il part à la recherche d’une falaise à décrire, aux environs du Havre. N’en découvrant pas qui lui convienne, il écrit au jeune Maupassant : « Donnez-moi une description de toute la côte depuis Barneval jusqu’à Etretat. »
Maupassant s’exécute. Le 5 octobre , Flaubert le remercie mis trouve ses renseignements « trop compliqués ». Il lui réexplique ce qu’il veut : « une falaise, un coude de falaise, derrière ce coude une valleuse aussi rébarbative que possible ». Il ne voit pas ce qu’il veut décrire. Finalement, il se décide pour la région de Fécamp, la valleuse de Senneville qu’il déclare « effrayante », et le chapitre III est achevé le 10 novembre.
Il avoue redouter qu’un familier de cette falaise lui fasse reproche de n’avoir pas exactement décrit les lieux. A-t-on jamais vu un lecteur vérifier une description romanesque ; et s’il le fait, ne le prendrait-on pas pour un incongru ? En vérité, il s’agit là pour Flaubert d’une contrainte superflue mais tout à fait essentielle à ce qu’il appelle sa « méthode ». Tel un peintre de paysage, il lui faut à tout prix un motif, refusant à son imagination d’en inventer un. Lettre à Caroline, le 2 mai 1880 : « Et j’avais raison parce que l’esthétique est le Vrai, et qu’à un certain degré intellectuel (quand on a de la méthode) on ne se trompe pas. La réalité ne se plie pas à l’idéal, mais confirme. Il m’a fallu, pour Bouvard et Pécuchet, trois voyages en des régions diverses avant de trouver leur cadre, le milieu idoine de l’action. Ah ! ah ! Je triomphe ! ça c’est un succès ! et qui me flatte… »
Cinq jours plus tard, il est terrassé par une hémorragie cérébrale et meurt dans son cabinet de travail de Croisset. »
Frédérick Tristan, « Un monde comme ça », Carnet 8

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Message par Tristram le Sam 28 Oct - 12:31

Décidément Flaubert est à l'honneur ; c'est un peu dommage pour les autres auteurs, mais il faut bien choisir parmi les lectures possibles, dilemme typiquement chosien.
Pour revenir sur les carnets :
Gallica a écrit:Et il fallut des décennies d’analyse et d’exégèse pour qu’ils soient peu à peu rattachés, soit à un intérêt particulier de Flaubert (notes de lecture), soit à un épisode de sa vie (notes de voyage), soit à son processus d’écriture (notes de travail), ces trois catégories se mêlant souvent inextricablement.
Cependant, Flaubert lui-même leur accordait un grand prix. On peut en donner comme preuve la durée d’usage de certains carnets, auxquels il pouvait revenir et ajouter d’autres notes des années plus tard.  Par exemple, le carnet de travail n° 2 a été utilisé sur une période de dix-huit ans, de 1859 à 1878. Christian-Marc de Biasi, qui a étudié et édité exhaustivement les carnets de travail, a pu déduire de l’écriture et du format même de ces carnets l’usage qu’en faisait Flaubert, distinguant les carnets "sédentaires", outils de cabinet, de plus grand format, écrits à l’encre, des carnets "nomades", calepins de poche de plus petit format, souvent écrits au crayon.
On est bien sûr en pleine critique/ analyse littéraire, mais/ et il y a de belles choses pour chosiens : Lettre Gallica

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Message par Bédoulène le Sam 28 Oct - 18:37

merci pour le lien Tristram !

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Message par Dreep le Jeu 1 Fév - 19:17

xixesiecle - Gustave Flaubert - Page 2 41bexe10

L'Education sentimentale

(Edition LGF. Livre de Poche, illustré avec un autoportrait de Léon Bonnat)

J'aimais bien imaginer le père Flaubert rêvant au vingtième siècle ( en littérature je précise) bien qu'il ne pouvait pas savoir, je pense que les écrivains des trente premières années du moins, lui aurait beaucoup plu ? Je ne sais pas, je laisse aux exégètes le soin d'imaginer des réponses. Pour autant que ça veuille dire grand-chose, j'ai eu le sentiment plus net que Flaubert là se rapprochait plus de ses contemporains, Thackeray surtout. Frédéric a moins de forfanterie que Barry Lyndon, il semble plus innocent, plus ingénu... quel masque ! J'avoue être tenté de repenser à la Foire aux Vanités, tant l'ensemble ressemble à de gigantesques noces : les personnages se succèdent dans leur bêtise ― pauvres ou grands de ce monde ― dans leurs aspirations pour le grandiose, au milieu du désordre révolutionnaire (mais il n'y a pas de révolution dans La Foire aux Vanités), et des torgnoles, fourberies et coucheries surtout. Entre tous, Frédéric, versatile coureur de jupons, deviendra ministre ou rien du tout, s'il en a le temps...! et Flaubert de vous sublimer tout ça au cordeau, au bal par exemple ou à Fontainebleau.

Gustave Flaubert a écrit:– Décidément, tu n'as pas de chance ! dit Rosanette.
– Oh ! Oh ! peut-être ! voulant faire entendre par là plusieurs bonnes fortunes, afin de donner de lui meilleur opinion, de même que Rosanette n'avouait pas tous ses amants pour qu'il l'estimât davantage ; ― car, au milieu des confidences les plus intimes, il y a toujours des restrictions, par fausse honte, délicatesse, pitié. On découvre chez l'autre ou dans soi-même des précipices ou des fanges qui empêchent de poursuivre ; on sent, d'ailleurs, que l'on ne serait pas compris ; il est difficile d'exprimer exactement quoi que ce soit : aussi les unions complètes sont rares.

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Message par Quasimodo le Ven 16 Fév - 16:01

Je me suis réservé la lecture de ton commentaire, Dreep, pour plus tard, puisque je suis encore à préparer le mien. Ca arrive bientôt, j'espère.

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Message par Tristram le Dim 4 Mar - 23:49

Nous espérons aussi...
Une vue étonnante de Borges (assez incongrue, d'entrée dans un hommage à Lugones qui vient de se suicider) :
« …] Flaubert, dont les théories et dont le destin, plus que son œuvre, sont caractéristiques de la littérature de notre temps. Flaubert pensait qu’il y a une façon et une seule de dire chaque chose et que c’est le devoir de l’écrivain de découvrir cette expression unique. De plus, il posa comme postulat une harmonie préétablie entre ce qui est euphonique et ce qui est exact, et il s’émerveilla de ce que ce mot juste fût, invariablement, le plus musical. »
Jorge Luis Borges, « La Mort de Leopoldo Lugones »

Pourtant Flaubert évitait soigneusement tout assonance ; je ne l'ai pris en défaut qu'ici :
« C'était un palais de marbre blanc, bâti à la moresque, sur un promontoire, dans un bois d'orangers. Des terrasses de fleurs descendaient jusqu'au bord d'un golfe, où des coquilles roses craquaient sous les pas. »
Gustave Flaubert, « La légende de saint Julien l'hospitalier », II
Et cette vision me ramentoit Fantaisie, de Nerval...

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Message par ArenSor le Mar 6 Mar - 19:13

Madame Bovary

xixesiecle - Gustave Flaubert - Page 2 Livre_11


Comment le récit d’une banale histoire d’adultère dans la bourgeoisie provinciale du 19e siècle devient-il un chef-d’œuvre de la littérature ? Et comment lire aujourd’hui ce roman en tentant de faire abstraction des multiples exégèses dont il a fait l’objet depuis sa parution ?

Tout au long de ma lecture, j’avais en arrière-plan cette affirmation de l’auteur : « Madame Bovary, c’est moi ! », phrase d’ailleurs qu’il n’a peut-être jamais prononcée (voir ici)
Quelles interprétations lui donner ?

La première qui me soit venue à l’esprit est l’investissement que Flaubert a mis dans cet ouvrage sur lequel il a travaillé de nombreuses années et qu’il a constamment modifié pour en faire une sorte d’œuvre d’art parfaite. La maïeutique a été longue et douloureuse. On comprend que Madame Bovary lui ait tenu à cœur. Ce livre, c’est lui !
J’ai été sensible à ce fameux « style », marque de fabrique de l’écrivain, mais peut-être plus à la construction du récit dont on parle moins souvent. Il s’agit pourtant d’une architecture élaborée avec une montée progressive des périls jusqu’à la catastrophe finale.

Mais « Madame Bovary c’est moi !» peut aussi s’entendre comme identification de l’auteur avec son héroïne, ce qu’on entend sous le terme de bovarysme. Qui est en fin de compte Emma ? une jeune femme de la petite bourgeoisie agricole de Normandie, nourrie dans sa jeunesse par la littérature romantique, qui rêve du grand amour, d’un destin hors du commun. Elle rencontre « Charbovari », grand cœur mais très terre à terre et manquant quelque peu de poésie. C’est l’histoire donc de deux mal mariés, ce qui entraîne l’un dans l’incompréhension de sa femme et l’autre dans la haine de l’époux.

En effet, Emma se trouve enfermée dans un village perdu de la campagne, monde fermé, mesquin, petit-bourgeois qui suinte l’ennui, la routine, l’espionnage des voisins. Il suffit d’en voir les descriptions qu’en donne Flaubert pour comprendre à quel point cette situation est un mouroir à petit feu.
Invitée à un bal par le châtelain, Emma découvre qu’il existe une autre vie, faite de plaisirs, de luxe, de raffinement, de rêve et d’idéal également. Elle est fasciné par les jeunes aristocrates.

« Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »"]« Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »

Plus tard, elle pense rencontrer ce bonheur sous les traits de Léon, le jeune clerc de notaire. Il est beau, sensible à la poésie, possède une âme romantique. Les deux oiseaux isolés se plaisent, mais Léon doit poursuivre ses études à Paris. Amour resté platonique, mais première fêlure dans l’univers romanesque d’Emma et première trahison de Charles.

Le bonheur le voici vraiment cette fois, en la personne de Rodolphe, plus âgé que Léon, ayant du « vécu », bien fait de sa personne, beau parleur, disposant de substantiels revenus et habitant le manoir d’Yonville-l’Abbaye. Emma tombe rapidement sous le charme. S’engage alors une liaison passionnée.

« Quant à Emma, elle ne s’interrogea point pour savoir si elle l’aimait. L’amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, -ouragans des cieux qui tombent sur la vie, la bouleverse, arrache les volontés comme des feuilles et emporte à l’abîme le cœur entier. Elle ne savait pas que, sur la terrasse des maisons, la pluie fait des lacs quand les gouttières sont bouchées, et elle fût ainsi demeurée en sa sécurité, lorsqu’elle découvrit subitement une lézarde dans le mur. »

Mais Emma est trop passionnée justement, elle veut fuir en Italie avec Rodolphe. Celui-ci prend peur, l’affaire va trop loin et puis cette maîtresse commence à l’ennuyer. Il l’abandonne donc et s’enfuit sur Paris.
C’est une profonde trahison pour Emma et une secousse qui l’ébranle de la tête aux pieds, au point que commencent de vrais troubles physiques : évanouissements, sautes d’humeur, repli sur soi, haine de plus en plus marquée pour Charles.

« Oui, murmurait-elle en grinçant des dents, il me pardonnera, lui qui n’aurait pas assez d’un million à m’offrir pour que je l’excuse de m’avoir connue… »

Elle pense trouver le repos dans la religion, mais comme toujours en adoptant une approche exaltée. Le brave curé est à mille lieux de pouvoir comprendre quoi que ce soit au désarroi d’Emma.

Enfin elle retrouve Léon, plus mûr mais toujours aussi amoureux ; nouvelle liaison, nouveaux mensonges, passion hors du commun, folle course à l’abîme d’un être qui a perdu tout repaire, toute dignité… Là encore, l’amant se révélera d’une rare lâcheté.
En fin de compte le seul vrai amant d’Emma fut Charles, amant qu’elle n’a pas su, qu’elle n’a pas voulu voir. Pourtant le seul mâle qui serait à sauver dans cette histoire sordide.

Madame Bovary n’est-ce pas Flaubert engoncé dans la médiocrité du quotidien, rêvant d’Orient, de Salambo… ? N’est-ce pas nous ?

Emma Bovary c’est le romantisme porté à son extrême, une femme de caractère qui rêve d’idéal et qui se heurte sans cesse à la médiocrité du monde, à la lâcheté des hommes. Dans la dernière partie du livre c’est un papillon affolé, qui perd pied, qui va au bout de la trahison, de l’humiliation. C’est également, un être capable de rouerie, de désirs mesquins et qui peut se révéler futile et boursouflé de vanité. Emma est séduisante, agaçante, répulsive tout à la fois. Multiple Emma dans laquelle le lecteur trouvera toujours une part de lui-même. Emma qui exercera sa fascination à différents âges de la vie, des relectures. Peut-être une clef pour la transformation de ce récit en chef d’œuvre ?

Curieusement, j’ai beaucoup pensé à des chansons de Brel qui a su trouver des mots justes pour décrire le heurt de l’idéal à la médiocrité du réel.

« Car tout bourgeois, dans l’échauffement de sa jeunesse, ne fut-ce qu’un jour, une minute, s’est cru capable d’immenses passions, de hautes entreprises. Le plus médiocre libertin a rêvé de sultanes ; chaque notaire porte en soi les débris d’un poète. »

« N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait-elle jamais été. D’où venait cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ?... »

« Elle avait des paroles tendres avec des baisers qui lui emportaient l’âme. Où donc avait-elle appris cette corruption, presque immatérielle à force d’être profonde et dissimulée ? »

« Il s’efforçait même de ne pas la chérir ; puis, au craquement de ses bottines, il se sentait lâche, comme les ivrognes à la vue des liqueurs fortes. »

« Puis, se calmant, elle finit par découvrir qu’elle l’avait sans doute calomnié. Mais le dénigrement de ceux que nous aimons toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains. »

Petite anecdote : j’ai rencontré dans le livre un lointain ancêtre qui ne faisait pas un métier très joli !

« Elle fut stoïque, le lendemain, lorsque maître Hareng, l’huissier, avec deux témoins, se présenta chez elle pour faire le procès-verbal de la saisie. »

Autre anecdote : je vois une pastille sur la couverture du livre "bac 2015". Je me souviens vaguement avoir lu "Madame Bovary" dans le cadre scolaire, sans en avoir gardé aucun souvenir....


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xixesiecle - Gustave Flaubert - Page 2 Empty Re: Gustave Flaubert

Message par ArenSor le Mar 6 Mar - 19:16

@Tristram a écrit:
Finalement, l’expression bien connue de Flaubert, “Je fais un livre sur rien”, raconte à elle-seule toute cette quête stylistique de l'écrivain : "On a écrit des dizaines de pages là-dessus. Le livre sur rien, c’est le livre dans lequel au fond, les choses sont là. Et il n’est pas nécessaire de raconter quelque chose. Dans "Madame Bovary", il ne se passe pratiquement rien", résume Yvan Leclerc.
Cela annonce déjà Ponge, le Nouveau Roman, etc...

Manifestement, nous n'avons pas lu le même livre. Il se passe une quantité de chose dans ce roman. Multiple Emma Bovary....
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